
Jeudi 16 février 2006, 13h48
La fatigue a sur moi des effets néfastes et pernicieux. Cependant plutôt intéressants, je crois : rares sont les gens qui réagissent comme moi à celle-ci.
Ce matin donc, forte de mes 5 heures de sommeil enchaînées à une nuit quasiment blanche, je prends le métro comme d'habitude, à destination de cet endroit charmant que l'on prénomme « faculté » et où l'on nous dispense tout le savoir indispensable à notre survie. Cependant, moi qui ne peux survivre sans mes 10h de sommeil par nuit habituellement (hey, marmottez-vous donc, non mais sans blague, tout le monde peut pas être résistant !), il semblerait que je ne ressente qu'à moitié le contre-coup de mes nuits écourtées. Je me sens plutôt en forme et très motivée. Les écouteurs sur les oreilles et la tête ailleurs, je regarde défiler toujours le même paysage sans vraiment y prendre garde.

Et là, je me rends compte du drame ! Je suis en train de positiver ! Je suis heureuse ! J'ai un sourire niais et ce, sans la moindre raison. Alors que dans mes oreilles s'infiltre doucement la musique (magnifique d'ailleurs) du « chanteur malheureux » repris par les Enfoirés, je ne me suis pour ma part jamais sentie plus euphorique (à part peut-être la toute première fois que mes lèvres ont goûté à la saveur sublime du chocolat, mais je ne m'en souviens malheureusement plus).
J'ai beau tourner et retourner les événements de ces derniers jours dans ma tête, je ne vois rien qui justifie cet état. Effectivement, mes partiels sont finis. Et évidemment, les soirées qui viennent de s'ajouter les unes aux autres étaient pleines de fous rires, de bons moments et de douce amitié. Certes, je n'ai donc pas lieu de me plaindre de ma vie actuelle. Cependant, cela n'a rien d'extraordinaire et, sur cette planète, il n'y a quand même pas que moi qui sois dans ce cas-là – et ça ne force personne à sourire bêtement dans le métro...
Je jette un coup d'œil à mes camarades de galère – c'est-à-dire aux valeureux anonymes qui ce matin ont trouvé le courage de sortir du lit alors même que le soleil ne brillait pas encore, pour venir asseoir leur majestueux derrière sur les banquettes du métro parisien – afin de vérifier que personne n'a un air aussi imbécilement joyeux que moi et surtout que ces sympathiques gens ne me regardent pas avec trop de pitié (pour ma stupidité).

Mon inspection rassure cependant rapidement ma tête affolée – qui affiche encore et toujours ce sourire désespérément idiot et qui communique encore et toujours cette impression de sérénité sans fin à mon être tout entier, quelle drogue ai-je donc prise ce matin ? – jusqu'au moment où, pour terminer mon tour d'horizon, je jette un regard à mon voisin d'en face, dont j'ai squatté la banquette en arrivant dans le wagon comme une harpie tout à l'heure et que je n'ai pas osé regarder depuis, de peur d'y lire une expression style « c'est qui cette folle ? ».
Et je me rends alors compte d'un coup que non seulement ce jeune homme sourit lui aussi (incroyable, je ne suis pas la seule allumée sur cette planète !), mais qu'il me regarde assez curieusement et qu'en plus, il est pas mal du tout ! Je suis prise d'une irrépressible envie d'engager la conversation avec lui.

Un peu tard d'ailleurs, puisque je suis arrivée à ma station (et zut, une belle occasion de perdue)...