
Le RPG japonais et ses dérivés ont connu leur âge d'or sur des machines désormais mythiques – Super Famicom, PC Engine ou encore Saturn – qui reviennent d'ailleurs à la mode ces derniers temps.
Force est de constater que le genre a plutôt mal vieilli, ou du moins n'a pas su tirer parti des avancées technologiques des dernières générations. Même si quelques essais sur PS-X et Dreamcast ont été tentés, parfois avec succès, le RPG old school à la japonaise ne fait plus recette en Occident.
Avec l'occidentalisation massive des studios, la démocratisation du jeu vidéo et l'engouement pour d'autres genres comme l'infiltration, l'action ou le sport, le RPG a perdu sa place prépondérante. L'essor des MMORPG n'arrange rien : pourquoi s'ennuyer seul des dizaines d'heures quand on peut en passer des centaines à plusieurs ?
GameCube : une console pas vraiment RPG-friendly
Le GameCube, à l'instar de ses concurrentes, n'est pas la console de référence pour les amateurs de RPG. Malgré une politique axée exclusivement sur le jeu, les RPG n'y ont jamais été remarquables et ont rarement traversé les frontières japonaises.
Pourtant, Namco n'avait pas prévu de sortir Tales of Symphonia en Europe. Il a fallu une pétition de plusieurs milliers de gamers pour que l'éditeur change d'avis. Grâce à cet effort collectif, un autre titre initialement absent, Baten Kaitos, a également vu le jour chez nous – la preuve que la mobilisation paie.
La saga Tales of : un peu d'histoire
La série des Tales of a débuté en 1994 au Japon avec Tales of Phantasia sur Super Famicom. Malgré une concurrence féroce dans le genre, ce RPG s'est distingué grâce à son système de combat innovant : le « Linear Motion Battle System », qui offrait un dynamisme unique aux affrontements.
Après ce succès (malheureusement confiné au Japon), plusieurs suites ont vu le jour : Tales of Destiny et Tales of Eternia sur PS-X, puis Tales of Destiny 2 (le vrai) sur PS2 en 2002. L'engouement pour la franchise ne faiblit pas, Namco prévoyant de nouveaux titres sur PSP, PS2, GBA et GameCube.

Un scénario riche en rebondissements
L'amorce scénaristique semble classique : dans le village d'Isélia, Colette a été désignée comme l'Élue de la Régénération. Sa mission ? Parcourir le monde pour libérer les sceaux de Mana, source de toute vie, afin de restaurer Sylvarant et d'éradiquer les Désians – ces semi-elfes qui enferment les humains dans des fermes pour les exploiter.
L'histoire débute dans la salle de classe où le professeur Raine Sage évoque la légendaire Régénération. Parmi ses élèves : Colette, Génis (le petit frère de Raine) et Lloyd, le cancre endormi qui s'avérera être le héros principal.
Très vite, une lumière étrange émane du Temple de Martel. Raine s'y précipite, mais Colette sait déjà ce qui l'attend : son investiture officielle par les Anges du Cruxis en tant qu'Élue.
Accompagnée de Lloyd et Génis, Colette se rend au temple, où les Désians les attendent. L'intervention inopinée de Kratos, un mercenaire mystérieux, leur permet d'échapper à ce guet-apens. Ensemble, ils pénétreront dans le temple pour affronter les épreuves qui scelleront le destin de l'Élue.
Ne vous fiez pas aux apparences
Le scénario est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Les rebondissements s'enchaînent : qui est vraiment Kratos ? Que sont ces Exphères qui décuplent la force mais peuvent s'avérer dévastatrices ? Que cachent Raine et Génis sur leurs origines ? Quel est le véritable but de cette Régénération ? Qu'est-ce que le Cruxis ? Les Rénégats ? La légende de Mithos ?
Vous ne découvrirez la vérité absolue qu'après plusieurs dizaines d'heures de jeu, trahisons et retournements de situation à l'appui.
Des thématiques profondes et actuelles
Le scénario aborde des sujets de société pertinents : racisme, conspirations politiques, sacrifice du少数 pour le bonheur du plus grand nombre, tolérance, états policiers, société de consommation, autarcie, relations familiales et amicales complexes. Le tout avec des doublages anglais soignés et une traduction française exemplaire – une qualité rare pour l'époque.

Gameplay et personnages : une immersion réussie
La progression dans Sylvarant est intuitive et fluide. Dans les villes, chaque NPC réagit différemment selon le personnage que vous contrôlez – une astuce parfois nécessaire pour débloquer des quêtes annexes.
Vos déplacements se font à pied, à dos de Noïsche (un animal étrange recueilli par Lloyd), en Ptéroplans ou en Barge Elémentale. La caméra libre permet une exploration ergonomique, même si les zones de carte auraient mérité un peu plus de soin graphique.
Dans les donjons, des énigmes variées (jeux de couleurs, casse-briques, labyrinthes) égayent la progression. Les ennemis sont évitables si vous le souhaitez, mais attention : ils réapparaissent quand vous quittez une pièce.

Des menus clairs et intuitifs
Les menus, entièrement traduits en français, sont d'une clarté exemplaire : inventaires, équipements, états des personnages, assignation des attaques spéciales, raccourcis de combat, options – tout est accessible et bien organisé.
L'univers mêle habilement héroic-fantasy, science-fiction et médiéval fantastique. Magie et armes blanches règnent en maître, la technologie avancée étant réservée à certaines populations.
Les 9 personnages jouables présentés
Lloyd Irving – Le héros principal. Cancre infiniment dévoué à ses amis, il manie deux épées avec brio. Recueilli par un nain après la mort de sa mère tuée par les Désians, son passé reste mystérieux.
Colette Brunel – L'Élue de la Régénération. Douce et empotée, son évolution et les révélations la concernant la rendront rapidement attachante. Ses chakrams restent efficaces malgré tout.
Génis Sage – Meilleur ami de Lloyd et petit frère de Raine. Supérieurement intelligent, il excelle en magie mais reste fragile au corps à corps.
Raine Sage – Institutrice d'Isélia et sœur aînée de Génis. Érudite passionnée d'archéologie, elle est la guérisseuse et soutien indispensable du groupe.
Kratos Aurion – Mercenaire énigmatique au passé trouble. Charismatique, il deviendra une sorte de mentor pour Lloyd.
Sheena Fujibayashi – Tueuse ninja initialement hostile à l'Élue. « Faeuse de pacte », sa magie élémentale en fait une alliée redoutable.
Zélos Wilder – Beau gosse frimeur et frivole. Ses techniques à l'épée sont efficaces contre les ennemis classiques.
Préséa Combatir – Fillette de 10 ans à l'apparence robotique mais à la force surhumaine, capable de brandir une hache gigantesque.
Régal Bryant – Prisonnier combattant les bras entravés. D'une dextérité incroyable avec ses jambes, il cache un lourd secret lié à Préséa.
Saynètes, Capacités EX et Titres
Les « saynètes » sont des petites scènes dialoguées qui approfondissent les relations entre personnages. Appuyez sur Z quand l'icône apparaît pour les déclencher.
Les Capacités EX permettent de spécialiser vos héros via des gemmes (4 emplacements, 5 niveaux). Certaines combinaisons débloquent des attaques secrètes.
Les Titres influencent les statistiques et la progression des personnages. Choisissez-les judicieusement selon votre style de jeu.

Graphismes et système de combat en temps réel
Côté technique, Tales of Symphonia est une réussite. Les graphismes en cel-shading sont somptueux, les décors variés (désert, région glacée, forêt, montagne…) et les animations fluides.
Le Linear Motion Battle System
La grande force du jeu réside dans ses combats en temps réel. Vous dirigez un personnage (Lloyd par défaut) avec le stick, les attaques spéciales étant assignées au bouton B + direction. Le stick C permet de programmer des raccourcis pour ordonner des actions aux autres personnages – indispensable pour les soins ou les magies en plein combat.
Les ennemis bénéficient d'une modélisation impressionnante, certains combats de boss étant de véritables spectacles.
Le character design signé Kosuke Fujishima (Ah! Megamisama, You're Under Arrest) apporte la touche japanime authentique.
Une bande-son signée Motoi Sakuraba
Motoi Sakuraba, compositeur de Valkyrie Profile et Star Ocean, signe une OST mémorable. Si on regrettera l'absence de la chanson originale « Starry Heaven » dans l'intro, les thèmes correspondent parfaitement à chaque lieu et situation. Un coffret 4 CD regroupant les 111 morceaux est disponible en import.
Durée de vie : combien d'heures de jeu ?
Le boîtier annonce « plus de 80 heures », la presse plutôt 60. La réalité ? Comptez 35-40 heures pour une première partie en découvrant l'histoire principale.
Mais avec les dizaines de quêtes annexes, les 9 personnages jouables aux styles différents et les trois niveaux de difficulté (Facile, Dur, Mania), le potentiel est bien là. Le mode Mania, débloqué après une première partie, offre un défi relevé dès les premiers combats.
Le système de New Game+ permet de conserver éléments, argent et statistiques, et un magasin secret offre des options de départ avantageuses.
À noter : le jeu est jouable jusqu'à 4 en multijoueur sur une seule console.
Le système de cuisine du Wonder Chef
Le Wonder Chef est une idée farfelue mais géniale : ce « super-héros culinaire » caché dans les villes vous apprend des recettes. En combat ou en exploration, cuisinez pour soigner votre équipe. Chaque personnage a ses compétences culinaires – Raine, par exemple, est une catastrophe en cuisine.

Les petits défauts du jeu
Aucun jeu n'est parfait, et Tales of Symphonia a quelques défauts :
- Seulement 5 coups spéciaux assignables et 2 raccourcis sur le stick C
- Une IA parfois défaillante (la guérisseuse se jetant dans la mêlée, par exemple)
- Limite de 20 objets par type (30 avec le magasin secret)
- Absence des voix japonaises, de la chanson d'intro et du Sound Test dans la version européenne
Des reproches mineurs face aux qualités du jeu.

Verdict : un RPG culte sur GameCube
Personnages charismatiques, scénario intelligent, gameplay innovant, graphismes superbes, durée de vie conséquente – Tales of Symphonia coche toutes les cases. Une fois lancé, impossible de décrocher avant de connaître la suite.
Que vous soyez fan de RPG ou simple curieux, ce titre s'impose comme LE jeu GameCube de l'année 2004 et sans doute le meilleur RPG de la console. Sa traduction française intégrale et de qualité en fait une expérience accessible à tous.
