
Pourquoi donc ? Scarface est à l'origine un immigré cubain obligé de partir de son pays à cause d'une rébellion. Tony Montana arrive aux États-Unis, à Miami. Il a soif de pouvoir et de richesse. Enchaînant les petits boulots, il ne se sent pas à son aise en bas de l'échelle sociale. Il veut grimper les échelons. Un jour, on lui offre une opportunité : faire un deal pour un grand ponte de la drogue. Il accepte. C'est alors que sa vie va changer. Son ascension sociale commence. Il reste le souffleur de ce "patron" jusqu'au jour où Tony lui prend sa place. Il devient un personnage puissant à Miami. Mais un problème survient. C'est le début de la chute. Il en paiera de sa vie.
À partir d'une telle chute, comment peut-on concevoir un jeu vidéo à partir de ce film ? Découvrez le test sans concession d'un classique du cinéma.
Test du jeu Scarface : The World is Yours

Push it to the limit
Les développeurs de Sierra nous proposent de commencer l'aventure 5 minutes avant le destin tragique du protagoniste. Vous êtes dans la (grande) propriété de Tony Montana et vous essuyez les vagues d'assaut des hommes de Sosa. Vous pouvez éviter la mort calculée de Tony en tuant l'homme de main de Sosa, le personnage avec le fusil qui arrive derrière vous (quel pied de venger enfin Tony !). Ensuite, vous devez fuir au plus vite votre propriété avant que les flics et les fédéraux n'arrivent. Lors de votre fuite, vous laissez tout derrière vous : propriété, commerces... Tout votre empire financier ! Plusieurs mois passent. Tony reprend sa forme habituelle. Pendant votre convalescence, votre empire s'est divisé en plusieurs territoires où des gangs sont apparus.
Vous devez reprendre la place que vous aviez, celle qui vous est due. Vous devrez faire preuve de courage et de patience afin de retrouver votre place de caïd numéro un à Miami. L'histoire du jeu vidéo ressemble à peu de choses près à celle du film, mais ce n'est pas le plus grand scénario vidéoludique de tous les temps. Il ne parvient jamais véritablement à susciter l'engouement du film, du fait de son arrière-goût de déjà-vu (GTA est passé par là entre temps).


Ambiance, ambiance !
Vous êtes Tony Montana ! Le vrai, le seul, l'unique ! Bien loin des clones façon GTA, l'on nous propose purement et simplement le véritable Tony Montana. La modélisation du personnage force le respect. On reconnaît aisément les traits d'Al Pacino et sa démarche de "m'as-tu-vu" façon cow-boy. Dommage que les autres personnages secondaires n'aient pas eu droit au même traitement de faveur.
En tant que véritable Tony Montana, vous avez droit à son langage ordurier. Avec une pression sur le bouton correspondant, vous lâchez des réflexions et des jurons que seul Tony connaît la recette. Un doubleur a été spécialement dépêché pour doubler le Tony de pixels (Al Pacino ne voulait pas se doubler). Ce dernier se révèle excellemment proche de la voix de l'acteur. Pour peu, on s'y croirait !
Déambuler dans la ville de Miami se fait par plaisir. La modélisation est correcte mais l'ensemble reste tout de même vide. Bizarre de rouler à côté de la plage et de voir seulement trois personnes allongées sur le sable fin. Sur la route, le désert est également de mise. La ville de Miami apparaît comme un désert plutôt qu'une ville peuplée.

Pour ce qui est de la musique, on peut s'apercevoir qu'elle a été soignée. Vous retrouvez une diversité de styles incroyables : rap, rock, reggae, country et l'incontournable BO du film. Vous pouvez mettre une musique en boucle, sélectionner plusieurs pistes pour faire votre propre compilation. Du grand travail.

Gameplay et mécaniques de jeu
Devenir le caïd d'autrefois, ça prend du temps et ça fait gagner de l'argent ! Vous devrez vous-même chercher la drogue, faire les deals et la revendre aux dealers. Tout ce petit travail de fourmis est un bien précieux qui manquait dans un GTA. Ici, on a vraiment l'impression d'être un caïd de la drogue qui fait son business.
Or, pour avoir la possibilité de contacter de plus gros revendeurs, vous devez améliorer votre réputation. Symbolisée par une jauge de "cojones", elle grimpe au fur et à mesure de votre ascension dans le Milieu. Gagner des "cojones" sert aussi à remplir une jauge spéciale appelée "Rage". Plus vous insultez vos victimes, plus vous remplissez la jauge. Quand elle est pleine, appuyez sur le bouton correspondant afin de faire entrer Tony dans un état de rage bien connu. La maniabilité change. L'on passe à la vue subjective et le système de visée devient automatique. Pratique quand vous avez dix ennemis qui vous font front !
Pour gagner du respect, vous pouvez vous y prendre autrement. Se balader dans la rue et discuter avec les passants peut faire gagner des "cojones". Mais ce n'est pas avec tous les passants que vous pouvez disputer jusqu'à la fin. Dès lors, l'immersion reste superficielle.
De plus, vous pouvez utiliser des voitures et des bateaux pour vous déplacer. Leur quantité n'est pas astronomique mais vous garantit une petite diversité de bon aloi. Une surprise vous attend : lorsque vous achetez une voiture, vous n'avez qu'à appeler votre chauffeur et votre voiture arrivera dans les cinq secondes suivantes devant vous ! La sensation de pouvoir atteint son comble.

Verdict final
Ce "Scarface : The World is Yours" laisse un goût de déjà-vu. On pompe la recette à son voisin. Mais tout en reprenant les idées des autres, il arrive à se donner une identité, son identité, en créant une ambiance unique : celle du film. Se balader dans la rue en incarnant le véritable Tony Montana, insultant à tour de bras les passants, le tout sur la musique "Push it to the limit", reste un grand moment d'émotion. Les fans du film seront aux anges, les autres auront un bon jeu d'aventure avec une ambiance années 80 irréprochable.