Infographie des symboles PEGI 3, 7, 12, 16 et 18 accompagnés des pictogrammes de contenu : langage grossier, discrimination, drogues, peur, jeux d'argent, sexe, violence et interactions en ligne.
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Loot boxes : ce que le PEGI 16 change pour les parents

EA Sports FC 27 et des jeux mobiles déjà installés passent en PEGI 16 à cause de leurs objets aléatoires payants. En France, cette note ne les interdit pas : elle s'affiche sur les fiches et les boutiques d'applications, et peut bloquer un jeu dans un contrôle parental réglé sur 12 ans. Le contenu n'a pas changé ; c'est la doctrine de notation qui note désormais une fonction d'achat.

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L'un des jeux les plus vendus en France change de catégorie. EA Sports FC 27, sorti le 23 septembre, n'est plus classé PEGI 3 comme tous ses prédécesseurs, mais PEGI 16. En cause : les packs de son mode Ultimate Team, ces paquets de joueurs achetés à l'aveugle avec de l'argent réel. Le même mouvement touche depuis quelques jours des jeux déjà installés sur des millions de téléphones, comme Pokémon TCG Pocket et Fire Emblem Heroes, reclassés d'office en PEGI 16.

Infographie des symboles PEGI 3, 7, 12, 16 et 18 accompagnés des pictogrammes de contenu : langage grossier, discrimination, drogues, peur, jeux d'argent, sexe, violence et interactions en ligne.
Infographie des symboles PEGI 3, 7, 12, 16 et 18 accompagnés des pictogrammes de contenu : langage grossier, discrimination, drogues, peur, jeux d'argent, sexe, violence et interactions en ligne. - (source)

Pour un parent qui choisit un jeu pour son enfant, la question n'est donc pas de savoir si la règle est sévère - sur le papier, elle l'est - mais ce qu'elle empêche. En France, la réponse tient en une phrase : presque rien, juridiquement parlant - mais beaucoup, pratiquement, à condition de comprendre ce que le chiffre raconte et ce qu'il amalgame.

Trois dates, une seule réforme

Le 12 mars 2026, PEGI, l'organisme de classification financé par l'industrie européenne du jeu vidéo, annonce une refonte majeure de son système. À partir de juin, les jeux contenant des "objets aléatoires payants" seront classés PEGI 16 par défaut, et jusqu'à 18 dans certains cas. Les contenus à durée limitée de type battle pass passent à 12, les NFT à 18, l'absence d'outils de signalement des autres joueurs à 18, les quêtes quotidiennes à 7, ou 12 si le jeu punit celui qui ne revient pas.

Problème à l'époque : la mesure ne s'applique qu'aux jeux soumis après juin. Emily Tofield, directrice de l'association britannique Ygam, le dit sans détour à la BBC : "sans appliquer les règles aux jeux actuels, la politique protégera peu les enfants qui y jouent déjà." C'est précisément ce verrou que PEGI vient de faire sauter.

Le responsable des politiques de l'organisme, Connor Hinde, l'annonce ces derniers jours : "les jeux existants uniquement numériques actuellement classés PEGI 3, 7 ou 12 et comportant des objets aléatoires payants, comme les boîtes à butin, voient leur note mise à jour en PEGI 16 - objets aléatoires payants." PEGI prévient lui-même qu'un "volume élevé" de changements va intervenir en quelques semaines, et invite les éditeurs à contacter son assistance.

Le contenu n'a pas changé, la doctrine, si

Ce qui rend la bascule difficile à lire pour un non-joueur, c'est qu'elle ne porte pas sur ce qu'on voit dans le jeu, mais sur ce qu'on peut y acheter.

Jusqu'ici, la note PEGI mesurait l'adéquation du contenu à un âge donné : violence, peur, langage, sexe. Un jeu de football sans une goutte de sang pouvait donc être PEGI 3, même s'il hébergeait un système d'achat de paquets aléatoires. L'information existait - une mention "achats en jeu, incluant des objets aléatoires" - mais elle ne pesait rien dans le calcul de l'âge. C'était exactement le reproche formulé par des parents : cette petite ligne "n'est pas un indicateur clair", écrivait l'un d'eux en 2024 au système de notation britannique, réclamant que la note en tienne compte.

Désormais, c'est la fonction du jeu qui est notée. Un titre peut donc être PEGI 16 sans une seule scène choquante, uniquement parce qu'il contient une mécanique de dépense aléatoire. Le directeur de PEGI, Dirk Bosmans, assume cette avance sur les législateurs, dans un contexte de pression réglementaire : "il n'est pas impensable que dans les prochains mois, certaines entreprises disent : c'est scandaleux. Mais je leur demanderais aussi de regarder autour d'elles".

Pour les parents, la conséquence est immédiate : le chiffre qu'ils lisent sur une jaquette ne veut plus dire la même chose qu'il y a quelques mois. Il agrège deux risques très différents - un risque de contenu et un risque financier - sous une seule étiquette.

En France, "déconseillé" n'interdit rien

Il faut être clair sur le statut juridique, parce que la presse francophone parle volontiers d'un jeu "déconseillé aux moins de 16 ans", ce qui est exact, et parfois d'un jeu "interdit", ce qui est faux.

Le PEGI est un système d'autorégulation privée. Sa portée dépend du droit national. Au Royaume-Uni, les jeux vendus en boîte ont l'obligation légale de porter une note, et vendre un tel jeu à un enfant plus jeune que l'âge indiqué est illégal : un jeu estampillé 16 y devient de fait inaccessible en rayon. Le code publicitaire britannique interdit même de faire la promotion d'un jeu PEGI 16 ou 18 dans ou autour des programmes susceptibles d'intéresser un public de moins de 18 ans. La Belgique, elle, traite les loot boxes payantes comme des jeux d'argent depuis 2018.

La France n'a rien de tel. Aucune loi n'y interdit les loot boxes : une pétition déposée à l'Assemblée nationale réclame toujours leur interdiction totale, en citant les exemples belge et néerlandais. Quand Epic Games liste, en novembre 2025, les territoires où les objets aléatoires payants doivent être restreints pour les mineurs - Singapour, Qatar, Australie, Pays-Bas, Belgique, Royaume-Uni, Brésil - la France n'y figure pas.

La loi SREN de mai 2024 a bien créé un cadre pour les "jeux à objets numériques monétisables", dont les opérateurs doivent notamment interdire l'accès aux mineurs, sous supervision de l'ANJ. Mais ce régime expérimental vise les jeux dont les objets ont une valeur monétaire réelle et peuvent s'échanger ; il ne dit rien des packs d'Ultimate Team, qui ne se revendent pas.

Ce que le PEGI 16 change quand même en France, et ce n'est pas rien : il s'affiche sur les fiches des boutiques, remonte dans les magasins d'applications via le système international IARC, et sert de seuil par défaut à de nombreux contrôles parentaux de consoles. Un parent qui a réglé le profil de son enfant sur "12 ans maximum" verra désormais FC 27 bloqué au lancement, sans l'avoir décidé.

Deux risques dans un seul chiffre

C'est là que la réforme peut produire l'effet inverse de celui recherché.

Premier scénario : un parent voit passer le jeu de 3 à 16 et conclut que le contenu est devenu brutal. Il refuse un titre dont le vrai enjeu est une mécanique d'achat - qu'il peut, lui, désactiver. Deuxième scénario, sans doute plus fréquent : rassuré par un PEGI 12, il laisse jouer à un titre qui contient toujours des achats intégrés, des offres à durée limitée et des relances quotidiennes, simplement moins sévèrement notés que les loot boxes.

Or les travaux sur la perception parentale vont dans un sens précis : lorsqu'une étiquette mentionne explicitement la présence de loot boxes, les parents se déclarent moins enclins à acheter le jeu ou à laisser leur enfant y jouer. Ce n'est donc pas le chiffre qui informe, c'est le mot. Et le mot utile, ici, est le descripteur accolé à la note : "objets aléatoires payants". C'est lui qu'il faut lire, pas seulement le 16.

La journaliste spécialisée Vic Hood le résumait ainsi : "en réalité, il reviendra largement aux parents de s'informer sur les raisons de ces changements et de décider eux-mêmes si ces jeux, et leurs mécaniques de boîtes à butin, conviennent à leur enfant."

Ce qui bloque un achat n'est pas la note

Reste la question pratique, celle qui compte un soir de semaine devant une console allumée.

Un reclassement ne désinstalle rien. L'enfant qui joue déjà à Pokémon TCG Pocket ou à Fire Emblem Heroes continuera d'ouvrir ses paquets ce soir. Le disque de FC 26 acheté l'an dernier garde sa jaquette PEGI 3. PEGI réserve d'ailleurs ce reclassement automatique aux jeux qui n'existent qu'en téléchargement, ce qui laisse hors champ, pour l'instant, les titres vendus aussi en boîte : leur jaquette conservera l'ancienne note.

Ce qui bloque réellement un achat, ce sont les outils que les plateformes mettent à disposition et que peu de familles configurent : compte enfant rattaché à un compte famille sur la console, validation obligatoire de chaque achat, suppression du moyen de paiement enregistré, plafond de dépense, restrictions d'achats intégrés dans les réglages de la boutique d'applications. Sur un jeu de football, l'essentiel des sommes passe par des packs achetés avec la carte bancaire d'un adulte. Aucune note d'âge ne remplace ce verrou-là.

Ce que l'industrie a à y perdre, et ce qu'elle peut contourner

Il faut mesurer ce que la réforme coûte, parce que c'est là qu'on verra si elle tient. Pour un éditeur, un reclassement signifie une nouvelle soumission, un dossier à monter, parfois des créations publicitaires à refaire, et un accès réduit au segment des familles - celui qui achète le jeu, pas celui qui achète les packs. Car les gros dépensiers d'Ultimate Team sont plutôt des adolescents et des adultes, et le chiffre d'affaires des packs ne dépend pas de la note d'âge.

Le risque n'est donc pas que les loot boxes disparaissent, mais qu'elles se déguisent. Un éditeur peut remplacer des paquets aléatoires par un battle pass noté 12, ou restructurer ses offres pour retomber sous le seuil des 16. Certains y verront un progrès : la mécanique la plus contestée recule. D'autres y verront la limite d'un système qui note des fonctionnalités déclarées plutôt que des pratiques réelles - et qui, parce qu'il est écrit par l'industrie, peut être réécrit par elle.

La lecture inverse est tout aussi défendable. En notant les fonctions, PEGI s'expose délibérément à la colère de certains éditeurs, et prend le risque que les régulateurs, à Bruxelles comme à Londres, lisent la réforme comme un aveu : si l'industrie juge elle-même ses mécaniques incompatibles avec un public de 12 ans, pourquoi la loi ne le ferait-elle pas ? C'est exactement l'argument de ceux qui poussent, à Bruxelles, à une régulation contraignante des designs addictifs et des monétisations aléatoires. L'autorégulation, ici, pourrait avoir ouvert la porte qu'elle voulait garder fermée.

Ce qu'il faut surveiller

Trois choses, concrètement. D'abord l'ampleur réelle de la vague : PEGI annonce un volume élevé de reclassements en quelques semaines, sans publier de liste ; il faudra voir combien de jeux grand public sont concernés, au-delà des deux cas mobiles déjà connus. Ensuite, l'application des autres critères : la communication de PEGI ne porte pour l'instant que sur les objets aléatoires payants, et l'on ignore si les battle passes, les NFT et les mécaniques de relance quotidienne seront rétroactivement notés de la même façon. Enfin, la réponse d'EA : tant que les packs restent au coeur d'Ultimate Team, le jeu restera PEGI 16, et il sera instructif de voir si l'édition 2028 change de mécanique ou de note.

En attendant, le changement le plus tangible pour un parent français n'est ni légal ni financier. Il est documentaire : la note qui ornait une étiquette familière ne certifie plus la même chose. Elle ne dit plus "ce jeu ne contient rien d'impressionnant", elle dit "ce jeu contient un mécanisme de hasard payant". C'est une information de plus, et une information de moins.

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Questions fréquentes

Le PEGI 16 interdit-il les loot boxes en France ?

Non. Le PEGI est un système d'autorégulation privée et aucune loi française n'interdit les loot boxes. La note est indicative ; elle peut toutefois bloquer un jeu dans les contrôles parentaux réglés sur un âge inférieur.

Quels jeux sont concernés par le reclassement automatique ?

Les jeux uniquement numériques déjà classés PEGI 3, 7 ou 12 qui comportent des objets aléatoires payants, comme les loot boxes, passent en PEGI 16. Les jeux vendus aussi en boîte conservent pour l'instant leur ancienne note sur la jaquette. Pokémon TCG Pocket et Fire Emblem Heroes figurent parmi les exemples déjà reclassés.

Pourquoi EA Sports FC 27 passe-t-il de PEGI 3 à PEGI 16 ?

Parce que les packs de son mode Ultimate Team sont des objets aléatoires payants. Le contenu du jeu n'est pas devenu plus choquant : PEGI note désormais aussi une fonction d'achat, et non seulement la violence, la peur, le langage ou le sexe.

Le reclassement empêche-t-il de jouer aux jeux déjà installés ?

Non. Un reclassement ne désinstalle rien : l'enfant qui joue déjà à Pokémon TCG Pocket ou Fire Emblem Heroes peut continuer, et le disque de FC 26 garde sa jaquette PEGI 3. En revanche, un contrôle parental réglé sur 12 ans maximum peut bloquer le lancement d'un jeu passé en PEGI 16.

Que faut-il regarder et configurer pour limiter les achats ?

Il faut lire le descripteur "objets aléatoires payants" accolé à la note, car le chiffre agrège un risque de contenu et un risque financier. Pour bloquer les achats, il faut surtout un compte enfant rattaché à un compte famille, la validation de chaque achat, la suppression du moyen de paiement enregistré, un plafond de dépense et des restrictions d'achats intégrés dans la boutique d'applications.

Sources

  1. «FC 27» passe de PEGI 3 à PEGI 16: voici pourquoi · 20min.ch
  2. Pourquoi «EA Sports FC 27» est-il désormais déconseillé aux moins de 16 ans? · 24heures.ch
  3. Le système PEGI évolue pour les jeux dématérialisés qui proposent des loot boxes, qui devraient passer en PEGI 16 · actugaming.net
  4. Protéger les mineurs - ANJ · anj.fr
  5. Protection des mineurs, ressources et conseils de l'Arcom · arcom.fr
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Julie Perbot @8bit-memories

J'ai grandi avec une manette de Super Nintendo entre les mains. Originaire de Nantes, j'ai transformé le grenier de mes parents en véritable musée du jeu vidéo, avec plus de 200 cartouches soigneusement rangées par ordre chronologique. Étudiante en design graphique, je finance ma collection en créant des illustrations pixel art pour des studios indépendants. Mon rêve ? Ouvrir un bar-gaming rétro où les clients pourraient rejouer aux classiques autour d'une bonne bière artisanale.

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