Brynn Putnam, l'ancienne ballerine devenue fondatrice de Mirror (racheté 500 millions de dollars par Lululemon en 2020), revient avec un nouveau concept. Sa start-up Board vient de boucler une levée de fonds de 20 millions de dollars menée par Union Square Ventures. L'ambition est claire : créer une console qui réunit les gens autour d'une table, pas devant un écran. Board se présente comme un grand écran tactile inclinable, posé à plat sur une table. On y pose des pions physiques, on touche l'écran, et le système réagit en temps réel. C'est un jeu de société classique, mais avec une couche numérique qui gère les règles, les scores, les animations et les interactions. Le tout sans abonnement, sans casque de réalité virtuelle, et sans que chacun soit plongé dans son propre téléphone.
D'où vient Board : le parcours de Brynn Putnam

De la scène au fitness connecté
Brynn Putnam n'est pas une inconnue dans la tech américaine. Ancienne ballerine professionnelle, elle a fondé Refine Method, un studio de fitness boutique à New York, avant de lancer Mirror en 2018. Mirror, c'était ce miroir connecté qui permettait de suivre des cours de sport à domicile avec un coach virtuel. Le produit a cartonné : 150 millions de dollars de revenus dès sa deuxième année d'existence.
En juin 2020, Lululemon a racheté Mirror pour 500 millions de dollars. Putnam est restée à la tête de la société, qui a conservé son autonomie. L'opération a permis à Mirror de bénéficier du réseau des 500 magasins Lululemon, sans avoir à construire sa propre distribution. À l'époque, la pandémie de Covid-19 avait propulsé la demande pour le sport à domicile, et Mirror capitalisait sur cette tendance avec un abonnement mensuel de 40 dollars.

Un nouveau chapitre après Mirror
Après son départ de Mirror, Putnam a pris le temps de réfléchir à la suite. Mère d'une famille recomposée de cinq enfants âgés de 2 à 21 ans, elle a observé les soirées jeux de sa propre tribu. Les enfants passaient d'un jeu de société à un jeu vidéo, mais rarement les deux ensemble. Personne n'était pleinement satisfait. C'est là qu'est née l'idée de Board. Plutôt que de créer un énième écran individuel, Putnam a voulu construire un objet technologique qui ramène les gens autour d'une même table. Elle décrit Board comme de la « together-tech » — une technologie conçue pour rassembler physiquement les personnes dans une même pièce.
« Nous ne voulions pas fabriquer un autre écran à fixer du regard », a déclaré Putnam dans un communiqué de presse. « Nous voulions construire quelque chose qui ramène les gens les uns vers les autres. » La société a été fondée en 2023 et est basée à New York.

Comment fonctionne Board : la technologie derrière la console
Un écran tactile qui reconnaît les objets physiques
Board, c'est d'abord un écran LCD de 27 pouces, inclinable, qui se pose à plat sur une table. L'écran est tactile et réactif. Mais la vraie innovation réside dans la technologie PieceSense.
Sous la surface de l'écran, un réseau de capteurs détecte les pions posés sur la table. Chaque pion possède des traces conductrices uniques sous sa base, ce qui permet au système de reconnaître exactement de quel pion il s'agit. Un fantôme ne sera pas confondu avec un trésor. Une épée ne sera pas prise pour un bouclier. Le système gère un nombre illimité de points de contact simultanés. Là où un iPad plafonne à dix doigts, Board peut suivre des dizaines de pions en même temps. Le tout sans latence perceptible.
Les détails techniques révélés par Fast Company indiquent que le pilote matériel a été développé sur mesure pour donner un accès complet au réseau de capteurs. C'est ce qui permet cette réactivité.

L'IA embarquée pour une expérience fluide
Board intègre un modèle d'intelligence artificielle dédié, capable de faire la différence entre un doigt qui touche l'écran, une main qui passe au-dessus, ou un bras qui effleure la surface. Cela évite les faux déclenchements pendant une partie animée.
L'IA sert aussi à personnaliser l'expérience. Selon les annonces de TechCrunch, la plateforme de création Board Studio, qui sera lancée plus tard cette année, permettra aux utilisateurs de créer leurs propres jeux en utilisant la reconnaissance vocale et visuelle. Un joueur pourra dire « je lance un sort de glace » et le système comprendra l'action. L'IA peut aussi adapter les scénarios en fonction des choix des joueurs, traduire des dialogues en temps réel, ou transformer des descriptions textuelles en règles de jeu.
Les jeux disponibles au lancement
Une bibliothèque de douze titres originaux
Board est livré avec sept jeux inclus dans le prix d'achat : Chop Chop, Snek, Space Rocks, Board Arcade, Cosmic Crush, Astrofort et Starfire. Chacun utilise des ensembles de pions physiques fournis avec la console. Vous pouvez découvrir la liste complète des jeux inclus sur la page produit de Board.
Ces jeux ont été conçus par des créateurs reconnus dans l'industrie. On trouve notamment des designers ayant travaillé sur Manifold Garden, Kami et 7 Wonders Duel. Le niveau de finition est celui d'un jeu vidéo, mais l'interaction reste celle d'un jeu de société.
Les jeux supplémentaires sont vendus à l'unité, entre gratuit et 34,95 dollars maximum. Pas d'abonnement mensuel — une différence majeure avec Mirror, qui facturait 40 dollars par mois pour ses cours de fitness. Au total, douze jeux originaux étaient prêts au lancement de la console en octobre 2025.

Des expériences qui mélangent les genres
Certains jeux de Board ressemblent à des classiques du plateau revisités. D'autres empruntent aux jeux vidéo d'arcade. L'idée est de créer des expériences qui ne pourraient exister ni sur un plateau en carton ni sur un écran classique. Par exemple, un jeu de type « escape room » où les joueurs manipulent des objets physiques pour résoudre des énigmes, tandis que l'écran affiche des indices animés et des mécanismes interactifs. Un autre jeu pourrait mêler stratégie au tour par tour et action en temps réel, le plateau physique servant de terrain de jeu principal.
La console a été sélectionnée comme « cadeau de la saison » par le magasin Camp, une enseigne spécialisée dans les jouets et les jeux. Board est disponible dans les points de vente Camp aux États-Unis, où la distribution physique est assurée depuis novembre 2025.
Board Studio : la plateforme de création ouverte
Donner les clés aux créateurs
Board Studio est la plateforme de création qui sera lancée dans les mois à venir. Elle permettra à n'importe qui de concevoir ses propres jeux pour Board, sans compétences en programmation. Les détails sur cette plateforme sont disponibles sur le site Board Studio, où l'entreprise présente ses ambitions pour l'écosystème créatif.
L'IA générative sera utilisée pour traduire des descriptions textuelles en règles de jeu, générer des graphismes et des animations, ou encore adapter un jeu existant à la plateforme. Les créateurs pourront également importer leurs propres visuels et sons. Un joueur pourra décrire verbalement un concept de jeu, et l'IA produira une version jouable en quelques minutes.
Un app store pour les jeux de société
À terme, Board prévoit d'ouvrir un magasin d'applications où les développeurs tiers pourront vendre leurs créations. C'est le modèle de l'App Store d'Apple, mais appliqué aux jeux de société numériques.
Les premiers partenaires sont déjà en place. Des studios de jeux indépendants travaillent sur des adaptations de leurs titres pour Board. L'objectif est de constituer une bibliothèque large et variée, pour que chaque foyer trouve son bonheur. Ce modèle de plateforme ouverte est la clé de la stratégie à long terme de Board, selon les informations de TechCrunch.
Le marché et le prix de Board
Un positionnement premium mais accessible
Board est vendu 499 dollars aux États-Unis, un prix promotionnel de lancement. Le tarif normal est de 699 dollars. À titre de comparaison, une console PlayStation 5 coûte 500 dollars, et un bon jeu de société de plateau peut atteindre 60 à 80 dollars. Board n'est pas donné, mais il remplace potentiellement plusieurs étagères de jeux de société. Avec la possibilité d'acheter des jeux individuels à la carte, le coût total peut rester maîtrisé.
La console est actuellement disponible uniquement aux États-Unis. Elle est expédiée avec un adaptateur secteur universel (100-240V), ce qui laisse présager une expansion internationale future. Board propose également des garanties étendues de deux ans (39,99 dollars) et trois ans, ainsi qu'une politique de retour sans risque de 30 jours.

Des ventes déjà solides
Selon TechCrunch, Board s'est déjà écoulé à plusieurs dizaines de milliers d'exemplaires. La console est présente dans des foyers, des écoles, des hôpitaux et des restaurants dans les 50 États américains.
Le taux d'engagement est impressionnant : 85 % des acheteurs jouent en moyenne plus de 30 sessions par mois. C'est un chiffre qui ferait pâlir d'envie n'importe quel éditeur de jeux vidéo. Cette fidélité précoce suggère que le produit répond à un besoin réel : celui de rassembler les gens autour d'une expérience partagée, sans les isoler chacun devant un écran individuel.
Les investisseurs et la vision à long terme
Un tour de table prestigieux
La levée de 20 millions de dollars en série A est menée par Union Square Ventures, un fonds new-yorkais connu pour avoir investi dans Twitter, Etsy, et Coinbase. Michael Mignano, partner chez USV, rejoint le conseil d'administration de Board. Les investisseurs providentiels incluent Biz Stone (cofondateur de Twitter), Tim Ferriss (auteur et investisseur), Scott Belsky (CPO d'Adobe et fondateur de Behance), Elan Lee (pionnier des jeux en réalité alternée chez Xbox) et Evan Sharp (cofondateur de Pinterest).
Au total, Board a levé 35 millions de dollars depuis sa création en 2023. La société est basée à New York et emploie une équipe d'ingénieurs et de designers. Le tour de table initial de 15 millions de dollars en seed avait été mené par Lerer Hippeau (qui avait également mené le tour seed de Mirror à 3 millions de dollars), First Round et Box Group.
Les ambitions de Board
Brynn Putnam ne cache pas ses ambitions. Elle veut que Board devienne un appareil aussi courant qu'une console de jeux ou qu'une tablette dans les foyers américains. Le marché des jeux de société est estimé à plus de 12 milliards de dollars dans le monde, et il est en croissance constante.
L'ouverture aux développeurs tiers via Board Studio est la clé de cette stratégie. Plus il y aura de jeux disponibles, plus la console sera attrayante. Et plus elle sera attrayante, plus les développeurs voudront créer pour elle. C'est le cercle vertueux classique des plateformes.
Board face à la concurrence
Une catégorie encore jeune
Board n'est pas le premier appareil à tenter de fusionner jeux de société et numérique. Le projet SquareOne de Wizama, lancé sur Kickstarter en 2020, propose une approche similaire avec un écran intégré à une table de jeu. Mais Board bénéficie d'un avantage : le pedigree de son équipe. Seth Sivac, cofondateur et ancien cadre de World of Warcraft, connaît l'industrie du jeu vidéo sur le bout des doigts. Ryan Measel, le CTO, apporte l'expertise technique nécessaire pour faire fonctionner PieceSense.
La société a été fondée en 2023 et est basée à New York. L'équipe combine des talents du fitness connecté (Mirror), du jeu vidéo (World of Warcraft) et du matériel électronique.

Pourquoi Board pourrait réussir là où d'autres ont échoué
Plusieurs start-up ont tenté de numériser le jeu de société. La plupart ont échoué parce qu'elles ajoutaient de la complexité sans valeur ajoutée. Board, au contraire, simplifie l'expérience : plus besoin de lire un livret de règles de 30 pages, plus besoin de compter les points à la main, plus besoin de ranger les pions dans des boîtes qui prennent la poussière.
Le prix est certes élevé, mais le modèle économique est sain. Pas d'abonnement, pas de publicité, pas de données personnelles revendues. On achète la console, on achète les jeux qu'on veut, et on joue. Les premiers chiffres de vente et d'engagement sont encourageants.
Conclusion
Board est une tentative sérieuse de réinventer la soirée jeux. Avec 35 millions de dollars levés, une équipe d'anciens de Mirror et de World of Warcraft, et une technologie qui fonctionne déjà, le projet a les moyens de ses ambitions.
Reste à voir si le grand public adoptera cette console hybride. Le prix de 499 dollars est un frein, mais l'absence d'abonnement et la qualité des jeux pourraient convaincre. Les premiers chiffres de vente et d'engagement sont encourageants.
Brynn Putnam a déjà prouvé qu'elle savait créer un produit hardware qui trouve son marché. Mirror s'est vendu à des centaines de milliers d'exemplaires avant son rachat. Board pourrait bien suivre le même chemin.