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Jeux Vidéo

Au revoir Delphine

Delphine Software, studio français créateur de Moto Racer et Flashback, disparaît. Entre pressions des distributeurs et gestion défaillante, une leçon pour le jeu vidéo français.

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Pourquoi Delphine Software a fermé ses portes

Le studio créateur des jeux Moto Racer, Darkstone et Flashback a souffert de plusieurs problèmes qui se sont conjugués :

L'échec commercial de Moto Racer 3

La sortie du dernier jeu, Moto Racer 3, non terminé, ne s'est pas vendue, suite à un Moto Racer 2 qui n'était pas convaincant non plus.

À noter que la sortie anticipée de Moto Racer 3 a surtout été provoquée par les pressions exercées par les distributeurs, en particulier Infogrames aux États-Unis.

Des distributeurs qui ont ensuite refusé de distribuer convenablement le produit aux États-Unis (la moitié des ventes espérées) sous prétexte que le jeu n'était pas bien fini !

Il faut en effet voir que les studios de création sont étouffés par des politiques de distribution souvent contradictoires de ces grosses sociétés (EA, Infogrames...).

De plus, la société ne récupère qu'un sixième des recettes, la plus grosse partie allant dans la poche du distributeur.

L'augmentation des coûts de production

L'augmentation des coûts de production pour les jeux « modernes » rend difficile la concurrence avec les gros studios américains.

Quand un EA est capable d'acheter des licences à prix fort, un studio de 50 personnes qui a la volonté de payer convenablement ses employés peut difficilement faire le poids.

La concurrence des pays émergents

La concurrence grandissante des studios des pays émergents — Europe de l'Est, Asie du Sud-Est pour les consoles — où les coûts de production y sont ridiculement bas, ce qui permet d'embaucher beaucoup plus de personnel.

Une gestion familiale défaillante

Une gestion « à la mode familiale » de la société : des coûts non optimisés relayés par des choix et des politiques salariales parfois fantaisistes en période de crise.

Quand un chef de projet gagne 15 000 euros par mois et que c'est précisément son projet fantaisiste et coûteux qui met en péril l'entreprise, il y a comme un défaut.

La plus grosse erreur étant de laisser la situation perdurer pendant plusieurs années tout en sachant que cela met en danger l'entreprise.

Quand on apprend ensuite que c'est ce même chef de projet qui fait échouer la seule tentative de rachat de la société, on doute de la capacité de l'entreprise à s'engager dans une gestion rigoureuse et professionnelle.

Les conséquences pour le jeu vidéo français

L'ensemble — politique non adaptée et contexte difficile — fait qu'une des sociétés les plus anciennes du paysage français du jeu vidéo va disparaître.

Une cinquantaine de personnes vont donc se retrouver au chômage alors que ces programmeurs et graphistes, tous passionnés, n'ont jamais rechigné à faire jusqu'à plus d'une centaine d'heures de travail effectif par semaine durant les périodes de bouclage.

Cette nouvelle disparition laisse le goût amer du gâchis qui aurait pu être évité.

Les studios français disparaissant, c'est aussi une partie du rayonnement culturel français qui disparaît et par là même de futures parts de marché dans d'autres secteurs, donc encore des emplois.

Comment sauver les studios français de la faillite ?

Pour éviter une véritable « désertification ludique » en France, il faut donc que les studios restants prennent conscience qu'il faut réagir avant tout en se remettant en cause.

Se remettre en cause, c'est revenir à ce qui a fait le succès des jeux français et arrêter de vouloir coller aux modèles asiatiques et américains : nos jeux ne sont pas les leurs.

Se remettre en cause, c'est aussi lutter pour que les pouvoirs publics donnent aux professions du secteur un cadre législatif qui les reconnaisse comme des professions qui innovent en participant activement à la fois à l'industrie française et à la création artistique française.

Reconnaître le jeu vidéo et le faire connaître comme un élément essentiel du patrimoine culturel est certainement la seule voie de sortie honorable et possible.

Si vous pensez que le jeu vidéo ne se limite pas aux reportages idiots de TF1 et de M6, soutenez l'association JIRAF qui se bat pour cette reconnaissance.

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aziz
aziz @aziz
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