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Jeux de rôle

Les jeux de rôles

Plongez dans l'univers des jeux de rôle (JDR) : des jeux de société où les joueurs explorent des mondes imaginaires guidés par un meneur de jeu. Fonctionnement, matériel et réponses aux idées reçues.

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Qu'est-ce qu'un jeu de rôle (JDR) ?

Comme son nom l'indique, un jeu de rôle (JDR en abrégé) est un jeu. C'est une activité ludique tout comme le sport, les cartes à jouer, le Monopoly, les indiens et les cow-boys, les voitures miniatures ou le Trivial Pursuit. Parmi les différents types de jeux pratiqués dans le monde, le JDR appartient à la famille des jeux de société. Il ne peut pas se jouer en solitaire et nécessite au moins deux, mais le plus souvent trois joueurs différents.

Quel matériel pour jouer à un jeu de rôle ?

Comme tous les jeux, un jeu de rôle ne se pratique pas sans un minimum de matériel. Pour jouer, il faut des feuilles de papier, des crayons, le plus souvent (sauf quelques rares exceptions) un générateur de hasard – fréquemment des dés ou des cartes à jouer – et des règles écrites à suivre et à respecter. Contrairement au Trivial Pursuit ou au Scrabble, les règles sont particulièrement consistantes et complexes. C'est pour cette raison qu'elles sont présentées sous la forme de livres volumineux et assez chers. D'autre part, avec un tel volume de pages, il est préférable de soigner la présentation, d'où la présence d'images et d'une mise en page généralement soignée.

Jeu de rôle, jeu vidéo, grandeur nature : quelles différences ?

Malheureusement pour les rôlistes (néologisme qui désigne les hommes et les femmes qui pratiquent ce type de jeu), le terme JDR est équivoque. Il a tendance à désigner toute une gamme de divertissements qui recouvrent des réalités bien différentes. Ainsi, certains types de jeux vidéo, certains livres spéciaux (les histoires dont vous êtes le héros), certains jeux comme le Paintball ou le Grandeur Nature sont communément appelés jeux de rôle. Cette généralisation, il est vrai loin d'être arbitraire, est particulièrement fréquente dans les médias et la conversation courante avec celui qui n'a jamais joué.

Le JDR dans sa définition stricte est un jeu de société qui se déroule autour d'une table entre un certain nombre de joueurs (au minimum deux, généralement trois pour qu'il soit divertissant, et parfois jusqu'à 8 joueurs différents), disposant de règles écrites, précises, et requérant l'utilisation de feuilles de papier (vierges ou fournies par le jeu) et de crayons. Ce n'est donc pas un jeu vidéo (Final Fantasy VIII n'est pas un JDR dans la définition stricte, c'est un autre type de jeu) ni un jeu qui requiert un déplacement des joueurs en extérieur, et il ne nécessite aucune aptitude ou activité physique particulière (le Paintball n'est pas un JDR, ni le Grandeur Nature).

Aussi, le JDR nécessite un local (il se pratique en intérieur) et du matériel. Ainsi, si vous entendez que quelqu'un assassine un individu en pratiquant un jeu de rôle, c'est neuf fois sur dix une utilisation extensive du nom. Autrement dit, ne confondez pas tout. Le livre que vous avez acheté à votre fils ne lui proposera jamais de courir dans la rue pour agresser vos voisins, ou d'aller profaner quelques tombes. Les seuls contacts physiques permis par le jeu de rôle sont identiques à ceux d'une partie de tarot ou de belote.

Comment fonctionne une partie de jeu de rôle ?

En fait, la meilleure définition du jeu de rôle a été donnée par un article de la revue Casus Belli :

Le jeu de rôle est l'expression du libre arbitre dans un espace de simulation.

De quoi s'agit-il concrètement ? Les règles (très fréquemment sous la forme d'un livre ou d'une boîte) décrivent un espace de simulation. Cet espace peut être une ville, un continent, un pays, une époque. Il n'y a aucune limitation à cet espace, ce qui rend le jeu très riche contrairement à la plupart des jeux de société.

Prenons une analogie afin d'éclairer ce qui est entendu par espace de simulation. Dans le Trivial Pursuit, l'espace de simulation est l'ensemble des questions et des possibilités de déplacement sur le plateau. Vous lancez un dé, vous choisissez la question suivant la possibilité et vous y répondez. Dans le cadre du poker, par exemple, l'espace de simulation est représenté par l'ensemble des mains que vous pouvez fabriquer, de la paire à la quinte flush. Cet espace est donc assez réduit.

Dans un jeu de rôle, l'espace de simulation peut prendre la forme du monde moderne, d'une ville et de ses habitants ou de tout un monde imaginaire. L'espace est essentiellement plus grand (sans comparaison avec tous les autres jeux, y compris les jeux vidéo). Conséquence immédiate : une partie de JDR peut durer une après-midi entière sans que les joueurs se lassent. Si la partie est intéressante et divertissante, elle peut s'étendre sur plusieurs jours entiers. Comme généralement les joueurs ont des obligations, il est assez peu fréquent de jouer trois ou quatre jours consécutifs et les parties se répartissent sur plusieurs semaines, un samedi après-midi par exemple.

Le meneur de jeu et les joueurs

L'autre conséquence de cette immensité de possibilité ludique est la distribution des rôles. Contrairement à la plupart des autres jeux, les joueurs ont des rôles asymétriques. C'est-à-dire que l'un des joueurs a en particulier la responsabilité de vérifier que les règles sont respectées et d'expliquer et d'entretenir l'espace de simulation. Ce joueur spécial, qui tient à la fois de l'arbitre et de meneur (dans le sens où il doit décrire ce qui entoure les personnages et les interactions entre ces derniers et l'espace de simulation), porte le nom de meneur de jeu, autrefois appelé maître du jeu. Maître signifiant tout simplement qu'il est arbitre et qu'il décrit l'espace de simulation.

Les autres joueurs quant à eux ont pour plaisir d'entrer dans l'espace de simulation et d'y agir. Ils y décrivent leurs mouvements et le meneur détermine les réponses de l'espace de simulation. C'est exactement comme dans un match de foot où il faut un arbitre pour surveiller le comportement des deux équipes, à l'exception fondamentale que le meneur ne se contente pas simplement de surveiller l'application des règles mais qu'il doit également réaliser toutes les interactions avec l'espace de simulation. Autrement dit, le meneur doit aussi raconter, décrire et jouer les personnages de l'espace qui ne sont pas à la charge des autres joueurs. C'est un rôle différent et beaucoup plus compliqué qu'un simple arbitre – il joue et prend du plaisir tout comme les autres.

L'espace de simulation en pratique

Imaginons que l'espace de simulation soit le monde des années 20 (cas du jeu Cthulhu, l'un des JDR les plus joués en France). Le meneur décrit une situation et les joueurs décident de ce qu'ils vont faire ; en retour, le meneur décrit les conséquences des actions.

Tout se passe par analogie exactement comme dans une partie de tarot. Un des participants distribue les cartes, puis les joueurs déterminent lors du tour de table qui prend le chien et à quel enjeu se fait la partie. Une fois la phase préparatoire terminée, le premier joueur choisit la carte qu'il joue, élection qui dépend de son propre jeu, d'une alliance qu'il aurait contractée, etc.

Dans notre cas, le meneur de la même façon explique la situation (distribution des cartes) : « Vous êtes sur un transatlantique et la tempête gronde. » Les joueurs chacun leur tour décident de ce qu'ils vont faire. Le premier décide de rentrer dans sa cabine (première carte jouée) et le second d'aller au bar du navire. Le meneur explique au premier que sur le chemin il rencontre une jolie femme aux cheveux coupés à la garçonne qui semble chercher son chapeau. Le joueur décide de lui parler, etc., etc. Vous comprenez mieux à présent ce que j'entends par un espace de simulation considérable ?

Les trois piliers du jeu : rôle, règles et scénario

Toutefois présenté ainsi, le jeu est incomplet. Interviennent également trois facteurs supplémentaires afin de le rendre plus divertissant : le rôle, les règles et l'histoire ou scénario (dans le jargon habituel des joueurs).

Le rôle est tout simplement un certain nombre de paramètres choisis par le joueur en accord avec les règles (généralement toute une section est destinée à cela) afin de choisir si le joueur sera dans l'espace de simulation plutôt grand, beau, pauvre, etc. Ce choix est organisé de manière extrêmement diverse suivant la nature du jeu. Parfois l'élection de ces paramètres (appelées caractéristiques dans le jargon) se fait au hasard ou sont tout simplement choisis par le joueur. C'est la phase de la création de personnage, gérée par les règles du jeu.

Quel peut être l'intérêt ? L'intérêt est double. D'une part, il permet de savoir dans la suite du jeu si vous pouvez agir comme vous le désirez (de la même façon que dans le jeu de tarot, si vous n'avez pas le roi de pique, vous ne pouvez pas jouer la carte ; dans un jeu de rôle, si vous n'êtes pas agile, vous ne pouvez pas répondre au meneur de jeu : « Je tente de sauter par-dessus le mur que tu m'as décrit »). D'autre part, elle permet une grande variété de comportements différents à chaque partie réalisée par un même joueur, ce qui rend l'espace de simulation plus varié encore.

Les règles constituent l'ensemble des lois et techniques qui permet au meneur de jeu de savoir et de définir si les actions entreprises par les joueurs sont réussies ou non. Tous les jeux ont des règles, le JDR également.

Le scénario est l'âme du jeu. L'idée est très simple : dans un espace de simulation très grand, les joueurs nécessitent un objectif à réaliser afin de donner une certaine ligne de conduite. Ce n'est absolument pas différent d'un jeu de tarot où l'objectif est de marquer le plus de points. Dans un jeu de rôle, l'objectif est donné par le scénario. La différence toutefois avec un jeu plus traditionnel est que les joueurs ne savent pas forcément l'objectif – ils doivent le deviner grâce aux pistes données par le meneur de jeu, généralement sous le thème d'une enquête.

Pourquoi les jeux de rôle sont-ils si passionnants ?

Je crois que oui, il y a du plaisir à jouer. Je dirais même plus : de tous les jeux, le JDR est l'un sinon mon préféré. Cela semble toujours un peu curieux pour les débutants et les spectateurs qu'une bande de trois joueurs avec un peu de matériel puisse passer autant de temps à une activité ludique et tant d'énergie pour ce jeu. C'est tout simplement parce que le jeu est intéressant et très divertissant.

Il me sera difficile d'en expliquer les raisons, mais je m'attacherai surtout à un certain point. Le joueur ou le meneur sont interactifs, à savoir qu'ils prennent des décisions libres mais toujours sous certaines contraintes, ce que ne permettent pas les autres jeux de société. Il y a du libre arbitre dans un JDR, libre arbitre qui ne se retrouve nulle part ailleurs. C'est un caractère divertissant. La liberté est loin d'être totale, le jeu est même particulièrement coercitif, mais les obligations sont moins sensibles que dans un jeu de tarot ou un jeu d'échecs. C'est une expérience intéressante.

Les jeux de rôle sont-ils dangereux ?

Dangereux ? Généralement, les JDR ont acquis une désagréable réputation d'être des jeux dangereux provoquant des comportements anti-sociaux (assassinat, suicide, hallucinations, etc.). Ainsi, on parle assez fréquemment d'un élève ayant attaqué son professeur en se prenant pour une incarnation de Conan le Barbare, ou d'une personne qui saute d'un immeuble parce qu'il s'imaginait pouvoir voler. La réponse communément citée parmi toute une gamme d'explications à ces comportements est la suivante : « il jouait au jeu de rôle ». Est-il réellement dangereux ?

Critique du traitement médiatique

D'abord, j'aimerais apporter deux éclaircissements importants. D'une part sur les méthodes journalistiques qui traitent des faits (essentiellement en télévision, les articles de revue sont généralement bien mieux documentés) et d'autre part sur l'utilisation extensive du nom.

En général, ne croyez pas ce que l'on dit à la télévision lorsqu'il s'agit d'un traitement d'une affaire comme celle-ci. Les journalistes ont tendance à chercher l'émotion et le dramatique, aussi les explications et les dialogues sont-ils absolument pauvres à tous les niveaux. « Ce garçon s'est tué, il jouait au JDR. » Les journalistes auraient pu dire : il jouait du piano ou pratiquait des sports violents, ou lisait Balzac. Autrement dit, l'explication n'est pas une explication et n'importe quel étudiant en sociologie devrait mort de rire en entendant ce type de commentaire.

Ce type de commentaire inintéressant n'apporte aucune information sur ce qu'il s'est passé et a pour but (conscient ou non de la part du journaliste) de rendre l'acte encore plus incompréhensible, histoire d'y mettre un peu plus d'émotion. Classique de la télévision et dangereux pour l'esprit.

La confusion des genres

D'autre part, comme je l'ai précisé plus haut, JDR dans le langage de la télévision désigne à peu près 4 sortes de jeux différents qui ne se ressemblent pas. Autrement dit, méfiez-vous avant de prononcer un jugement et cherchez à savoir quel jeu est traité.

Utilisant encore une analogie, c'est comme si je disais qu'un garçon a violé une petite fille par jeu. L'information paraît claire mais elle ne l'est pas. Citée ainsi (comme il est fréquent en télévision), nous ne savons pas quel type de jeu ils pratiquaient. Jouaient-ils aux cartes ? Une espèce de strip-poker ou simplement au docteur ? Dans les deux cas, les conditions du viol sont largement différentes. Autrement dit, méfiez-vous de votre jugement car il est basé sur des faits volontairement chargés d'une dimension émotive, ce qu'un directeur de cinéma espagnol appelle la « pornographie sentimentale ».

Un jeu pas plus dangereux qu'un autre

Il reste en revanche quelques cas qui touchent précisément le JDR dans le sens strict auquel je l'ai employé. Aussi devons-nous nous poser objectivement la question. Étant seulement historien de l'Université de Tours, je ne peux pas vous répondre a priori sur le caractère médical de l'affaire qui est de l'ordre de la psychiatrie ou de la psychologie. Toutefois, ayant joué presque 10 ans et jouant encore quand le temps me le permet, je peux apporter mon expérience ludique au problème.

Le JDR n'est pas, à mon avis, un déclencheur et il n'est pas plus dangereux que le Trivial Pursuit, à condition de respecter un point : pratiquer le JDR dans les règles. Mais cette dérive est commune à tous les jeux et non spécifiquement liée à la nature du jeu de rôle. D'autre part, je doute que l'on puisse croire que les 100 000 pratiquants de ce jeu en France sont tous des psychopathes en puissance.

Les qualités du jeu de rôle

Le JDR à ce sujet présente plusieurs défauts et plusieurs qualités qui ont tendance à se neutraliser. Les qualités résident dans la communauté des joueurs : comme vous jouez à plusieurs et jamais seul, les autres joueurs ont leur mot à dire et finalement les orientations psychotiques doivent être neutralisées par les autres. N'oubliez pas que c'est un jeu d'interaction – les autres joueurs ont leur mot à dire et les décisions prises par un joueur en particulier sont l'objet d'une discussion et d'un traitement collectif, y compris celles du meneur de jeu.

Une autre qualité du JDR est son caractère éducatif. Maîtriser la lecture de 150 pages de règles, établir des rapports historiques, se documenter et déplacer les interactions violentes dans un autre contexte nécessite tout au contraire un parfait intérêt pour le monde, la culture et l'actualité. Le JDR est socialisant dans la mesure où les joueurs forment une communauté et qu'ils utilisent le monde réel comme support à l'imaginaire. L'imaginaire n'est jamais issu a priori mais tout au contraire emprunté à l'ensemble de la réalité. Il permet l'apprentissage de la critique et de l'ouverture d'esprit.

Un défaut du jeu est son caractère technique tenu à son vocabulaire. Les termes utilisés sont complexes et je comprends l'étonnement suscité chez un non-pratiquant lors d'une discussion entre rôlistes. Toutefois, cela ne me semble pas plus différent que d'écouter une discussion entre joueurs d'échecs, entre mathématiciens ou d'un discours sur une quelconque activité partagée.

Conclusion

Comme tout caractère ludique, le JDR a ses avantages et ses défauts. Parmi l'ensemble des jeux de société, je le trouve le plus intéressant, le plus expressif et le plus divertissant. C'est évidemment un avis personnel et il est possible qu'il ne soit pas partagé par tout le monde. Néanmoins, il ne mérite pas un traitement différent qu'une partie de Monopoly. Somme toute, il ne s'agit que d'un jeu et doit être traité comme tel.

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octera
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