Depuis le début des années 1990, plusieurs sociétés et dynasties allemandes ont fait, bon gré mal gré, leur examen de conscience, en espérant notamment améliorer leur image. Voici comment Zeppelin, Volkswagen, Bertelsmann, Continental et les familles Reimann et Quandt ont levé le voile sur leur collaboration avec le régime nazi.

Le Zeppelin, propagande nazie sortie de l'ombre
Le musée Zeppelin de Friedrichshafen présente en 2026 l'exposition « Gefühlte Wahrheiten. Zeppeline und Nationalsozialismus ». Elle démontre que les dirigeables ont servi d'outil à la propagande nazie, et non la paix comme la légende le disait. L'aventure Zeppelin commence avec Ferdinand Graf von ZEPPELIN dit le "Comte fou".

Le LZ 129 Hindenburg, long de 245 mètres, survola Manhattan en août 1936 avec une croix gammée sur l'empennage. Le Figaro publiait cette photo le 11 juillet 2026. Le dirigeable portait le nom de Paul von Hindenburg, président du Reich de 1925 à 1934. Adolf Hitler, au pouvoir depuis trois ans, en fit un outil de propagande intérieure et extérieure.
L'exposition, pour les 30 ans du musée, réunit 200 objets. Elle déconstruit les « vérités ressenties », comme l'idée que les croix gammées étaient peintes à contrecœur ou que les dirigeables ne servaient qu'au trafic aérien pacifique.
Volkswagen, de la voiture du peuple au travail forcé
Volkswagen, qui affronte aujourd'hui des restructurations majeures (article), naît d'un projet nazi. En juin 1934, Ferdinand Porsche est chargé de développer la « Volkswagen ». La Deutsche Arbeitsfront fonde la société le 28 mai 1937, pose la première pierre le 26 mai 1938 et renomme l'entreprise Volkswagenwerk GmbH le 16 septembre 1938. Pendant la guerre, l'usine recourt aux travailleurs forcés.
En 1998, le groupe crée un fonds humanitaire pour les victimes. Le 17 décembre 1999, il ouvre sur le site de Wolfsburg un mémorial du travail forcé, exposition permanente révisée.
Bertelsmann et Continental, piliers de l'effort de guerre
Le 7 octobre 2002, une commission indépendante dirigée par l'historien Saul Friedländer publie ses conclusions sur Bertelsmann. Le groupe est devenu le premier éditeur de la Wehrmacht pendant la guerre, a financé les SS par l'intermédiaire de Heinrich Mohn et a employé des travailleurs forcés.
En août 2020, une étude commandée par Continental à l'historien Paul Erker conclut que le groupe, premier fabricant mondial de caoutchouc, fut la « colonne vertébrale » de l'économie de guerre nazie et utilisa environ 10 000 travailleurs forcés. Un dirigeant, Hans Odenwald, déclara à leur sujet : « Lorsqu'ils seront morts, on en prendra d'autres. »
Les familles Reimann et Quandt, l'argent et le sang
Le 24 mars 2019, le porte-parole de la famille Reimann, Peter Harf, reconnaît que la famille — deuxième fortune d'Allemagne avec environ 33 milliards d'euros via JAB Holding — a soutenu le nazisme et utilisé le travail forcé. Elle a commandé une étude à l'historien Paul Erker et promis un don de 10 millions d'euros.
Après un documentaire de la NDR en 2007, la famille Quandt commande une étude à l'historien Joachim Scholtyseck. Publiée le 22 septembre 2011, elle établit que Günther Quandt fut un industriel nazi lié inséparablement aux crimes du régime et employa quelque 50 000 travailleurs forcés.
Ces reconnaissances tardives s'inscrivent dans un mouvement entamé au début des années 1990, souvent bon gré mal gré, sous la pression de l'opinion, des historiens et des procès. Plusieurs sociétés et dynasties ont espéré, en commanditant des études indépendantes et en présentant des excuses, améliorer leur image tout en confrontant leur passé.

La mémoire de la collaboration économique avec le nazisme reste toutefois un chantier inachevé. En 2026, le musée Zeppelin de Friedrichshafen marque un point d'orgue de cette tendance avec l'exposition « Gefühlte Wahrheiten. Zeppeline und Nationalsozialismus », qui démonte l'instrumentalisation des dirigeables par la propagande nazie. Comme les cas Volkswagen, Bertelsmann, Continental ou des familles Reimann et Quandt, cet exemple récent souligne que la levée du voile interroge encore la mémoire nationale allemande.