Longtemps avant les gratte-ciel et les avions, Dubaï était une petite ville côtière organisée autour de l'eau. Son histoire de hub mondial commence sur la Creek, ce bras de mer qui traverse la ville, et se poursuit par une série d'investissements qui ont transformé le commerce maritime en connexion aérienne.

Un port né sur la Creek
En 1833, environ 800 membres de la tribu Bani Yas conduits par Maktoum ben Butti s'installent à l'embouchure de la Creek. C'est l'acte fondateur de la dynastie Al Maktoum, qui règne encore aujourd'hui.
Avant le pétrole, l'économie de Dubaï repose sur la pêche aux perles, la pêche et le commerce maritime. Depuis la Creek, les boutres relient le Golfe, l'Inde et l'Afrique de l'Est. Le port vit de ces échanges et de la réexportation : on y importe, on y stocke, on y revend vers la région.

Ce modèle se brise dans les années 1930. La Grande Dépression fait chuter la demande, tandis que les perles de culture japonaises dévastent l'industrie perlière traditionnelle. Dubaï doit se diversifier et se tourne davantage vers l'or et le commerce de réexportation.
Un pétrole modeste investi dans les infrastructures
Le tournant suivant arrive sous Cheikh Rachid ben Saeed Al Maktoum, au pouvoir de 1958 à 1990, souvent décrit comme le père du Dubaï moderne. Il choisit d'utiliser les ressources limitées de l'émirat pour construire des infrastructures capables d'attirer le commerce.
Le pétrole est découvert à Dubaï en 1966, plus tard que chez ses voisins. Contrairement à Abou Dhabi, Dubaï ne dispose que de réserves modestes. Les revenus pétroliers servent donc de levier pour financer la transformation, pas de rente durable.
Trois chantiers posent les fondations : le premier aéroport en 1960, le dragage de la Creek en 1961 pour accueillir des navires plus grands, puis Port Rashid en 1972. Sur ordre du cheikh donné dès 1959, l'aéroport international de Dubaï ouvre le 30 septembre 1960 avec une tour de contrôle rudimentaire et un petit terminal. Le décollage est rapide : en 1969, neuf compagnies y desservent déjà vingt destinations.
Emirates et la consécration comme hub aérien
L'étape décisive est le choix de l'aviation comme outil de diversification. En 1985, le gouvernement de Dubaï lance Emirates avec deux avions, dans l'idée d'en faire un transporteur connecteur : faire transiter par Dubaï des passagers voyageant entre l'Europe, l'Asie, l'Afrique et le Moyen-Orient.
La stratégie fonctionne. En 2014, Dubaï devient le premier hub de correspondances internationales au monde, en détrônant l'aéroport de Londres-Heathrow. Depuis, l'aéroport DXB a conservé le titre de premier aéroport mondial pour le trafic international de passagers, avec une capacité portée à 115 millions de passagers par an, selon l'autorité de l'aviation de Dubaï.
Aujourd'hui, le pétrole contribue à moins de 1 % du PIB de Dubaï. L'économie s'est diversifiée vers le tourisme, l'aviation, l'immobilier, la finance et la technologie. L'aviation et son écosystème - compagnies, aéroports, flux touristiques, logistique et activités qui en dépendent - contribuent à environ 27 % du PIB de l'émirat, selon les études d'impact récentes. L'aviation y est donc bien plus qu'un secteur : c'est la plateforme qui structure la croissance.