Arlette Testyler, née Reimann, est morte le 12 juin 2026 à Paris, à 93 ans. Rescapée de la rafle du Vél'd'Hiv de 1942, elle était l'une des dernières voix françaises à témoigner de la Shoah. Pendant près de 30 ans, elle a transformé la mémoire d'une enfant raflée en un devoir de transmission.

De la survie à l'engagement
Née le 30 mars 1933 dans le 12e arrondissement de Paris, Arlette Reimann grandit dans une famille de fourreurs juifs polonais. Son père, Abraham Reimann, est arrêté lors de la rafle du « billet vert » en mai 1941, interné à Pithiviers puis déporté à Auschwitz, où il est assassiné. Le 16 juillet 1942, lors de la rafle du Vél'd'Hiv, sa mère Malka et ses deux filles sont arrêtées et internées au camp de Beaune-la-Rolande. Malka parvient à les faire sortir du camp en révélant aux gendarmes l'existence de biens cachés dans l'atelier de fourrure familial. Mère et filles sont alors cachées à Vendôme, chez Jeanne et Jean Philippeau, reconnus ensuite comme Justes parmi les Nations par Yad Vashem. La guerre terminée, Arlette Reimann épouse Charles Testyler, lui aussi rescapé de six camps de déportation dont Auschwitz, et reprend l'atelier de fourrure familial.
Le silence brisé en 1995
Pendant plus de cinquante ans, Arlette Testyler ne parle pas publiquement de son histoire. Le tournant survient en 1995, lorsque le président Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de l'État français dans la déportation des Juifs de France. Elle fait alors du témoignage une mission.

Elle devient présidente de l'Union des déportés d'Auschwitz. Avec Charles, elle publie en 2012 « Les Enfants aussi ! » et en mai 2024 « J'avais 9 ans quand ils nous ont raflées », coécrit avec Alexandre Duyck. Ensemble, ils parcourent la France pour s'adresser à des collégiens, des lycéens et des étudiants. Elle retourne à Auschwitz à plusieurs reprises avec des groupes d'élèves. En 2025, elle se bat pour que la municipalité de Vendôme honore la mémoire des époux Philippeau, s'indignant que le maire veuille repousser la cérémonie en raison du contexte géopolitique. La cérémonie a finalement lieu en juin 2025, en présence de l'ambassadeur d'Israël.
Un témoignage vivant pour les nouvelles générations
Les mots d'Arlette Testyler
La force de son témoignage tenait dans sa capacité à relier l'histoire personnelle à un appel à la responsabilité des vivants. Elle répétait : « Je suis née deux fois : une fois à la naissance, et une autre fois grâce à des personnes qui m'ont sauvée. » Cette « seconde naissance » alimentait un impératif de parole : « Pourquoi c'est important d'en parler ? Parce que si on n'en parle pas, ils meurent une deuxième fois. »

En hommage aux Justes parmi les Nations, elle a déclaré : « Je veux appeler l'Histoire pour repousser l'ombre froide de l'oubli et de l'ignorance. Désormais, la mémoire est une ligne de résistance, car la vague remonte, en particulier en Europe. »
Le dernier message aux jeunes
En novembre 2024, devant 2 000 élèves au théâtre de Champagne à Troyes, elle a donné ce qui restera son dernier témoignage public : « Je suis là, c'est pour faire passer un message. Je compte sur les gens pour faire vivre ceux qui n'ont pas de tombe. » Quelques jours plus tôt, à Saintes devant des collégiens et lycéens, elle avait lancé : « On est les dinosaures de la Shoah, vraiment les derniers. C'est vous qui, plus tard, témoignerez face à ceux que l'on appelle des révisionnistes. Je compte sur vous. Vous serez ma mémoire. »
Elle y avait aussi interpelé les jeunes : « J'ai très peur de cette jeunesse qui ne sait parler qu'en se battant. Arrêtez avec vos téléphones et vos ordinateurs ! Parlez-vous ! »
Les retours d'élèves et d'enseignants, relayés par les organisateurs, évoquent une « émotion profonde » et une prise de conscience durable. Son travail s'inscrit dans un effort plus large de transmission mémorielle aux nouvelles générations, comme celui engagé à Nice après l'attentat du 14 juillet 2016, où la mémoire se construit directement avec les jeunes.
Ce qui reste quand les témoins se taisent
Le Mémorial de la Shoah et l'INA l'ont saluée comme « l'une des dernières grandes voix françaises de la mémoire de la Shoah ». Ariel Goldman, président du Fonds social juif unifié, a réagi à son décès : « Après son mari Charles et avec elle s'éteint une voix essentielle de notre mémoire collective, celle d'une enfant du Vél'd'Hiv devenue, tout au long de sa vie, une combattante de la mémoire. »
Chaque disparition comme la sienne creuse un vide dans la chaîne de transmission directe, celle du témoin qui a vécu les faits. Ce vide se fait sentir dans un contexte où la mémoire reste attaquée. Le 16 juillet 2026, jour du 84e anniversaire de la rafle du Vél'd'Hiv, une plaque rendant hommage au couple de Justes parmi les Nations Arsène et Angèle Richard a été vandalisée dans le 12e arrondissement de Paris — le même arrondissement où la famille Reimann avait été arrêtée.
Arlette Testyler le savait : « D'en avoir parlé, ça fait revivre. » Sa voix éteinte, c'est désormais aux enseignants, aux historiens et à chacun de faire vivre ceux pour qui elle s'est battue.