
Je n'ai plus beaucoup de temps. Je dois agir vite. Il faut à tout prix que je me libère de ces chaînes qui m'entravent, qui m'emprisonnent dans ma tête, là où règne le chaos le plus total. Là où résonnent ces marteaux incessants qui frappent rageusement les cordes délabrées d'un piano désaccordé, narguant sans relâche le peu de raison qu'il me reste. Suit à cela un néant de pensées et d'émotions incontrôlées qui tournoient dans mon esprit, à la recherche d'une échappatoire, d'une voie les libérant de l'immonde cage qui les séquestre. Sans raison d'être, mais à l'affût de la moindre parcelle de cohérence.
Cohérence ? J'ai depuis bien longtemps oublié le sens de ce mot. Aujourd'hui, une unique solution s'offre à moi, une unique porte de sortie. Cela semble si facile, si rapide... Mais en même temps tellement difficile à accomplir. J'ignore si j'en aurai le courage, mais déjà, à l'approche de ce geste fatidique, mon cœur s'affole et tente de s'éclipser de ma cage thoracique. Mon cerveau s'agite frénétiquement à la recherche d'un bon sens inexistant. Je me rassure. Je me parle à moi-même, et mes pensées résonnent douloureusement dans le néant qui a pris possession de mon esprit. Puis, je me convaincs et trouble l'onde qui se perd dans l'obscurité présente en moi. Je suis sûre et je n'ai plus peur. Je suis prête à quitter cette terre immonde, souillée par la stupidité humaine. J'ai trop longtemps renié le funeste destin qui m'était promis.

Je suis bien à présent. Après avoir tellement craint ces gestes qui me seront fatals, je les accomplis presque avec une certaine assurance. Je saisis le poignard aiguisé et l'appuie contre mon poignet gauche, sale et amaigri. Je sens le métal froid de la lame déchirer ma chair, et la précieuse substance qui me permet de vivre jaillit de la plaie béante. Maintenant, mes deux poignets ruissèlent d'un liquide carmin qui n'est que mon propre sang. Ma vie s'échappe au même rythme fou. Les marteaux fracassants qui résonnent dans ma tête redoublent d'intensité, torturant mes tympans et ma raison. Mon cerveau implose, et mon cœur se dissout. Suis-je morte ? Non, je ne crois pas. Pas encore. Mais ça ne saurait tarder. Soudain, alors que ma souffrance atteint son apogée, je me retrouve devant la triste et fatale réalité. Elle m'apparaît, et pour la toute première fois, je suis face à l'inévitable vérité.
Pendant toutes ces années, j'ai vécu dans l'ombre de mon inconscient. Mon esprit était morcelé par la peur de l'inconnu. J'avais peur d'avoir peur, de souffrir. Ma tête s'est retrouvée assaillie par un néant de tourments sans fin, un vide que seulement aujourd'hui, alors que ma vie fuit inexorablement, je commence à combler. J'entraperçois les réponses à mes questions dénuées de sens. Mes neurones affaiblis se connectent une toute dernière fois.

J'en arrive à une triste conclusion. La mort, sans être une fatalité, n'est pas la solution. Ce n'est pas la clé espérée de tous mes problèmes non résolus. Pourquoi devrais-je offrir mon enveloppe charnelle aux ténèbres et me complaire en laissant mon âme tourmentée errer dans l'inconsistance de mes regrets ? Et maintenant seulement, je comprends. Je ne fais que prendre la fuite. Je m'abaisse devant les difficultés de ce monde et cela m'attriste. J'aimerais tant revenir en arrière et tout recommencer. Mais la vie me quitte. Je le sens, désormais plus aucun retour n'est possible, je suis condamnée.
Car déjà, la Mort étend son ombre néfaste sur mon corps, guettant le moment fatidique où elle pourra s'emparer de moi.
J'ai écrit ce texte il y a pas mal de temps. Je sais qu'il ressemble beaucoup à mes autres textes publiés, mais je ne l'avais pas écrit en le pensant comme une histoire cohérente. Je voulais juste sortir ce que j'avais dans la tête. Voilà, je vais envoyer d'autres textes plus récents.