
Avant, j'écrivais sur un vulgaire papier qui passait la plupart du temps à la trappe... mais à quoi ça sert finalement si personne ne lit ? Il n'y a que moi pour relire toutes ces conneries ! Et la rage que j'ai déversée sur le papier me revient en pleine figure et me frappe de plein fouet. Alors c'est sur toi que tout ça tombe aujourd'hui...
Sais-tu ce que ça fait ? Cette rage qui te ronge, te dévore, et qui se traduit par une déprime sans fin qui te bouffe, te tue à petit feu, et contre laquelle tu ne peux rien ? « Et les psys ? » vas-tu me répondre à juste titre... Foutaises ! Ne crois-tu donc pas que j'ai essayé ? Ne crois-tu donc pas que j'ai TOUT essayé ?
Marre d'être la victime
Marre de prendre des gens au hasard dans ma vie pour les rendre responsables, pour trouver un bouc émissaire... ces gens qui vous voient être très mal, dans les pires états... et qui ne trouvent rien à dire. Qui se prennent tout dans la gueule sans jamais rien comprendre. Je ressens à peine le besoin de m'excuser ensuite, car, après tout, c'est moi la victime ! N'est-ce pas ? C'est comme ça que l'on me considère : une victime, parmi tant d'autres... ce regard qui vous plaint, qui ne se rend pas compte qu'il vous fait encore plus de mal.
Les infirmières à l'hôpital qui se demandent à peine pourquoi vous avez réellement pris tous ces médicaments, qui se contentent de vous enfoncer cette putain de sonde dans la gorge pour faire passer ce foutu produit que vous vous obstinez à vomir quand vous l'avalez normalement... Évidemment, c'est le produit qui vous sauvera. Mais ces infirmières, elles vous plaignent, ça c'est certain ! Mais il y en a d'autres... car après tout, cela arrive à tant de jeunes filles. Et oui, à force de traîner sur internet, de rencontrer ces vieux dégueulasses qui au fond ne vous font pas grand-chose, mais qui vous pourrissent le cerveau, le cœur, le moral pour le reste de votre vie.
Suis-je la coupable ?
Alors, vas-tu me dire « pourquoi ne t'en prends-tu pas au véritable coupable ? » Peut-être que dans cette histoire, c'est moi la coupable (oui oui je me contredis, je suis victime, coupable, et complètement folle...). Même à 13 ans, on a une vie, et des envies. Et quand on rencontre un homme malheureux, on le console... et de fil en aiguille on se retrouve sur ses genoux, figée, transie de peur, et les remords viennent car on se doute de ce qui va arriver.
Et soudain ces 22 ans de différence qui apparaissent marqués au fer rouge dans l'esprit... Mais ne l'ai-je pas cherché ? N'est-ce pas moi qui ai insisté pour le voir ? N'est-ce pas moi qui lui ai envoyé ces photos en tenue plus ou moins légère ? N'est-ce pas moi qui ai fait le premier pas, ce fameux samedi matin, en lui disant mes premiers mots sur ce stupide tchat ?
Comment reprendre une vie normale ?
Pendant un an, mentir au monde entier... Sur le moment c'est facile car on sait que ce serait pire si « ils » savaient... quelle honte, quelle humiliation. Mais quand on se retrouve à l'hôpital, devant tous ces médecins et ses parents, inquiets, surpris, dans une incompréhension totale ? Peut-on encore mentir en regardant tout ce beau monde en face ? Le ferais-tu ?
Comme moi, tu essaierais de te dire qu'il y a bien pire dans la vie, mais quelque part tu préfères tous les malheurs du monde à ces cauchemars qui hantent tes nuits et ces regards... de profonde pitié. Ces adultes qui ne comprennent pas ce que tout ça fait. Ou ces autres ados qui te racontent que, eux aussi, parfois ils sont déprimés, car leur petit(e) ami(e) les a largué la veille... et ils voudraient que tu les plaignes ! Et tu n'as même pas la force de leur cracher à la gueule ou de leur crier ta douleur... car toutes tes pensées sont obsédées par « lui », ses mains sur ton ventre ou cette bouche qui te paraît immonde sur la tienne qui te paraît encore bien pire...
Tout va bien... en apparence
Tu ne vas pas me croire si je te disais que tout va bien. Et tu aurais raison. Mais seulement tout le monde n'est pas toi, car je ne parle à personne d'autre. Pour tout le monde, je vais bien ! Tout va bien dans le meilleur des mondes, tout ceci n'est qu'une vieille histoire enfouie qu'il ne faut surtout pas ressortir...
Je vais bien. À bientôt. Oui à bientôt, car je t'aime bien. J'aime bien parler avec toi, car tu ne me fais aucun reproche et je suis sûre que tu me plains... mais je ne vois pas tes yeux, ton regard qui exprime une pitié profonde sans pourtant vouloir fourrer ton nez dans cette histoire qui sent bien trop mauvais pour toi, et dont tu ne pourras certainement jamais te dépêtrer... je te comprends, va...