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Essais

Pourquoi tant de haine ?

Un témoignage poignant sur la misanthropie et le combat intérieur entre l'envie de partir et ce mince espoir qui nous retient.

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La haine du genre humain, la misanthropie... Tous les regards semblent assassins. On a l'impression que tout le monde vous regarde de travers en pensant le pire de vous. Vous vous sentez petit, en marge de ce monde d'ingrats. Pourtant, vous avez envie de vous lever, de crier au monde combien vous le haïssez pour qu'il comprenne enfin que vous n'êtes pas à l'aise en son sein. Mais le monde ne comprend rien, il n'entend rien, il ne veut pas entendre. Alors vous le haïssez encore et toujours plus fort. Et vous vous demandez pourquoi vous êtes là, pourquoi on vous a infligé la vie, pourquoi on vous a mis sur cette putain de planète que vous haïssez tant.

Faut-il rester ou partir ?

Et là, la question se pose en vous : dois-je rester ou dois-je m'en aller ? Le doute persiste, vous ne trouvez pas de solution. Vous étudiez les deux cas possibles, pesez le pour et le contre, mais toujours pas de réponse. Le doute persiste. Le futur... qu'en est-il du futur ? Le monde ne changera-t-il pas ? Ne trouverai-je jamais ma place en lui ?

Devrais-je mettre immédiatement fin à ces souffrances qui me rongent depuis l'enfance ou continuer à observer cette société s'enfoncer sur elle-même ? Car cette société ne s'ouvre pas, elle se referme sur elle-même, de plus en plus, et vous êtes de plus en plus en marge de celle-ci. Pourquoi ne pas aller droit au but, sans même lire des livres d'entraide ? Pourquoi attendre encore ? Le monde ne changera pas, et vous ne changerez pas le monde.

L'ascension vers la dernière marche

Alors vous montez, marche par marche. À chaque marche, vous vous posez la question. Et marche par marche, vous montez, montez toujours, montez encore, jusqu'à la dernière marche — celle où vous devez enfin répondre à la question. Vous regardez le sol, vous l'observez. Vous regardez le ciel : il est gris comme votre esprit. Vous contemplez ce gris, vous vous y plongez, et vous abaissez la tête vers le sol. Vous soufflez un coup. Rien à faire, vous êtes bloqué sur la dernière marche, figé. Vous décidez de vous reposer sur cette marche. La question navigue alors dans votre tête, mais la décision n'est toujours pas là...

Les neurones surchauffent, une réponse à la question semble inexistante. Vous vous levez, regardez une dernière fois le sol... et vous descendez de la dernière marche, marche par marche, le pas peut-être incertain comme pour les monter. À chaque marche, vous vous demandez si redescendre était le choix à faire, et à chaque marche un sentiment de regret vous laisse perplexe. Mais vous continuez à descendre. Perspicace, vous vous retournez sans cesse vers cette dernière marche — la marche qu'il fallait franchir pour mettre un terme à votre haine persistante, mais que vous n'avez pas franchie. La preuve qu'il reste sans doute une infiniment petite miette d'espoir en vous.

Le retour forcé à la réalité

Maintenant, vous vous demandez quand cet espoir restant va s'épuiser. Vous savez que cela ne va pas tarder car vous êtes arrivé à la dernière marche. Mais vous continuez à descendre, respirant fort un air qui ne vous oxygène guère. Vous repensez à votre vie dans ce monde tant haï au fond de vous-même et vous vous retournez une dernière fois avant de poser le pied — peut-être à terre, peut-être le pied qui tremble avant de toucher le sol. Un moment de réflexion et ça y est, vous êtes sur Terre. Cette putain de Terre pour laquelle votre affection est inexistante.

De retour dans ce monde, vous levez la tête et observez la dernière marche, puis le ciel. Encore la marche, toujours ce ciel gris. Enfin le sol sur lequel vous avez posé le pied : un bout de macadam empestant l'homme. Et c'est sur ce macadam que vous marchez afin de rentrer, pas chez vous mais chez vos parents qui se passeront de commentaires. Vous regagnez le lieu qu'on a nommé votre chambre.

Immédiatement, vous pensez à écouter un morceau mélancolique qui vous fera persévérer dans votre « dépression », mais vous savez que vous aimez cela au fond de vous-même. Vous savez que cela ne vous dérange pas d'être plongé dans un état mélancolique profond que vous pourriez presque qualifier de tragique. Et oui, c'est pathétique, vous le savez et vous continuez.

La fin de l'espoir

Vous savez que demain ne sera pas meilleur, et vous savez pertinemment que demain vous remonterez, marche après marche, jusqu'à la dernière où vous vous poserez maintes fois la question. Jusqu'au jour où le peu d'espoir qui vous restait ne sera plus. Et là enfin, la question n'aura plus de raison d'être posée. Vous ne le pourrez même plus. Vous ne serez plus.

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noface
Mari Juana @noface
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