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Essais

Peut-on se mentir à soi-même ?

L'auto-mensonge est-il un mécanisme de défense ou une fuite de la réalité ? Décryptage psychologique et philosophique.

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Le mensonge est un acte dont la gravité varie selon les circonstances. Mentir à autrui sur une bêtise peut s'avérer moralement grave, touchant la personne concernée plus ou moins profondément. Mais se mentir à soi-même indique généralement que quelque chose ne va pas : le moral est bas ou un message doit être passé à travers ce mensonge intérieur. Se mentir sur un fait accompli, sur sa propre identité, sur les autres ou sur la vérité constitue un autre type de mensonge. Et si cela peut arriver à tout le monde, cela ne signifierait-il pas que la vie tout simplement ne serait pas un mensonge de la mort ?

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Pourquoi se ment-on à soi-même ?

Si l'on affirme qu'il est impossible de se mentir à soi-même car le mensonge suppose une délibération et une volonté envers autrui, comment expliquer que l'on puisse se retrouver dans une situation où l'on se traite comme si on était un tiers ?

Se mentir à soi-même peut être considéré comme une fuite devant une angoisse. Cela ne sert à rien sur le long terme car le mensonge demeure dans l'esprit — ou l'inconscient, en termes freudiens — de la personne. Dans l'instant présent, cette attitude a une fonction protectrice. Hélas, elle faussera les relations futures de la personne avec elle-même et avec les autres.

Un appel à l'aide inconscient

Quelqu'un qui vole ne le fait pas forcément pour l'objet en lui-même, mais peut-être par besoin de se faire remarquer, de manière inconsciente. Cela peut être une sorte d'appel au secours (exemples : lorsque l'actrice Béatrice Dalle est surprise en train de voler des bijoux de grande valeur, elle met en péril sa réputation ; pourquoi ? De la même manière, pourquoi la chanteuse Britney Spears s'est-elle laissée surprendre à boire de l'alcool avant sa majorité dans un pays très strict sur certains principes ?).

Il en va de même pour les agressions : se mettre en danger délibérément, mais inconsciemment, pour faire réagir un entourage qui ne réagit pas aux choses bénignes. Cette attitude correspond souvent à un manque de limites dans le cocon familial et une recherche de celles-ci à l'extérieur. On y trouve souvent un lien avec le désintéressement des parents. On ne cherche évidemment pas le pire, mais on le provoque, et cela peut mal finir.

La quête d'attention parentale

On peut donc dire que le « je » est à la fois une conscience et un inconscient. S'il y a un désintérêt visible des parents pour les banalités (écouter des soucis scolaires, par exemple), l'enfant n'arrive pas à attirer l'attention sur elle. Que faire ? Inconsciemment, elle se face à de très grands dangers pour obtenir l'attention de ses proches.

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Et si, même après un drame comme une agression sexuelle, la fille n'obtient pas gain de cause, une cassure définitive peut survenir dans la relation avec ses parents. Cela peut aboutir à d'énormes difficultés morales qui apparaîtront tôt ou tard.

Le mensonge familial

Tout ceci constitue une forme de mensonge à soi, car on se ment sur notre façon d'agir et de paraître. Et lorsque les parents ne jouent pas leur rôle, eux aussi se mentent pour fuir l'angoisse provoquée par le malheur de leur fille et la lourdeur des démarches à suivre pour l'aider, moralement et judiciairement.

Pour la vie future d'un être humain, l'apprentissage de la vie est une étape fondamentale qui se joue dans le cadre familial, surtout durant l'enfance et l'adolescence. Une importance souvent mise de côté dans l'analyse du comportement de l'adulte.

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Les conséquences de l'auto-mensonge

Une personne qui a vécu une enfance et une adolescence sereines, ayant appris des principes essentiels pour vivre sans trouver la vie injuste, pensera probablement moins à recourir au mensonge (envers soi ou les autres), car cela ne lui est pas nécessaire. Moins cette période se sera écoulée de façon satisfaisante, plus les répercussions risquent d'être marquées.

Prendre conscience de sa mauvaise foi

Se rendre compte de sa mauvaise foi et de la prise de pouvoir de l'inconscient n'est pas chose aisée. On ne réalise pas toujours que l'on vit dans le faux et dans « l'irréalité ». Le mensonge est un moyen de déformer la vérité à tel point qu'il devient impossible de déceler où se situe le début du mensonge, ce qui nous rend apparemment invulnérables. Jusqu'au jour où tout s'écroule : « Les mensonges qu'autrui se fait à lui-même nous fâchent plus que ceux qu'il nous fait » a écrit Jean Rostand.

Parfois, on est conscient du risque qu'à un moment donné, l'envie de se mentir à soi-même dépasse notre vision des choses.

La double nature du psychisme

Notre psychisme ne serait-il donc pas double : conscient d'un côté, inconscient de l'autre ? Cela rendrait possible le fait de se cacher une vérité qui ne nous satisferait pas ou qui nous dérangerait. Dans une perspective freudienne, cette vérité serait « refoulée ». Cela suppose qu'il n'existe pas à proprement parler de « mensonge à soi » en tant que volonté consciente de se tromper, et donc moins de responsabilité individuelle face à la vérité. Il importerait donc de déterminer la nature de la conscience et du psychisme, et ainsi le pouvoir que l'homme a sur lui-même. Cela devrait se faire, dans l'état actuel des connaissances, par un travail thérapeutique tel que la psychanalyse.

À partir du moment où l'on est en paix avec soi-même et avec les autres, il n'est pas forcément nécessaire d'avoir recours au mensonge à soi. Car si l'on se ment, c'est souvent pour se protéger des autres. Cela dit, se mentir à soi-même est peut-être une fatalité inscrite dans le génome humain.

Idéalisation et coup de foudre

Vu sous un autre angle, si on se trompe parce qu'on désire se tromper, cela signifie que l'on en a besoin pour vivre. Cette croyance est-elle un mensonge ? On en a besoin, mais on peut le payer très cher. Analysons brièvement le phénomène de l'idéalisation et du coup de foudre.

Jeanne dans Une Vie de Maupassant idéalise le mariage après ses études au couvent, faisant entièrement confiance à l'éducation romantique qu'elle a reçue (à l'image des contes de fées qui se terminent toujours par « ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants »). Malheureusement, son époux est un être calculateur et sans scrupules. Elle tombe de haut en découvrant cette affreuse réalité et leur mariage sera un désastre.

Le coup de foudre, quant à lui, relève davantage de la réciprocité pour qu'il y ait une suite. Il ne dure généralement pas plus de deux ans et peut s'arrêter dès six mois. Lorsque l'on sent que notre amour pour l'être aimé diminue, c'est le signe que l'on commence à voir la personne sous un éclairage plus objectif, moins tel qu'on l'imaginait. C'est souvent le début de la fin.

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L'auto-mensonge est-il philosophiquement possible ?

D'un côté, on peut dire qu'il est impossible de se mentir à soi-même car on ne peut mentir qu'à autrui. En effet, la conscience a nécessairement accès à elle-même. Par conséquent, une personne ne peut normalement pas se dédoubler. Tout ce qui est présent à la conscience d'un sujet lui est accessible. De soi à soi-même, il est impossible de se mentir dans la mesure où l'on ne peut pas à la fois se dire que ce que l'on se dit est faux et se dire que cela est vrai. Le mensonge présuppose que quelque chose soit caché. Or, la conscience ne peut rien se cacher à elle-même. Alors, comment est-il possible pour une conscience d'ignorer volontairement son propre contenu ?

Ce qui est dans l'inconscient du sujet n'est pas nécessairement dans sa conscience. Ainsi, il peut « savoir » quelque chose inconsciemment tout en l'ignorant consciemment. C'est pourquoi le mensonge de soi à soi est d'une autre nature que le mensonge à autrui, mais que les deux peuvent coexister chez un même individu. Alain n'a-t-il pas dit : « L'art est mensonge... La vertu est mensonge... La vérité est mensonge » ?

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wanda
wanda @wanda
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