
Le curseur clignote comme un mauvais présage. Il ne s'éteint jamais. Attend-il mon effroi ? Je parcours de mes doigts ce silence de fou, qui ruine mes espoirs, qui me tue doucement. Je te parle un soir, absente de tes nuits. Je reste derrière elle comme une année d'hiver, vaincue par la douleur, je sombre en une absence. Deuxième créature te donnant ma vertu, des nuits à réfléchir, à combattre mon cœur pour quelques mots d'amour qui jamais ne me viennent. Je m'accroche à une âme rendant ma vie infâme, je m'accroche à la vie et tout ça sans envie. Le rêve est éphémère et la beauté idem. On se cherche, on se trouve et l'on vit en souffrant. Voilà ce qu'est la vie, voilà ce qu'est l'amour : une face agréable sur un masque d'horreur...
Ma vie n'est point ici, elle se trouve là-bas, dans ce royaume en bas que j'aime, que je désire, plus que toi, plus que lui. Là-bas est mon destin. Il m'a volé mon cœur puis l'a jeté sans peur. Elle m'a pris mon amour, l'a renié pour toujours. Tout est continuel, puis tout est passager. Tu as joué de moi, je reste dans le froid...
Il est minuit dix-huit. Des minutes qui défilent et s'affilent comme les jours et les nuits de la vie. Je suis là dans la nuit et je reste perplexe, accablée par une immense douleur. D'où vient-elle ? Je ne le saurai donc jamais. Personne ne viendra me le glisser d'un souffle paisible ou d'un désir à l'oreille... Non, personne.
Car dans mon monde personne ne m'atteint. Je reste là enfermée dans ma bulle, silencieuse, absente. Même la lame qui glisse sur ma peau d'un vif mouvement, ou au contraire d'une lenteur extrême, ne me touche pas. Je ne sens aucune douleur physique. Moralement, je suis fragile, une fragilité dissimulée derrière un oral bien posé, une douceur et un calme effrayants pour moi-même.
Mais qui suis-je ? Qu'est-ce que je veux ? On m'interroge, on me questionne et je n'ai aucune réponse à donner. Je ne sais rien de tout cela. Je me perds dans mon désespoir, dans ma folie, et je suis même incapable d'aimer, incapable de frôler une âme sans être effrayée. J'ai oublié la réalité. Qui me ramènera ?
Un réveil dans l'inconnu
Le réveil fut dur, comme si on m'avait empoisonné le cerveau. Doucement j'émergeais dans des contours qui m'étaient inconnus. Les murs étaient d'un blanc qui éblouissait mon aura, des rideaux noirs recouvraient les fenêtres. Elles étaient si grandes, si hautes. Le lit se trouvait au centre de la pièce, les draps étaient noirs. Tout était noir sauf ces murs...
Et moi j'étais là, allongée, en quasi-inconscience, sans savoir pourquoi des larmes ruisselaient sur mon visage. Elles étaient si chaudes, si douces. Je sentis un souffle doux sur moi. Je n'étais pas seule. Je ne m'étais pas noyée dans l'alcool et la drogue en solitaire. À mes côtés se trouvait un homme. Il était beau, peut-être 25 ans, la tête rasée. Il dormait profondément. D'après mes vagues souvenirs, je crois bien que c'était le musicien d'hier. Mais pourquoi je me trouvais à ses côtés ? Qu'est-ce que j'avais fait ? Et merde, c'était toujours la même chose...
Je me retournais. Il était cinq heures. Des bouteilles gisaient sur le sol autour du lit, un livre avec de la poudre blanche, un cendrier plein de cônes. La soirée avait dû être assez mouvementée. Comme chaque fois que mon cœur me faisait mal. Comme à chaque fois que j'essayais d'oublier mes sentiments pour lui, celui que je considère comme mon double, celui qui me rejetait peut-être même inconsciemment. Le silence était mon berceau quotidien. Mes actions étaient un déclenchement d'une mort qui serait sûrement bientôt là. Car combien de temps pourrai-je tenir ? Combien de temps le chagrin se noiera-t-il avant que la souffrance redevienne encore plus forte ? Combien de temps le plaisir de boire et de me droguer prendra le devant sur moi-même ?
Combien de temps ?