
Note de l'auteur : Je ne mettrai aucune photo de moi par souci de préserver mon anonymat.
Mon parcours de 12 ans avec les troubles alimentaires
Le 7 juin 2013, cela fait 12 ans et demi que je souffre de troubles alimentaires. Douze ans de combats contre les TCA (troubles du comportement alimentaire). Douze ans durant lesquels j'ai connu l'anorexie, la boulimie, encore et encore…
Parfois, j'ai cru que c'était fini, mais j'ai réalisé ces derniers mois que ce n'était pas le cas. Une thérapie a bousculé beaucoup de choses que je croyais avoir réglées. Des personnes ne croyaient pas à ma fibromyalgie ni à mes douleurs, les attribuant à mon passé.
Me voilà à nouveau face à quelque chose que je pensais avoir enfin maîtrisé : les TCA. J'ai failli recommencer à me mutiler. Aujourd'hui encore, je dis non aux thérapies de ce type. Je veux une famille, des enfants, malgré ce que j'ai vécu. Peut-être qu'un jour je serai normale, mariée et aimée, et que je n'aurai plus peur.
L'anorexie et la boulimie ne sont pas des jeux ou des caprices
Douze ans de combat, c'est long. Si on m'avait dit que je tiendrais si longtemps, j'aurais ri. Mais aujourd'hui, en 2013, je suis debout, bien que j'aie l'intime conviction que ma vie s'éteindra bientôt. Je n'y arrive plus. C'est invivable : l'argent part dans la nourriture, puis il n'y a plus de quoi payer les factures ou se nourrir correctement. S'ensuivent des malaises et des hospitalisations.
Douze ans de lutte pour rester en vie. Douze ans où l'espoir, la force, le courage, l'envie de vivre, le désespoir, la haine des autres et de soi s'enchaînent sans arrêt, comme une danse qui ne s'arrête jamais — une danse qui ne s'arrêtera que le jour de ma mort.
J'ai 25 ans et je souffre de TCA depuis 12 ans. Ce n'est pas rien. Je ne supporte plus ces gens qui réagissent bêtement : « T'as faim, tu manges… T'as pas faim, tu manges pas… Il y a plein de pays où les enfants meurent de faim… Vomir ne t'apporte rien, c'est juste dégoutant. »
Pour moi, ça me soulage. Mais je ne suis pas folle. J'ai peur des séquelles à long terme. Mon taux de potassium est si bas que je souffre régulièrement d'hypokaliémie. J'aimerais avoir des enfants, une petite princesse et un petit ange.
Parfois, la maladie gagne et c'est « game over ». Alors battez-vous jusqu'au bout. Ne lâchez jamais. Trouvez la force de vous battre, car on gagne parfois. Faites-vous aider par vos proches, mais surtout par un thérapeute ou un centre spécialisé. Ne croyez pas que vous êtes seul à demander de l'aide.
J'AI PERDU 12 ANS ET DEMI DE MA VIE. NE PERDEZ PAS PLUS DE TEMPS, JE VOUS EN SUPPLIE.
Mon histoire : comment tout a commencé

Les abus : février 1996
En février 1996, ma vie a basculé. Une personne de ma famille a commencé à abuser de moi. Au départ, ce sont de simples attouchements. Mais qu'ils soient simples ou non, les conséquences restent identiques pour une enfant de neuf ans (peut-être six — j'ai récemment fait des cauchemars où je le voyais m'observer quand je m'habillais, ainsi que certaines choses qu'il m'obligeait à faire).
Puis les violences sexuelles, physiques et morales ont suivi. En très peu de temps, cet enfer a atteint le maximum de l'horreur. Cet enfer a duré jusqu'à mes 12 ans, ou du moins c'est ce qu'on m'a dit. En réalité, cet enfer finira soit le jour de sa mort, soit le jour de la mienne.
Porter plainte ? À quoi bon ? Ma parole contre la sienne. Il gagnera forcément, même après ce qu'il m'a fait. Et ça continue toujours. J'espère toujours que c'est la dernière fois, mais malheureusement non. C'est reproductible, et ça s'est reproduit en mars de cette année. J'ai été incapable de me battre. J'ai peur. Je dors de plus en plus mal, et les problèmes de santé et d'argent n'arrangent rien.
La chute dans l'anorexie : 2001
En 2001, à l'âge de 14 ans, je suis tombée dans l'anorexie. Pourquoi maintenant et pas avant, je ne sais pas. De mon enfance, je n'ai que très peu de souvenirs — c'est assez étrange. Mon poids a chuté rapidement et dangereusement. Ma relation avec mes parents, qui n'avait jamais été bonne, s'est envenimée davantage.
Première hospitalisation : un gavage pur et simple, sans réelle psychologie. Un calvaire. Un séjour fait d'interdits et de contrats. J'en suis ressortie épuisée et démolie par ces kilos pris trop vite, sans mon consentement. Tout mon corps rejetait cette nouvelle image reflétée par le miroir. Mais une amie d'hospitalisation m'a appris comment vomir et comment faire semblant.
J'ai reperdu tout le poids pris durant cet enfermement. Mon poids a descendu encore plus bas que la fois précédente. J'étais faible. Me déplacer devenait un supplice. Mon cœur me faisait souffrir, surtout après avoir vomi. Le monde vacillait autour de moi. Malaise. Ambulances. Recherche d'une veine pour une perfusion.
Deuxième hospitalisation en 8 mois. Cette fois, l'équipe soignante était très bien et a tenté de me comprendre et de m'aider. Mais c'était trop tard. La maladie était devenue moi. Elle avait pris le pouvoir et moi, je ne dirigeais plus rien. On a tenté de me guérir, mais je faisais semblant : semblant de manger, semblant avec la sonde alimentaire (en la vidant par moments). C'était idiot, je le sais. Mais avec ce qui se passait avec ce membre de ma famille, je ne voulais qu'une chose : qu'il arrête. Et si cela passait par modifier mon corps, alors je n'hésitais pas. Mais ça ne marchait pas. Mon père le voyait de plus en plus, car mes parents étaient exténués par tout cela.

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