Le logo de TikTok, plateforme pointée du doigt pour ses effets sur la santé mentale des jeunes
Essais

Mort de Melvyn (4Melvn) à 22 ans : le drame de l'A6B et l'ombre de TikTok

Melvyn (4Melvn) s'est tué à 22 ans sur l'A6B, victime de la vitesse. Au-delà du drame routier, son décès interroge la responsabilité de TikTok face à une jeunesse vulnérable et aux dangers de l'influence numérique.

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La nuit du 22 au 23 février 2026 restera comme une cicatrice indélébile sur le paysage numérique français. Melvyn, influenceur de 22 ans connu sous le pseudo 4Melvn, s'est tué sur l'autoroute A6B en Essonne, victime d'un choc à haute vitesse qui n'a laissé aucune chance. En quelques secondes, l'algorithme qui le propulsait vers la notoriété s'est transformé en machine commémorative. Ce drame pose une question vertigineuse : pourquoi certains drames font la une tandis que d'autres restent invisibles ? Derrière ce décès brutal se cache une réalité systémique qui dépasse largement le cas individuel d'un créateur de contenu. 

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Le logo de TikTok, plateforme pointée du doigt pour ses effets sur la santé mentale des jeunes — (source)

1 h du matin sur l'A6B : les dernières minutes de Melvyn

L'autoroute A6B, cette voie rapide qui serpente vers Paris, baignait dans le silence quasi absolu ce dimanche 23 février 2026. Melvyn roulait seul, probablement de retour d'une sortie ou en route vers un rendez-vous, une trajectoire banale pour un jeune homme actif de la région parisienne. Mais à hauteur de Wissous, dans l'Essonne, le destin a basculé. Une perte de contrôle, un dérapage fatal, et l'impact violent contre la barrière centrale a mis un point final à l'existence de ce créateur de 22 ans. Sur ce tronçon d'asphalte, les lois de la physique ont rappelé leur implacabilité : la vitesse ne négocie pas.

L'enquête de la CRS autoroutière devra élucider les causes précises de ce dérapage — fatigue, malaise, inattention ou simple perte d'adhérence — mais le bilan matériel ne souffre aucune contestation. La violence du choc a immédiatement scellé le sort du jeune conducteur, laissant les secours impuissants face à l'irréversible. Ce drame s'inscrit dans une séquence noire pour la sécurité routière française, où les statistiques repartent à la hausse, frappant sans distinction les anonymes et les personnalités publiques.

Le choc à cinétique fatale : ce que révèle l'intervention des secours

Le rapport d'intervention des secours décrit un impact d'une violence extrême, qualifié de « cinétique très importante ». En termes crus, la vitesse au moment de la collision dépassait largement les limites légales, transformant le véhicule en projectile incontrôlable. Onze pompiers ont été mobilisés sur les lieux, un déploiement conséquent qui témoigne de la gravité immédiate de la situation. Malgré leurs compétences et leur équipement de désincarcération, les équipes n'ont même pas pu tenter de réanimation. Melvyn a été déclaré décédé peu après son extraction de l'habitacle disloqué.

Cette brutalité technique contraste de manière saisissante avec l'image vivante que le jeune homme projetait sur les écrans. Face à la mort, le statut d'influenceur s'effondre pour ne laisser qu'un corps brisé par la vitesse. La violence de l'impact a décidé du sort de Melvyn en une fraction de seconde, plaçant les sapeurs-pompiers dans l'impossibilité totale d'intervenir. C'est la réalité crue des accidents routiers à grande vitesse : l'anatomie humaine ne résiste pas aux forces mécaniques extrêmes.

Wissous, territoire de danger sur les routes de l'Essonne

Le lieu de l'accident n'est pas un simple point géographique anonyme. Wissous s'inscrit dans un département qui paie un lourd tribut à l'insécurité routière. Les chiffres de l'année 2025 sont glaçants : 31 personnes ont trouvé la mort sur les routes de l'Essonne, soit une progression de 6 % par rapport à l'exercice précédent. Le bilan global atteint 1 301 accidents corporels recensés, faisant 1 723 blessés. Ces statistiques ne constituent pas de simples données administratives ; elles représentent une hécatombe silencieuse qui se répète semaine après semaine.

À l'échelle nationale, la tendance est tout aussi préoccupante. En mai 2025, la France a enregistré 276 décès sur ses routes, contre 242 un an plus tôt, soit une augmentation de 14 %. En moyenne, dix personnes perdent la vie quotidiennement sur le réseau routier hexagonal. Wissous, avec ses bretelles d'accès et sa proximité immédiate avec la capitale, constitue un observatoire privilégié de cette hécatombe. L'asphalte essonnien a été le théâtre de l'ultime acte de Melvyn, un acte qui s'inscrit dans une tragédie routière bien plus vaste.

640 000 abonnés en deuil : qui était vraiment Melvyn (4Melvn) ?

L'application TikTok, classée 12+, au cœur des préoccupations sur la sécurité des mineurs
L'application TikTok, classée 12+, au cœur des préoccupations sur la sécurité des mineurs — (source)

Derrière le pseudonyme 4Melvn se cachait Melvyn, un jeune homme qui avait réussi à conquérir plus de 640 000 abonnés sur TikTok. Ni héritier du show-business, ni produit marketing manufacturé, il incarnait cette figure de l'influenceur « accessible » que la génération Z peut s'approprier. Son contenu reflétait les préoccupations de sa génération : des vidéos musicales en playback, des conseils vestimentaires, des sketchs humoristiques et des fragments de quotidien. Une formule simple mais efficace, qui lui a offert un pic de notoriété en 2022 avec une vidéo virale à 5,5 millions de vues.

Au-delà des métriques et des « cœurs » accumulés, Melvyn représentait bien plus pour ses proches : un confident, un frère de cœur, un être précieux. Les nombreux témoignages d'affection qui ont envahi la toile dès l'annonce de sa mort dépeignent une personne d'une gentillesse désarmante, débordante d'énergie vitale. L'un de ses partenaires de tournage a publié ce message bouleversant : « Je t'aime mon frère. Ça va être difficile sans toi. » Ces mots révèlent l'homme derrière l'écran, celui qui refuse de se réduire à quelques statistiques d'audience.

De 2022 à 2026 : l'ascension d'un créateur authentique

Une vidéo virale de l'influenceur Melvn, qui cumulait des millions de vues sur TikTok
Une vidéo virale de l'influenceur Melvn, qui cumulait des millions de vues sur TikTok — (source)

La trajectoire de Melvyn sur TikTok illustre parfaitement la réussite organique sur la plateforme : patience, constance et authenticité. Lancé vers 2022, il a su identifier son créneau en mêlant humour et lifestyle. L'algorithme, cet arbitre impitoyable des contenus, a fini par détecter son potentiel, propulsant ses vidéos vers de nouveaux publics. Le clip de 2022 à 5,5 millions de vues a fonctionné comme un accélérateur, hissant son compte dans la cour des créateurs émergents à suivre.

Ce qui distinguait Melvyn, c'était cette capacité à maintenir une proximité avec sa communauté malgré la croissance exponentielle de son audience. Il ne commercialisait pas un rêve inatteignable, mais partageait des moments de vie auxquels ses abonnés pouvaient s'identifier. Cette familiarité a tissé un lien fort, quasi fraternel, avec ses followers. Il n'était pas une star lointaine, mais le « pote » qu'on retrouvait chaque soir sur son écran. Une intimité qui rend le deuil d'autant plus déchirant pour ses 640 000 abonnés.

L'hommage de Mamadi Coulibaly : entre douleur et mise en garde

C'est Mamadi Coulibaly, combattant de MMA et ami intime de Melvyn, qui a porté la voix du deuil avec une intensité brute. Dans une vidéo chargée d'émotion, il a livré un message qui résonne comme un avertissement universel : Melvyn était pour lui une personne hors du commun, l'un de ces rares amis véritables qu'on peut compter sur les doigts de la main. Sa souffrance dépasse les mots. Il a appelé chacun à prendre soin de ses proches, de ses amis, de sa famille, et à leur accorder le maximum de temps possible.

Pour épauler la famille dans cette épreuve, Mamadi a initié une cagnotte Leetchi, expliquant que la communauté avait perdu un ami cher et souhaitait lui rendre un dernier hommage digne. Près de 1 300 euros ont été récoltés en quelques heures seulement. Cette mobilisation spontanée prouve que la communauté numérique, souvent critiquée pour sa superficialité, sait se rassembler concrètement quand l'humain est en jeu.

La route, ce terrain miné pour les 18-24 ans : comprendre les statistiques

Melvyn avait 22 ans, un âge qui le plaçait malheureusement dans la catégorie démographique la plus exposée sur les routes françaises. Les chiffres constituent un véritable problème de santé publique : chaque année, plus de 500 jeunes de 18 à 24 ans périssent au volant. Cette tranche d'âge ne représente que 8 % de la population totale, mais elle totalise 17 % des tués sur la route. Ce déséquilibre flagrant révèle que les jeunes conducteurs sont structurellement surrexposés au danger mortel.

La vitesse constitue le facteur déterminant dans 44 % des accidents mortels impliquant un conducteur novice. Ajoutez à cela l'inexpérience, le sentiment d'invulnérabilité typique de cette tranche d'âge, et fréquemment la conduite nocturne, et vous obtenez un mélange détonant. L'accident de Melvyn, survenu à 1 h du matin sur une autoroute où la vitesse était probablement élevée, s'inscrit tristement dans cette grille statistique. Il n'est pas une anomalie, mais une victime probable d'une culture de la prise de risque qui gangrène une partie de la jeunesse.

8 % de la population, 17 % des morts : anatomie d'une surmortalité

Pourquoi les jeunes meurent-ils autant sur la route ? Les experts de la sécurité routière identifient plusieurs facteurs convergents. L'inexpérience joue un rôle moteur : le permis fraîchement obtenu, le jeune conducteur n'a pas encore acquis les réflexes d'anticipation et la conduite intuitive qui permettent d'éviter l'accident. À cela s'ajoute une confiance aveugle en ses propres capacités, souvent surestimée à cet âge. Le risque est perçu comme un défi, une manière de tester ses limites plutôt que comme une menace concrète.

Les données du ministère de l'Intérieur confirment ce tableau sombre. Les jeunes hommes de moins de 25 ans constituent les victimes les plus fréquentes des accidents liés à la vitesse et à la conduite sous l'emprise de l'alcool ou de substances psychoactives. Le profil type est celui d'un jeune homme, seul dans son véhicule, de nuit ou le week-end. C'est exactement le profil de Melvyn cette nuit-là. Les assureurs, qui calculent les primes en fonction des risques actuariels, ne s'y trompent pas : les jeunes conducteurs paient plus cher parce qu'ils représentent un coût humain et financier exorbitant.

Vitesse et nuit : les circonstances qui ont tué Melvyn

Les conditions de l'accident de Melvyn correspondent point par point aux scénarios les plus périlleux identifiés par les experts. La circulation nocturne réduit la visibilité et amplifie la fatigue, deux facteurs qui dégradent les capacités de réaction. La vitesse, quant à elle, accroît non seulement la distance de freinage, mais aussi la violence de l'impact lors de la collision. Lorsqu'un conducteur perd le contrôle à grande vitesse, les chances d'en réchapper indemne sont quasi nulles.

Sur les réseaux sociaux, le message « La route ne pardonne pas » est devenu un leitmotiv dans les hommages. Mais ce message finit par se diluer dans le flux incessant des publications. Combien de jeunes conducteurs, aujourd'hui même, prendront le volant en pensant que ça n'arrive qu'aux autres ? La mort de Melvyn devrait fonctionner comme un rappel brutal, mais la mémoire est courte sur internet. Le défi consiste à transformer cette émotion collective en une modification durable des comportements au volant.

L'algorithme est-il complice ? Les révélations du rapport Amnesty International

Illustration des dangers potentiels de TikTok pour la santé mentale des jeunes
Illustration des dangers potentiels de TikTok pour la santé mentale des jeunes — (source)

La mort de Melvyn relève-t-elle uniquement de l'accident routier, ou est-elle le symptôme d'une culture du risque amplifiée par TikTok ? C'est la question dérangeante que soulève le rapport accablant publié par Amnesty International. L'organisation a mené une expérience vertigineuse : elle a créé trois faux comptes de 13 ans pour observer ce que l'algorithme leur proposerait. Les résultats sont terrifiants et démontrent que TikTok peut fonctionner comme un accélérateur de détresse psychologique.

L'étude révèle qu'en seulement cinq minutes d'utilisation, le contenu proposé bascule vers des thématiques mélancoliques. En quinze à vingt minutes, le fil d'actualité est saturé de vidéos sur la santé mentale et la souffrance psychique. En quarante-cinq minutes, l'algorithme pousse des contenus évoquant des pensées suicidaires. Cette « spirale toxique » ne laisse aucune issue à l'utilisateur jeune et vulnérable. Si Melvyn n'était pas mineur, ce rapport met en lumière l'environnement psychologique délétère dans lequel évoluent les créateurs de contenu.

L'expérience terrifiante des faux comptes Amnesty : méthodologie et résultats

La méthode du rapport d'Amnesty International est aussi simple qu'effrayante. Les chercheurs n'ont pas recherché de mots-clés spécifiques ; ils ont simplement laissé les comptes de 13 ans scroller passivement. L'algorithme, conçu pour maximiser le temps d'écran, a très rapidement identifié que les contenus émotionnellement chargés retiennent davantage l'attention. Résultat : une plongée aux enfers orchestrée par l'intelligence artificielle.

Cette expérience prouve que TikTok n'est pas une fenêtre ouverte sur le monde, mais un miroir déformant qui enferme l'utilisateur dans une bulle de souffrance. Pour un créateur comme Melvyn, l'exposition constante à cette quête d'engagement à tout prix, aux défis périlleux et à la dramatisation, a pu contribuer à une banalisation du risque. L'algorithme ne tue pas directement, mais il peut éroder la prudence en normalisant des comportements extrêmes pour gagner en visibilité.

Témoignages d'adolescents : l'empreinte traumatique de TikTok

Les témoignages recueillis par Amnesty auprès de jeunes utilisateurs donnent corps aux statistiques. Une utilisatrice de 18 ans raconte que des vidéos restent imprimées dans sa rétine : voir des gens se scarifier en direct, entendre des conseils sur les médicaments à prendre pour en finir, tout cela finit par influencer. Une autre de 17 ans abonde dans ce sens : plus on regarde, plus on s'enfonce, plus on se complaît dans cette spirale.

Ces récits démontrent que l'influence de TikTok dépasse la simple distraction. Elle peut modeler le rapport au monde et à la mort. Les défis dangereux, les cascades automobiles ou les comportements à risque viraux ne sont pas uniquement des divertissements ; ils deviennent des normes sociales pour une génération en quête de reconnaissance. Melvyn, cherchant peut-être à nourrir sa communauté, a-t-il un jour cédé à cette culture du danger ? La question demeure en suspens.

Le précédent vénézuélien : quand TikTok paie pour les morts

Les dérives de TikTok ne sont pas théoriques, elles ont déjà coûté la vie à des adolescents à travers le monde. Au Venezuela, la plateforme a été condamnée à verser une amende de 10 millions d'euros après le décès de trois adolescents qui avaient tenté des défis dangereux visionnés sur l'application. Ce précédent judiciaire majeur établit que les responsabilités peuvent être engagées.

En France, le Dr Jérôme Langrand, responsable du centre antipoison de Paris, tire la sonnette d'alarme. Il recense de plus en plus de cas d'enfants ayant ingéré des produits toxiques ou des insecticides après avoir visionné des vidéos de « challenges ». Le lien entre la viralité d'une vidéo dangereuse et l'acte mortel est direct. La mort de Melvyn sur une route à grande vitesse s'inscrit dans cette continuité sombre : celle où la recherche du « like » prime sur la préservation de sa propre intégrité.

Mehdi Bassit, Lavinia, Tucker Genal : la funeste liste des influenceurs disparus trop tôt

L'influenceur français 4melvn, connu sur TikTok, mort à 22 ans
L'influenceur français 4melvn, connu sur TikTok, mort à 22 ans — (source)

Le cas de Melvyn n'est, hélas, pas isolé. Une liste macabre d'influenceurs disparus prématurément s'allonge ces derniers mois, témoignant des ravages invisibles de la célébrité numérique. Pourquoi te détruis-tu ? : cette question résonne avec une acuité douloureuse lorsqu'on observe les destins brisés de Mehdi Bassit, Lavinia ou Tucker Genal. Chaque histoire est singulière, mais toutes pointent les failles d'un système qui broie ses créateurs.

Mehdi Bassit, connu sous le pseudo @medlevrai sur TikTok, est décédé à 32 ans en juillet 2025. Avec ses 2 millions d'abonnés, il était une figure incontournable, mais il subissait également un harcèlement en ligne incessant, déclenché par une vidéo maladroite postée pendant le Ramadan. Lavinia, influenceuse turque de 24 ans, surnommée « la voix des guerres silencieuses », a perdu la vie dans un accident de voiture en février 2025. Aux États-Unis, Tucker Genal, star de TikTok à 31 ans, s'est donné la mort en décembre 2025.

Mehdi Bassit : la haine fatale d'Internet

L'histoire de Mehdi Bassit constitue un exemple tragique de la violence du web. Tout a dérapé après une vidéo montrant un saucisson pendant le Ramadan, une maladresse qui a provoqué un déluge de haine. Insultes, menaces de mort, moqueries : Mehdi a subi un lynchage numérique en règle pendant des mois. Son amie Djouliette a témoigné après sa mort, évoquant un excès de haine, de harcèlement et de calomnies. Ses mots dénoncent l'impunité des harceleurs sur les plateformes.

Sa vidéo d'adieu, visionnée par plus de 9 millions de personnes, laissait entrevoir son désarroi. Sur ses photos Instagram, il publiait des légendes ambiguës comme « Un sourire qui cache beaucoup de choses ». Ces signaux de détresse sont passés inaperçus au milieu du tumulte médiatique. La pression des 2 millions d'abonnés, l'obligation de rester pertinent et l'acharnement des détracteurs ont fini par avoir raison de lui.

Une hécatombe mondiale : de la Turquie à Los Angeles

Ce phénomène dépasse largement les frontières françaises. En Turquie, Lavinia utilisait sa notoriété pour épauler les jeunes femmes victimes de traumatismes. Sa mort accidentelle a privé une communauté entière d'un soutien précieux. À Los Angeles, Tucker Genal, connu pour ses défis avec ses frères, a laissé un dernier message citant Ricky Gervais sur la préciosité de la vie. Une citation qui résonne comme une prémonition funeste.

Ces disparitions dessinent une cartographie mondiale de la souffrance numérique. De Paris à Istanbul, de Los Angeles à Caracas, les créateurs de contenu paient un prix exorbitant pour notre divertissement. Melvyn rejoint cette funeste liste, non pas à cause du harcèlement ou du suicide, mais peut-être en victime collatérale d'une culture de l'extrême qui glorifie la vitesse et la prise de risque pour l'algorithme.

Burnout, pression de performance : le piège mental de l'influenceur

L'icône de l'application TikTok sur un téléphone mobile
L'icône de l'application TikTok sur un téléphone mobile — Solen Feyissa / CC BY-SA 2.0 / (source)

Derrière les vidéos pétillantes se cache une réalité nettement plus sombre : la santé mentale des influenceurs est en crise. La pression de performance est constante et écrasante. Une étude révèle que plus de la moitié des créateurs se comparent régulièrement aux autres, alimentant un sentiment d'insuffisance chronique. L'algorithme dicte l'humeur de la journée : une vidéo qui ne « percute » pas provoque une chute d'estime personnelle immédiate.

Des figures comme EnjoyPhoenix, Zoella ou ElRubiuswtf ont publiquement évoqué leur épuisement professionnel, voire leur burnout. L'exposition continue aux commentaires, souvent haineux ou critiques, ajoute une couche de stress supplémentaire. Les plateformes, quant à elles, offrent très peu d'outils de protection mentale. Pour Melvyn, comme pour des milliers d'autres créateurs, l'obligation de publier régulièrement pour maintenir son audience a pu constituer une source d'anxiété latente.

Les signaux invisibles du mal-être en ligne

Les influenceurs laissent souvent filtrer leur douleur par des détails subtils. Une légende un peu trop sombre, un regard qui évite la caméra, une pause inexpliquée dans les publications : ce sont autant de cris d'alerte que nous ignorons trop souvent. Mehdi Bassit, par exemple, écrivait « Un sourire qui cache beaucoup de choses » sur ses photos Instagram. Ces mots, anodins en apparence, prennent une résonance tragique après sa disparition.

Cette culture impose un paradoxe impossible : il faut être authentique pour plaire, mais pas vulnérable au point d'effrayer. Il faut partager sa vie, mais sans exhiber les failles. Cette injonction à la perfection émotionnelle génère une fatigue psychologique intense. On sourit pour la caméra alors qu'on est au fond du gouffre. On poste des vidéos joyeuses alors qu'on envisage le pire. C'est le quotidien de nombreux créateurs qui finissent par se rompre sous le masque.

L'algorithme, maître du stress : quand les vues gouvernent l'humeur

L'algorithme de TikTok fonctionne comme un baromètre d'estime de soi extrêmement volatil. Les créateurs passent leur journée à vérifier leurs statistiques, obsédés par le nombre de vues et de « likes ». Une vidéo qui devient virale procure une euphorie intense, mais éphémère. À l'inverse, un échec engendre un sentiment d'échec immédiat. C'est une montagne russe émotionnelle épuisante.

Cette dépendance aux métriques de performance est renforcée par l'absence d'outils de gestion du stress intégrés aux plateformes. Pas d'alerte sur le temps excessif passé à scroller, pas de suivi psychologique, pas de limite de temps de publication. Le créateur est livré à lui-même face à une machine insatiable. Melvyn, avec ses 640 000 abonnés, connaissait sans doute cette pression invisible de devoir toujours être au niveau pour ne pas perdre son audience.

Interdiction aux moins de 15 ans, couvre-feu numérique : ce que préparent la France et l'Europe

Face à la prise de conscience généralisée des dangers liés aux réseaux sociaux, les pouvoirs publics commencent à réagir. En France, le rapport de l'Assemblée nationale de septembre 2024 a proposé 43 mesures drastiques pour protéger les jeunes. La plus radicale est l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Une autre mesure controversée est l'instauration d'un couvre-feu numérique pour les 15-18 ans, limitant l'accès aux plateformes pendant la nuit.

Au niveau européen, le Parlement a également adopté une proposition en octobre 2025 visant à interdire l'accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans sans autorisation parentale explicite. Ces initiatives, bien que complexes à mettre en œuvre techniquement, témoignent d'une volonté politique de briser le modèle actuel. La mort de Melvyn et d'autres influenceurs pourrait bien constituer l'électrochoc nécessaire pour accélérer l'adoption de ces réformes.

Les 43 mesures du rapport parlementaire français

Le rapport des députés français propose un arsenal complet pour endiguer l'hémorragie. Au-delà de l'interdiction aux moins de 15 ans, il suggère la mise en place de systèmes de vérification de l'âge plus robustes pour empêcher les mineurs de mentir sur leur date de naissance. Il préconise aussi une meilleure information des parents sur les risques et la mise à disposition d'outils de contrôle parental efficaces et simples d'utilisation.

Cependant, ces mesures soulèvent des questions de faisabilité. Comment vérifier l'identité de chaque utilisateur sans porter atteinte à la vie privée ? Comment empêcher les jeunes de contourner les blocages via des VPN ou des comptes tiers ? Les géants du web, qui profitent financièrement de l'addiction des jeunes, traînent des pieds pour appliquer ces changements. La bataille juridique et technique ne fait que commencer.

Le couvre-feu numérique : une piste concrète ?

L'idée d'un couvre-feu numérique pour les adolescents de 15 à 18 ans est particulièrement audacieuse. Le principe est simple : couper l'accès aux applications addictives comme TikTok, Instagram ou Snapchat entre, par exemple, minuit et 7 heures du matin. L'objectif est double : protéger le sommeil des jeunes, essentiel à leur développement neurologique, et limiter leur exposition nocturne aux contenus anxiogènes ou toxiques.

Les critiques arguent que cela restreint les libertés et que les adolescents trouveront toujours un moyen de se connecter. Mais l'argument de santé publique est prégnant. Si Melvyn avait peut-être moins de chances de se trouver sur l'autoroute à 1 h du matin si les habitudes de consommation nocturne étaient différentes, c'est une hypothèse qui mérite d'être explorée. Le couvre-feu numérique pourrait être un levier pour désamorcer la FOMO (Fear Of Missing Out) qui pousse les jeunes à rester connectés nuit et jour.

Conclusion : Melvyn, nous, et le miroir tendu par TikTok

La mort de Melvyn ne doit pas être reléguée au rayon des faits divers people. Elle est le symptôme violent d'une crise systémique qui touche la jeunesse connectée. Ce jeune homme de 22 ans n'est pas seulement une victime de la route, il est le produit d'un écosystème qui pousse à la performance, à la visibilité et parfois à l'excès. Son décès nous oblige à nous regarder en face, nous utilisateurs, nous parents, nous régulateurs, nous consommateurs de contenu.

Derrière chaque pseudo, chaque vidéo, chaque like, se tient un être humain fragile. Mamadi Coulibaly nous le rappelait avec justesse : prenez soin de vos proches. Cet appel doit résonner au-delà de la sphère privée pour s'étendre à nos interactions numériques. La responsabilité est partagée. TikTok et les autres plateformes doivent assumer leur part dans la prévention des risques addictifs. Les États doivent imposer des règles qui protègent réellement les mineurs et les jeunes adultes. Et nous, en tant que communauté, nous devons cesser de récompenser les comportements à risque par notre attention.

Melvyn ne reviendra pas, mais son histoire peut servir de leçon. La route ne pardonne pas, c'est une certitude. Mais l'algorithme, lui, n'est pas une fatalité. Nous avons le pouvoir de changer la donne, d'exiger une plateforme plus sûre, et de cultiver une relation plus saine aux écrans. Ne laissons pas la viralité dicter nos vies, ni notre mort.

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Chloé Jabot @buzz-tracker

Je vis sur TikTok comme d'autres vivent sur Terre. À 22 ans, j'ai déjà prédit trois tendances virales avant qu'elles n'explosent – dont un challenge dance que j'ai vu naître dans un live à 3h du matin. Étudiante en communication digitale à Paris, je stage dans une agence qui surveille les réseaux sociaux pour des grandes marques. Mon feed For You est tellement bien calibré que mes amis m'envoient des screenshots pour savoir si c'est « encore tendance » ou « déjà cringe ». Réponse en moins de 10 secondes, toujours.

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