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Essais

Ma vie avec l'anorexie

Un témoignage bouleversant sur l'anorexie : de la descente aux enfers à la renaissance grâce à une grossesse inespérée. Une histoire d'espoir et de combat pour la vie.

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C'est arrivé à un moment où j'étais vraiment mal dans ma peau. Non pas parce que je me trouvais grosse, mais à la suite d'un viol, quand j'avais 11 ans. Ce viol, je l'ai enfoui au fond de moi et il a ressurgi quand j'avais 16 ans, lors du décès d'un proche (j'en parle d'ailleurs dans le premier article que j'ai écrit, car pour moi, ce site, c'est un peu mon exutoire !).

J'ai commencé par ne plus ressentir la sensation de faim – une perte d'appétit comme on dit. Je mangeais surtout pour ne pas affoler mes parents, mais pas grand-chose : une pomme par-ci, une tomate par-là, et cela durant des semaines. Le plus dur, c'était le soir car c'était le seul repas que l'on partageait en famille. Évidemment, mes parents ont remarqué ma perte d'appétit et ils ont mis ça sur le compte d'un hypothétique premier amour ! Alors le soir, avec eux, je mangeais... Et tout ce que j'avais ingéré partait illico dans les toilettes car je me faisais vomir. Ils n'ont rien vu par la suite et le fait que mon père, militaire, soit muté en Allemagne m'a fortement arrangée ! Manger, me forcer à manger, tout cela m'était devenu insupportable ! La vue, l'odeur de la nourriture me donnaient des nausées ! Je savais qu'il fallait manger, j'étais consciente des dangers que cela allait engendrer, mais je n'y arrivais pas. C'était plus fort que moi. Cela a duré des mois et ces mois sont devenus des années...

La déchéance et la descente aux enfers

À 18 ans, j'ai vécu seule, études à la fac oblige ! Je me souviens de mes « repas » : une pomme coupée en 4 me faisait mes 4 « repas » de la journée et le soir je prenais un yaourt ou du thé. Je maigrissais à vue d'œil mais je n'arrivais pas à manger plus. Mon estomac me faisait horriblement souffrir, je ressentais des crampes semblables à des coups de couteaux. Mes cheveux tombaient de plus en plus, parfois par grosses poignées. Mes joues étaient creuses. Je n'avais parfois même pas la force de me lever et je restais au lit pendant plusieurs jours d'affilée. Le moindre geste de la vie courante était un calvaire : marcher, se laver, s'habiller, et à la fin même s'asseoir me faisait mal !

J'avais 19 ans, je pesais 35 kg pour 1 m 60. L'anorexie m'avait détruite, tant au niveau physique que psychique. J'étais mal dans ce nouveau corps dont je me sentais prisonnière, ce corps uniforme et osseux. Et mal dans ma tête parce que je ne me sentais plus femme : je n'avais plus de règles, plus rien de bien. Pour moi, j'allais partir, comme ça, je n'allais plus me réveiller... Et pourtant, chaque matin, j'ouvrais mes yeux. À la fac, j'avais parfois du mal à suivre et je me suis fait un ami qui est vite devenu mon petit ami. Il a tenté de m'aider, mais il voyait bien quelles souffrances je devais supporter si je mangeais un peu trop : j'avais des spasmes atroces et je vomissais jusqu'au sang ! Il m'a aimée telle que j'étais, avec ma maladie.

Le combat contre l'anorexie et la guérison

Nous avons très vite vécu ensemble, il m'aidait beaucoup, pour tout. Il y a eu des moments où j'avais l'impression que j'allais mieux, mais je ne reprenais pas de poids. Je suis descendue à 32 kg. Ça faisait un an et demi que je n'avais plus de règles. Je n'étais évidemment pas allée voir de médecins car j'avais peur que l'on m'enferme dans un centre...

Et puis un jour, je ne me suis pas sentie « pareille ». Je ne saurais pas vous expliquer le pourquoi du comment. Je suis allée à la pharmacie et j'ai acheté un test de grossesse. Le résultat fut immédiat : j'étais enceinte. J'ai pris rendez-vous chez le gynécologue le plus proche de mon domicile. Son verdict fut sans appel et je me souviendrai de ces mots toute ma vie : « Votre enfant n'a aucune chance de survie vu votre état de santé et les carences dont vous souffrez... Il faudrait vraiment un miracle... » et il n'a pas terminé sa phrase.

J'étais déjà enceinte de 2 mois à ce moment-là. Quand je suis sortie du cabinet, je me suis assise sur un banc, j'ai mis mes mains sur mon ventre et je lui ai parlé : « Je suis désolée, j'ai dû te faire du mal... » J'ai beaucoup pleuré. Et sur le chemin du retour, j'ai stoppé net et j'ai pensé : « Ça fait deux mois que tu es là, ton cœur bat et il va continuer de battre !! »

Le soir même, j'ai recommencé à manger. C'était dur, très dur. Mon estomac avait tant rétréci ! Mais je ne pensais plus qu'à une seule chose : mon enfant. Il fallait que je mange pour qu'il vive ! Et j'ai continué mes efforts. Ce n'était pas trop concluant les premiers temps et heureusement que mon gynéco et mon compagnon étaient là pour m'encourager et me soutenir.

Au 4ème mois de grossesse, je n'avais pris que 500 grammes ! Le gynéco m'a reboostée : « Vous le voulez vraiment cet enfant ? » Ça m'a donné une autre claque ! Et là, j'ai vraiment repris du poids ! À la fin de la grossesse, je pesais 43 kg ! J'ai eu une petite fille de 2,800 kg pour 47 cm. C'était et cela restera le plus beau jour de ma vie ! C'est grâce à elle que NOUS sommes en vie ! Je t'aime tellement ma puce !! Elle a maintenant 5 ans et elle est en pleine forme !!

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Claire Lune @clairdelune
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