
Je me permets d'écrire ce courrier pour parler des conditions de voyage dans le métro. Ayant quitté la France quelques années plus tôt, j'en avais presque oublié le comportement des passagers. Voilà bientôt 3 ans que je n'étais pas retourné en France, et hier, en prenant le métro, je m'étonne d'en ressortir vivant. J'en ai donc conclu que tous les passagers sont infâmes. Tous, vous comme moi, avons déjà été confrontés à ce genre d'énergumène, bien qu'il soit difficile à détecter sur le quai — croyez-moi, j'en ai fait l'expérience.
Quand les passagers du métro révèlent leur vraie nature
Cet être abominable peut apparaître sous différentes formes : du vieil homme s'appuyant sur sa canne à la jeune femme accompagnée de ses deux enfants, ou encore l'adolescente fashion victime qui écoute son MP3 si fort qu'on peut l'entendre à 3 mètres. Sur le quai, s'il arrive qu'on bouscule quelqu'un, on s'excuse, on est courtois les uns envers les autres, on s'occupe comme on peut.
Mais voilà le métro. Les têtes se tournent, les corps s'agitent : c'est la première phase. Les portes s'ouvrent, et à ce moment précis, chaque personnage se dévoile. À la place du vieil homme fragile, on retrouve un vieil homme espiègle se servant de sa canne pour éloigner les indésirables. La jeune mère accompagnée de ses deux enfants devient une lionne, prête à bondir sur qui oserait bousculer sa progéniture. Quant à l'ado fashion victime, elle frôle l'hystérie en voyant une trace de chaussure sur ses nouvelles Converses.
L'humanité mise à nu dans les wagons
Le quai perd son calme. Les SDF se mêlent à la foule, profitant de l'occasion pour récolter quelques sous. On y voit une masse de gens affreux, leurs visages déformés par les injures qu'ils lancent et qu'ils reçoivent. Une chaleur étouffante envahit le quai, les uns veulent monter, les autres veulent descendre. Il y a aussi ce passager qui va manquer son rendez-vous et qui vendrait son âme pour avoir sa place dans le wagon, qui bouscule tout le monde sans remords et qui n'a pas le temps de s'excuser.
Les portes se referment. De l'extérieur, on jurerait voir un tableau de Picasso : des bras par-ci, d'autres par-là, un pied à gauche, une tête à droite. Observez-les un par un et voyez comme ils se dévisagent les uns les autres. Le son effroyable du métro est à leur image : moche. Ces gens sont tous moches. Le plus surprenant, c'est qu'ils se complaisent dans leur laideur.
Il n'y a plus de passagers mais une masse humaine qui avance dans le même sens. Les voilà qui s'observent les uns les autres, les corps collés et confondus sont prisonniers, seuls leurs yeux ont encore la liberté de bouger. Certains ont le regard doux, d'autres fuyant, les plus abominables gardent leurs regards froids et menaçants.
La sortie du métro : un retour à la réalité
La sortie du wagon s'effectue comme un retour à la vie. On voit le bout du tunnel. On a beau crier « PARDON », les passagers restent figés, comme des statues, sourds et aveugles. Alors on pousse, on pousse, on finit par sortir notre tête et on prend une grande bouffée d'air frais. Mais voilà, il reste encore à extirper le reste de notre corps. Alors on tire, on tire, pendant que d'autres cherchent à entrer et, par la même occasion, vous poussent à l'intérieur du wagon. Les statues s'agitent, on peut enfin sortir grâce à ce mouvement inexplicable.
Une fois sorti, l'être abominable redevient humain et, dans toute sa beauté, s'étonne du grotesque des autres passagers.