
Je trouve ça triste. Est-ce que vous vous rendez compte du nombre de personnes qui ont fait une dépression, qui en font, qui ont pensé — et qui pensent encore — au suicide sans avoir même atteint les 25 ans ? J'ai pris cet âge parce qu'on dit que ça fait un quart d'une vie. C'est beaucoup, et tellement peu... Je ne fais aucune critique, je ne vois pas ce qu'il y aurait à critiquer. Ce serait même plus qu'honteux de critiquer cela, d'autant plus que moi aussi je fais partie de ces gens.
Vivre avec une dépression au quotidien
Une « petite » dépression. Elle n'a duré que deux ou trois mois... Je dis « que deux ou trois mois » comme si ce n'était pas long. Mais le temps et la vie passent tellement lentement quand on n'a plus le goût de rien, plus envie de rien — ni de vivre, ni de mourir. Je voulais juste que tout cela cesse, ne plus jamais être dans l'état dans lequel j'étais.
Ce soir-là, j'ai frôlé le suicide
J'ai pensé au suicide, un soir. Un soir où la tristesse et la sensation de mal-être, de ras-le-bol, avaient dépassé une limite que je ne pensais pas franchissable. Au fur et à mesure que la soirée passait, je m'enfonçais un peu plus dans le vide, dans le néant de la tristesse.
À un moment, j'ai ressenti le besoin de parler, de vider mon sac. J'ai appelé deux personnes qui n'ont pas répondu. J'ai regardé par la fenêtre du 6ème étage. Je l'ai ouverte, je me suis penchée, j'ai regardé en bas. Il n'y avait personne. Personne ne serait témoin de la fin de cette vie, de ma vie — si on peut appeler cela une vie. J'ai regardé le ciel, il n'y avait pas de nuages. Il était si clair, si beau. Cela faisait longtemps que je n'avais pas pris le temps de l'admirer, ni trouvé quoi que ce soit de beau d'ailleurs. Et je me suis demandé : « Et si je saute, est-ce que ça finit ? »
Oui, au moins le temps de la mort, ce doux moment où le cœur s'arrête, où tout s'arrête. Pendant un dixième de seconde, tout cela allait cesser. Et d'un coup j'ai eu un doute : qu'est-ce qui me disait que je n'allais pas revivre sans cesse cette même tristesse, ce même dégoût de la vie, de moi-même, de tout... J'étais encore plus triste d'un coup. J'avais le choix entre sauter et risquer de subir encore et encore tout cela, ou continuer à survivre...
Ce qui m'a empêchée de passer à l'acte
Là j'ai hésité. J'ai réfléchi à ce qui pouvait m'empêcher de sauter : à la tristesse de certaines personnes, à ma mère qui avait fondu en larmes lors de notre dernière discussion, désespérée de ne plus savoir que faire, que dire ; à une ou deux de mes rares amies à savoir que j'allais mal, qui essayaient de me remonter le moral avec des sourires tristes de me voir comme ça. Du coup, j'avais l'impression que, non contente d'être mal, je rendais aussi les autres mal...

Le masque de ceux qui vont « bien »
En y repensant, c'est dingue ce qu'on peut faire croire aux gens. Ces gens qui vous croisent tous les jours, qui pensent que vous allez super bien, juste parce que vous leur faites un sourire, que vous souriez à une blague stupide. À croire que nos yeux arrivent à cacher les sentiments profonds, ou que ces gens sont tous égoïstes. Surprendre des discussions qui disent que vous êtes toujours joyeuse, que « ça fait plaisir à voir »... Pff, ces gens sont vraiment aveugles !
Il y a des « oui ça va » qui sonnent faux, qui veulent dire : « Mais non ça va pas P****N ! Tu vois pas que je vais pas bien ?? Pourquoi tu me poses cette question débile si t'en as rien à faire ? Fichez-moi la paix !! Laissez-moi souffler en paix... » Il y a des moments où la solitude paraît le seul moyen, où on pense pouvoir s'en sortir seule...
Pourquoi les autres ne voient pas notre souffrance
Et ces gens qui viennent vous voir pendant que vous êtes mal pour vous raconter leurs petits problèmes de m***e du genre : « Oh la la je suis trop dégoûté(e), machin a eu un point de plus que moi au contrôle ! », « Bidule ne m'a pas fait la bise ce matin, tu crois qu'il me déteste ?? » Ayez du respect pour les autres, pour ceux qui vont mal. Au lieu de leur raconter vos petits problèmes — qui sont peut-être des grands problèmes à votre échelle — fichez-nous la paix !
Comment une amie m'a sauvé la vie
Pour finir, comme vous le voyez, je n'ai pas sauté. Une amie m'a appelé sur mon portable pendant que j'étais au-dessus du vide. J'ai entendu le vibreur, je ne sais trop combien de fois. J'ai fini par décrocher en pleurs. Elle a essayé de me remettre les idées en place. Je lui disais que plus rien n'avait d'importance, que je n'en pouvais plus, que tout allait bientôt finir. Et là, je l'ai entendue au bord des larmes. Je ne me rappelle même plus ce qu'elle m'a dit, mais je suis partie m'effondrer sur mon lit en larmes. Il était plus de 3h du mat. Je me suis endormie comme ça, en pleurs...

Aujourd'hui, je suis celle qui tend la main
On dit que chaque épreuve rend plus fort et apporte quelque chose. Je ne sais pas trop ce que cette période m'a apporté de bénéfique, mais aujourd'hui je vais mieux. Et c'est moi, l'amie qui essaye de t'appeler désespérément, mais tu ne décroches pas. J'ai peur pour toi.
Je tiens vraiment à toi car tu as toujours été là ces derniers mois, que ce soit pendant mes coups de blues ou pour nos délires. On s'est connu au moment où je commençais à aller mieux. Mais ce soir, c'est toi qui vas mal et tu ne me laisses pas t'aider. Je ne pense pas — et surtout je n'espère pas — que tu ailles jusqu'au suicide. Mais tu sais que je suis là pour toi et que je serai toujours là, quoi qu'il arrive...
Je t'adore mon p'tit insecte préféré ;)