
Face à l'impuissance et à l'incapacité légitime d'autrui à m'aider, le désir de faire peau neuve se taille sur ma peau. Entièrement consentante à l'idée de fixer des limites à même mon corps ou, au contraire, de donner lieu à ma propre mutation : me transformer par rapport à ce que j'ai été et ce qui me semble encore me définir. Obtenir une nouvelle identité corporelle, enfin devenir maîtresse de mon propre corps : cette lacération est mienne et je ne la subis plus des autres.
Quand la douleur physique prouve notre existence
Souhait de faire ressortir, de la profondeur de mon être, le symbole de ma pleine existence, sans vouloir complètement virer de bord… Cependant, face à mon existence qui s'étale et parcourt mon corps, il me reste le besoin de m'assurer de la présence d'un véritable motif à la souffrance, une justification présente et non un fantôme qui me hante.
Pourquoi s'infliger une douleur pour en chasser une autre
Cette douleur démesurée infligée par mes propres soins sert à lutter contre une souffrance infiniment plus lourde. Il s'agit, malgré elle, d'une volonté de vivre et de dépasser la souffrance plus profonde, pour se concentrer sur celle en surface, bien plus actuelle. Je m'inflige un mal pour cesser de penser à un autre, maudit et résistant ; c'est une manière de l'extirper de mes pensées quotidiennes.
Cette atteinte corporelle est la seule forme de contrôle, pour moi qui ai perdu le choix des moyens et qui ne dispose d'autres ressources pour me maintenir en vie. Je suis devenue incontrôlable dans mes gestes et ma manière de penser, complètement noyée dans mes lamentations.
Quand la haine de soi se transforme en blessures
Je ne choisis plus : seule cette solution s'offre à moi pour faire face au fait que je me haïsse sans que je puisse le comprendre. C'est le regard porté par ces êtres malsains d'hier qui m'a convaincue, puisque cette hostilité s'est retournée contre moi.
Les blessures qui se dessinent sur ma silhouette me permettent de renouer entre les frontières extérieure et intime : le regard d'autrui et ce que je suis sans lui. Sûrement également pour attirer l'attention sur les cicatrices en surface, sans doute pour laisser entrevoir les blessures intérieures.
La peur de l'engrenage et de la dépendance
Toutefois, pendant certains moments de lucidité « heureuse », je constate mes cicatrices qui m'avaient donné un sentiment d'apaisement il y a quelque temps. J'ai peur de tomber dans l'engrenage, l'addiction, la dépendance qui pourrait entraîner ma destruction un jour… Mais encore faudrait-il que je parvienne à identifier une autre échappatoire afin d'éteindre certaines mémoires au quotidien.