
Avant, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. J'avais une enfance des plus heureuses, des parents très présents, une sœur et un frère adorables... Mais mon père a changé de boulot. Il était très enthousiaste et satisfait de son nouveau train de vie. J'étais encore jeune, mais je sentais le bonheur de mes parents et rien ne pouvait me rendre plus heureuse. En effet, ce nouveau travail engendrait des revenus bien plus importants.
Quand le bonheur laisse place à l'épuisement
Ce joli tableau s'est vite assombri... Les rires du chef de famille ont laissé place à des soupirs de fatigue. Je voyais que quelque chose n'allait pas, j'entendais mes parents parler : ils disaient que les choses changeaient. C'est maintenant que je comprends vraiment que mon père doit supporter sans cesse des réflexions méchantes, une pression énorme et un travail inimaginable. Il se fait réprimander dès qu'il insiste pour rentrer avant 22h.
Je me demande comment des gens peuvent être si inhumains, en refusant tous les congés durant une année entière...
Moi, je regarde mon père rentrer le soir quand il fait nuit, quand toute la famille a déjà mangé faute de l'attendre. Moi qui le vois le regard vide, assis dans un fauteuil, je n'en peux plus. Je paierais pour pouvoir aller à sa place dans cet enfer quotidien...
La culpabilité d'être heureuse quand un parent souffre
J'en ai assez de culpabiliser à chaque fois que je suis heureuse, parce que quand moi je ris, lui est là-bas, au milieu du bruit dans une usine sombre. C'est horrible de voir son père les yeux remplis de larmes qui menacent de couler, qui se renferme sur lui-même, parce que par amour il n'en parle pas.
Je suis sûre qu'il s'en veut de ne pas être le père modèle, toujours présent quand ses enfants ont besoin de lui. Je voudrais lui dire que je l'aime...
Il ne veut même plus voir ses amis. Il redoute tellement de devoir répondre aux nombreuses questions sur son travail, il ne veut pas entendre les récits de ceux qui profitent de la vie, il ne veut voir personne.
Comment supporter la pression du travail d'un parent ?
Tout ça me gâche vraiment la vie. Je sais que chaque jour lui vient l'idée de faire une bêtise. Le soir, quand tout le monde est couché et que le téléphone sonne, j'ai envie de répondre, de dire qu'il a besoin de dormir, que c'est un homme comme les autres, qu'il a une famille qui a envie de le voir en forme et que donc il n'ira pas cette fois. Mais non, mon père se rhabille et part pour quelques longues heures...
Je vois souvent l'image de lui lorsqu'on était en vacances, cette photo sur laquelle il affiche un large sourire. Là, par exemple, je sais qu'il y est. Qu'est-ce qu'il fait ? Je veux revoir mes parents heureux... Je veux que l'on soit de nouveau bien tous les 5. Est-ce possible ?
Quand est-ce que ça s'arrêtera ?
Quand ça s'arrêtera ? Je ne sais pas. Que peut-on faire ? Je ne sais pas. Attendre en priant qu'il ne meure pas d'épuisement ? Je crois...