
Depuis toute petite, ma grande sœur me reprochait d'être trop gamine avec mon père, trop autoritaire avec ma mère et trop effacée avec le reste de ma famille. Elle me disait souvent que je n'étais pas moi-même, car on ne pouvait pas changer ainsi tout en restant soi-même.
Il est vrai qu'au départ, c'était un jeu. Mais en grandissant, j'ai commencé à passer d'une personnalité à une autre de façon inquiétante.
Changements de voix : les premiers signes
Au début, c'était ma voix : elle prenait — sans que j'y fasse attention — des accents plus ou moins forts que j'entendais. Certains riaient, gênés au téléphone ; d'autres, vexés, me demandaient si je le faisais exprès.
Bien sûr, je ne le faisais pas exprès. Mais comment expliquer que je n'imitais personne, alors que deux minutes plus tôt, je n'avais aucun accent particulier ?
J'ai donc grandi en essayant d'oublier les gens offusqués et les remarques douloureuses. Arrivée à l'âge de faire des rencontres, je me suis liée intimement et là, tout s'est envenimé.
Troubles du comportement : quand je perds le contrôle
De nature calme et timide, il m'arrivait parfois de tenir des propos obscènes ou choquants devant ma famille ou mon fiancé.
Mais je crois que le premier à s'en être vraiment aperçu fut mon fiancé. Il m'a expliqué qu'un soir, alors que nous discutions tranquillement dans la cuisine, j'avais soudain changé de regard, puis commencé à changer de voix. Je riais à gorge déployée à chacune de ses phrases. Ensuite, je me suis mise à danser autour de lui sans raison apparente, puis à l'aguicher.
Mon fiancé, au début aussi gai qu'un pinson, a rapidement soupçonné que je n'étais pas dans mon état normal. Il m'observait patiemment, puis s'est mis à avoir peur : il trouvait que je n'étais plus moi-même, qu'il y avait quelque chose qui l'effrayait !
Il m'a demandé en riant d'arrêter mes bêtises, puis a insisté gentiment. Voyant que je ne m'arrêtais pas, il m'a demandé plus brusquement d'arrêter, jusqu'à me secouer par les épaules, car je ne voulais pas cesser mon cinéma.
Amnésie et perte de contrôle : le basculement
« Voulais », c'est le mot qu'il a employé en me racontant cette histoire. Mais il a changé d'avis quand, cinq minutes plus tard, je sanglotais dans ses bras et qu'il s'est aperçu que je ne m'en souvenais pas !