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Essais

À ma mère, encore une fois...

Une lettre bouleversante d'une fille à sa mère, entre amour inconditionnel et blessures profondes. Un témoignage touchant sur une relation mère-fille marquée par l'alcoolisme et le détachement.

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Est-ce que je t'aime, dis-moi, d'avoir fait en sorte que je sois si différente ? Ou alors est-ce que je te déteste pour cela ? Je n'en sais rien. Je suis consciente de ne pas être comme les autres et, sur certains points, je dois admettre que cela me plaît. Pour d'autres choses, je dois avouer que je t'en veux encore. Toutes ces épreuves que tu m'as fait subir, que j'ai surmontées non sans difficulté, me permettent aujourd'hui de voir la vie d'un œil différent, d'un regard plus mûr. Par contre, je traîne derrière moi comme un boulet à ma cheville d'innombrables pensées sombres et images sanglantes. Je trimballe mon lourd vécu, partout où je vais, et il me suit jusque dans mes songes.

Est-ce que je t'aime, dis-moi, de t'être détachée de moi si vite ? Ou alors est-ce que je te déteste pour cela ? Je n'en sais rien. Il est évident que ton détachement précipité m'a permis de me sauver des sauvageries que tu me faisais subir. Le fait que tu ne me considères plus comme avant m'a donné la chance de m'évader, de commencer à me bâtir une vie, plutôt que de continuer à la détruire. Mais était-ce nécessaire de te mettre à me détester, à te servir de moi ? Cela a aussi fait en sorte que je suis sans cesse en train de me questionner, de me poser d'innombrables questions existentielles qui me rongent de l'intérieur.

Je ne sais si je dois te remercier ou t'en vouloir à mort. Par contre, ce que je sais, c'est que moi, je me sens complètement incapable de te détester. Je t'aime, tu es la seule mère que j'ai eue, et que j'aurai jamais. Je te dois beaucoup, malgré tout le mal que tu m'as fait. J'aimerais tant que tu puisses être fière de moi, et comprendre que je ne réclame pas grand-chose... Juste un petit peu d'amour. Réfléchis... Je suis la seule petite fille que tu as, tu n'as ni petit copain, et pratiquement aucun ami. À qui donnes-tu donc toute ton affection ? As-tu donc un cœur de pierre, pour agir ainsi ? Moi-même, j'ai trouvé l'amour de ma vie, mais je n'ai pas beaucoup d'amis, mes parents sont infiniment loin de moi, et j'ai tant d'amour à donner !

Bien à toi, maman.

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J'ai essayé...

La dernière fois que je t'ai parlé, j'ai tout fait pour t'être agréable. Bien sûr, nous avions quelques choses à régler, mais j'ai donné tous les efforts dont j'étais capable afin que cela se fasse de manière calme. Avant de raccrocher le combiné, tu m'as demandé de te rappeler bientôt. Je t'ai alors répondu que depuis les nombreuses fois où c'était moi qui t'appelais, et toi qui me sermonnais si je ne te téléphonais pas, la balle était maintenant dans ton camp. Tu peux très bien m'appeler toi-même afin d'avoir de mes nouvelles, non ? Si tu tiens vraiment à savoir ce qui advient de moi, téléphone-moi ! Et moi, qui essaie de te rapporter les nouvelles et mes avancements le mieux possible, toi, tu ne me démontres que du mépris. Peut-être pas de la haine, comme tu l'affirmes, mais du mépris, c'est certain. J'en ai marre. Quand tu t'intéresseras vraiment à moi et à ce que je fais dans la vie, tu me demanderas de mes nouvelles. Et sois certaine que la prochaine fois, avant de t'informer, je m'assurerai que cela t'intéresse vraiment, que ce n'est pas une fois de plus pour te permettre de me manifester ouvertement la grandeur de ton mépris à mon égard.

Bien à toi, maman.

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Pourquoi ??

Pourquoi ne peux-tu pas m'aimer ? J'aimerais tant que tu puisses être fière de ce que je suis, de ce que j'essaie de devenir. Je fais des efforts, tu sais, maman. Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour me bâtir une vie saine, et sortir du bas-fond dans lequel j'étais engloutie. Je sens que je réussis, mais pourquoi ne le vois-tu pas, maman ? Que dois-je faire pour que tu m'aimes à nouveau et que tu sois fière de ta fille ? Pourquoi est-ce que tu te répugnes à me serrer dans tes bras alors que moi, c'est tout ce que j'espère ?

Bien à toi, maman.

Tu as pris une voie différente. Tu as fait le choix d'ignorer ceux qui t'aiment, d'y préférer le confort de l'oubli. J'ai tant voulu t'aider, tant tenté de comprendre... Tu sais, je ne pourrai jamais te détester parce que tu as fait ce choix, bien que cela me fasse mal à un point tel que je me reproche parfois d'être venue au monde. Pourtant... Ce n'est pas de ma faute, non ? Je sais que l'alcool, tout comme la drogue, est un refuge, un lieu ailleurs, où l'on peut se permettre de tout oublier, et de s'amuser... Mais dis-moi... T'amuses-tu vraiment ? Tu as l'air si malheureuse, jour après jour... J'aimerais tant te voir heureuse, j'aimerais tant pouvoir contribuer à ton bonheur ! Mais toi... N'as-tu jamais une impression de vide intérieur ? Le fait d'avoir tout perdu autour de toi ne fait-il pas en sorte que tu aimerais te rapprocher de la seule famille qui te reste ? Moi, j'aimerais que tout soit comme avant... Quand on était si complices, toutes les deux, que tu me serrais dans tes bras en me disant que tu m'aimais... C'était bon, dans ce temps-là... Bien sûr, le soir, tout redevenait noir... La bouteille de porto à la main, tu proférais d'ignobles paroles, et te jetais souvent sur moi.

Mais je ne suis plus là, maintenant, pour te tomber sur les nerfs comme autrefois. Tu pourrais n'avoir que le meilleur de moi. Aucune responsabilité, aucun devoir parental, juste les bons côtés. Juste à partager les belles choses de la vie... Ça n'a pas l'air de t'intéresser... Tu te contentes de cette bouteille qui t'offre des bonheurs illusoires. Comme un homme seul et assoiffé dans le désert, tu crois en ces mirages que t'offre ton désespoir. La différence entre toi et cet homme, c'est que toi, si tu le voulais, tu ne serais pas seule. Je serais là, tout autant que tu en aurais besoin... Mais tu ne veux pas de moi, ni de mon aide. Tu ne souhaites que personne ne sache, parce que c'est mieux ainsi, dis-tu. J'espère que tu lâcheras ce vendeur de rêves, avant que ce ne soit lui qui te lâche. Tu ne t'imagines pas tous les désastres qu'il peut créer dans ton corps, et que le bien-être qu'il t'apporte n'est que temporaire... Les malheurs ressurgissent de plus belles par la suite. Je suis tellement malheureuse de te voir ainsi, malheureuse et seule, avec pour seule amie ta bouteille, qui accompagne tes soirées les plus sombres.

Je m'ennuie de toi, maman...

— Ta fille unique qui t'aime en silence...

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charlotte915
Marie-Ève Ferland @charlotte915
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