Image 1
Essais

2nd, petit voyage dans un autre monde

Plongez dans le quotidien chaotique d'un prof face à une classe de seconde incontrôlable. Retards, insolence et batailles de gommes : un récit humoristique sur l'enfer enseignant.

As-tu aimé cet article ?

C'est un jeudi matin, je suis encore dans les bouchons près du lycée où je travaille. Déjà 8 h, je risque d'être encore en retard. Je déteste quand ça arrive ! À croire que les autres véhicules veulent vraiment que je ne sois pas à l'heure. Après 15 minutes passées sur le pont pour atteindre le lycée — si on peut appeler ce lieu un lycée, je pense que l'asile pour jeunes fous conviendrait mieux — je gare ma voiture en vitesse. Il est déjà 8 h 20 quand j'arrive face aux élèves.

Ils sont tous affalés contre le mur, à côté de la salle E208. En me voyant arriver, ils commencent à s'agiter et me lancent toutes sortes de petites remarques cinglantes sur le fait que je suis en retard. Malheur, je n'arrive pas à ouvrir la porte ! Éclats de rire accompagnés de quelques insultes : « Qu'il est con, il sait même pas se servir d'une clé ! » Cette journée commence mal, comme toutes celles où j'ai ces 32 petits démons de 2de 5 en première heure.

Enfin, la porte finit par s'ouvrir. Je pénètre dans la salle, suivi par le troupeau d'élèves bruyants. Pressés d'aller en cours ? D'apprendre ? Non, vous rêvez ! Ils se hâtent afin d'avoir les places les plus convoitées : celles qui se trouvent au fond de la classe, près du radiateur (le cancre déteste avoir froid).

Je leur demande de sortir leurs affaires. Après avoir soufflé bruyamment et m'avoir lancé des regards assassins pendant cinq bonnes minutes, ils finissent par le faire. Je prends mon courage à deux mains et lance d'une voix assurée :

— Qui a fait ses exercices pour aujourd'hui ?
— Pas nous en tout cas ! me répondent les élèves d'une seule voix.
— Marine, va au tableau pour faire le premier exercice !
— Puis quoi encore ? Je peux pas, je les ai pas faits ! me répondit-elle avec arrogance.

Je décide donc de voir qui, dans cette bande de sales morveux, s'est donné la peine de faire les exercices. En passant entre les rangs, je découvre que pas un seul n'a jugé utile de les faire ! Quand je leur demande pourquoi, ceux-ci ne se donnent ni la peine de me mentir, ni celle de s'excuser. J'ai juste le droit à : « Comme si on avait que ça à foutre ! »

Et comme à chaque fois, je me demande comment cela doit être chez eux. L'autorité est un mot qu'ils doivent sûrement même pas connaître ! Alors je remonte vers le tableau et commence la correction de mes exercices, qu'ils ne prennent même pas la peine de noter. Derrière moi, la bataille de gommes fait rage, les insultes fusent, la plupart me sont destinées. Pourquoi je ne me retourne pas pour leur hurler dessus de se calmer et de travailler ? Parce que c'est inutile : ils me riront au nez, ou pire encore, ils m'ignoreront ! Mon autorité ? Elle est inexistante, personne ne peut les contrôler.

J'ai enfin fini la correction. Je décide donc de passer au cours, mais le vacarme continue — on se croirait dans un hall de gare ! Il est déjà 9 heures du matin, j'en peux plus. Ils sont insupportables, j'en vire un de cours. Ils sont prêts à me sauter dessus. Je retourne à ma place sur l'estrade et je continue à dicter mon pseudo-cours.

Aïe ! Non, je ne rêve pas : ils m'ont envoyé un de leurs projectiles dans la tête. Là, c'est trop. Je me tourne et je hurle : « Stop ! Vous vous croyez où ? Ce n'est pas un champ de bataille ici ! »

J'avance vers l'enfer. Ça y est, je suis au fond de la classe. D'habitude, à ce moment-là, les élèves sont stressés. Eux non ! Ils sont bien au-dessus de ça, ils continuent de parler, de rire comme si de rien n'était.

La cloche sonne enfin. Je leur annonce le contrôle prévu pour lundi, bien entendu ils ne notent rien ! La classe se vide, plus rapidement qu'elle se remplit ! Je suis enfin délivré !

Je dois maintenant faire face à la 1re S qui n'est qu'une évolution de petits monstres de seconde (oui, les élèves c'est comme les Pokémon, ça évolue !). Mais je ne désespère pas : il me reste juste 30 ans à côtoyer ces démons avant la retraite. Je sens que ça va être long, très long...

As-tu aimé cet article ?
alodis
10 articles 0 abonnés

Commentaires (5)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires