En 2017, une courte vidéo publiée sur YouTube allait raviver un débat vieux de plusieurs décennies et offrir la première preuve concrète de la présence d'un félin fantomatique en Libye. Issue d'un capteur amateur, cette preuve a ensuite déclenché un processus de vérification scientifique rigoureux.

Une vidéo virale au milieu du scepticisme
Le photographe animalier Mohammed Almuntasir a filmé un chat des sables (Felis margarita) au sud-ouest de la Libye et a partagé ses 18 secondes d'image sur YouTube, sans mesurer l'importance de sa trouvaille. La réaction initiale de la communauté scientifique fut incrédule. "Quand j'ai posté la vidéo, personne ne croyait qu'elle avait été filmée en Libye", a confié le photographe. Malgré des rapports dispersés depuis le milieu du XXe siècle, le chat des sables n'avait en effet jamais été officiellement confirmé dans le pays, l'espèce étant surtout associée aux régions sahariennes d'autres nations nord-africaines comme le Maroc.
De l'incroyance à la validation scientifique
C'est Firas Hayder, zoologiste spécialisé dans les petits carnivores d'Afrique du Nord et basé à l'Université Sol Plaatje en Afrique du Sud, qui a pris contact avec Almuntasir après avoir vu la vidéo. Après vérification, il a confirmé qu'il s'agissait du premier enregistrement officiel du chat des sables en Libye, ouvrant la voie à une étude plus large.
La recherche a ensuite permis de documenter 36 observations de l'espèce dans le sud-ouest de la Libye entre 2017 et 2025. Le Wadi Armet, une vallée isolée à environ 1 000 kilomètres au sud-ouest de Tripoli, s'est révélée être un point chaud, abritant à lui seul 15 de ces observations.
Une espèce discrète face à des menaces sous-estimées
Prédateur essentiel des écosystèmes désertiques, le chat des sables se nourrit de rongeurs comme les gerboises, mais aussi de serpents venimeux et de scorpions, contribuant à réguler des populations qui menacent la végétation limitée. Malgré son rôle écologique crucial, le félin reste vulnérable. Les chercheurs ont documenté sa capture pour le trafic d'animaux de compagnie sur les marchés locaux, ainsi que des décès accidentels dus à des chasseurs.
L'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) classe l'espèce en "préoccupation mineure", en raison de son aire de répartition étendue. Toutefois, des chercheurs ont plaidé pour une réévaluation de son statut, arguant que des menaces comme celles documentées en Libye pourraient être sous-estimées à l'échelle mondiale.
Encadré : Le chat des sables, un félin du désert
Le chat des sables (Felis margarita) est un petit félin parfaitement adapté aux environnements arides. Il possède de grandes oreilles pour chasser à l'ouïe et des coussinets veloutés aux pattes pour marcher sur le sable brûlant. Solitaire et principalement nocturne, il est rarement aperçu, ce qui a longtemps rendu son étude en Libye particulièrement difficile.

La confirmation de sa présence, rendue possible par une vidéo amateur, illustre le potentiel de la science citoyenne. Au-delà de la satisfaction de combler une lacune biogéographique, cette découverte est essentielle pour orienter et justifier des efforts de conservation ciblés afin de protéger ce discret habitant du Sahara.