Un déclin mesuré à 81 % en cinquante ans
Les populations de poissons migrateurs d'eau douce surveillées dans le monde ont décliné en moyenne de 81 % entre 1970 et 2020. Ce chiffre provient de l'indice Planète Vivante publié en 2024, qui compile les données de ces cinquante années.

Le recul varie selon les régions. Il atteint 91 % en Amérique latine et Caraïbes, 75 % en Europe, 34 % en Amérique du Nord et 28 % en Asie-Océanie. L'évaluation mondiale de la Convention sur les espèces migratrices (CMS) rendue publique en mars 2026 recense 325 espèces de poissons d'eau douce nécessitant une action internationale coordonnée pour éviter leur disparition. Elle élargit la liste rouge mais reste distincte de l'indice Planète Vivante.

Parmi ces espèces figurent le saumon atlantique, la truite des neiges et les poissons-chats d'Amazonie. Leur survie conditionne aussi des activités humaines. En France, face à la raréfaction des saumons sauvages, le projet de mégaferme à saumons en Gironde a obtenu un nouveau feu vert sous conditions (Saumons Gironde : le méga-projet Pure Salmon obtient un nouveau feu vert sous conditions). Le ministre de l'Industrie a affirmé qu'il n'y avait "aucune raison" que ce projet ne se fasse pas (Gironde : "aucune raison" que le projet de mégaferme à saumons ne se fasse pas, affirme le ministre de l'Industrie).
Barrages et seuils coupent les routes migratoires
La fragmentation des cours d'eau est le principal moteur du déclin. Barrages et seuils bloquent les migrations. La perte d'habitat compte pour environ la moitié des menaces recensées, et 97 % des poissons listés par la CMS sont menacés.

L'hydroélectricité est défendue comme un levier de la transition énergétique. Les décisions publiques privilégient souvent la mitigation, comme la construction de passes à poissons ou le réglage des débits, plutôt que le démantèlement des ouvrages. La couverture des espèces par la CMS reste partielle selon l'UICN.
Le silure doré, géant voyageur de l'Amazone
Le silure doré (Brachyplatystoma rousseauxii) parcourt 8 000 à 12 000 km, la plus longue migration en eau douce connue. Ses routes sont menacées par les barrages, la surpêche, la pollution, la déforestation et le changement climatique.
Klamath : le plus grand retrait de barrages au monde
Le retrait des quatre barrages du Klamath, achevé en octobre 2024, est le plus grand retrait de barrages jamais réalisé. Il a rouvert environ 676 km d'habitat pour le saumon. Les tribus locales ont porté ce projet. Cette restauration montre qu'un démantèlement à grande échelle est possible, mais il suppose un arbitrage public entre production hydroélectrique et reconquête de l'habitat.
La disparition fragilise les communautés
La disparition de ces espèces menace la sécurité alimentaire et les revenus de millions de personnes qui dépendent de la pêche. Elle affaiblit aussi les services écosystémiques : les poissons transportent des nutriments et contribuent à l'équilibre des bassins.