Touriste ramassant des déchets sur les berges de la Spree à Berlin, avec le dôme du Reichstag en arrière-plan, soleil couchant
Environnement

BerlinPay : activités gratuites à Berlin pour touristes écoresponsables en mai 2026

Berlin expérimente BerlinPay, un programme offrant des activités gratuites aux touristes écoresponsables en mai 2026.

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Depuis le 14 mai 2026 et jusqu’au 14 juin, Berlin expérimente un programme inédit : offrir des activités gratuites aux touristes et habitants qui adoptent des gestes écoresponsables. Ramasser des déchets dans la Spree pour gagner un tour de canoë, planter une fleur pour une boisson offerte, venir à vélo pour une entrée de musée à prix réduit… Le dispositif, baptisé BerlinPay, s’inspire directement du succès danois CopenPay. Mais derrière l’opération séduction, se pose une question centrale : ces récompenses vertes changent-elles vraiment les comportements ou ne sont-elles qu’un coup de communication ?

Touriste ramassant des déchets sur les berges de la Spree à Berlin, avec le dôme du Reichstag en arrière-plan, soleil couchant
Touriste ramassant des déchets sur les berges de la Spree à Berlin, avec le dôme du Reichstag en arrière-plan, soleil couchant

Les coulisses du programme BerlinPay

Un mois pour tester l’éco-tourisme responsable

Lancé officiellement le 13 mai 2026 par l’office de tourisme visitBerlin, le programme pilote court jusqu’au 14 juin. Sabine Wendt, directrice de visitBerlin, a présenté l’initiative comme une invitation à « vivre Berlin de façon plus responsable ». La ville mise sur une quarantaine de partenaires – entreprises, associations, musées – qui proposent environ 5 000 activités accessibles via une plateforme dédiée.

Concrètement, les participants s’inscrivent en ligne, choisissent une action écologique, puis reçoivent une récompense. Le système repose sur l’honneur : une simple photo ou un reçu suffit comme preuve, comme à Copenhague. Les gestes valorisés sont variés : ramassage de déchets dans les cours d’eau, plantation de fleurs, arrosage des arbres en ville, ou encore déplacement à vélo pour rejoindre une activité.

La devise du programme, « Do good for good », résume l’esprit : faire une bonne action pour en recevoir une en retour. Les participants peuvent s’inscrire sur la plateforme officielle de visitBerlin et parcourir les offres disponibles.

Des récompenses qui font la différence

En échange de ces efforts, les participants peuvent obtenir des tours de canoë ou de paddle sur la Spree, des boissons gratuites, des entrées à prix réduit dans les musées partenaires, ou encore des expériences culturelles. Eric Ziengs, chef du marketing de GoBoat – entreprise de location de bateaux présente à Berlin et Copenhague – résume l’ambition : « L’objectif à long terme, c’est le changement de mentalité. » Il espère que les participants, après avoir nettoyé un bout de rivière, ne jetteront plus leurs déchets n’importe où.

Franziska Giffey, maire-adjointe de Berlin chargée de l’Économie, a indiqué que si le projet rencontre le succès escompté, la ville envisage de le renouveler chaque année. Le budget exact n’a pas été dévoilé, mais les partenaires privés couvrent une partie des coûts via leurs offres.

Les activités proposées ne se limitent pas au nettoyage des berges. Planter des fleurs dans un jardin communautaire, arroser les arbres le long des avenues, ou simplement arriver à vélo à une exposition : chaque geste ouvre droit à une contrepartie. Les musées partenaires offrent des entrées à tarif réduit, les cafés servent des boissons gratuites, et les entreprises de loisirs nautiques prêtent canoës et paddles.

Le modèle Copenhague, inspiration et référence

CopenPay : un succès qui fait des émules

BerlinPay n’aurait pas existé sans CopenPay, lancé par Copenhague en 2024. Le programme danois a rapidement attiré l’attention internationale. Selon Time Magazine, qui l’a classé parmi les « Best Inventions of 2025 », CopenPay a rassemblé 5 000 participants lors de sa première édition de quatre semaines en 2024, puis 25 000 durant l’été 2025 sur neuf semaines.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les réservations de vélos ont bondi de 29 % en 2024, puis de 59 % en 2025. Des tonnes de déchets ont été collectées dans les canaux. Surtout, 98 % des participants se sont déclarés satisfaits, et 70 % affirment vouloir conserver ces habitudes écoresponsables une fois rentrés chez eux. Rikke Holm Petersen, responsable du programme à Wonderful Copenhagen, confiait au Copenhagen Post : « Les gens sont plus ouverts aux nouvelles idées quand ils sont en vacances. »

Plus de 100 villes à travers le monde ont demandé des informations pour reproduire l’expérience, selon Wonderful Copenhagen. Berlin est l’une des premières à passer à l’action concrète.

Des récompenses variées pour des gestes concrets

À Copenhague, les récompenses incluent des tours en bateau électrique de 70 minutes offerts par Stromma Denmark, des entrées gratuites à des concerts, des dégustations de bière chez Carlsberg, ou encore des locations de vélos gratuites. Le système fonctionne sur l’honneur : une photo de l’action suffit. Livia Haaland, membre du jardin communautaire Øens Have, témoignait dans National Geographic : « Voir des touristes heureux de planter des légumes, c’est une belle surprise. »

La force du modèle danois réside dans sa simplicité et son caractère ludique. Les touristes ne subissent pas une contrainte, ils participent à un jeu. Et ça marche : 75 000 touristes avaient participé lors du premier mois d’expérimentation en 2024, selon 20 Minutes.

Tobias Weber-Andersen, fondateur de GreenKayak – une organisation qui propose des tours en kayak gratuits en échange de ramassage de déchets – expliquait à National Geographic : « Quand les gens voient concrètement la pollution dans l’eau, ils réalisent. C’est plus fort qu’un discours. »

Les jeunes voyageurs, cible privilégiée

Une génération sensible au climat

Les 16-25 ans représentent une part croissante des touristes européens. Selon un sondage IFOP de 2021, 61 % des Français estiment avoir des préoccupations environnementales plus fortes qu’avant la crise sanitaire. 44 % se disent prêts à payer plus cher pour voyager de manière responsable. 88 % se déclarent favorables à des quotas ou restrictions sur les sites emblématiques, et 80 % estiment que les professionnels du tourisme doivent réduire leur impact environnemental. Ces chiffres, disponibles sur le site de l’IFOP, donnent une base de référence, même s’ils datent de 2021.

Les programmes comme BerlinPay ou CopenPay ciblent directement cette génération. Les réseaux sociaux jouent un rôle clé : les participants partagent leurs actions et leurs récompenses, créant un effet d’entraînement. À Copenhague, le bouche-à-oreille numérique a largement contribué à la croissance du nombre de participants entre 2024 et 2025.

Un levier pour changer les habitudes

Le pari de ces villes est que l’expérience positive vécue en vacances influence les comportements au quotidien. Les données danoises le confirment partiellement : 70 % des participants disent avoir adopté des gestes écolos chez eux après leur séjour. Mais ces déclarations sont-elles suivies d’effets réels ? Les études manquent encore pour le prouver à long terme.

Rikke Holm Petersen, citée par le Copenhagen Post, insiste sur un point : les touristes sont plus réceptifs aux nouvelles idées quand ils sont en vacances. L’esprit est détendu, la curiosité éveillée. Une expérience marquante – ramasser des déchets dans un canal, planter des légumes dans un jardin communautaire – peut laisser une trace durable.

Maddy Novich, touriste new-yorkaise interrogée par National Geographic, résumait le sentiment général : « C’est une façon fantastique de s’immerger dans la ville. » Le geste écologique devient un souvenir de voyage, pas une corvée.

Les autres villes européennes sur la même voie

Helsinki et ses pistes cyclables

La capitale finlandaise a lancé son propre programme après Copenhague. Résultat : 745 miles de nouvelles pistes cyclables ont été aménagés, et les émissions carbone liées au tourisme ont baissé de 67 % selon les données locales. Helsinki mise sur les déplacements doux et les hébergements verts. Les touristes qui arrivent en train ou utilisent les vélos en libre-service reçoivent des bons pour des visites guidées ou des repas dans des restaurants engagés.

Le modèle finlandais va plus loin que la simple récompense ponctuelle. La ville a investi dans des infrastructures durables – pistes cyclables, bornes de recharge pour véhicules électriques – et intègre les incitations dans une stratégie plus large de décarbonation du tourisme.

Brême et le train de nuit

La ville allemande de Brême a innové en s’associant avec la Deutsche Bahn. Les voyageurs qui choisissent le train de nuit pour se rendre à Brême reçoivent des « goody bags » contenant des réductions pour les musées, des tickets de transport gratuits, et des entrées pour des événements culturels. L’idée est simple : récompenser le choix le plus sobre en carbone dès l’arrivée.

Ce dispositif, relayé par ITTN, montre que les villes allemandes coordonnent leurs efforts. Berlin, Brême et Helsinki ont échangé leurs bonnes pratiques avant de lancer leurs propres programmes.

Amsterdam et la régulation par l’incitation

Amsterdam a opté pour une approche mixte. La ville a réduit le nombre de croisiéristes autorisés et limite les locations Airbnb, tout en proposant des réductions aux touristes qui utilisent les transports en commun ou les vélos. Le dispositif, moins médiatisé que CopenPay, s’inscrit dans une stratégie globale de lutte contre le surtourisme.

D’autres villes européennes explorent des pistes similaires. Selon Euronews, des destinations comme Vienne, Stockholm et Ljubljana testent des systèmes de récompenses pour les touristes qui participent à des jardins communautaires, ramassent des déchets ou utilisent les transports publics.

Les limites du modèle : greenwashing ou vraie solution ?

Un impact encore marginal

Avec 25 000 participants sur un été à Copenhague, le programme touche une fraction des touristes. La ville danoise accueille environ 12 millions de visiteurs par an. Même si 25 000 est un joli chiffre, il reste modeste. Les critiques pointent un risque de greenwashing : donner bonne conscience aux touristes sans changer fondamentalement l’industrie du voyage.

Certains experts estiment que ces programmes détournent l’attention des vrais problèmes : le transport aérien reste le premier poste d’émissions carbone du tourisme. Offrir un tour de canoë pour avoir ramassé trois déchets, c’est bien, mais cela ne compense pas un vol Paris-Berlin.

Søren Tegen Petersen, CEO de Wonderful Copenhagen, reconnaît que le programme n’est qu’une pièce du puzzle. Dans une interview à Explore.com, il indique que plus de 100 villes ont demandé des informations sur CopenPay, mais que l’adaptation locale est cruciale. Chaque destination doit trouver ses propres leviers.

La question de l’échelle et de la pérennité

BerlinPay n’est testé qu’un mois. Pour obtenir des résultats significatifs, il faudrait un engagement sur le long terme. Franziska Giffey a évoqué un renouvellement annuel si le bilan est positif, mais rien n’est garanti. Les partenaires privés, eux, doivent y trouver leur compte : les entreprises comme GoBoat ou Carlsberg investissent dans ces opérations pour leur image de marque. Si le retour sur investissement n’est pas au rendez-vous, les partenariats pourraient s’arrêter.

À Copenhague, le programme a été étendu de 4 à 9 semaines entre 2024 et 2025, signe que les acteurs locaux y voient un intérêt. Mais passer à une année complète reste un défi logistique et financier.

Gros plan sur les mains d'un touriste plantant des fleurs dans un jardin communautaire berlinois, terre sombre et gants de jardinage
Gros plan sur les mains d'un touriste plantant des fleurs dans un jardin communautaire berlinois, terre sombre et gants de jardinage

Un autre écueil concerne la vérification. Le système repose sur l’honneur, ce qui ouvre la porte aux abus. Une photo d’un déchet déjà ramassé, un justificatif falsifié… Les organisateurs misent sur la bonne foi des participants, mais sans contrôle, le dispositif reste fragile.

Comment profiter de BerlinPay si vous partez en mai

Les étapes pour participer

Si vous prévoyez un séjour à Berlin avant le 14 juin 2026, voici comment rejoindre le mouvement. Rendez-vous sur la plateforme de visitBerlin, créez un compte, et parcourez les quelque 5 000 activités proposées. Choisissez une action : ramassage de déchets dans la Spree, plantation dans un jardin communautaire, ou simple déplacement à vélo.

Une fois l’action réalisée, prenez une photo ou conservez un justificatif. Présentez-le au partenaire pour obtenir votre récompense. Les offres varient chaque jour, alors vérifiez les disponibilités. Les tours de canoë et les entrées gratuites aux musées partent vite.

Le programme s’adresse aussi bien aux touristes qu’aux Berlinois. Les habitants peuvent eux aussi participer et profiter des récompenses. C’est une façon de sensibiliser tout le monde, pas seulement les visiteurs de passage.

Combiner écologie et découverte

Le programme est aussi une façon originale de découvrir Berlin autrement. Plutôt que de faire la queue devant les sites touristiques classiques, vous pouvez explorer la Spree en canoë, visiter des jardins urbains, ou participer à un atelier de jardinage. Les récompenses incluent des expériences que les touristes traditionnels ne voient pas.

Et si vous venez de Paris, sachez que le train de nuit Paris-Berlin est une option idéale pour réduire votre empreinte carbone dès le départ. La ville de Brême propose d’ailleurs des goody bags aux voyageurs arrivant en train de nuit. Pourquoi ne pas combiner les deux ?

Les activités nautiques sont particulièrement prisées. Ramasser des déchets dans la Spree, c’est à la fois utile et amusant. Vous naviguez sur le fleuve, vous respirez l’air frais, et vous contribuez à nettoyer l’un des poumons verts de Berlin.

Un geste pour l’environnement, un souvenir pour vous

Au-delà des récompenses matérielles, l’intérêt est de repartir avec une expérience différente. Les témoignages des participants à Copenhague le montrent : ceux qui ont ramassé des déchets dans les canaux gardent un souvenir marquant de leur voyage. Comme le dit Eric Ziengs, l’objectif est que ce geste devienne un réflexe.

Les participants à Copenhague rapportent que l’expérience a changé leur regard sur la consommation et les déchets. Voir de près la pollution dans l’eau, toucher les déchets, les trier… La prise de conscience est plus forte qu’un simple discours.

Conclusion

BerlinPay s’inscrit dans une tendance européenne où les villes tentent de concilier tourisme et écologie par l’incitation plutôt que par la contrainte. Le modèle, copié de Copenhague, a fait ses preuves à petite échelle : augmentation des locations de vélos, collecte de déchets, satisfaction des participants. Mais ces programmes restent marginaux face au volume du tourisme mondial. Le vrai défi est de passer de l’expérimentation à la généralisation, et de s’attaquer aux sources principales d’émissions – notamment le transport aérien.

Pour les jeunes voyageurs français, ces initiatives offrent une manière concrète de voyager avec une conscience plus légère. Reste à voir si BerlinPay convaincra au-delà du mois pilote. Une chose est sûre : le changement de mentalité, pour reprendre le mot d’Eric Ziengs, ne se décrète pas. Il se construit, une action à la fois.

Et si vous voulez en savoir plus sur l’engagement de Berlin dans le tourisme durable, sachez que la ville a récemment été sous les projecteurs : Berlin : Le Maroc, doublement primé au salon mondial du tourisme montre que la capitale allemande reste une place forte des échanges touristiques internationaux.

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Questions fréquentes

Qu'est-ce que BerlinPay ?

BerlinPay est un programme pilote lancé par l'office de tourisme visitBerlin du 14 mai au 14 juin 2026. Il récompense les touristes et habitants qui adoptent des gestes écoresponsables, comme ramasser des déchets ou planter des fleurs, par des activités gratuites ou à prix réduit.

Comment participer à BerlinPay ?

Il faut s'inscrire sur la plateforme de visitBerlin, choisir une action écologique (ramassage de déchets, plantation, déplacement à vélo), la réaliser, puis présenter une photo ou un justificatif au partenaire pour obtenir la récompense. Le système fonctionne sur l'honneur.

Quelles récompenses offre BerlinPay ?

Les participants peuvent obtenir des tours de canoé ou paddle sur la Spree, des boissons gratuites, des entrées à prix réduit dans les musées partenaires, ou des expériences culturelles. Environ 5 000 activités sont proposées par une quarantaine de partenaires.

Quelles villes ont inspiré BerlinPay ?

BerlinPay s'inspire directement de CopenPay, lancé à Copenhague en 2024. Ce programme danois a attiré 25 000 participants en 2025 et a été classé parmi les meilleures inventions de 2025 par Time Magazine.

BerlinPay changera-t-il les comportements ?

Les données de Copenhague montrent que 70 % des participants disent vouloir conserver des habitudes écoresponsables chez eux. Cependant, certains experts critiquent un impact encore marginal et un risque de greenwashing, car le programme ne compense pas les émissions du transport aérien.

Sources

  1. «L’objectif c’est le changement de mentalité» : Berlin tente à son tour de récompenser les touristes écolos · lefigaro.fr
  2. 20minutes.fr · 20minutes.fr
  3. about.visitberlin.de · about.visitberlin.de
  4. analyse croisée · analyse croisée
  5. cphpost.dk · cphpost.dk
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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