Le 9 juin 2026, lors de la conférence de presse clôturant le colloque annuel du réseau Amorce - qui regroupe plus de 1 000 collectivités -, l'ensemble du secteur français de l'économie circulaire a lancé un cri d'alarme. Le système de gestion des déchets, "à bout de souffle", selon les termes recueillis, fait face à de graves menaces sur ses filières de collecte et de recyclage. Entre l'asphyxie de la collecte textile par la fast-fashion, la prolifération des dépôts sauvages de déchets du bâtiment et les retards colossaux sur les objectifs de recyclage des emballages en plastique, la situation est critique sur plusieurs fronts.

Le plastique : un écart coûteux entre les objectifs européens et la réalité
La France n'atteint qu'un taux de recyclage des emballages plastiques de 25,9 %, loin de l'objectif de 50 % fixé par l'Europe pour 2025, qu'elle a manqué. Ce retard, selon le chiffrage d'Amorce, coûte de l'ordre de 750 millions d'euros par an à l'État, et environ 370 millions d'euros aux collectivités. Pourtant, les éco-organismes, qui gèrent notamment la filière des emballages, économisent près de 900 millions d'euros sur les tonnages non recyclés.

Face à cette situation, le projet de loi de finances pour 2026 (article 21) envisageait d'introduire une taxe sur les emballages plastiques non recyclés, ciblant directement les éco-organismes. Le sort final de cette mesure n'a toutefois pas été confirmé par une source primaire, ce qui laisse planer un doute sur sa mise en oeuvre effective.
La TGAP : une réforme fiscale qui alourdit les coûts sans favoriser le recyclage
La réforme de la Taxe Générale sur les Activités Polluantes (TGAP), introduite par la loi de finances de 2019, a fait passer la taxe sur l'enfouissement de 24 €/tonne en 2019 à 65 €/tonne en 2025. En parallèle, l'incinération reste moins taxée - 25 €/tonne en 2025 hors réfaction -, créant un risque de report des tonnages vers cette voie, jugée moins environnementale.
Selon Amorce, cette trajectoire de hausse alourdirait de 480 millions d'euros la facture des collectivités et usagers en 2030, à tonnage constant. Critiquée comme une "gabelle de la poubelle", cette mesure est perçue comme un prélèvement de l'État qui n'est pas réellement affecté au service public de la gestion des déchets.
Le textile : une crise structurelle aggravée par la fast-fashion
La filière textile connaît une crise profonde. En 2024, la France a mis sur le marché 891 309 tonnes de textiles neufs (vêtements, linge de maison, chaussures), contre seulement 289 393 tonnes de produits usagés collectés. Ce déséquilibre structurel est au coeur de la tension.
Malgré un taux de tri performant (76 %), le pays ne collecte que 34 % de ses déchets textiles, contre 65 % en Allemagne. Dans cette filière, la rentabilité est un véritable problème : sans prime pour les matières recyclées et avec des usines coûteuses, les recycleurs affichent des marges de -25 % à -100 %, selon l'analyse de NextWaste citant BCG/ReHubs.

Face à cette crise, l'État portera son soutien exceptionnel aux opérateurs de collecte et de tri à 268 euros par tonne en 2026, afin d'éviter "des faillites en chaîne". Or, en Europe, seulement 1 % des fibres textiles sont recyclées en boucle fermée, un taux qui reste largement insuffisant pour répondre à la demande croissante de matière recyclée.
Le PPWR : une réforme européenne qui rebat les cartes
Adopté définitivement le 16 décembre 2024 et publié au Journal officiel le 16 janvier 2025, le règlement européen sur les emballages et les déchets d'emballages (PPWR) entre en application le 12 août 2026. Il marque un tournant majeur : on passe d'objectifs indicatifs peu contraignants à des obligations précises et mesurables, assorties de sanctions fortes, pouvant aller jusqu'au retrait du marché et à des amendes.
Parmi les mesures clés figurent l'obligation de recyclabilité et des exigences croissantes en matière de taux de matière recyclée. Ces nouvelles exigences européennes viennent accroître la pression sur un système déjà en surcharge.
Un appel à la sobriété, pas seulement au recyclage
La crise des filières françaises de recyclage révèle un déséquilibre fondamental : le recyclage seul ne suffit pas. Les acteurs du secteur, réunis autour d'Amorce, convergent vers un même constat - la sortie de crise passe inévitablement par une réduction de la production et une meilleure conception des produits. Sous la pression des nouvelles obligations européennes comme le PPWR, il devient impossible de continuer à externaliser le coût environnemental du consumérisme. La transition écologique exige donc autant de sobriété que d'innovation.