Castor d'Europe sur une berge herbeuse, queue plate étendue.
Environnement

Castor d’Europe en Gironde : le retour surprise d’un ingénieur écologique

Le castor d’Europe est de retour en Gironde, près de Bordeaux, après un siècle d’absence. Découvrez comment ce rongeur ingénieux recolonise la Jalle de Blanquefort, ses bienfaits écologiques, et comment cohabiter avec lui.

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L’Office français de la biodiversité a officialisé le 18 juin 2026 une nouvelle qui fait sourire les naturalistes girondins : le castor d’Europe (Castor fiber) a bel et bien élu domicile sur la Jalle de Blanquefort, à quelques kilomètres seulement du centre de Bordeaux. L’annonce, sobre mais sans équivoque, met fin à près d’un siècle d’absence de l’espèce dans le département. Ce retour n’est pas le fruit d’une réintroduction orchestrée par l’homme : c’est un réensauvagement spontané, une recolonisation silencieuse qui a débuté en amont de la Garonne et qui surprend jusqu’aux experts. Plongeons dans l’histoire de ce mammifère discret, ingénieur malgré lui, dont la présence redessine les équilibres écologiques aux portes de la métropole bordelaise.

Castor d'Europe sur une berge herbeuse, queue plate étendue.
Castor d'Europe sur une berge herbeuse, queue plate étendue. — (source)

L’OFB confirme : le castor d’Europe s’est installé sur la Jalle de Blanquefort

L’information est tombée le jeudi 18 juin 2026, mais l’enquête avait commencé bien plus tôt. Les agents du service départemental de l’Office français de la biodiversité ont officiellement authentifié la présence du castor d’Europe sur la commune de Blanquefort, au nord de l’agglomération bordelaise. Le secteur concerné est traversé par la Jalle de Blanquefort, un ruisseau qui appartient au vaste réseau hydrographique des Jalles, zone humide péri-urbaine de 6 000 hectares aujourd’hui protégée sous le nom de Parc des Jalles.

Ce territoire semi-urbain, mosaïque de prairies, de boisements alluviaux et de zones humides, constitue un corridor écologique de première importance. Il relie les espaces naturels de la métropole aux vallées plus sauvages du Médoc. La présence du castor y a été détectée grâce à la vigilance d’un habitant, un riverain qui a su lire les signes laissés par le rongeur sur les berges.

Janvier 2026 : l’histoire commence par un simple cliché de riverain

Tout a débuté en janvier 2026. Un particulier résidant dans la métropole bordelaise aperçoit des strophes inhabituelles sur les arbres bordant la Jalle : des troncs rongés en forme de crayon, des copeaux frais au pied des saules, des traces de dents caractéristiques. Il photographie ces indices et les transmet à l’OFB. Les agents du service départemental se rendent rapidement sur place. Leur constat est formel : il s’agit bien du Castor fiber.

Castor d'Europe (Castor fiber) transportant des brindilles sur une rive en Norvège.
Castor d'Europe (Castor fiber) transportant des brindilles sur une rive en Norvège. — Bouke ten Cate / CC BY 4.0 / (source)

Cette découverte illustre le rôle clé des citoyens dans les réseaux de surveillance naturaliste. Sans ce signalement, l’installation du castor serait peut-être passée inaperçue pendant des mois. L’OFB a salué la réactivité du riverain et rappelle que tout promeneur peut contribuer au suivi de l’espèce en transmettant ses observations via les canaux officiels.

Parc des Jalles : pourquoi ce poumon vert péri-urbain attire le rongeur

Le secteur de la Jalle de Blanquefort réunit toutes les conditions idéales pour le castor. La ripisylve y est dense, composée majoritairement de saules et de peupliers, deux essences qui constituent l’essentiel du menu du rongeur. L’eau y est permanente, avec des zones profondes d’au moins 60 cm, nécessaires pour protéger l’entrée immergée de son gîte. La pente du cours d’eau est faible, inférieure à 1 %, ce qui permet au castor de se déplacer sans effort excessif.

Castor d'Europe partiellement immergé, regardant vers la caméra.
Castor d'Europe partiellement immergé, regardant vers la caméra. — (source)

Le castor a besoin d’un territoire familial s’étendant sur 0,5 à 3 km de cours d’eau. Le Parc des Jalles, avec ses 6 000 ha de zone humide protégée, offre un espace suffisamment vaste et peu perturbé pour accueillir un groupe familial. La faible pression d’urbanisation directe sur les berges, combinée à la qualité de l’eau et à l’abondance de nourriture, fait de ce secteur un refuge idéal. L’espèce montre une fois de plus sa capacité d’adaptation remarquable à des environnements péri-urbains, pourvu que les conditions de base soient réunies.

Disparu depuis le début du XXᵉ siècle, le castor recolonise la Garonne tout seul

Le retour du castor en Gironde n’est pas un hasard. C’est l’aboutissement d’une lente reconquête qui a commencé il y a plusieurs décennies, depuis les derniers refuges de l’espèce dans la vallée du Rhône. Pour comprendre l’ampleur de ce come-back, il faut revenir sur l’histoire mouvementée du plus gros rongeur d’Europe.

Au début du XXᵉ siècle, le castor d’Europe avait quasiment disparu du territoire français. La chasse intensive pour sa fourrure, sa viande et surtout pour le castoréum — une sécrétion utilisée en parfumerie et en pharmacie — l’avait réduit à une centaine d’individus, confinés dans la basse vallée du Rhône. L’espèce était au bord de l’extinction.

1968 : comment une loi de protection a sauvé le plus gros rongeur d’Europe

Le tournant intervient en 1968. Cette année-là, un arrêté ministériel accorde au castor une protection intégrale sur l’ensemble du territoire français. C’est un texte pionnier, qui précède de plusieurs années la Directive Habitats européenne et la Convention de Berne. La chasse est interdite, la destruction des individus et de leurs habitats est punie par la loi.

Cette protection a porté ses fruits au-delà de toutes les espérances. Les populations relictuelles du Rhône ont commencé à se reconstituer lentement, puis à coloniser de nouveaux cours d’eau. Des programmes de réintroduction ont accéléré le mouvement dans certaines régions, notamment en Lorraine, dans le Bassin parisien et sur la Loire. Aujourd’hui, on estime la population française à plusieurs milliers d’individus. Le statut de conservation de l’espèce est passé de « En danger » à « Quasi menacé » au niveau mondial, et « À surveiller » en France. Le chemin parcouru est immense.

Lot-et-Garonne puis Gironde : la remontée naturelle de 250 km en un an

Le cas girondin est particulier : contrairement à d’autres régions, il n’y a pas eu de réintroduction humaine directe. La colonisation est entièrement naturelle. Les castors remontent progressivement le bassin de la Garonne depuis les populations du Sud-Ouest, où l’espèce était déjà installée.

Schéma anatomique du castor d'Europe (Castor fiber) montrant son squelette par rapport à la silhouette de l'animal.
Schéma anatomique du castor d'Europe (Castor fiber) montrant son squelette par rapport à la silhouette de l'animal. — Severin Worm-Petersen, 1890–1920 / CC BY 4.0 / (source)

Le premier signe de cette progression est apparu en Lot-et-Garonne. En juin 2024, un particulier avait filmé un castor en pleine activité sur un affluent de la Garonne. La vidéo, transmise à l’OFB, avait permis de confirmer la présence de l’espèce dans le département fin 2025. Un an plus tard, la Gironde emboîte le pas. Entre les deux départements, la distance à vol d’oiseau est d’environ 250 km. Le castor a parcouru cette distance en une année, ce qui témoigne d’une dynamique de colonisation soutenue.

Le « Réseau Castor », piloté par l’OFB depuis 1987, suit cette expansion avec attention. Des protocoles standardisés vont être mis en place en Gironde pour mieux connaître le ou les individus présents, leur provenance, leur sexe et leur nombre exact. L’espèce remonte naturellement la Garonne vers l’amont et l’aval, et la Gironde devient ainsi le deuxième département de Nouvelle-Aquitaine où sa présence est officiellement attestée.

Queue plate du castor, queue ronde du ragondin : le manuel de reconnaissance

Avec le retour du castor, une question pratique se pose pour les promeneurs et les riverains : comment être certain de ne pas confondre ce mammifère protégé avec le ragondin, espèce exotique envahissante que l’on croise fréquemment le long des cours d’eau girondins ? La confusion est fréquente, mais les différences sont nettes une fois qu’on sait les repérer.

Le castor d’Europe est bien plus massif que le ragondin. Il mesure jusqu’à 1,20 m de long (queue comprise) et pèse en moyenne 21 kg, contre 5 à 9 kg pour le ragondin. Mais le critère le plus fiable reste la queue : celle du castor est plate, large, écailleuse et dépourvue de poils, tandis que celle du ragondin est ronde et couverte de poils.

Castor d'Europe sur une berge, tenant une branche.
Castor d'Europe sur une berge, tenant une branche. — (source)

Autre indice visuel : la façon de nager. Le castor ne laisse émerger que sa nuque et le haut de son crâne, donnant l’impression d’une petite tête ronde posée sur l’eau. Le ragondin, lui, nage avec toute la tête et le haut du dos hors de l’eau. Enfin, les traces de dents sur les arbres sont différentes : le castor laisse des marques larges et profondes, en forme de biseau, alors que le ragondin grignote de façon plus superficielle.

21 kg, 1,20 m : les mensurations du mammifère star de Blanquefort

Le castor d’Europe est le plus grand rongeur autochtone d’Eurasie. Les adultes pèsent entre 16 et 28 kg, avec une moyenne de 21 kg. La longueur totale, queue comprise, peut atteindre 1,35 m. La queue elle-même mesure 30 à 40 cm de long sur 15 cm de large. Elle sert de gouvernail lors de la nage, de réserve de graisse et d’organe de thermorégulation.

Côté alimentation, le castor consomme environ 2 kg de matière végétale par jour, soit l’équivalent de 700 g d’écorce. Il se nourrit d’une trentaine d’espèces d’arbres, mais ses préférences vont très nettement aux salicacées : saules et peupliers représentent l’essentiel de son régime. En été, il complète son menu avec des plantes aquatiques, des herbes et des racines.

Protégé ou nuisible : deux réglementations radicalement opposées

Le statut juridique du castor et celui du ragondin sont aux antipodes. Le castor bénéficie d’une protection intégrale depuis l’arrêté de 1968, renforcée par la Directive Habitats (annexes II et IV) et la Convention de Berne (annexe III). Il est interdit de le capturer, de le détenir, de le mutiler, de le détruire ou de perturber intentionnellement ses individus. La destruction de ses gîtes, de ses barrages ou de son habitat est également prohibée. Les peines encourues sont lourdes : jusqu’à 150 000 € d’amende et trois ans d’emprisonnement.

À l’inverse, le ragondin est classé comme espèce exotique envahissante. Sa régulation est autorisée, voire encouragée, et il peut être piégé ou chassé dans le respect des périodes et des méthodes autorisées. Confondre les deux espèces peut avoir des conséquences juridiques graves si l’on porte atteinte à un castor en croyant agir sur un ragondin. Mieux vaut donc apprendre à les distinguer avant d’intervenir.

Lyon 2020 – la preuve que le castor peut vivre en plein centre-ville

Le retour du castor près de Bordeaux n’est pas un cas isolé. Un précédent célèbre, celui de Lyon en 2020, montre que l’espèce peut coloniser des environnements urbains très denses, pourvu qu’on lui en laisse la possibilité. L’histoire lyonnaise est instructive pour la métropole bordelaise.

Sous le pont de la Guillotière, en plein cœur de Lyon, les berges du Rhône étaient depuis longtemps artificialisées, dépourvues de végétation, peu accueillantes pour la faune. En décembre 2019, l’association « Des espèces parmi ’Lyon » a installé un dispositif appelé Gabiodiv’ : 65 mètres de long sur 2 mètres de large, composés de gabions remplis de terre et végétalisés. L’objectif était de recréer une ripisylve artificielle, un mince ruban de verdure le long du fleuve.

Tronc d'arbre cassé par un castor, avec fibres de bois apparentes.
Tronc d'arbre cassé par un castor, avec fibres de bois apparentes. — (source)

Pont de la Guillotière : un gabion végétalisé pour faciliter le retour

Le résultat a dépassé toutes les attentes. Dès février 2020, soit trois mois et demi seulement après l’installation, un castor a été observé sur le site. Victorine de Lachaise, naturaliste à l’origine du projet, raconte : « On s’attendait à ce qu’il mette deux ou trois ans à venir. Mais finalement, il ne lui a fallu que trois mois et demi. » Le castor utilisait le site comme une « aire d’autoroute », un lieu de halte pour se nourrir et se reposer entre deux déplacements le long du fleuve.

L’animal n’était pas farouche. Les promeneurs pouvaient l’observer à quelques mètres, au crépuscule, vaquant tranquillement à ses occupations. Sa présence a prouvé que même un cours d’eau fortement artificialisé peut retrouver une fonctionnalité écologique, à condition de lui offrir un minimum d’aménagements favorables.

Des brochets réapparus dans le Rhône : l’effet cascade du castor

L’impact du castor sur l’écosystème lyonnais a été spectaculaire. En quelques mois, 60 espèces animales et 25 espèces végétales ont colonisé les 65 mètres de berges réaménagées. Mais le fait le plus marquant concerne le brochet. Ce poisson, qui ne se reproduisait plus dans le Rhône canalisé depuis des décennies, a été observé avec des alevins — des brochetons — dans le secteur.

Le mécanisme est simple : les barrages construits par le castor ralentissent le courant, créent des zones d’eau calme et peu profondes, exactement le type d’habitat dont le brochet a besoin pour frayer. C’est l’effet cascade de l’espèce ingénieur : en modifiant son environnement pour ses propres besoins, elle crée des conditions favorables à tout un cortège d’autres espèces.

Pour la Gironde, la question se pose : quelles espèces locales pourraient bénéficier du retour du castor sur la Jalle de Blanquefort ? Les zones humides créées par ses barrages pourraient attirer des libellules, des amphibiens, des oiseaux d’eau et des poissons d’espèces patrimoniales. Le potentiel est immense.

Jardin rongé, berge fragilisée : que risque vraiment la métropole bordelaise ?

Le retour du castor n’est pas sans susciter des inquiétudes chez certains riverains et propriétaires. Les dégâts potentiels sont réels et documentés. Les arbres rongés en forme de crayon, notamment les saules et les peupliers, peuvent finir par tomber dans l’eau. Les terriers creusés dans les berges peuvent fragiliser les rives et provoquer des affouillements. Les barrages, en retenant l’eau, peuvent entraîner des inondations localisées.

Ces craintes sont légitimes, mais il convient de les relativiser. Le castor ne s’éloigne jamais à plus de 20 mètres de l’eau. Son territoire familial s’étend sur 0,5 à 3 km de cours d’eau, et son impact est très localisé. En France, des solutions existent pour gérer les conflits : pose de grillages protecteurs autour des arbres de valeur, installation de systèmes de régulation des niveaux d’eau appelés « castor dam levellers », et accompagnement par l’OFB.

Saules, peupliers et terriers : le bilan des dégâts potentiels

Les dommages signalés ailleurs en France sont de plusieurs types. Les arbres rongés à la base peuvent s’effondrer, obstruant localement le cours d’eau. Les terriers, parfois longs de plusieurs mètres, peuvent fragiliser les berges et accélérer l’érosion. Dans les zones agricoles, les barrages peuvent inonder ponctuellement des cultures riveraines.

Souche d'arbre rongée par un castor, copeaux de bois autour.
Souche d'arbre rongée par un castor, copeaux de bois autour. — (source)

Mais ces désagréments doivent être mis en balance avec les bénéfices écologiques. Les arbres tombés dans l’eau créent des abris pour les poissons et les invertébrés. Les zones humides formées par les barrages filtrent les polluants et rechargent les nappes phréatiques. Le castor est un ingénieur qui travaille gratuitement pour l’environnement, même si son travail n’est pas toujours compatible avec les usages humains.

150 000 € d’amende : ce que la loi interdit aux propriétaires riverains

Le cadre légal est très strict. L’arrêté ministériel du 2 septembre 2016 interdit l’utilisation de pièges tuants à moins de 200 mètres des rives des cours d’eau où la présence du castor est avérée. Toute destruction d’un spécimen ou de son habitat est passible de 150 000 € d’amende et de trois ans d’emprisonnement.

Les propriétaires riverains qui subissent des dégâts ne peuvent pas agir seuls. La seule démarche légale consiste à contacter l’OFB, qui peut proposer des solutions encadrées : protection individuelle des arbres par grillage, installation de systèmes de régulation des niveaux d’eau, ou, dans les cas les plus extrêmes, dérogation pour déplacer un barrage. Mais en aucun cas un particulier n’est autorisé à détruire un gîte, un barrage ou à capturer un castor. La cohabitation passe par le dialogue avec les autorités compétentes.

Barrage anti-sécheresse et filtre à pollution : le castor, un ingénieur gratuit pour l’environnement

Si les craintes des riverains sont compréhensibles, le retour du castor est avant tout une excellente nouvelle pour la qualité des cours d’eau girondins. L’espèce est classée comme « ingénieur des écosystèmes » : par son activité de construction, elle modifie profondément son environnement, avec des effets bénéfiques qui dépassent largement son propre confort.

Les barrages de castor ne sont pas de simples obstacles. Ce sont des structures complexes qui transforment le cours d’eau en un chapelet de zones humides. L’eau ralentit, s’infiltre dans le sol, se réchauffe, se charge en oxygène. Les sédiments se déposent, piégeant les polluants. La biodiversité explose.

La retenue d’eau en été : un service écosystémique aux portes de la ville

L’un des services les plus précieux rendus par le castor concerne la gestion de l’eau en période de sécheresse. En ralentissant l’écoulement, ses barrages favorisent l’infiltration de l’eau dans le sol, rechargeant les nappes phréatiques. Le débit des cours d’eau est maintenu plus longtemps en été, ce qui limite les effets des étés secs.

En Nouvelle-Aquitaine, où les arrêtés sécheresse sont devenus monnaie courante, ce service a une valeur économique et écologique considérable. Moins de besoin d’irrigation de sauvegarde pour les cultures riveraines, maintien des zones humides en période sèche, préservation des habitats aquatiques : le castor travaille gratuitement pour la collectivité. La métropole bordelaise, confrontée à des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents, pourrait bénéficier directement de cette régulation naturelle.

60 espèces animales attirées : le bilan biodiversité du castor ingénieur

Les chiffres de l’expérience lyonnaise parlent d’eux-mêmes. Sur seulement 65 mètres de berges réaménagées, 60 espèces animales et 25 espèces végétales sont apparues en trois mois et demi. Poissons, amphibiens, insectes, oiseaux : tous ont profité des modifications apportées par le castor.

La Jalle de Blanquefort, ruisseau au cœur du Parc des Jalles, poumon vert péri-urbain de la métropole bordelaise

Le mécanisme est simple. En complexifiant la ripisylve, le castor crée une multitude de micro-habitats : trous d’eau, bois mort, zones d’eau calme, caches sous les racines. Chacun de ces micro-habitats attire des espèces différentes. Le castor est ce que les écologues appellent une « espèce-clé de voûte » : son action profite à l’ensemble de l’écosystème, un peu comme la clé de voûte d’une arche soutient toute la structure.

En Gironde, le potentiel est immense. Les zones humides du Parc des Jalles, déjà riches en biodiversité, pourraient voir leur intérêt écologique encore renforcé par l’arrivée du castor. Des espèces patrimoniales comme la loutre, le martin-pêcheur ou la libellule à quatre taches pourraient trouver de nouveaux habitats favorables.

Vous vivez entre Blanquefort et Bordeaux ? Voici comment réagir face au castor

Pour les habitants de la métropole bordelaise, le retour du castor est une opportunité, mais aussi une responsabilité. Quelques règles simples permettent de cohabiter sereinement avec ce nouveau voisin.

Le castor est un animal discret et crépusculaire. Il passe la journée dans son gîte, un terrier creusé dans la berge dont l’entrée est immergée. Il devient actif au coucher du soleil et pendant la nuit. C’est à ce moment-là qu’on a le plus de chances de l’observer, à condition de rester silencieux et à distance.

Sur les traces du castor : intégrer le protocole de l’OFB

L’OFB met en place des protocoles standardisés dans le cadre du « Réseau Castor », un programme de suivi national qui existe depuis 1987. L’objectif est de collecter des données sur les individus présents : leur nombre, leur provenance, leur sexe, leur comportement. Les promeneurs et les riverains sont invités à devenir des « sentinelles » en transmettant leurs observations.

Si vous repérez des indices de présence — arbres rongés en forme de crayon, terriers, coulées, empreintes — vous pouvez les photographier et les signaler à l’OFB via le site officiel ou auprès de la fédération de pêche de la Gironde. Chaque signalement compte et permet d’affiner la connaissance de la population locale.

Attitude gagnante : pourquoi l’observation à distance est la seule règle

Si vous croisez un castor, la consigne est simple : observez-le à distance, sans le déranger. Ne tentez pas de le toucher, de le capturer ou de le nourrir. Ne vous approchez pas de son gîte. Ne détruisez pas ses barrages, même s’ils vous semblent gênants.

Pour les propriétaires riverains, la seule action légalement autorisée est la protection individuelle des arbres par grillage. Vous pouvez entourer le tronc d’un grillage à mailles fines sur au moins un mètre de hauteur pour empêcher le castor de le ronger. Mais toute intervention sur le gîte, le barrage ou l’animal lui-même est interdite et passible de poursuites.

L’expérience lyonnaise a montré que le castor peut s’habituer à la présence humaine et devenir observable à quelques mètres, sans agressivité. Mais cette familiarité ne doit pas être une excuse pour le déranger. Le respect de sa tranquillité est la condition d’une cohabitation durable.

Conclusion : une victoire silencieuse pour la qualité de l’eau et la biodiversité girondine

Le retour du castor d’Europe en Gironde n’est pas un simple fait divers naturaliste. C’est un signal fort sur l’état de santé des cours d’eau de la métropole bordelaise. Le castor est un bio-indicateur : sa présence témoigne d’une amélioration de la qualité de l’eau et des habitats riverains, après des décennies de pollution agricole et urbaine.

La Jalle de Blanquefort, la Garonne, les affluents qui traversent le Parc des Jalles : ces cours d’eau ont longtemps souffert des rejets urbains et des pratiques agricoles intensives. Leur reconquête par le castor montre que les efforts de restauration écologique commencent à porter leurs fruits. C’est une victoire silencieuse, invisible pour le grand public, mais capitale pour la biodiversité.

L’OFB elle-même qualifie cette nouvelle de « bonne nouvelle » pour la biodiversité locale. Le défi est maintenant d’apprendre à partager l’espace avec cet ingénieur malgré lui. Le castor n’est pas une menace, c’est une chance. Une chance de redécouvrir le fonctionnement naturel des cours d’eau, de renouer avec une faune sauvage qui avait disparu de nos paysages, de comprendre que la nature sait reprendre ses droits quand on lui en laisse la possibilité.

La cohabitation ne sera pas toujours facile. Il y aura des arbres rongés, des berges fragilisées, des conflits d’usage à gérer. Mais les bénéfices — qualité de l’eau, régulation des sécheresses, explosion de la biodiversité — sont sans commune mesure avec les désagréments. Le castor est de retour en Gironde. À nous de l’accueillir comme il se doit.

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Questions fréquentes

Le castor d'Europe est-il de retour en Gironde ?

Oui, l'Office français de la biodiversité a officialisé le 18 juin 2026 la présence du castor d'Europe sur la Jalle de Blanquefort, près de Bordeaux. Il s'agit d'une recolonisation spontanée, sans réintroduction humaine, après près d'un siècle d'absence dans le département.

Comment distinguer un castor d'un ragondin ?

Le castor a une queue plate, large et écailleuse, tandis que le ragondin a une queue ronde et poilue. Le castor est aussi beaucoup plus massif (21 kg en moyenne) et nage en ne laissant émerger que sa nuque, alors que le ragondin montre toute sa tête et le haut du dos.

Quels dégâts le castor peut-il causer aux berges ?

Le castor peut ronger des arbres (saules, peupliers) en forme de crayon, creuser des terriers qui fragilisent les berges et construire des barrages pouvant provoquer des inondations localisées. Ces impacts sont toutefois très localisés et des solutions existent, comme la pose de grillages protecteurs.

Quelle amende pour tuer un castor en France ?

Toute destruction d'un castor ou de son habitat est passible de 150 000 € d'amende et de trois ans d'emprisonnement. L'espèce bénéficie d'une protection intégrale depuis un arrêté de 1968, renforcée par la Directive Habitats et la Convention de Berne.

Pourquoi le castor est-il un ingénieur écologique ?

En construisant des barrages, le castor ralentit le courant, crée des zones humides, filtre les polluants et recharge les nappes phréatiques. À Lyon, 60 espèces animales et 25 végétales ont colonisé 65 mètres de berges aménagées, et des brochets ont même réapparu dans le Rhône.

Sources

  1. actu.fr · actu.fr
  2. bfmtv.com · bfmtv.com
  3. fr.news.yahoo.com · fr.news.yahoo.com
  4. fr.wikipedia.org · fr.wikipedia.org
  5. ici.fr · ici.fr
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Paul Ribot @labo-geek

Doctorant en physique des particules à Saclay, je passe mes journées à chercher des trucs qu'on ne peut même pas voir. Mais ma vraie passion, c'est d'expliquer la science à ceux qui pensent ne pas pouvoir la comprendre. L'univers est dingue, et je trouve ça injuste que seuls les chercheurs en profitent. Alors je vulgarise, avec des analogies du quotidien et zéro jargon. La science, c'est pour tout le monde.

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