Jeune femme assise devant un ordinateur portable ouvert dans une chambre sombre, l'écran éclairant son visage anxieux, fenêtre montrant une page de demande de visa, atmosphère tendue
Éducation

Étudiants français au Canada : retards de permis, fin du PEQ et réalité du rêve

Fin du PEQ, retards de permis et désinformation sur les réseaux : plongée dans le mirage canadien qui ruine les projets des étudiants français.

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Ouvrez TikTok ou Instagram et vous tomberez inévitablement sur des vidéos aux couleurs chaleureuses montrant des étudiants sirotant un café sur le Plateau-Mont-Royal, décrivant Montréal comme une ville où tout semble possible. Les hashtags cumulent des millions de vues, dressant le portrait d'une destination idéale pour les jeunes Français en quête d'un ailleurs. Sauf que derrière ces images soignées se cache une réalité bien différente, celle de jeunes gens dont les projets de vie volent en éclats à cause de décisions administratives prises à des milliers de kilomètres.

Montréal sur TikTok, la précarité dans la vraie vie : le mirage canadien

Le contraste est saisissant entre le contenu viral qui alimente les rêves de milliers de lycéens français et la situation vécue concrètement sur le terrain à l'été 2025. Pendant que des agences de placement et des influenceurs promettent une vie meilleure au Québec, des étudiants se retrouvent coincés devant un écran, à rafraîchir une page web en espérant voir apparaître un document qui ne vient pas. L'été 2025 a marqué un point de rupture que les algorithmes ne montrent pas, celui où l'attrait du Canada s'est transformé en cauchemar logistique pour une génération entière de candidats au départ.

Jeune femme assise devant un ordinateur portable ouvert dans une chambre sombre, l'écran éclairant son visage anxieux, fenêtre montrant une page de demande de visa, atmosphère tendue
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« Mon rêve part en fumée » : quand l'ambition se heurte à l'attente devant un écran

Juliette Bluzat a 18 ans. Elle a fait ce que des milliers de jeunes Français font chaque année : postuler, être acceptée à Polytechnique Montréal, acheter son billet d'avion et préparer son installation. Tout était en ordre sur le papier. Sauf qu'à l'été 2025, son permis d'études tarde à arriver. Les délais s'allongent, les semaines passent, et Juliette se retrouve contrainte d'annuler son vol avec des frais supplémentaires. Comme elle le raconte dans La Presse, elle se dit très stressée et très angoissée, avouant que la situation lui fait pleurer tous les jours parce qu'elle a l'impression que son rêve part en fumée, tout simplement. Son cas n'est pas isolé. C'est le visage humain d'un système engorgé qui transforme un projet mûri depuis des mois en source de détresse psychologique.

Le Canada vendu comme « plan B » par les algorithmes

Depuis plusieurs années, un écosystème numérique entier s'est constitué autour de l'idée que le Canada serait une échappatoire royale à la sélection française, notamment via Parcoursup. Des agences de placement publient des vidéos optimistes, des influenceurs partagent leurs conseils pour décrocher un permis d'études, des forums débordent de retours d'expérience positifs. Le message implicite est toujours le même : contrairement à la voie française, le Canada vous accueille à bras ouverts, et un diplôme québécois ouvre presque automatiquement la porte à la résidence permanente. Ce discours reposait sur des règles qui ont existé, mais ces règles ont changé radicalement sans que les algorithmes ne s'en inquiètent.

Une détresse invisible aux yeux des plateformes

Ce qui rend la situation particulièrement insidieuse, c'est l'asymétrie totale d'information entre ce qui circule sur les réseaux et ce qui se passe réellement dans les couloirs administratifs. Les vidéos publiées en 2023 ou 2024 continuent de tourner en boucle, accumulant des vues et des likes, alors même que le cadre juridique qu'elles décrivent n'existe plus. Un jeune qui consulte ces contenus au printemps 2025 croit s'informer, alors qu'il absorbe une vision obsolète de l'immigration canadienne. Aucun algorithme ne signale que les informations sont périmées. Le résultat est une forme de désinformation involontaire mais dévastatrice, qui pousse des adolescents à engager des sommes considérables sur la base de promesses dont le pays d'accueil s'est déjà détourné.

Le PEQ, cette autoroute vers la résidence permanente fermée du jour au lendemain

Pour comprendre pourquoi la situation a basculé, il faut saisir le rôle central d'un programme qui a fait l'attractivité du Québec : le Programme de l'expérience québécoise, plus connu sous l'acronyme PEQ. Pendant des années, ce dispositif a fonctionné comme une sorte de raccourci, transformant un diplôme obtenu au Québec en un sésame pour la résidence permanente. C'était simple, prévisible et rapide. Puis tout a basculé le 19 novembre 2025, une date que les étudiants déjà sur place n'oublieront pas.

Comment fonctionnait le PEQ : le raccourci qui a rendu le Québec si attractif

Le PEQ comportait deux volets principaux : l'un destiné aux diplômés du Québec, l'autre aux travailleurs étrangers temporaires. Le principe était redoutablement efficace : si vous obteniez un diplôme québécois ou si vous cumuliez une expérience de travail suffisante, le certificat de sélection du Québec vous était délivré de manière quasi automatique, sans passer par un système de points complexe. Une fois ce CSQ en poche, la route vers la résidence permanente fédérale était ouverte et quasiment garantie. Pour un étudiant français, cela représentait une alternative infiniment plus séduisante que l'Express Entry fédéral, un système hypercompétitif où les candidats se livrent une bataille de points et où les seuils de sélection fluctuent sans cesse. Avec le PEQ, pas de cette incertitude : diplôme égalait résidence permanente, presque mécaniquement.

19 novembre 2025 : la date où tout a basculé sans préavis

Les deux volets du PEQ ont d'abord été mis sur pause dans les mois précédant novembre 2025, créant déjà une profonde incertitude parmi les étudiants et travailleurs étrangers en cours de parcours. Puis le 19 novembre 2025, le programme a été définitivement supprimé, comme le rapporte Courrier international. Ce n'est pas un simple ajustement technique : le PEQ fournissait automatiquement un certificat de sélection du Québec menant à la résidence permanente. Sa suppression a effacé d'un coup le principal argument de vente du Québec auprès des étudiants français. Florence Bollet Michel, travailleuse sociale française installée à Montréal, a résumé le sentiment général en demandant comment on peut fermer un programme du jour au lendemain sans même un préavis, sans même informer les gens.

Du PEQ au PTSQ : comprendre la rupture de logique

Le programme de remplacement, le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PTSQ), n'a rien à voir avec ce qui existait auparavant. Il s'agit d'un système de points classique où l'âge, le diplôme, l'expérience professionnelle, le niveau de langue et le domaine d'études sont évalués. Il n'y a plus aucune garantie : un diplôme québécois ne suffit plus à obtenir le précieux CSQ. Le PEQ partait du postulat que toute personne ayant étudié ou travaillé au Québec avait déjà fait la preuve de son intégration. Le PTSQ inverse cette logique : il évalue le candidat dans une grille standardisée, indépendamment de son parcours réel au Québec. Le gouvernement québécois a par ailleurs adopté une cible de 45 000 immigrants permanents par année de 2026 à 2029, en baisse significative par rapport aux environ 60 000 de 2025, ce qui resserre encore davantage les perspectives.

Se connecter six fois par jour sur IRCC : le calvaire des étudiants bloqués à l'été 2025

Au-delà de la question de l'installation permanente, c'est l'arrivée elle-même qui est devenue un parcours du combattant. Les réformes successives de l'immigration ont provoqué un engorgement administratif massif qui touche même les primo-arrivants, ceux qui ne pensent encore qu'à poser le pied dans une salle de classe canadienne. Le cas d'Ambre Chesnel illustre parfaitement cette paralysie qui transforme une simple démarche bureaucratique en une épreuve nerveuse de plusieurs semaines.

Cinq semaines de délai affichées, neuf semaines passées : le vertige d'Ambre

Ambre Chesnel a 21 ans, elle vient de Nantes et elle est admise en psychologie à l'Université de Montréal. Elle dépose sa demande de permis d'études début juin 2025 sur le portail de l'IRCC. Le délai affiché est de cinq semaines. Raisonnable. Sauf que les semaines défilent sans aucune nouvelle. À neuf semaines, toujours rien. Ambre raconte qu'elle se connecte sur son compte IRCC cinq, six fois par jour, une obsession numérique qui ne change rien au résultat mais qui témoigne de l'angoisse vivante. Le problème, c'est que la rentrée à l'UdeM est fixée au 11 août. Sans permis, pas de cours. Son année universitaire est menacée avant même d'avoir commencé, et elle n'est pas la seule dans cette situation.

Des retards qui cachent une politique délibérée de freinage

Ces retards ne sont pas des accidents de parcours ou de simples lenteurs estivales. Ils s'inscrivent dans une logique politique claire : Ottawa a abaissé le nombre de permis d'études à 155 000 nouveaux étudiants étrangers autorisés pour 2026, soit la moitié du volume de 2025, comme le détaille Le Monde. Ce plafond, mis en place dès janvier 2024, fonctionne comme un robinet que le gouvernement fédéral resserre progressivement. Les délais d'attente ne sont pas un bug du système, ils sont le système lui-même en train de fonctionner. Ce phénomène ne touche d'ailleurs pas que les Français. Comme le montre la chute brutale des permis pour les étudiants indiens, la politique de réduction touche toutes les nationalités, même si les mécanismes diffèrent selon les pays d'origine.

L'absence de communication : une double punition

Le plus cruel dans cette attente, au-delà de sa durée, c'est le silence. Les étudiants bloqués ne reçoivent aucun courriel, aucune notification, aucune estimation révisée. Le portail IRCC affiche simplement un statut qui ne change pas, pendant des semaines, parfois des mois. Il n'existe pas de numéro d'urgence dédié, pas de canal prioritaire pour les cas où la rentrée universitaire est imminente. Les universités elles-mêmes se disent impuissantes face à un processus fédéral dont elles ne maîtrisent aucun levier. Cette opacité aggrave considérablement le stress des candidats, qui se retrouvent dans une sorte de vide informationnel où même les établissements scolaires ne peuvent leur fournir de calendrier fiable.

Antidépresseurs et billets d'avion annulés : ce que coûte réellement le rêve canadien

Quand on parle d'immigration, on utilise souvent des chiffres, des pourcentages, des quotas. Mais derrière chaque demande bloquée, il y a un être humain qui a pris des risques considérables pour construire une vie nouvelle. Le coût de cette politique de resserrement ne se mesure pas seulement en dollars de frais d'annulation : il se lit dans des ordonnances d'antidépresseurs, des meubles vendus à perte et des années de travail réduites à néant rétrospectivement.

« Je n'imagine pas arrêter de les prendre » : quand la précarité administrative ruine la santé

Julian Ballester est un étudiant français qui a commencé un traitement antidépresseur après avoir appris la fermeture du volet diplômé du PEQ. Ses mots sont sans appel : il décrit une situation aberrante et affirme qu'il n'a pas envie de jouer à la roulette russe. Il précise qu'il n'imagine pas une seule seconde arrêter de les prendre parce que la vie au Québec en tant qu'immigrant est devenue tellement précaire. Ce vocabulaire n'est pas exagéré : quand on a tout quitté, investi des dizaines de milliers d'euros et bouleversé sa vie familiale sur la base d'un contrat moral implicite entre l'étudiant et le pays d'accueil, voir ce contrat déchiré unilatéralement produit un traumatisme bien réel. Le coût invisible de cette politique se mesure en consultations médicales, en nuits blanches et en confiance en soi détruite.

Tout vendu, rien garanti : le cas des travailleurs français piégés au Québec

Le drame ne concerne pas que les étudiants. Sabrina Kouider est infirmière, recrutée en France pour répondre à la pénurie de personnel soignant au Québec. Elle a tout vendu en France pour s'installer à Sherbrooke en 2024 avec sa famille, convaincue de construire un avenir meilleur pour ses enfants. Avec la fermeture du PEQ, cet avenir est selon elle compromis. De son côté, Florence Bollet Michel, travailleuse sociale arrivée à Montréal en avril 2023, avait cumulé les 24 mois de travail requis pour faire sa demande de résidence permanente via le PEQ. Sa demande a été gelée, puis le programme a été supprimé. Ces personnes ont joué selon les règles en vigueur au moment de leur départ. Elles ont investi du temps, de l'argent, de l'énergie. Et elles se retrouvent pénalisées d'avoir eu confiance dans un système qui a changé les règles en cours de partie.

Le coût financier d'un projet d'études avorté

Au-delà de la souffrance psychologique, il existe un coût matériel considérable que peu de témoignages mettent en lumière. Les frais de scolarité des étudiants étrangers au Québec, même au régime québécois pour les Français, représentent plusieurs milliers de dollars par session. S'y ajoutent les frais de demande de permis, les billets d'avion achetés à l'avance pour bénéficier de tarifs corrects, les cautionnements versés pour les logements, les frais d'installation. Quand le permis n'arrive pas ou que le programme d'immigration ferme, une partie de ces sommes est perdue purement et simplement. Les assurances voyage ne couvrent pas l'annulation d'un vol pour cause de retard administratif. Pour des familles de classe moyenne qui ont économisé pendant des années pour financer le projet de leur enfant, cette perte sèche peut représenter un choc budgétaire majeur.

8 000 étudiants étrangers en moins au Québec : les universités francophones suffoquent

L'impact de ces réformes dépasse largement les cas individuels. C'est un modèle économique entier qui est aujourd'hui menacé : les universités québécoises, et singulièrement les francophones, dépendent structurellement des étudiants étrangers pour équilibrer leurs budgets. Les chiffres de l'année 2025 sont sans appel et dessinent une cartographie de l'hémorragie qui ne cesse de s'aggraver.

Sherbrooke -15,3 %, Laval -11,2 % : la cartographie de l'hémorragie

Le Québec comptait 50 515 étudiants étrangers en 2025, contre environ 58 500 l'année précédente, selon les données compilées par La Presse. En deux ans, le réseau universitaire a perdu quelque 8 000 étudiants internationaux. La part des étudiants étrangers dans la population universitaire québécoise est passée de 18,5 % en 2023 à 15,7 % en 2025. Les inscriptions en maîtrise s'effondrent de 21,2 %, un chiffre qui met directement en péril la capacité de recherche des établissements. L'Université de Sherbrooke enregistre une baisse de 15,3 %, Laval et l'UdeM chacune -11,2 %, l'UQAM -10,5 %. Les universités anglophones comme McGill ou Concordia sont moins touchées grâce à leur notoriété internationale et à un bassin de recrutement plus large, mais les francophones se retrouvent exsangues.

L'IPSA Paris a réduit ses départs au Canada de 85 % en deux ans

Le signal le plus frappant ne vient pas du Québec mais de France. L'école d'ingénierie aéronautique et spatial Paris-IPSA, qui envoyait une vingtaine d'étudiants par an au Canada, n'en a envoyé que six en 2025 et seulement trois pour la rentrée 2026, comme le relève Le Monde. Soit une chute de 85 % en deux ans. Quand une institution française elle-même cesse de recommander le Canada à ses étudiants, c'est que la confiance est morte. Les responsables de l'école ont pris acte de l'imprévisibilité du système et préfèrent orienter leurs élèves vers des destinations plus stables plutôt que de les exposer à un risque administratif croissant.

Pourquoi les universités francophones paient le prix le plus lourd

La vulnérabilité spécifique des universités francophones québécoises s'explique par plusieurs facteurs structurels. Contrairement à McGill ou Concordia, qui attirent des étudiants du monde entier grâce à la force de leur marque en anglais, les universités francophones reposaient largement sur un vivier de recrutement centré sur la francophonie internationale, et en particulier sur la France, l'Afrique francophone et le Maghreb. Or ces trois bassins sont précisément ceux où les réformes fédérales de 2024-2025 ont eu l'impact le plus brutal en termes de délais et de refus. Par ailleurs, les frais de scolarité des étudiants étrangers constituent une part plus importante du budget des universités francophones, qui n'ont pas les mêmes fondations philanthropiques ni les mêmes revenus de recherche que leurs homologues anglophones. La baisse de 8 000 étudiants en deux ans n'est donc pas un simple coup de mou : c'est une menace existentielle pour un réseau universitaire qui n'a pas les réserves financières pour absorber un tel choc.

Infirmière à Sherbrooke, ingénieur au Nouveau-Brunswick : les pistes qui résistent encore

Après ce tableau sombre, il reste des questions concrètes : existe-t-il encore des filières ou des provinces où le projet d'études puis d'installation au Canada reste viable ? La réponse est nuancée. Le rêve simpliste du diplôme égal résidence permanente est bel et bien mort, mais des chemins existent encore pour ceux qui choisissent leur parcours avec discernement et préparation. Le ton change ici : de la mise en garde, on passe au conseil pragmatique.

Santé, BTP, éducation : les secteurs où le Canada recrute encore massivement

Tous les diplômes ne se valent pas face aux nouveaux systèmes de sélection. Un cursus en psychologie, comme celui visé par Ambre, n'offre pas les mêmes perspectives qu'un diplôme en soins infirmiers, en génie civil ou en éducation. Ces trois secteurs sont officiellement classés en pénurie par les autorités canadiennes et québécoises, ce qui signifie qu'ils bénéficient de bonus significatifs dans les grilles de points du PTSQ comme de l'Express Entry fédéral. Les infirmières, les enseignants et les ingénieurs du bâtiment continuent d'être recrutés activement, et leur profil reste compétitif même dans un environnement de sélection plus strict. Le choix du domaine d'études est devenu un acte stratégique dont dépend directement la possibilité de rester sur le territoire après l'obtention du diplôme.

Nouveau-Brunswick, Manitoba, Saskatchewan : sortir du tout-Québec pour maximiser ses chances

Le Québec n'est pas la seule province francophone du Canada, et c'est précisément là que réside une opportunité méconnue. Le Nouveau-Brunswick, le Manitoba et la Saskatchewan disposent chacun de leurs propres programmes d'immigration provinciale, avec des critères qui peuvent être moins concurrentiels que ceux du Québec ou de l'Express Entry fédéral. Le Nouveau-Brunswick, seule province officiellement bilingue, cherche activement à attirer des francophones pour maintenir son équilibre linguistique. Le Manitoba et la Saskatchewan offrent des voies d'accès à la résidence permanente pour les diplômés de leurs universités, avec des seuils de sélection parfois plus accessibles. La contrepartie est évidente : la vie à Moncton ou à Winnipeg n'a rien à voir avec celle de Montréal. Les infrastructures francophones sont moins développées, la communauté expatriée plus réduite, l'animation culturelle plus modeste. Mais le chemin vers la résidence permanente peut y être plus direct et plus prévisible.

Ce que change le PTSQ par rapport au PEQ : calculer son score avant de partir

Le PTSQ, Programme de sélection des travailleurs qualifiés, est désormais l'unique voie de sélection pour les travailleurs qualifiés au Québec. Contrairement au PEQ, il fonctionne avec un système de points qui prend en compte l'âge, le niveau de diplôme, l'expérience de travail, la maîtrise du français et de l'anglais, ainsi que le domaine d'études. Le changement fondamental est le suivant : avec le PEQ, on savait à l'avance que le diplôme suffirait. Avec le PTSQ, on ne sait pas. Un étudiant potentiel doit donc simuler son score avant même de s'inscrire dans une université québécoise, pas après. Si le score simulé ne dépasse pas les seuils de sélection récents, il serait irresponsable de tout quitter en comptant sur une amélioration future. Ce calcul froid doit remplacer l'enthousiasme intuitif que les réseaux sociaux entretiennent.

Avant de tout quitter pour le Canada : les questions que personne ne vous pose sur Instagram

Geoffrey Guerin a 23 ans, il a fait un échange à McGill. Son verdict est sans appel : si on devait tout refaire, sachant les conséquences, il pense qu'on irait ailleurs. L'année dernière, il est parti à New York et ça s'est très bien passé. Il avait le choix entre le Canada et le Japon, il croit qu'il aurait choisi le Japon. Cette phrase, recueillie par La Presse, devrait être affichée dans chaque lycée français où le Canada est présenté comme une option évidente. Elle résume à elle seule la déception de ceux qui ont cru à une promesse que le pays n'a pas tenue.

Reprendre le témoignage de Geoffrey Guerin (McGill) : « Sachant les conséquences, je choisirais le Japon »

Le cas de Geoffrey est particulièrement éclairant car il ne s'agit pas d'un étudiant qui a tout perdu ou qui se trouve en situation irrégulière. Il a simplement fait un échange, a observé le paysage de l'immigration de l'intérieur, et en a tiré une conclusion lucide. Son expérience à New York, comparée à celle vécue au Canada, lui a fait réaliser que d'autres destinations offrent une expérience internationale tout aussi enrichissante, mais avec un rapport incertitude-gain beaucoup plus favorable. Le Japon, qu'il évoque comme alternative, dispose de ses propres complexités, mais le fait même qu'un jeune Français exprime publiquement ce regret en dit long sur la dégradation de l'image du Canada dans cette génération.

Les trois vérifications indispensables avant de postuler

Avant de signer un chèque, de vendre ses meubles ou d'annuler une inscription en France, un lycéen qui rêve du Canada doit se poser trois questions concrètes que personne ne lui pose dans les stories Instagram. Premièrement, a-t-il simulé son score au PTSQ ou à l'Express Entry avec le diplôme qu'il vise ? Si non, il part à l'aveugle. Deuxièmement, a-t-il vérifié les quotas actuels de permis d'études pour son programme et son pays d'origine ? Les plafonds sont réels, ils sont baissés de moitié entre 2025 et 2026, et ignorer cette donnée revient à miser sur un tirage au sort. Troisièmement, possède-t-il un plan B financier et professionnel en France ? Annuler un billet d'avion coûte cher. Annuler un projet de vie coûte beaucoup plus cher.

Construire un plan B crédible avant le départ

La notion de plan B est souvent mentionnée de façon superficielle dans les conseils aux candidats au départ, mais elle mérite d'être prise au sérieux. Un plan B crédible, ce n'est pas se dire qu'on trouvera bien quelque chose si ça ne marche pas. C'est conserver une inscription parallèle dans une université française, c'est conserver son logement ou du moins une option de relogement rapide, c'est avoir épargné une somme tampon suffisante pour couvrir les frais irrécouvrables sans se retrouver en détresse. C'est aussi avoir discuté ouvertement avec son entourage de la possibilité que le projet n'aboutisse pas, pour ne pas avoir à gérer en plus la honte ou le déni en cas d'échec. Les étudiants qui traversent le mieux la crise actuelle sont ceux qui avaient anticipé cette éventualité, non pas par pessimisme, mais par réalisme.

Conclusion : le rêve canadien à réinventer, pas à abandonner

Le Canada reste un pays extraordinaire pour y étudier. Les universités y sont de qualité, la société y est ouverte, l'expérience d'y vivre est formatrice à bien des égards. Mais la stratégie diplôme canadien égal résidence permanente automatique est morte, et il est urgent que chaque candidat potentiel l'intègre dans sa réflexion. Les retards massifs de délivrance des permis d'études à l'été 2025, puis la suppression du PEQ en novembre de la même année, ont définitivement mis fin à une époque de simplicité administrative qui avait rendu le Québec particulièrement séduisant pour les jeunes Français.

Ce bilan n'a pas vocation à décourager qui que ce soit. Il a pour objectif de remplacer l'enthousiasme aveugle par une préparation rigoureuse. Les filières en pénurie continuent d'offrir des débouchés réels, les provinces francophones hors Québec recrutent activement, et des parcours d'installation viables existent encore pour ceux qui prennent le temps de les cartographier avant de faire leurs valises. Le Canada n'a pas fermé sa porte : il a simplement changé la serrure. À chacun de vérifier, avant de partir, qu'il possède bien la bonne clé. Partir les yeux ouverts, c'est encore partir. Partir les yeux fermés, c'est s'exposer à une roulette russe dont les étudiants français de 2025 ont fait les frais.

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Questions fréquentes

Pourquoi le PEQ a-t-il été supprimé ?

Le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) a été définitivement supprimé le 19 novembre 2025 dans le cadre d'un resserrement de la politique d'immigration. Le gouvernement québécois a également adopté une cible de 45 000 immigrants permanents par an de 2026 à 2029, contre environ 60 000 en 2025.

Quelle différence entre PEQ et PTSQ ?

Le PEQ garantissait quasi automatiquement la résidence permanente aux diplômés québécois. Le PTSQ, qui l'a remplacé, est un système de points classique évaluant l'âge, le diplôme, l'expérience et les langues, sans aucune garantie d'obtention.

Quels secteurs recrutent encore au Canada ?

Les secteurs officiellement en pénurie comme la santé, le BTP et l'éducation recrutent toujours massivement. Ces domaines offrent des bonus significatifs dans les grilles de points des nouveaux systèmes de sélection.

Combien d'étudiants étrangers perdus au Québec ?

Le réseau universitaire québécois a perdu environ 8 000 étudiants internationaux en deux ans, passant de 58 500 en 2023 à 50 515 en 2025. Cette baisse menace particulièrement l'équilibre financier des universités francophones.

Pourquoi éviter le tout-Québec pour immigrer ?

Des provinces comme le Nouveau-Brunswick, le Manitoba ou la Saskatchewan disposent de leurs propres programmes d'immigration avec des critères parfois moins concurrentiels. Le Nouveau-Brunswick recrute notamment activement des francophones pour maintenir son équilibre linguistique.

Sources

  1. lapresse.ca · lapresse.ca
  2. courrierinternational.com · courrierinternational.com
  3. lapresse.ca · lapresse.ca
  4. Vie étudiante - Actualités, vidéos et infos en direct · lemonde.fr
  5. lemonde.fr · lemonde.fr
world-watcher
Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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