Sur Rotten Tomatoes, environ 42 % des critiques professionnels recommandent le nouveau "Street Fighter" ; sur le même site, 82 % des spectateurs lui donnent leur approbation. Entre les deux, un film de baston PG-13 de deux heures, sorti en France le 14 octobre 2026 et aux États-Unis le 16 octobre, et une question très concrète pour quiconque a grandi sur les bornes d'arcade de Capcom : est-ce que ça vaut la séance ?

Un tournoi, deux frères, une recruteuse
Le pitch assume la nostalgie : en 1993, Ryu et Ken Masters, deux frères adoptifs séparés depuis des années, sont tirés de leur retraite par Chun-Li, agente infiltrée à Interpol, pour le World Warrior Tournament organisé par le dictateur M. Bison. Derrière le tournoi, une conspiration, et derrière la conspiration, les démons personnels des deux hommes.
Le film est réalisé par Kitao Sakurai, passé par la série "Twisted Metal", qui cosigne le scénario avec T. J. Fixman. C'est la troisième adaptation en prises de vues réelles de la licence, après le film de 1994 avec Jean-Claude Van Damme et "The Legend of Chun-Li" en 2009. Legendary a récupéré les droits en avril 2023, les frères Philippou ("Talk to Me") ont quitté le projet en juin 2024, et le tournage s'est finalement tenu en Australie d'août à novembre 2025, sous le titre de travail "Punch".
Le casting est un défilé : Noah Centineo (Ken), Andrew Koji (Ryu), David Dastmalchian (Bison), Roman Reigns (Akuma), Cody Rhodes (Guile), Jason Momoa (Blanka), 50 Cent (Balrog), Orville Peck (Vega), Andrew Schulz (Dan Hibiki). Les séquences animées en flash-back sont signées Titmouse ; la musique est de Leo Birenberg et Zach Robinson, déjà collaborateurs de Sakurai.
Callina Liang, elle, n'est pas un faire-valoir. Née à Vancouver en 2000, élevée entre Pékin, Sydney et Singapour, révélée par "Presence" de Steven Soderbergh et "Bad Genius" en 2024, la voici propulsée au centre du dispositif : c'est Chun-Li qui recrute les deux héros et qui porte la vengeance contre Bison. Pour le rôle, elle s'est astreinte à un entraînement quotidien d'environ deux heures de taekwondo, muay-thaï et wushu axé sur les jambes, avec un régime de prise de masse à douze oeufs par jour - au point, raconte-t-elle, que chacune de ses cuisses a pris 6,5 cm pendant le tournage.
La critique américaine n'y a pas cru
Le consensus de Rotten Tomatoes est sans appel : le film "déborde d'affection pour son matériau d'origine et ne manque pas d'un style grisant, mais son récit incohérent et son humour puéril en font une régression décevante pour l'adaptation de jeu vidéo". Le score tournait autour de 42 % pour 92 critiques, avec une moyenne de 4,9 sur 10 ; Metacritic affichait 44 sur 100 pour 26 avis, dans la catégorie "mitigé". Ces notes bougeaient encore dans les 48 heures suivant la sortie américaine : elles sont à prendre comme un instantané, pas comme un verdict définitif.
Dans le détail, Frank Scheck, pour The Hollywood Reporter, parle d'un "fouillis tonal" et d'un film "seulement par intermittence divertissant". Siddhant Adlakha, dans Variety, le trouve "constamment drôle" mais "désastreusement éparpillé". Jake Kleinman, sur Polygon, va plus loin : l'un des films "les plus bâclés, les plus gênants et les plus incohérents de l'année".
Tout n'est pas noir. Le New York Times juge le script "suffisamment solide" et salue le casting et les combats ; IGN retient particulièrement Callina Liang, Cody Rhodes et Orville Peck. Mais l'agence Associated Press signe la critique la plus dure : selon elle, son "ambiance rétrograde - avec ses plans concupiscents sur le corps de Liang" en fait un recul, alors que des adaptations plus ambitieuses, comme le "Resident Evil" de Zach Cregger, ont montré la voie. Voilà le vrai noeud du désaccord autour de Liang : plusieurs critiques la trouvent idéale en Chun-Li, d'autres estiment que la mise en scène la réduit à un corps bodybuildé filmé avec insistance.
Le public, lui, s'amuse
L'écart avec la presse américaine est spectaculaire, mais en France, c'est plus nuancé. Sur AlloCiné, au lendemain de la sortie, le film plafonnait à 2,8 sur 5 pour 93 notes et 30 critiques - loin de l'enthousiasme des réseaux sociaux, mais loin aussi du naufrage annoncé.
Ce qui plaît : la fidélité au jeu, la bande-son des années 90, les combats, les séquences animées. "Quel plaisir de voir à l'écran tous ces personnages avec lesquels j'ai tant joué", écrit Debo (5/5), qui égratigne au passage Ryu et Bison, pas assez "carrés" à son goût. Ce qui fâche : le fan service qui mange le scénario, le rythme, les combattants iconiques réduits à des apparitions. "Le cahier des charges du fan service prend énormément de place (...) au détriment d'un scénario à peine travaillé", résume NoSan (3/5). Un autre spectateur, à 1,5 sur 5, se demande s'il n'a pas vu "une parodie".
Ce second post illustre bien l'argument qui domine chez les fans - "les films sont faits pour les fans, pas pour les critiques" - mais il avance un score de 28 % sur Rotten Tomatoes qui ne correspond plus aux agrégateurs, restés autour de 42 %. La grogne est réelle ; ses chiffres circulent vite et mal.
Le box-office tranchera
Selon Deadline, le film a été produit pour un budget net d'environ 82 millions de dollars, Capcom étant coproducteur ; ce chiffre, repris partout, n'a pas été confirmé par le studio et circule aussi à 83 millions. Les avant-premières du jeudi ont rapporté 4 millions. Les projections publiées avant le week-end tablaient sur 30 à 35 millions aux États-Unis et un démarrage mondial proche de 70 millions, porté par un parc important d'écrans IMAX et premium. C'est correct sans être un KO : pour un blockbuster de cette ampleur, le seuil de rentabilité généralement cité tourne autour de deux fois et demie le budget, soit environ 200 millions de dollars - un calcul approximatif, mais qui explique la pression sur les semaines à venir. Paramount et Warner, désormais réunis, regardent de près ce premier gros lancement.
Comment le voir, et pourquoi pas tout de suite chez soi
En France, le film est en salles depuis le mercredi 14 octobre 2026, en version originale sous-titrée comme en version française, avec des séances consultables sur AlloCiné. Il dure deux heures. Si vous tenez au format IMAX ou à une grande salle avec un son qui pousse, mieux vaut y aller dans les premiers jours : ce genre de film perd vite ses écrans premium au profit des nouveautés.
Pour le reste, la réponse est simple et frustrante : aucune date de streaming, de VOD ou de DVD n'a été annoncée à ce jour. Paramount+ est le service du studio et devrait logiquement accueillir le film, mais les règles françaises de chronologie des médias imposent plusieurs mois entre la sortie en salle et la mise à disposition en streaming. Toute date avancée aujourd'hui relèverait de la supposition.
Alors, on y va ?
Si vous avez usé des manettes sur "Street Fighter II", si le second degré assumé ne vous fait pas peur et si deux heures de baston pop avec un Blanka en caoutchouc vous font sourire, le film remplit son contrat. C'est la position du Point, qui voit dans cette adaptation "frénétique, pop et généreuse" la vengeance tardive du nanar avec Van Damme, et celle de Télérama, qui parle d'un "grand délire de muscles et de bastons plutôt réjouissant". 20 Minutes pose en revanche la bonne question : pourquoi le cinéma n'arrive-t-il toujours pas à retrouver l'énergie d'une franchise qui fêtera bientôt ses quarante ans ? Le Figaro résume la presse française entre "feu d'artifice mal tiré" et "cinéma pop-corn".
Si vous cherchez autre chose qu'un divertissement de samedi soir, ou si les running gags d'Andrew Schulz vous hérissent, passez votre tour : le scénario est le point faible reconnu par presque tout le monde, y compris par ceux qui se sont amusés. Reste Callina Liang, dont la préparation physique et la présence font consensus chez les critiques les plus favorables - c'est le meilleur argument pour prendre un billet, et peut-être la seule chose que ce "Street Fighter" laissera derrière lui.