Le 8 décembre 2027, dix ans, jour pour jour, après la mort de Johnny Hallyday, sortira « Johnny », le biopic officiel réalisé par Cédric Jimenez. Avec ses 45 millions d'euros de budget, son casting cinq étoiles et une date de sortie pensée comme un événement national, le film part avec une longueur d'avance. Un autre monument du cinéma français, Louis de Funès, aura droit à son propre biopic avec Pierre Lottin dans le rôle-titre. Deux projets qui surfent sur un engouement record pour le genre.

Le biopic, genre roi du box-office français
L'appétit du public pour les biopics n'a jamais été aussi fort. En juin 2026, « Michael », le film consacré à Michael Jackson réalisé par Antoine Fuqua, est devenu le biopic le plus vu de l'histoire en France avec 5,25 millions d'entrées, détrônant « La Môme » et ses 5,2 millions de spectateurs. Le phénomène dépasse les frontières : le film approche les 900 millions de dollars de recettes mondiales et s'apprête à dépasser « Bohemian Rhapsody ».
Les biopics français récents confirment la tendance. « Monsieur Aznavour » avec Tahar Rahim a dépassé les 2 millions d'entrées en 2024, « Aline » de et avec Valérie Lemercier en a attiré 2,3 millions, et « Bernadette » a créé la surprise en 2023. Même la vague patrimoniale porte le genre : « Le Comte de Monte-Cristo » a rassemblé plus de 9,4 millions de spectateurs en France, preuve que le public répond massivement aux récits ancrés dans une mémoire collective.
C'est dans ce terreau que s'annoncent les biopics consacrés à Johnny Hallyday et Louis de Funès, deux icônes dont la popularité traverse les générations.
« Johnny » : un réalisateur bankable, un casting solide
Cédric Jimenez, une valeur sûre du box-office
Le choix de Cédric Jimenez n'a rien d'anodin. Le réalisateur de « Bac Nord » et « Novembre » a vu ses deux derniers films dépasser chacun les 2 millions de spectateurs en France. Son « Chien 51 », sorti en octobre 2025, s'est hissé en tête du box-office à sa sortie. Son producteur Hugo Sélignac n'est pas en reste : « L'Amour ouf » a lui aussi franchi le cap des 2 millions d'entrées.
Jimenez a coécrit le scénario avec Olivier Demangel, son complice sur « Novembre » et « Chien 51 ». Une équipe rodée aux récits d'ampleur, capables de porter un film annoncé pour environ 2h30.
Benjamin Voisin, un choix audacieux
L'histoire du casting a connu un rebondissement. Raphaël Quenard avait été choisi par Laeticia Hallyday en juin 2024, après qu'elle l'eut repéré dans « Yannick » de Quentin Dupieux. « J'ai été scotchée par son jeu, ses regards, sa façon d'occuper l'espace », expliquait-elle alors. Mais l'acteur a quitté le projet en 2026, laissant la place à Benjamin Voisin, César du meilleur espoir masculin 2022 pour « Illusions perdues ».
Autour de lui, la distribution impressionne : Noée Abita incarnera Sylvie Vartan, William Lebghil jouera Michel Berger, Nina Meurisse prêtera ses traits à Nathalie Baye, et Marie Colomb interprétera Nanette Workman. Détail troublant : Laura Smet, la propre fille de Johnny, incarnera sa grand-mère Huguette Clerc, la mère du chanteur, à qui elle ressemble fortement.
Une voix sans IA
La question de la voix de Johnny, élément central du film, a trouvé une réponse artisanale. Benjamin Voisin interprète lui-même les chansons, après une préparation intensive (chant, guitare, danse, gestuelle) qui exigeait un investissement quotidien de 8h à 22h. En postproduction, sa voix sera mixée avec celle de Johnny pour coller au timbre original, une méthode déjà utilisée pour « Monsieur Aznavour ». Le producteur et le réalisateur garantissent qu'aucune intelligence artificielle n'a été employée.
Le tournage a débuté avec la bénédiction de Laeticia Hallyday, qui avait annoncé le projet dans Paris Match : « un film à la hauteur du rockeur et de l'homme que j'ai follement aimé, parfois dans la douleur, pendant vingt-trois ans ».
Louis de Funès : la confirmation d'une tendance
Le biopic consacré à Louis de Funès, annoncé en juillet 2026, s'inscrit dans la même dynamique. Réalisé par Benjamin Euvrard (« Attention au départ ! ») et produit par Romain Rojtman chez UGC, le film réunira Pierre Lottin dans le rôle du comédien, un choix que le Figaro résume ainsi : « incarner sa vérité, pas simplement ses mimiques ».
Louis de Funès demeure l'un des acteurs français les plus populaires, ses films continuant d'être rediffusés et découverts par les nouvelles générations. Le pari est différent de celui de Johnny : là où le rockeur impose sa voix et sa présence scénique, l'acteur exige un travail sur la gestuelle et la comédie. Pierre Lottin, du vampire Netflix au monstre sacré Louis de Funès, devra convaincre un public qui connaît chaque tic de son personnage.
Le projet reste moins avancé que celui de Johnny : aucune date de sortie n'a été confirmée, et le scénario n'a pas encore été dévoilé. Mais son annonce suffit à confirmer la vague : les producteurs misent massivement sur les icônes nationales.
Un contexte porteur, des risques réels
Le biopic Johnny part avec des atouts considérables. La carrière du chanteur parle pour lui : plus de 110 millions de disques vendus, près de 30 millions de spectateurs en concert, 57 ans de carrière. Sa mort en décembre 2017 avait provoqué un immense hommage populaire, et la sortie du film dix ans après, jour pour jour, transforme la projection en rendez-vous commémoratif.
La stratégie de sortie en décembre est elle aussi pensée pour maximiser les entrées, dans une période où les familles se déplacent au cinéma. Le budget de 45 millions d'euros, exceptionnel pour un film français, devra être amorti : il faudra dépasser les 4 millions d'entrées pour que l'opération soit rentable, un objectif ambitieux mais pas irréaliste au vu des performances récentes du genre.
Les risques existent pourtant. Les attentes sont immenses, et le choix de Benjamin Voisin, qui ne ressemble pas physiquement à Johnny, devra convaincre. Les ayants droit, Laeticia Hallyday en tête, surveilleront la représentation du chanteur. Et la concurrence de décembre 2027 s'annonce rude. Jean-Baptiste Guégan, sosie vocal du chanteur, participe également au projet, ce qui ajoute une caution musicale appréciable.
2027, l'année du biopic français ?
Après Johnny, d'autres projets biographiques sont déjà dans les tuyaux. Outre Louis de Funès, Lily Collins doit incarner Audrey Hepburn, un autre projet très attendu. Cette multiplication des annonces montre que le genre s'installe comme une priorité des studios, qui misent sur des figures populaires capables de fédérer toutes les générations.
La concurrence s'annonce rude pour décembre 2027, mais le calendrier joue en faveur de Johnny : dix ans après la mort de l'idole, la nostalgie sera à son apogée. Reste à savoir si cette vague biopic, portée par des icônes nationales, parviendra à s'installer durablement dans le paysage du cinéma français, au-delà des succès ponctuels.