Portrait de Nadav Lapid, cinéaste israélien.
Cinéma

Nadav Lapid renonce au FID Marseille : polémique et boycott culturel en France

Nadav Lapid se retire du FID Marseille après que plusieurs réalisateurs favorables au boycott d'Israël ont retiré leurs films. Cet article analyse la polémique, le paradoxe d'un cinéaste israélien critique, et les tensions qui fracturent le monde culturel français.

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C’est un coup de tonnerre dans le petit monde du cinéma d’auteur. Le 6 juin 2026, la direction du FID Marseille annonce que le cinéaste israélien Nadav Lapid renonce à sa participation au festival, prévu du 7 au 12 juillet. La raison ? Une pression interne inédite : plusieurs réalisateurs, favorables au boycott culturel d’Israël, ont retiré leurs films de la sélection pour protester contre sa présence. Une « vive tension » que la direction, malgré ses tentatives, n’a pas réussi à contenir. Lapid, plutôt que de compromettre l’événement, a préféré se retirer.

Portrait de Nadav Lapid, cinéaste israélien.
Portrait de Nadav Lapid, cinéaste israélien. — (source)

L’affaire intervient dans un climat déjà électrique. Une semaine plus tôt, le dessinateur Joann Sfar était la cible d’un appel au boycott au théâtre de La Criée, à Marseille. Deux épisodes en quelques jours qui montrent que la guerre à Gaza continue de fracturer le monde culturel français. Le FID, festival international de cinéma reconnu pour son engagement politique et son soutien au documentaire de création, se retrouve pris en étau entre sa liberté de programmation et les revendications militantes.

« Ils ont retiré leurs films » : le 6 juin, la polémique éclate au FID Marseille

Les faits sont simples mais lourds de conséquences. Nadav Lapid devait siéger au jury du 37e FID Marseille. Selon les informations du Monde, la direction explique que « plusieurs réalisateurs […] favorables au boycott culturel d’Israël ont retiré leur film de la sélection ». C’est cette pression interne, exercée par des artistes pourtant programmés, qui a provoqué le renoncement de Lapid.

La chronique d’un retrait annoncé

Tsveta Dobreva, directrice du festival, s’exprime avec une franchise désarmante : « On avait invité Nadav Lapid uniquement par respect pour son cinéma. C’est le seul critère au FID. Puis j’ai commencé à recevoir des appels demandant sa désinvitation. Au début, je ne réagissais pas, parce que j’assumais complètement. Mais les pressions continuaient et elles se sont aggravées. » Ses mots dessinent le portrait d’une institution dépassée par une situation qu’elle n’avait pas anticipée. Le FID, qui se targue d’être un espace de liberté et de création, s’est trouvé incapable de résister à une contestation interne.

Pour Lapid, le choix du retrait est une décision personnelle. Il préfère s’effacer plutôt que de voir le festival s’enliser dans une polémique qui n’aurait plus rien à voir avec le cinéma. Mais ce geste, aussi noble soit-il, laisse un goût amer. Un artiste contraint de renoncer à une invitation, non pas parce que son travail est contesté, mais parce que son origine nationale est jugée incompatible avec la ligne politique de quelques-uns.

Nadav Lapid avec l'Ours d'or remporté à la Berlinale.
Nadav Lapid avec l'Ours d'or remporté à la Berlinale. — (source)

Une tension « très vive » autour du festival

Ce qui se joue au FID Marseille dépasse largement le simple microcosme du cinéma d’auteur. Le FID n’est pas Cannes. C’est une petite structure, reconnue pour son cinéma documentaire engagé, sa liberté de ton et sa capacité à donner la parole à des voix marginales. Le fait que des réalisateurs utilisent leur programmation comme levier politique est inédit dans l’histoire du festival.

La tension est « très vive », selon les mots de la direction. Et pour cause : le FID se trouve confronté à une contradiction fondamentale. D’un côté, il défend une certaine idée de l’art, indépendante des considérations politiques. De l’autre, il est lui-même un festival politisé, proche des luttes sociales et des mouvements de solidarité internationale. Comment concilier ces deux exigences quand elles entrent en collision ?

Le précédent Joann Sfar

Le précédent Joann Sfar, survenu quelques jours plus tôt, avait déjà donné le ton. Le collectif « Cultures en lutte 13 » avait appelé au boycott du dessinateur au festival « Oh les beaux jours ! », l’accusant d’être « l’un des relais médiatiques francophones les plus actifs d’un discours visant à relativiser les crimes commis par l’État israélien ». Le slogan « Sionistes hors de notre ville ! » avait retenti dans les rues de Marseille. Deux affaires en une semaine : la ville phocéenne devient l’épicentre d’une guerre culturelle qui ne fait que commencer.

Nadav Lapid, l’Israélien « trop critique » qui fâche les deux camps

Pour comprendre l’onde de choc provoquée par cette affaire, il faut s’arrêter sur la figure de Nadav Lapid. Car le paradoxe est saisissant : cet artiste est l’un des critiques les plus virulents du gouvernement israélien, et pourtant, il se retrouve ciblé par un boycott pro-palestinien. Comment un opposant radical peut-il être rejeté par ceux-là mêmes qui devraient être ses alliés naturels ?

Nadav Lapid n’est pas un inconnu. Réalisateur reconnu, il a remporté l’Ours d’or à Berlin en 2019 pour Synonymes, un film qui explorait déjà les fissures de l’identité israélienne. Depuis, il n’a cessé de durcir le ton. Exilé à Paris depuis 2021, il décrit son pays comme une société en pleine décomposition morale. Dans un entretien à L’Humanité, il parle même de « génocide à Gaza » et affirme que son dernier film, Oui, est « la défaite morale de la société israélienne à l’heure du génocide à Gaza ». Un artiste qui semble cocher toutes les cases de l’opposant radical.

« Oui », le film qui a cristallisé la controverse

Oui (2025) est le long-métrage qui a mis le feu aux poudres. Dans ce violent réquisitoire, Lapid dépeint une société israélienne radicalisée, aveuglée par son nationalisme et sourde aux souffrances palestiniennes. Le film a été présenté au festival de Jérusalem, où, selon Lapid lui-même, « deux ministres avaient sommé le festival de déprogrammer le film ». Une censure venue de la droite israélienne, qui confirme que le cinéaste est persona non grata dans son propre pays.

Nadav Lapid, cinéaste israélien, en portrait.
Nadav Lapid, cinéaste israélien, en portrait. — (source)

Pourtant, le film n’a pas trouvé de distributeur en Israël. Lapid vit en exil, critique son gouvernement, dénonce la guerre à Gaza. On pourrait penser que les militants pro-palestiniens verraient en lui un allié. Mais c’est là que le paradoxe s’épaissit. Car le collectif Ciné-Palestine, dans un communiqué relayé par Libération, affirme que « sous une apparence critique, Oui participe en réalité à la normalisation de l’État israélien, en donnant une image culturelle légitime à un système ». Le film serait une caution, pas une critique.

Le paradoxe de l’exilé

Le cœur du problème tient à la logique même du boycott culturel. BDS France apporte un éclairage précieux : le boycott « ne consiste pas en une censure basée sur le contenu des œuvres mais s’intéresse aux moyens de production ». Autrement dit, ce n’est pas ce que dit Lapid qui pose problème, c’est la manière dont son film est financé.

Oui a été produit avec des fonds israéliens. Le film était candidat aux Ophirs, les Oscars israéliens, dont le lauréat représente Israël aux Academy Awards. Il a également été présenté au festival du film israélien à Paris comme un film israélien. Pour les militants du BDS, ces éléments sont suffisants pour considérer que Lapid, malgré ses critiques, reste un rouage du système qu’il prétend dénoncer. Le boycott ne vise pas l’artiste en tant qu’individu, mais le circuit de production et de diffusion qui légitime l’État israélien.

Lapid se retrouve donc dans une position intenable. Trop critique pour la droite israélienne, trop « israélien » pour une partie de la gauche pro-palestinienne. Il paie pour ce qu’il est — un artiste israélien —, pas pour ce qu’il dit. Un paradoxe qui illustre la complexité d’un conflit où les nuances peinent à trouver leur place.

Le boycott culturel en action : comment des cinéastes ont fait plier le FID

Au-delà du cas Lapid, c’est la mécanique même du boycott qu’il faut examiner. Comment une poignée de réalisateurs a-t-elle réussi à faire plier un festival tout entier ? La réponse tient en quelques mots : le retrait des films. Une arme pacifique, mais redoutablement efficace.

La stratégie du retrait : une arme pacifique ou une menace pour la diversité ?

Portrait de Nadav Lapid sur fond jaune.
Portrait de Nadav Lapid sur fond jaune. — (source)

Les réalisateurs protestataires n’ont pas manifesté dans les rues. Ils n’ont pas bloqué l’entrée du festival. Ils ont simplement retiré leurs films. Ce geste, en apparence anodin, a des conséquences immédiates : il prive le festival de contenus, crée un vide programmatique et met la direction face à un choix impossible. Perdre plusieurs films contre un seul invité, c’est un coût d’opportunité intenable pour une structure comme le FID, qui fonctionne avec des moyens limités.

Mediapart, dans un article de novembre 2025, qualifie le boycott d’« arme politique à la fois efficace et pacifique, qui vient des citoyens ». Cette définition colle parfaitement à la situation. Les réalisateurs n’ont pas eu besoin de violence ou d’intimidation. Ils ont utilisé leur pouvoir de programmation comme levier, et le festival a cédé.

Mais cette stratégie soulève une question gênante : le boycott culturel ne risque-t-il pas de réduire la diversité des voix ? Si chaque festival doit désormais anticiper les retraits de films en fonction de la nationalité de ses invités, la liberté de programmation s’en trouve gravement compromise. Le débat n’est pas entre le bien et le mal, mais entre deux conceptions de l’engagement politique.

Des noms qui restent dans l’ombre

Un détail troublant traverse toute cette affaire : Le Monde ne cite nommément aucun des réalisateurs ayant retiré leurs films. S’agit-il d’une protection journalistique, d’une absence de revendication publique, ou d’une volonté des protestataires de rester anonymes ?

Ce flou alimente le débat. D’un côté, on peut y voir une forme de prudence : les réalisateurs préfèrent agir collectivement sans s’exposer individuellement. De l’autre, cette absence de visage rend la polémique difficile à cadrer. Comment débattre avec des interlocuteurs qui refusent de se montrer ? Comment savoir si leurs motivations sont unanimes ou si certaines voix discordantes existent au sein du groupe ?

Pour la direction du FID, cette opacité est un casse-tête. Impossible de négocier, de trouver un compromis, ou même de comprendre précisément ce qui est exigé. Les pressions sont diffuses, mais réelles. Et c’est précisément cette ambiguïté qui rend le boycott si difficile à contrer.

Le FID Marseille face à ses contradictions : un festival politique pris à son propre piège ?

Il faut maintenant déplacer le projecteur de Lapid vers l’institution elle-même. Le FID Marseille s’est toujours revendiqué comme un festival engagé, proche des luttes sociales et des mouvements de solidarité internationale. Mais cette identité politique, qui fait sa force, le rend aussi vulnérable aux pressions militantes. Être un festival engagé, c’est s’exposer à des exigences contradictoires.

« Uniquement par respect pour son cinéma » : les mots de la directrice Tsveta Dobreva

La déclaration de Tsveta Dobreva mérite qu’on s’y attarde. « On avait invité Nadav Lapid uniquement par respect pour son cinéma. C’est le seul critère au FID. » Cette phrase, prononcée pour désamorcer la crise, révèle en réalité une tension profonde.

D’un côté, la directrice affirme une position de principe : l’art doit être jugé pour lui-même, indépendamment des origines de l’artiste ou des financements de son œuvre. C’est une vision classique de la liberté artistique, qui place le contenu au-dessus du contexte. Mais cette position entre en conflit avec l’ADN du FID, qui est un festival politisé. Comment un festival qui se revendique engagé peut-il soudainement invoquer une neutralité artistique pour justifier une invitation ?

La phrase de Dobreva sonne comme une tentative de désamorcer une crise en niant la dimension politique de l’invitation. Mais dans un festival qui se veut politique, ce discours « neutre » interroge. Le FID est-il assez armé pour gérer ce type de pression ? La réponse, malheureusement, semble être non.

Un festival peut-il survivre à une tempête politique ?

Le FID Marseille est un festival subventionné par la Ville de Marseille, la Région Sud et le Centre national du cinéma (CNC). La question du budget et du risque est centrale. Une polémique comme celle-ci peut-elle entraîner des retraits de subventions ? Ou au contraire, une pression pour « faire le ménage » et éviter que la situation ne se reproduise ?

Nadav Lapid photographié devant un décor de feuillage.
Nadav Lapid photographié devant un décor de feuillage. — (source)

Le coût symbolique est déjà élevé. Le FID a perdu un membre du jury, plusieurs films, et une partie de sa crédibilité. Les festivals concurrents, comme la Quinzaine des Cinéastes, qui propose des voyages à travers le monde pour 5€ à Paris, observent la situation avec attention. Eux aussi ont connu des tensions autour de films israéliens et palestiniens, mais jamais avec une telle intensité.

Pour le FID, l’enjeu est désormais de reconstruire une image écornée. Mais comment rassurer les artistes, les financeurs et le public quand la moindre invitation peut déclencher une nouvelle tempête ? La question reste ouverte.

De Joann Sfar à Nadav Lapid : Marseille, épicentre d’une guerre culturelle

L’affaire Lapid ne tombe pas du ciel. Une semaine avant que la polémique n’éclate au FID, le dessinateur Joann Sfar était visé par un appel au boycott au théâtre de La Criée, dans le cadre du festival « Oh les beaux jours ! ». Deux épisodes en une semaine à Marseille : le schéma est le même, et il dessine une escalade inquiétante.

« Sionistes hors de notre ville ! » : la méthode du collectif Cultures en lutte 13

Le 29 mai 2026, le collectif « Cultures en lutte 13 » appelle au boycott de la venue de Joann Sfar. L’accusation est lourde : Sfar serait « l’un des relais médiatiques francophones les plus actifs d’un discours visant à relativiser les crimes commis par l’État israélien ». Le slogan « Sionistes hors de notre ville ! » est scandé, et la pression monte.

Contrairement à Lapid, Sfar a maintenu sa présence. Le festival « Oh les beaux jours ! » a défendu sa liberté de programmation, et le maire de Marseille, Benoît Payan, est sorti du bois pour soutenir le dessinateur. Mais le précédent est posé : un collectif militant peut désormais cibler un artiste, l’accuser publiquement, et tenter de faire annuler sa venue. La méthode est rodée, et elle fonctionne.

Benoît Payan dans l’arène nationale

Le maire de Marseille, Benoît Payan, s’est exprimé pour défendre la liberté de programmation de Joann Sfar. Son message est clair : la ville ne cédera pas aux pressions. Mais quel signal envoie-t-il aux organisateurs du FID dans ce contexte ? La municipalité est-elle un soutien ou une source de pression supplémentaire ?

Pour Marseille, l’enjeu est double. D’un côté, la ville craint de perdre son attractivité culturelle si les artistes israéliens ou pro-israéliens s’en retirent. De l’autre, elle ne veut pas être perçue comme une « ville fermée » aux militants. Le coût politique est élevé, et la marge de manœuvre est étroite.

Nadav Lapid (à l'arrière-plan) sur un bateau, lors d'une rencontre.
Nadav Lapid (à l'arrière-plan) sur un bateau, lors d'une rencontre. — (source)

Deux épisodes, une même logique

Ce qui relie l’affaire Sfar et l’affaire Lapid, c’est la méthode employée par les militants. Dans les deux cas, il s’agit d’un appel au boycott ciblant un artiste israélien ou juif, suivi d’une pression sur l’institution organisatrice. Dans les deux cas, la polémique éclate à Marseille, ville à forte identité politique et culturelle, où les tensions autour du conflit israélo-palestinien sont particulièrement vives.

Mais il y a une différence notable. Sfar a résisté et a maintenu sa venue. Lapid, lui, a préféré se retirer. Cette différence tient peut-être à la nature des événements : le festival « Oh les beaux jours ! » est un festival littéraire de taille modeste, tandis que le FID est une vitrine internationale du cinéma d’auteur. Mais elle tient aussi à la personnalité des artistes concernés. Sfar, connu pour son franc-parler, n’a pas hésité à affronter la controverse. Lapid, plus discret, a choisi de ne pas être le point de fixation d’une polémique qui risquait de nuire au festival.

Boycott culturel vs liberté d’expression : où se trouve la ligne rouge ?

L’affaire Lapid s’inscrit dans une série de précédents qui dessinent les contours d’un débat de fond en France sur la légitimité du boycott culturel. Où se trouve la ligne rouge entre l’engagement politique légitime et l’atteinte à la liberté d’expression ?

Les précédents d’une « arme politique efficace »

Mediapart dresse une chronologie des actions de boycott en France et en Europe. Parmi les exemples cités : le concert perturbé de l’Orchestre d’Israël à la Philharmonie de Paris, l’annulation de la conférence de la sociologue Eva Illouz aux Pays-Bas, ou encore l’exhortation au boycott du chanteur Amir Haddad à Brest.

Le boycott est une stratégie rodée, qui s’intensifie depuis la guerre à Gaza. Le cas Lapid n’est qu’un épisode de plus, mais il touche un festival de cinéma d’auteur, ce qui lui donne une résonance particulière. Le FID n’est pas une grande machine commerciale : c’est une structure fragile, dépendante de subventions et de la bonne volonté des artistes. La pression y est d’autant plus efficace.

BDS France : le boycott comme ciblage des financements

L’argument central de BDS France sur le cas Lapid mérite d’être décortiqué. Ce n’est pas le contenu du film Oui qui pose problème, mais son financement par le système israélien. Le boycott n’est pas présenté comme une censure artistique, mais comme un désinvestissement économique.

Cette logique soulève une question épineuse : peut-on réduire un film à son origine de financement ? Un cinéaste exilé, qui critique son gouvernement et vit loin de son pays, est-il responsable des subventions de l’État qu’il dénonce ? La réponse n’est pas simple. D’un côté, le boycott vise à tarir les sources de financement du système israélien. De l’autre, il punit un artiste qui est déjà marginalisé dans son propre pays.

Quels garde-fous juridiques en France ?

Le cadre légal français est flou sur cette question. La frontière entre l’appel au boycott (parfois condamné par les tribunaux lorsqu’il cible spécifiquement des personnes) et la liberté d’expression politique est difficile à tracer. La loi sur le boycott d’Israël, qui visait à criminaliser les appels au boycott, a été censurée pour atteinte à la liberté d’expression.

La liberté d’un festival de programmer reste totale, mais peut-elle être entravée par une pression militante collective sans que la loi ne s’en mêle ? Pour l’instant, la réponse est oui. Le FID a cédé, non pas sous la contrainte juridique, mais sous la pression sociale. C’est là que le bât blesse : l’autocensure remplace le débat, et personne n’est vraiment satisfait.

Après la polémique Lapid : quel avenir pour les festivals engagés en France ?

L’affaire Lapid n’est pas un simple incident de parcours. C’est le symptôme d’une polarisation qui transforme les festivals en champs de bataille politiques. Le FID Marseille, fier de son ADN engagé, s’est retrouvé pris au piège de ses propres valeurs, incapable de concilier solidarité internationale et liberté artistique.

Dans un monde où chaque invitation est scrutée comme un positionnement politique, comment les festivals français peuvent-ils continuer à jouer leur rôle de plateforme de dialogue et de découverte ? La réponse déterminera si la prochaine polémique aboutira à un débat ou à une simple et silencieuse autocensure.

Le Festival Cinema For Change 2026 au Grand Rex, qui propose des programmes et des tarifs accessibles, montre qu’il est possible de concilier engagement et diversité. De même, le Nikon Film Festival 2026, avec ses projections à 5€ et sa sélection officielle, prouve que le cinéma peut rester un espace de découverte.

Mais le FID Marseille devra tirer les leçons de cette crise. Soit il trouve le moyen de résister aux pressions et de maintenir sa liberté de programmation, soit il risque de voir l’autocensure remplacer le débat, et avec elle, la richesse qui faisait sa singularité. L’avenir du cinéma d’auteur engagé se joue peut-être ici, dans cette capacité à accueillir la contradiction sans céder à la peur.

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Questions fréquentes

Pourquoi Nadav Lapid a-t-il quitté le FID Marseille ?

Nadav Lapid a renoncé à sa participation au FID Marseille après que plusieurs réalisateurs favorables au boycott culturel d'Israël ont retiré leurs films de la sélection pour protester contre sa présence. La direction du festival n'a pas réussi à contenir cette pression interne, et Lapid a préféré se retirer pour ne pas compromettre l'événement.

Quel est le film de Nadav Lapid au cœur de la polémique ?

Le film 'Oui' (2025) de Nadav Lapid est au cœur de la controverse. Ce long-métrage dépeint une société israélienne radicalisée et nationaliste, et a été présenté au festival de Jérusalem malgré des demandes de déprogrammation de ministres israéliens. Les militants BDS critiquent son financement par des fonds israéliens, le considérant comme une normalisation de l'État israélien.

Qui a appelé au boycott de Joann Sfar à Marseille ?

Le collectif 'Cultures en lutte 13' a appelé au boycott du dessinateur Joann Sfar au festival 'Oh les beaux jours !' à Marseille, l'accusant d'être un relais médiatique relativisant les crimes de l'État israélien. Le slogan 'Sionistes hors de notre ville !' a été scandé lors de cette action, qui a précédé d'une semaine la polémique autour de Nadav Lapid au FID.

Le boycott culturel est-il légal en France ?

Le cadre légal français est flou : la frontière entre l'appel au boycott et la liberté d'expression politique est difficile à tracer. La loi qui visait à criminaliser les appels au boycott d'Israël a été censurée pour atteinte à la liberté d'expression, ce qui laisse aux festivals une liberté de programmation théorique, mais vulnérable aux pressions sociales.

Quel paradoxe entoure Nadav Lapid dans cette affaire ?

Nadav Lapid est un critique virulent du gouvernement israélien, dénonçant un 'génocide à Gaza' et vivant en exil à Paris, mais il est ciblé par un boycott pro-palestinien. Le paradoxe tient à la logique du BDS, qui boycotte non le contenu des œuvres mais leurs moyens de production : 'Oui' a été financé par des fonds israéliens, ce qui le rend, selon les militants, complice du système qu'il dénonce.

Sources

  1. Le cinéaste israélien Nadav Lapid, visé par une polémique, renonce à participer au festival FID Marseille · lemonde.fr
  2. bdsfrance.org · bdsfrance.org
  3. fidmarseille.org · fidmarseille.org
  4. humanite.fr · humanite.fr
  5. lefigaro.fr · lefigaro.fr
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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