Le 15 novembre 2026, au Ray Dolby Ballroom d'Ovation Hollywood, cinq légendes du cinéma recevront des Oscars lors de la 17e cérémonie des Governors Awards. Parmi elles, deux noms cristallisent une injustice que l'industrie cinématographique traîne depuis des décennies : Glenn Close et Ridley Scott. À eux deux, ils cumulent douze nominations aux Oscars sans jamais avoir remporté la moindre statuette compétitive. Ce n'est pas un hasard si l'Académie des arts et des sciences du cinéma a choisi cette année pour leur remettre un Oscar d'honneur. Mais que cache cette reconnaissance tardive ? Est-ce une véritable réparation ou un aveu d'échec ?

Huit nominations à eux deux, zéro statuette : le paradoxe Close-Scott
L'annonce officielle, faite le 10 juin 2026 par l'Académie, a provoqué une onde de choc dans le milieu. Sur Twitter, le compte officiel de l'Académie a dévoilé la liste des lauréats : Glenn Close, Ridley Scott et Floyd Norman recevront des Oscars honorifiques, tandis que Christine Vachon et Pamela Koffler se verront remettre l'Irving G. Thalberg Memorial Award. ![]()
Le sentiment général ? Enfin. Mais aussi, pourquoi si tard ? Glenn Close, 79 ans, détient le record du plus grand nombre de nominations sans victoire pour un acteur, à égalité avec Peter O'Toole : huit nominations, zéro statuette. Ridley Scott, 88 ans, a été nominé quatre fois — trois pour la mise en scène, une pour le meilleur film — et n'a jamais gagné. Pourtant, ses films ont rapporté plus de 5 milliards de dollars cumulés au box-office mondial, faisant de lui le huitième réalisateur le plus rentable de l'histoire.

La cuvée 2026 : cinq noms, une promesse de réparation
La cérémonie des Governors Awards 2026 réunira donc cinq personnalités aux trajectoires radicalement différentes. Glenn Close, actrice à la filmographie vertigineuse. Ridley Scott, réalisateur britannique dont l'empreinte visuelle a redéfini la science-fiction, le péplum et le thriller. Floyd Norman, 90 ans, premier animateur noir embauché chez Disney en 1956. Et le duo Christine Vachon et Pamela Koffler, productrices indépendantes à la tête de Killer Films, récompensées par le prestigieux Thalberg Award.
Le poids symbolique de cette cuvée est immense. D'un côté, une actrice et un réalisateur dont les noms sont synonymes de cinéma mainstream de qualité. De l'autre, des artisans de l'ombre qui ont façonné l'industrie sans jamais être sous les projecteurs. L'Académie semble vouloir couvrir tous les fronts : réparer les snobs historiques, célébrer la diversité et honorer le cinéma indépendant.
Glenn Close : 44 ans d'attente pour 8 nominations
Glenn Close a été nominée pour la première fois en 1982 pour Le Monde selon Garp. Depuis, elle a enchaîné les performances mémorables : Le Coup du siècle (1983), Le Meilleur (1984), Liaison Fatale (1987), Les Liaisons Dangereuses (1988), Albert Nobbs (2011), The Wife (2018) et Hillbilly Elegy (2020). Quatre nominations pour la meilleure actrice, quatre pour le second rôle. Zéro victoire.

En France, AlloCiné qualifie ce palmarès de « petit scandale hollywoodien ». Comment une actrice capable de passer de la froideur vénéneuse de la marquise de Merteuil à la vulnérabilité déchirante de Joan Castleman dans The Wife peut-elle repartir huit fois bredouille ? La réponse est complexe, mais elle tient en partie à la concurrence féroce des années où elle était en lice. En 1988, elle perd face à Cher pour Moonstruck. En 1989, c'est Jodie Foster qui l'emporte pour Les Accusés. En 2012, Meryl Streep la coiffe au poteau pour La Dame de Fer. En 2019, Olivia Colman la devance pour La Favorite. À chaque fois, Close est battue par des performances portées par un « récit fort » — biopic, transformation physique, retour en grâce.
Pour mettre ce record en perspective, on peut le comparer à celui de Katharine Hepburn, qui a remporté quatre Oscars sans jamais se présenter à une seule cérémonie. L'étrange relation des acteurs légendaires avec la statuette est un motif récurrent à Hollywood.
Ridley Scott : cinq milliards de dollars et zéro Oscar du meilleur réalisateur
Ridley Scott, lui, a été nominé trois fois pour l'Oscar du meilleur réalisateur : pour Thelma et Louise (1991), Gladiator (2000) et Black Hawk Down (2001). Il a également été nominé pour le meilleur film en tant que producteur de Seul sur Mars (2015). Quatre nominations, zéro victoire.

Le paradoxe est saisissant. Scott est le réalisateur de Alien, Blade Runner, Thelma et Louise, Gladiator, La Chute du faucon noir — des films qui ont marqué l'histoire du cinéma. Alien et Blade Runner ont été sélectionnés pour conservation au National Film Registry de la Bibliothèque du Congrès américain pour leur importance culturelle, historique et esthétique. Pourtant, l'Académie ne lui a jamais décerné le moindre Oscar compétitif.
Le moment le plus cruel reste 2001. Gladiator remporte l'Oscar du meilleur film. Mais Scott perd le meilleur réalisateur face à Steven Soderbergh pour Traffic. Son film est sacré meilleur film de l'année, mais lui n'est pas considéré comme le meilleur réalisateur. C'est le symbole d'une injustice qui le poursuit depuis quarante-cinq ans.
Derrière le glamour, la machine à réparer les oublis de l'Académie
Pour comprendre ce que cache cette reconnaissance tardive, il faut plonger dans les rouages des Governors Awards. Cette cérémonie, créée en 2009, n'est pas une simple annexe des Oscars. C'est un outil stratégique que l'Académie utilise pour gérer les critiques, apaiser les frustrations et corriger les erreurs du passé — sans encombrer la cérémonie principale.
Les Governors Awards : une cérémonie créée en 2009 pour désengorger la nuit des Oscars
Avant 2009, les Oscars d'honneur, le Prix humanitaire Jean Hersholt et l'Irving G. Thalberg Memorial Award étaient remis pendant la cérémonie principale. Résultat : des discours interminables, des moments émouvants mais chronophages, et une cérémonie qui s'étirait sur quatre heures. L'Académie a donc décidé de créer une soirée séparée, les Governors Awards, pour décerner ces récompenses non compétitives.

La cérémonie n'est pas télévisée, mais elle est devenue un événement mondain majeur. Elle se tient au Ray Dolby Ballroom, en novembre, et sert de coup d'envoi officieux de la saison des Oscars. Les nominés de l'année y assistent, les studios y envoient leurs talents, et les discours y sont souvent plus libres que lors de la cérémonie principale. C'est dans ce cadre que Glenn Close et Ridley Scott recevront enfin leur statuette.
La règle secrète des Inrocks : ne pas récompenser un concurrent de l'année
Mais pourquoi attendre 2026 ? Une enquête des Inrocks, publiée le 4 juin 2026, révèle l'existence d'une règle non écrite au sein de l'Académie : éviter de donner un Oscar d'honneur à une personne qui pourrait concourir pour un Oscar compétitif la même année. L'objectif est de ne pas « gâcher » une nomination potentielle en offrant une récompense honorifique qui pourrait être perçue comme un lot de consolation.
Selon cette logique, Ridley Scott a failli ne pas être choisi. Son prochain film, The Dog Stars, un thriller post-apocalyptique adapté du roman de Peter Heller, doit sortir en août 2026. Si le film rencontre le succès, Scott aurait pu être nominé pour un Oscar compétitif en 2027. L'Académie a finalement décidé que le moment était venu, cassant sa propre règle. C'est un signe fort : l'institution reconnaît que le temps presse et que ces légendes ne peuvent plus attendre.
Cette décision intervient dans un contexte où les campagnes Oscars modernes coûtent des fortunes. Le Projet Dernière Chance, par exemple, a montré comment des budgets de 80 millions de dollars peuvent influencer les votes. Face à cette inflation, l'Oscar d'honneur devient une solution élégante pour récompenser des carrières sans alimenter la machine à campagnes.
De Peter O'Toole à Tom Cruise : le panthéon des « éternels perdants »
Glenn Close et Ridley Scott ne sont pas les premiers à recevoir un Oscar d'honneur après des décennies de frustration. Peter O'Toole, qui détenait le record de huit nominations sans victoire avant Close, a reçu un Oscar d'honneur en 2003. Tom Cruise, nominé trois fois sans jamais gagner, a été honoré en 2025. Dolly Parton, nominée deux fois, a également reçu un Oscar d'honneur en 2025.
La question se pose : ces Oscars d'honneur sont-ils une marque d'échec ou l'entrée dans un cercle d'élite ? D'un côté, ils confirment que la personne n'a jamais réussi à convaincre ses pairs lors d'une compétition directe. De l'autre, ils consacrent une carrière d'exception et placent l'artiste dans un club très fermé. Recevoir un Oscar d'honneur, c'est rejoindre le panthéon des « éternels perdants » — un titre paradoxal qui dit autant de l'injustice du système que de la qualité de l'artiste.
Glenn Close, Liaison Fatale avec les Oscars : pourquoi elle n'a jamais gagné ?
Le cas Glenn Close mérite une analyse approfondie. Comment une actrice qui a remporté trois Emmys, trois Tonys, trois Grammys et trois Golden Globes peut-elle être systématiquement snobée par l'Académie ? La réponse tient à la fois à la nature de ses rôles, à la concurrence qu'elle a affrontée et à un certain snobisme de l'Académie envers les performances jugées trop « grand public ».
Les rôles de sa vie (et les statuettes envolées)
Chaque nomination de Glenn Close raconte une histoire de défaite amère. En 1988, elle est nominée pour la meilleure actrice pour Liaison Fatale. Son interprétation d'Alex Forrest, la maîtresse obsédée qui devient une menace mortelle, est l'une des plus marquantes des années 80. Mais elle perd face à Cher, qui incarne une mère célibataire dans Moonstruck — un rôle plus « sympathique » et porté par un récit de rédemption.
L'année suivante, elle est nominée pour Les Liaisons Dangereuses. Sa marquise de Merteuil est un chef-d'œuvre de manipulation et de froideur calculée. Mais elle perd face à Jodie Foster dans Les Accusés, un film sur le viol qui portait un message social fort. L'Académie a souvent privilégié les performances « importantes » sur le plan sociétal plutôt que les performances purement techniques.
En 2012, elle est nominée pour Albert Nobbs, où elle incarne une femme qui se fait passer pour un homme dans l'Irlande du XIXe siècle. Une performance de transformation physique et psychologique. Mais elle perd face à Meryl Streep dans La Dame de Fer — un biopic sur Margaret Thatcher, rôle taillé pour l'Oscar.
En 2019, elle est nominée pour The Wife, où elle incarne une épouse qui a sacrifié sa carrière d'écrivaine pour celle de son mari. C'est peut-être sa performance la plus aboutie. Mais elle perd face à Olivia Colman dans La Favorite — une performance portée par un film multi-nominé et un récit de « découverte » d'une actrice britannique.
Une triple menace (Emmy, Tony, Grammy) qui bute sur l'Oscar
Glenn Close est l'une des rares artistes à avoir remporté les trois grands prix du divertissement américain : trois Emmys (télévision), trois Tonys (théâtre) et trois Grammys (musique). Elle est également détentrice de trois Golden Globes. Ce palmarès monstrueux rend l'absence de l'Oscar encore plus criante.
Dans son communiqué, l'Académie salue « l'éventail émotionnel inégalé » de Glenn Close, « qui a donné vie à certains des personnages les plus complexes du cinéma ». C'est une reconnaissance officielle de son talent, mais aussi un aveu : l'Académie sait qu'elle aurait dû gagner depuis longtemps.
Le syndrome « meilleure actrice de sa génération sans Oscar »
Le cas Glenn Close n'est pas isolé. De nombreuses actrices de sa génération — ou de générations voisines — ont connu le même sort. Amy Adams, nominée six fois sans gagner. Annette Bening, nominée quatre fois. Et en France, Agnès Jaoui, dont le récit amer sur son expérience des Oscars 2001 résonne étrangement avec celui de Close.
Comme Agnès Jaoui, Glenn Close a parfois été snobée parce que ses performances étaient jugées trop « grand public » ou trop « genre ». Liaison Fatale est un thriller psychologique, pas un drame oscarisable. Les Liaisons Dangereuses est un film d'époque, mais aussi un film de genre. L'Académie a longtemps eu du mal à récompenser le cinéma de genre, préférant les biopics, les drames sociaux et les films à message.
Ridley Scott : pourquoi le génie visuel derrière Alien et Gladiator est snobé par ses pairs ?
Le cas Ridley Scott est encore plus frappant. Contrairement à Glenn Close, qui a perdu face à des concurrentes redoutables, Scott a perdu face à… personne en particulier. Ses films sont des classiques, mais l'Académie ne l'a jamais considéré comme un « réalisateur oscarisable ». Pourquoi ?
Alien, Blade Runner, Thelma & Louise : la science-fiction et le crime mal-aimés
La relation de Ridley Scott avec l'Académie est marquée par un mépris pour les genres qu'il a contribué à révolutionner. Alien (1979) est un chef-d'œuvre de science-fiction horrifique, mais il n'a été nominé que pour les effets visuels et la direction artistique — pas pour la mise en scène. Blade Runner (1982) est une révolution visuelle et philosophique, mais il n'a reçu que deux nominations techniques.
Thelma et Louise (1991) a été nominé pour le meilleur réalisateur, mais a perdu face à Jonathan Demme pour Le Silence des Agneaux. Le film de Scott, qui raconte l'histoire de deux femmes en cavale, était trop « genre » (road movie, crime) pour l'Académie, tandis que Le Silence des Agneaux était un thriller psychologique « respectable ».

2001 : Gladiator gagne le Meilleur Film, Ridley Scott perd le Meilleur Réalisateur
Le moment le plus emblématique de cette injustice reste l'année 2001. Gladiator remporte l'Oscar du meilleur film, mais Scott perd le meilleur réalisateur face à Steven Soderbergh pour Traffic. C'est un paradoxe absurde : son film est considéré comme le meilleur de l'année, mais lui n'est pas considéré comme le meilleur réalisateur.
Cette décision a été largement critiquée. Gladiator est un péplum monumental, un film d'époque qui a ressuscité un genre moribond. Scott y déploie un sens du cadre, du mouvement et de la composition qui force l'admiration. Mais l'Académie a préféré récompenser Soderbergh, dont Traffic était un film plus « sérieux » sur le trafic de drogue.
Gladiator 2, Napoléon, The Dog Stars : l'hyperactivité créative d'un octogénaire
À 88 ans, Ridley Scott continue de tourner à un rythme effréné. Après Napoléon (2023) et Gladiator II (2024), il prépare The Dog Stars, un thriller post-apocalyptique adapté du roman de Peter Heller, dont la sortie est prévue pour août 2026. Cette hyperactivité créative force l'admiration et met la pression sur l'Académie.
C'est précisément cette actualité récente qui a convaincu l'Académie de briser sa règle non écrite. Scott est une légende vivante, et le laisser repartir sans Oscar une fois de plus aurait été un camouflet. Même si The Dog Stars pourrait lui valoir une nomination compétitive en 2027, l'Académie a préféré ne pas prendre le risque de le voir repartir bredouille une énième fois.
Floyd Norman et le duo Vachon-Koffler : les vrais héros méconnus de cette cuvée 2026
Si Glenn Close et Ridley Scott sont les têtes d'affiche de cette cérémonie, les autres lauréats méritent tout autant d'attention. Floyd Norman, Christine Vachon et Pamela Koffler représentent la face cachée du cinéma : les artisans, les producteurs, les visionnaires qui travaillent dans l'ombre.
65 ans chez Disney : Floyd Norman, le pionnier noir de l'animation
Floyd Norman, 90 ans, est une figure légendaire de l'animation. Embauche chez Disney en 1956, il est le premier animateur noir à intégrer le studio. Il a travaillé sur des classiques comme La Belle au bois dormant, Les 101 Dalmatiens, Le Livre de la jungle et Les Aventures de Winnie l'Ourson. Plus tard, il a contribué à Toy Story 2, Mulan et Monstres et Cie chez Pixar.
Sa carrière de 65 ans est un témoignage de passion et de résilience. Dans un milieu longtemps fermé aux minorités, Norman a ouvert la voie à des générations d'artistes noirs. Son Oscar d'honneur est une reconnaissance tardive mais méritée pour celui qui a contribué à façonner l'imaginaire de millions d'enfants à travers le monde.
Christine Vachon et Pamela Koffler, les reines du cinéma indépendant queer
Christine Vachon et Pamela Koffler, fondatrices de Killer Films en 1995, reçoivent l'Irving G. Thalberg Memorial Award, une distinction rare réservée aux producteurs dont l'œuvre reflète une qualité constante et élevée. Leur filmographie parle d'elle-même : Boys Don't Cry (1999), Hedwig and the Angry Inch (2001), Loin du paradis (2002), Carol (2015), Past Lives (2023, nominé pour le meilleur film).
Vachon est surnommée « la reine du New Queer Cinema » pour son engagement en faveur des récits LGBTQIA+ et indépendants. Son partenariat avec Koffler a permis de produire certains des films les plus audacieux et les plus importants des trente dernières années. Le Thalberg Award est une consécration pour le cinéma indépendant, souvent négligé par l'Académie au profit des blockbusters et des films studio.
L'Irving G. Thalberg Award : l'Oscar des producteurs qui ne font jamais la une
L'Irving G. Thalberg Memorial Award est décerné à « un producteur créatif dont l'œuvre reflète une qualité constamment élevée de production cinématographique ». Contrairement à l'Oscar d'honneur, qui peut récompenser n'importe quel aspect du cinéma, le Thalberg est spécifiquement réservé aux producteurs.
C'est une distinction rare — seuls quelques producteurs l'ont reçue, dont Steven Spielberg, Clint Eastwood, Francis Ford Coppola et George Lucas. En l'attribuant à Vachon et Koffler, l'Académie envoie un signal fort : le cinéma indépendant et queer a sa place dans le panthéon hollywoodien.
Pourquoi la France est la première à applaudir (et à pleurer) Glenn Close et Ridley Scott ?
L'annonce des Governors Awards 2026 a eu un écho particulier en France. Glenn Close et Ridley Scott sont des figures extrêmement populaires dans l'Hexagone, et leur reconnaissance tardive suscite à la fois joie et amertume.
Liaison Fatale et Les Liaisons Dangereuses : des films cultes qui ont marqué le cinéma français

Glenn Close est une icône en France grâce à deux rôles qui ont marqué l'imaginaire collectif : Alex Forrest dans Liaison Fatale et la marquise de Merteuil dans Les Liaisons Dangereuses. Ces deux films, adaptés de sources françaises (le roman épistolaire de Laclos pour Les Liaisons Dangereuses), sont devenus des classiques.
AlloCiné a souvent souligné l'amour du public français pour le jeu d'actrice de Close. Sa capacité à incarner des personnages complexes, à la fois séduisants et terrifiants, a fasciné plusieurs générations de spectateurs. En France, on ne dit pas « Glenn Close a été nominée huit fois » — on dit « Glenn Close, la star de Liaison Fatale, n'a jamais gagné d'Oscar ». Le lien émotionnel est immédiat.
De Napoléon à Gladiator II : pourquoi le public français plébiscite Ridley Scott
Ridley Scott, de son côté, est un réalisateur que la France a adopté. Ses fresques historiques — Gladiator, Kingdom of Heaven, Robin des Bois, Napoléon, Le Dernier Duel — rencontrent un large succès auprès du public français. Il tourne régulièrement en France et entretient des liens étroits avec l'industrie cinématographique française.
Napoléon (2023), malgré des critiques mitigées, a attiré des millions de spectateurs en France. Gladiator II (2024) a été un succès commercial. Les critiques françaises saluent souvent son sens de l'épopée et sa capacité à donner vie à des périodes historiques avec une précision visuelle remarquable.
L'Oscar d'honneur à l'ère TikTok : une récompense qui compte encore pour la Gen Z ?
La question se pose : est-ce que la génération Z, qui découvre ces films via Netflix, Disney+ et Prime Video, accorde encore de l'importance aux Oscars d'honneur ? La réponse est nuancée.
D'un côté, les Oscars ont perdu de leur superbe auprès des jeunes publics. Les audiences de la cérémonie principale sont en baisse constante depuis vingt ans. Les films nominés sont souvent perçus comme élitistes ou déconnectés des goûts populaires.
De l'autre côté, Glenn Close et Ridley Scott bénéficient d'une reconnaissance intergénérationnelle. Les jeunes qui découvrent Alien ou Blade Runner sur les plateformes de streaming sont souvent stupéfaits d'apprendre que Scott n'a jamais gagné d'Oscar. Les mèmes sur les « snobs de l'Académie » circulent abondamment sur TikTok et Twitter.
L'Oscar d'honneur, même s'il n'est pas télévisé, reste un événement médiatique. Les extraits des discours, les photos des stars sur le tapis rouge et les réactions des célébrités sur les réseaux sociaux assurent une couverture virale. Pour la Gen Z, c'est moins une récompense qu'un moment de culture pop à consommer et à commenter.
Conclusion : l'Oscar d'honneur, la plus belle des consolations ou l'aveu d'un échec de l'Académie ?
Alors, que cache cette reconnaissance tardive ? La réponse est double. D'un côté, c'est une joie immense pour des carrières légendaires. Glenn Close et Ridley Scott méritent amplement cet Oscar, et leur bonheur sera sincère le 15 novembre 2026. De l'autre, c'est un aveu d'échec de la part de l'Académie.
En offrant un Oscar d'honneur à Close et Scott, l'Académie reconnaît implicitement qu'elle aurait dû les récompenser plus tôt. Elle admet que ses votes passés étaient erronés, que ses critères étaient biaisés, que ses choix étaient injustes. L'Oscar d'honneur est une réparation, mais c'est aussi un rappel que la réparation arrive trop tard.
Pour Close et Scott, cet Oscar marque la fin d'une course. Ils passent du statut de compétiteurs à celui d'icônes. Ils ne concourront plus jamais pour un Oscar compétitif — ou du moins, l'Académie espère qu'ils ne le feront pas. L'Oscar d'honneur est une façon de les sortir du jeu tout en les honorant.
Mais cette reconnaissance tardive pose aussi une question plus large : quelle est la place des « dinosaures » du cinéma classique face à l'évolution des goûts de l'Académie et des nouvelles générations ? Les Oscars d'honneur sont-ils une tradition réconfortante ou un signe que l'industrie est incapable de se renouveler ?
La vérité est probablement entre les deux. L'Oscar d'honneur est une épée à double tranchant : il consacre une carrière légendaire, mais souligne aussi cruellement l'injustice des compétitions passées. Il répare, mais ne guérit pas. Il offre une consolation, mais rappelle une perte.
Le 15 novembre 2026, lorsque Glenn Close et Ridley Scott monteront sur scène au Ray Dolby Ballroom, ils recevront bien plus qu'une statuette. Ils recevront la reconnaissance de leurs pairs, l'admiration du public et la confirmation que leur place dans l'histoire du cinéma est assurée. Mais ils recevront aussi le poids de quarante-quatre ans d'attente pour elle, quarante-cinq ans pour lui. Et c'est là que réside toute la complexité de cet Oscar d'honneur : une récompense qui dit à la fois « tu es le meilleur » et « nous aurions dû te le dire plus tôt ».