
Des cinémas indépendants attaqués en justice par des multiplexes, il y en a plusieurs en France. J'ai choisi de vous parler spécifiquement d'un de ceux-là : le Comoedia à Lyon. Pourquoi ce cinéma en particulier ? Parce que je suis Lyonnais, parce que j'y suis déjà allé plusieurs fois, parce que je suis abonné à leur newsletter, parce que je connais un peu son histoire... Bref, parce que je n'aime pas parler de sujets que je ne connais pas pour dire n'importe quoi, et ici ce n'est pas le cas.
L'histoire du Comoedia, plus vieux cinéma de Lyon
Commençons par une petite présentation du cinéma pour ceux qui ne sont pas Lyonnais ou qui ne le connaissent pas, tout simplement.
Le Comoedia est le plus vieux cinéma lyonnais encore en activité. Il a ouvert pour la première fois au début de la Première Guerre mondiale. Le cinéma prend le nom de « Cinéma Comoedia » en 1924. Les propriétaires se succèdent au fil des années, mais le cinéma garde son nom. Acheté en 1993 par la société UGC, cette dernière le ferme finalement en 2003. Le cinéma est alors dans un état déplorable, quasiment en ruines. Il restera longtemps à l'abandon, jusqu'en 2005, lorsque la société créatrice et productrice de Kirikou le rachète. Une nouvelle ère commence pour le cinéma...
Une programmation culturelle unique et engagée

C'est un cinéma réellement culturel puisqu'il propose des films d'auteurs, des films en langue originale sous-titrée, des rétrospectives de films israéliens, palestiniens, sud-américains, et projette les œuvres qui ne sont pas diffusés dans les autres salles lyonnaises. Par exemple, deux semaines après sa sortie, le film Mon Meilleur Ennemi — qui évoque les liens très étroits de Klaus Barbie, dirigeant des SS à Lyon, avec les Américains — n'était diffusé que dans une seule salle sur toute l'agglomération lyonnaise : le Comoedia.
Le cinéma diffuse aussi les grosses productions (Harry Potter, Persepolis...) à condition que ce ne soient pas des films au scénario inexistant.
Le cinéma a de nombreux partenariats avec les écoles de Lyon et organise des projections suivies de goûters pour les enfants. Ses prix sont moins élevés que ceux des cinémas Pathé ou UGC.
Enfin, il est le seul cinéma lyonnais qui, lorsqu'il reçoit des célébrités lors d'avant-premières, ne pratique pas de tarifs spéciaux, évidemment plus élevés.
Pourquoi UGC attaque le Comoedia en justice
UGC attaque le Comoedia devant deux tribunaux différents pour deux motifs distincts.
Premièrement, devant le tribunal administratif pour contester l'aide attribuée au Comoedia par le Centre National du Cinéma pour les travaux de rénovation. Plus de 2 000 salles de cinéma en France ont déjà bénéficié de cette aide, mais c'est seulement la deuxième fois en vingt ans qu'une contestation de cette aide est engagée devant la justice.
Deuxièmement, devant le tribunal de grande instance pour contrefaçon afin de faire interdire l'utilisation du nom « Comoedia ». Je tiens à rappeler que le cinéma s'appelle ainsi depuis 1924 et que lorsqu'UGC l'a racheté en 1993, ils ont gardé le nom sans être attaqués en justice par l'ancien propriétaire. Il s'agit bien au contraire de faire perdurer l'histoire de ce cinéma en conservant le nom à l'identique. De plus, UGC demande plus d'un million d'euros de dommages et intérêts. Cette somme risquerait de faire fermer tout simplement le cinéma, qui appartient, je le rappelle, à un unique propriétaire et non à un groupe ayant les moyens de débourser une telle somme.
La diversité culturelle menacée par les multiplexes
Représentant de la diversité culturelle française et mondiale, le Comoedia n'est pas le seul en danger. En effet, toutes les salles indépendantes lyonnaises sont menacées par l'arrivée de trois nouveaux multiplexes à Lyon : un Pathé en 2008, un autre Pathé en 2009 et un UGC Ciné Cité en 2010. Le plus gros cinéma indépendant à Lyon (Les 8 Nefs) a de plus été racheté par Pathé il y a environ deux ans.
Il faut considérer l'arrivée des multiplexes comme une menace pour la diversité culturelle parce qu'ils diffusent exactement les mêmes films : les superproductions, les films à gros budget, à large public...
La défense des cinémas indépendants s'impose donc. Si l'on ne fait rien, dans quelques années, il deviendra impossible de voir les films controversés (cf. Mon Meilleur Ennemi) ou ceux nuisant à l'image des grands groupes partenaires des circuits de cinémas.
Multiplexes : une lutte contre l'opposition
Les groupes de multiplexes tentent de neutraliser toute forme d'opposition. Je prends pour exemple Mathieu Amalric, César du Meilleur Acteur, absent lors de la cérémonie et qui a fait lire un discours de remerciement par Antoine de Caunes. Ce dernier n'a lu qu'une partie du discours. Le reste, où l'acteur dénonçait les attaques des multiplexes envers les salles indépendantes, a tout simplement été censuré. Je vous conseille de lire l'article très intéressant d'Allociné sur ce sujet : http://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18417768.html
De nombreuses salles sont maintenant attaquées en justice par de grands groupes. Je ne me prononce pas contre les multiplexes, mais je souhaite une cohabitation entre multiplexes et salles indépendantes. Il faut, comme le dit Marc Bonny (directeur du Comoedia) et son équipe, « permettre à la diversité des films de rencontrer la diversité des publics ».
La pétition pour défendre le Comoedia peut être signée à l'adresse suivante : www.cinema-comoedia.com/petition