Raphaël Glucksmann accuse Xenia Fedorova d'être une « agente russe » : la polémique expliquée
« Agente russe depuis le début » : le coup de tonnerre de Glucksmann
L'eurodéputé Raphaël Glucksmann ne fait pas dans la nuance. Dimanche 31 mai 2026, dans l'émission Le Grand Jury (RTL, Public Sénat, Le Figaro, M6), il a lancé une accusation sans précédent dans le paysage politique français récent : « Il faut lui retirer le micro parce qu'en réalité, ce n'est pas une journaliste, ce n'est pas une commentatrice, c'est une agente russe et c'est une agente russe depuis le début », a-t-il asséné à propos de Xenia Fedorova, chroniqueuse sur CNews et Europe 1.
Cette sortie ne relève pas du simple désaccord éditorial. Elle désigne nommément une personne comme étant au service d'une puissance étrangère hostile, ce qui, dans le contexte de guerre en Ukraine, équivaut à une accusation de trahison. Glucksmann a enfoncé le clou en affirmant que les médias de Vincent Bolloré, en offrant une tribune à Fedorova, « se font les caisses de relais de la propagande poutinienne ».

Pourquoi Glucksmann affirme-t-elle qu'elle n'est pas une journaliste ?
La phrase exacte mérite d'être citée dans son contexte. Glucksmann ne s'attaque pas à une opinion divergente sur la politique étrangère. Il dénonce ce qu'il considère comme une infiltration délibérée du débat public français par une personne dont le parcours et les prises de parole seraient alignés sur les intérêts stratégiques du Kremlin. « Si c'est ça ce que l'extrême droite appelle du patriotisme, eh bien ça confirme juste une chose, c'est que ces gens sont au service d'intérêts étrangers hostiles à ceux de notre Nation », a-t-il poursuivi.
L'accusation d'ingérence étrangère est lourde. Elle renvoie à un arsenal juridique qui permet de sanctionner les personnes agissant pour le compte d'une puissance étrangère sans déclarer leur allégeance. Mais Glucksmann n'a pas déposé de plainte : il a lancé un pavé dans la mare médiatique, en espérant que le régulateur ou l'opinion publique fassent le reste.

Le contexte géopolitique : « le risque d'une guerre sur le sol de l'UE avant 2029 »
Glucksmann n'a pas attaqué Fedorova dans le vide. Il a pris soin d'ancrer sa sortie dans un contexte géopolitique qu'il juge alarmant. « Les dirigeants ne parlent quasiment plus de l'Ukraine », a-t-il déploré, alors que « le risque d'une guerre sur le sol de l'Union européenne avant 2029 » est réel selon lui.
Son argumentaire est le suivant : laisser une voix pro-Kremlin s'exprimer sans restriction dans les médias français, c'est affaiblir la cohésion nationale face à une menace existentielle. « Nous devons soutenir massivement les Ukrainiens, non pas simplement par solidarité envers une Nation dont le seul crime est de vouloir vivre libre, mais parce que c'est notre intérêt vital », a-t-il martelé. Cette mise en garde sert de justificatif à sa virulence : selon lui, la complaisance médiatique envers les narratifs russes est un danger direct pour la sécurité nationale.
La réaction immédiate des réseaux sociaux
En quelques heures, les extraits de l'intervention de Glucksmann ont cumulé des millions de vues sur X et TikTok. Les comptes pro-russes ont dénoncé une « chasse aux sorcières », tandis que les soutiens de l'Ukraine ont salué une prise de position claire. Les hashtags #Fedorova et #AgentRusse ont brièvement figuré dans les tendances françaises, preuve que l'affaire dépasse désormais le simple cercle des initiés politiques.
De RT France à CNews : l'étonnant parcours de Xenia Fedorova
Pour comprendre pourquoi l'accusation de Glucksmann trouve un écho dans l'opinion, il faut examiner le parcours de Xenia Fedorova. Ancienne directrice de RT France — la branche française de Russia Today, interdite dans l'Union européenne depuis mars 2022 —, elle est aujourd'hui chroniqueuse sur CNews et Europe 1, signe une chronique dans le JDNews et présente l'émission religieuse « Lumières orthodoxes » sur CNews et CStar. Une reconversion aussi rapide que spectaculaire.
L'enquête du Monde publiée le 26 mai 2026 la présente comme « la plus influente propagandiste du Kremlin en France ». À 45 ans, cette femme qui se décrit comme une « journaliste russe condamnée au silence » dans son livre-manifeste Bannie (Fayard, 2025) a réussi un transfert médiatique dont peu de ses anciens collègues de RT France peuvent se vanter.

D'une chaîne interdite à un empire médiatique
L'interdiction de RT France en mars 2022 aurait dû sonner le glas de sa carrière médiatique en France. Il n'en a rien été. Quelques mois plus tard, elle était embauchée par les médias de Vincent Bolloré. Le chercheur Maxime Audinet (Inalco), spécialiste des médias russes, résume la situation : « Grâce aux médias de Bolloré, elle a une visibilité dans l'espace médiatique français incommensurablement plus importante que du temps de RT France. »
Ce transfert soulève des questions sur la stratégie éditoriale du groupe Bolloré. En offrant une plateforme à une voix ouvertement pro-Kremlin, CNews et Europe 1 misent sur la polémique pour attirer l'audience. Les déclarations de Fedorova, systématiquement reprises et commentées, génèrent un engagement élevé sur les réseaux sociaux. D'un point de vue économique, le calcul est simple : la controverse fait vendre. Mais ce choix éditorial a un coût politique, comme le montre l'escalade actuelle.
Le livre « Bannie » : une posture de victime
Publié chez Fayard en mars 2025, Bannie est un livre-manifeste dans lequel Fedorova se présente comme une « journaliste russe condamnée au silence ». Elle y accuse le pouvoir français de censure et dénonce une campagne de délégitimation à son encontre. Le titre même de l'ouvrage construit un récit de persécution qui contredit frontalement la réalité de sa présence quotidienne sur les antennes de CNews et Europe 1.
Les critiques y voient une stratégie de victimisation rodée : en se présentant comme une voix opprimée, Fedorova désarme ses contradicteurs et transforme toute critique en preuve supplémentaire de la « censure » qu'elle subirait. Un mécanisme rhétorique classique dans les milieux complotistes, qui permet de retourner l'accusation contre l'accusateur.
Le déjeuner secret de l'Institut de l'Espérance
Les révélations du Monde ne s'arrêtent pas au parcours médiatique de Fedorova. Le journal a dévoilé sa présence à un déjeuner de l'Institut de l'Espérance, le think tank de Vincent Bolloré, le 21 mai 2026. Autour de la table se trouvaient notamment la ministre de l'Agriculture Annie Genevard et un conseiller de Jordan Bardella.
Cette information est capitale. Elle démontre que Fedorova n'est pas une voix marginale persécutée, comme elle le prétend dans son livre Bannie. Elle est intégrée dans les cercles du pouvoir et fréquente des responsables politiques en exercice. La thèse de la « journaliste censurée » s'effondre face à la réalité d'une influence qui dépasse largement le cadre des plateaux de télévision.
« Liberté d'expression » ou « caisse de relais » ? La guerre des mots
La réponse des patrons de presse ne s'est pas fait attendre. Arnaud Lagardère (Europe 1) et Gérald-Brice Viret (Canal+/CNews) ont publié une tribune dans Le Journal du dimanche le 31 mai 2026, intitulée « Défendre la liberté d'expression, surtout lorsqu'elle dérange ». Ils y qualifient Fedorova de « voix rare et précieuse » qui « contribue à la diversité du paysage audiovisuel français ».
En face, le gouvernement charge frontalement. Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a dénoncé le 27 mai des « propos très graves » qui « inversent complètement la charge de la preuve sur les responsabilités entre la Russie et l'Ukraine ». Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, a été encore plus direct sur France Inter : « Mme Fedorova est une propagandiste patentée, qui sert de relais à la désinformation du Kremlin. Ouvrir à cette dame ses plateaux et ses colonnes, c'est tout simplement servir la soupe de Vladimir Poutine. »
La tribune de Lagardère et Viret : un alignement assumé
Les arguments des deux dirigeants sont rodés. Ils affirment ne pas « partager nécessairement toutes les analyses de Xenia Fedorova » mais refusent « qu'elle soit livrée à la vindicte publique ». Ils la présentent comme une « journaliste » et une « salariée » victime d'une « délégitimation systématique ».

La contradiction est pourtant flagrante. Si les patrons ne partagent pas ses analyses, pourquoi lui offrir une plateforme quotidienne sans contradiction éditoriale frontale ? Fedorova intervient régulièrement sur CNews et Europe 1, où elle répète inlassablement les mêmes thèses : l'Occident est responsable de la prolongation du conflit, l'OTAN est un agresseur, la Russie est une victime. Aucun contrepoint systématique n'est organisé autour de ses interventions.
Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a également pris sa défense lors de l'assemblée générale du groupe, la qualifiant de « journaliste » et défendant l'idée d'avoir « des points de vue différents sur l'actualité ». Une position qui, selon ses détracteurs, confond pluralisme légitime et relais de propagande étrangère.
La réponse cinglante de Jean-Noël Barrot
Le ministre des Affaires étrangères n'a pas mâché ses mots. Sur France Inter, il a développé une critique en règle de la ligne éditoriale des médias Bolloré. Pour lui, Fedorova n'est pas une voix parmi d'autres : elle est un rouage d'une machine de désinformation qui sert les intérêts de Moscou.
Le compte French Response, dépendant du Quai d'Orsay et chargé de contrer la désinformation russe, la décrit comme un « relais de propagande du régime ». Cette qualification officielle donne une dimension institutionnelle à l'accusation. Ce n'est plus seulement un homme politique qui parle : c'est l'appareil d'État qui s'exprime.
Maud Bregeon et la position gouvernementale
La porte-parole du gouvernement a été la première à réagir officiellement, le 27 mai. Ses déclarations visaient à cadrer le débat : il ne s'agit pas d'une simple querelle médiatique mais d'une question de sécurité nationale. « Ces propos sont très graves », a-t-elle insisté, « parce qu'ils inversent complètement la charge de la preuve sur les responsabilités entre la Russie et l'Ukraine ».
Cette prise de position gouvernementale, coordonnée entre plusieurs ministères, montre que l'exécutif considère l'affaire Fedorova comme un test de sa capacité à répondre à l'ingérence étrangère dans les médias. Reste à savoir si les outils à sa disposition sont suffisants.
« Opération spéciale », OTAN agresseur : le manuel de propagande Fedorova
Au-delà des accusations, quels sont les faits ? Les propos de Fedorova sont documentés. L'eurodéputée centriste Valérie Hayer (Renew) a saisi l'Arcom le 13 mai 2026 après avoir relevé que la chroniqueuse reprenait les « principaux narratifs de propagande du Kremlin » sur CNews et Europe 1.
La phrase la plus litigieuse date du 10 mai 2026. Sur CNews, Fedorova a déclaré : « On sait aujourd'hui que c'est l'Occident qui a décidé de prolonger le conflit en Ukraine. Les vraies questions que l'on doit se poser c'est jusqu'où va aller l'Occident pour affaiblir par procuration la Russie ? » Une inversion complète des responsabilités qui présente la Russie comme une victime des ambitions occidentales.

Les phrases clés qui ont poussé Valérie Hayer à saisir l'Arcom
La saisine d'Hayer liste plusieurs thèmes récurrents dans les interventions de Fedorova. La Russie est systématiquement présentée comme un acteur défensif, contraint de réagir à l'agression de l'OTAN. L'Occident est accusé de vouloir prolonger la guerre pour affaiblir Moscou. Les crimes russes en Ukraine sont relativisés ou passés sous silence.
Fedorova utilise également le vocabulaire officiel du Kremlin. Elle parle d'« opération spéciale » et non d'invasion. Elle emploie les termes de « dénazification » et de « démilitarisation » sans les guillemets qui marqueraient une distance critique. Ce n'est pas un simple désaccord sur l'interprétation des faits : c'est l'adoption pure et simple du cadre narratif de la propagande d'État russe.
La question de la carte de presse
Un détail juridique mérite d'être souligné : Fedorova n'est pas titulaire de la carte de presse. Cette absence affaiblit considérablement l'argument de ses défenseurs, qui la présentent comme une « journaliste » bénéficiant de la protection déontologique attachée à ce statut.
En France, la carte de presse est délivrée par une commission paritaire après examen des critères de professionnalisme et d'indépendance. Le fait que Fedorova ne l'ait pas obtenue — ou ne l'ait pas demandée — interroge sur la nature réelle de son activité. Est-elle une journaliste, comme le prétendent Lagardère et Viret, ou une commentatrice politique libre de tout cadre déontologique ?
« Sans équivalent en Europe » : le regard des experts
Le chercheur Julien Nocetti (Ifri) voit en Fedorova « un agent d'influence » prorusse « sans équivalent dans les autres pays d'Europe ». Il s'étonne notamment qu'elle ait obtenu un titre de séjour de 10 ans en 2024, en pleine guerre d'Ukraine et malgré son passé à RT France. « Avoir prolongé son titre de séjour pour une durée assez longue, sachant la nature de ses activités, pose question », confie-t-il.
Maxime Audinet, de son côté, analyse les « convergences idéologiques » entre le discours de Fedorova et celui de l'extrême droite française. Critique de l'Union européenne, rejet des médias mainstream, posture contre-hégémonique : son logiciel politique s'inscrit parfaitement dans le récit anti-système qui fait le succès de CNews. C'est précisément cette banalisation d'un discours anti-occidental et complotiste qui inquiète les chercheurs.
Saisines, Arcom, carte de presse : les garde-fous institutionnels dépassés
La question qui se pose aujourd'hui est celle de l'efficacité des institutions face à ce type de situation. Valérie Hayer a saisi l'Arcom le 13 mai, mais le régulateur peut-il vraiment agir sur du contenu diffusé en direct et présenté comme de la « libre expression » d'une chroniqueuse ?
Le problème est double. D'une part, l'Arcom peut sanctionner un média après coup, mais difficile d'intervenir en direct sans créer un précédent liberticide. D'autre part, la frontière entre « chronique » et « journalisme » est floue, ce qui permet aux médias de contourner les règles déontologiques qui s'appliquent aux journalistes professionnels.
Que peut vraiment l'Arcom face à une chroniqueuse en plateau ?
Les précédents existent. CNews a déjà été épinglée par l'Arcom pour partialité, notamment pendant la campagne présidentielle de 2022. Mais rarement sur le fond d'un discours de propagande étrangère. La difficulté est juridique : comment qualifier des propos qui ne sont pas mensongers au sens strict, mais qui organisent une inversion systématique des responsabilités ?
Le débat est ouvert. Les défenseurs de la liberté d'expression, comme Lagardère et Viret, considèrent que toute intervention de l'Arcom serait une atteinte au pluralisme. Leurs opposants estiment que la liberté d'expression a des limites, notamment lorsqu'elle sert à relayer la propagande d'un État en guerre contre les intérêts de la France.
L'énigme du titre de séjour de 10 ans
Autre point troublant : le titre de séjour de Fedorova. Julien Nocetti s'interroge : comment une ancienne directrice de RT France, chaîne interdite dans l'UE pour désinformation, a-t-elle pu obtenir une prolongation de séjour de 10 ans en 2024 ?
Plusieurs hypothèses existent. Une négligence de l'administration, qui n'aurait pas fait le lien entre son passé et ses activités actuelles. Une impossibilité légale de refuser, si elle remplit les critères objectifs de délivrance. Ou, plus inquiétant, une absence de doctrine française claire face aux agents d'influence russes. Quelle que soit la raison, cette situation révèle les angles morts de notre système de contrôle.
Les saisines multiples : un effet d'accumulation
Plusieurs saisines de l'Arcom ont été déposées concernant les propos de Fedorova, dont celle de Valérie Hayer. Le régulateur les examine actuellement. Mais le temps de la procédure est long : les sanctions, si elles interviennent, pourraient prendre des mois, voire des années. Entre-temps, Fedorova continue de s'exprimer quotidiennement sur les antennes de CNews et Europe 1.
Ce décalage temporel pose une question fondamentale : les institutions de régulation sont-elles adaptées à la vitesse de circulation de l'information à l'ère numérique ? Quand un extrait de chronique peut faire le tour des réseaux sociaux en quelques heures, attendre un an une décision de l'Arcom revient à fermer la porte de l'étable après que les chevaux se sont enfuis.
De CNews à votre feed TikTok : l'ingérence numérique en chaîne
L'affaire Fedorova n'est pas un cas isolé. Elle est le sommet visible d'un iceberg beaucoup plus large qui concerne directement les jeunes générations. Loin du seul plateau de CNews, la « méthode Fedorova » — inversion des responsabilités, victimisation de la Russie, vocabulaire codé — est reproductible à l'infini sur YouTube, TikTok et Twitch.
Les extraits de ses chroniques sont taillés pour le format court. Une phrase choc, un regard caméra, une accusation contre l'Occident : le tout en moins de 60 secondes. Ces contenus sont ensuite repris, remixés, diffusés par des comptes bots et des influenceurs pro-russes. La propagande « lourde » des plateaux télé légitime les versions plus « légères » et virales qui circulent sur les réseaux.
Des plateaux Bolloré à votre feed : le spectre complet de l'ingérence
La cohérence des stratégies russes est frappante. Fedorova incarne la propagande « officielle », celle qui se donne des airs respectables en passant par des médias reconnus. Mais en parallèle, des campagnes de deepfakes russes et de désinformation ciblent les jeunes sur les réseaux sociaux. Les cyberattaques russes contre les infrastructures françaises complètent le tableau.
Le cas Fedorova permet de comprendre comment un contenu marginal peut devenir acceptable via une répétition médiatique massive. Lorsqu'une chroniqueuse répète dix fois par semaine que « l'Occident prolonge la guerre », cette idée finit par s'installer dans le débat public. Elle devient une opinion comme une autre, alors qu'elle est en réalité un élément d'une stratégie de guerre de l'information.
L'arnaque du « point de vue différent » sur les réseaux sociaux
C'est l'angle le plus important pour le public 16-25 ans. Les algorithmes des réseaux sociaux ne font pas la différence entre un « point de vue différent » légitime et un relais de propagande coordonné. Pour eux, tout contenu qui génère de l'engagement est bon à diffuser.
La défense de Bolloré — le pluralisme, la liberté d'expression — est exactement le même argument utilisé par les plateformes pour justifier la diffusion de fake news. Le mot « liberté » devient un cheval de Troie pour des contenus hostiles. Fedorova n'est pas une voix marginale qu'on laisse s'exprimer par tolérance : elle est une pièce d'un dispositif stratégique global dont l'objectif est d'affaiblir la cohésion des sociétés occidentales.
Comment repérer la propagande dans votre flux
Quelques indices permettent d'identifier les contenus qui relèvent de cette stratégie. L'utilisation systématique du vocabulaire du Kremlin (« opération spéciale », « dénazification »). L'inversion des responsabilités (présenter la Russie comme une victime). La relativisation des crimes de guerre. Et surtout, l'absence de toute critique envers le régime de Vladimir Poutine.
Ces signaux sont importants à connaître, car ils permettent de distinguer un débat légitime sur la politique étrangère d'un relais de propagande coordonné. Dans un environnement informationnel saturé, cette capacité de discernement est devenue une compétence civique essentielle.
Conclusion : l'affaire Fedorova, un test pour la résistance démocratique
L'affaire Xenia Fedorova n'est pas un simple clash entre un homme politique et une chaîne privée. C'est un cas d'école qui cristallise les tensions entre concentration des médias, liberté d'expression, guerre de l'information et souveraineté nationale.
Elle pose une question brutale : un média privé a-t-il le droit d'offrir une tribune à une personne ouvertement alignée sur la propagande d'un État en guerre contre les intérêts stratégiques de l'Europe ? La réponse n'est pas simple. Les défenseurs de la liberté d'expression diront que oui, au nom du pluralisme. Les défenseurs de la sécurité nationale diront que non, au nom de la protection contre l'ingérence étrangère.
Mais au-delà des débats juridiques et politiques, c'est la responsabilité du public qui est en jeu. L'affaire Fedorova ne sera pas réglée par l'Arcom ou par un gouvernement. Elle sera réglée par la capacité des citoyens, jeunes en tête, à reconnaître un discours d'influence derrière le masque du « pluralisme ». Savoir identifier une inversion des responsabilités, repérer un vocabulaire codé, comprendre qu'un « point de vue différent » peut être un cheval de Troie : voilà les compétences essentielles de la résistance démocratique au XXIe siècle. Fedorova n'est que la partie émergée d'un phénomène bien plus vaste. À nous d'apprendre à voir le reste de l'iceberg.