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Violences périscolaire Paris : neuf animateurs suspendus, l'enquête choc

Neuf animateurs suspendus à Paris pour violences suspectées sur des enfants : plongée dans un scandale révélé par Cash Investigation. Entre précarité du personnel, failles de recrutement et signalements ignorés, cette affaire met à nu les...

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L'actualité vient de secouer le monde de la petite enfance parisienne. Ce lundi 16 février 2026, on apprend que neuf animateurs du périscolaire d'une école maternelle du 7e arrondissement de Paris ont été suspendus pour des suspicions de violences physiques et sexuelles sur des enfants. Cette affaire, révélée par Mediapart et confirmée par l'Agence France-Presse, fait suite à la diffusion d'une enquête de « Cash Investigation » fin janvier qui avait filmé en caméra cachée les comportements de certains agents. Un scandale qui met en lumière les failles profondes d'un système de garde périscolaire en crise. 

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L'affaire de l'école Saint-Dominique : les faits

L'école maternelle publique Saint-Dominique, située au 117 bis rue Saint-Dominique dans le 7e arrondissement de Paris, accueille environ 150 élèves. C'est dans cet établissement que neuf agents du périscolaire ont été suspendus depuis fin janvier 2026, soupçonnés de violences physiques, sexuelles et de « posture professionnelle inappropriée » envers des enfants.

Le déclencheur médiatique

Tout a commencé le 29 janvier 2026, avec la diffusion d'une enquête de l'émission « Cash Investigation » sur France 2. Les journalistes de l'émission ont mené une investigation de longue haleine, utilisant notamment la caméra cachée pour filmer les comportements des animateurs en action. Les images diffusées ont provoqué une vive émotion : on y voyait notamment une animatrice criant violemment sur des enfants à la cantine, une autre embrassant un enfant sur la bouche dans la cour de récréation, mais aussi des témoignages de parents dont les signalements n'étaient pas pris en compte par l'administration.

Suite au visionnage de ces images, plusieurs agents identifiés comme auteurs de comportements inappropriés ont immédiatement été suspendus par la Ville de Paris. Dans les jours qui ont suivi, de nouveaux signalements réalisés par les parents de l'école ont été pris en compte, portant le nombre total d'agents suspendus à neuf.

La plainte collective des parents

Parallèlement aux suspensions administratives, une action judiciaire d'ampleur a été engagée. Le 12 février 2026, soixante-treize parents d'enfants scolarisés dans trois écoles du 7e arrondissement — Rapp, La Rochefoucauld et Saint-Dominique — ont déposé une plainte collective contre X auprès du parquet de Paris. Cette plainte, déposée par Me Florian Lastelle, dénonce cinq infractions pénales : violences volontaires sur mineurs, mise en danger délibéré d'autrui, délaissement d'une personne incapable de se protéger, abstention d'empêcher un crime ou un délit contre l'intégrité corporelle, et non-dénonciation de mauvais traitements sur mineurs. !PROTECTED_1

Il est important de préciser que cette plainte ne vise pas de faits de viols, d'agressions sexuelles ni d'atteintes sexuelles, mais soulève des questions graves sur la sécurité des enfants confiés à ces structures. Les parents ont découvert que leurs enfants ont pu être placés sous la responsabilité de personnes insuffisamment qualifiées ou plus encore d'individus potentiellement dangereux.

Un système périscolaire en profonde crise

L'affaire de l'école Saint-Dominique n'est pas un fait divers isolé. Elle révèle les tensions structurelles qui traversent l'ensemble du secteur du périscolaire parisien et, plus largement, français. Pour comprendre comment neuf animateurs ont pu être impliqués simultanément dans des faits de cette gravité, il faut examiner les conditions de travail et de recrutement de ce personnel.

Des conditions de travail précaires

À Paris, le secteur du périscolaire compte environ 14 000 animateurs au total, dont 2 500 adjoints d'animation et 1 000 animateurs contractuels relativement stables. Mais le gros des effectifs repose sur 8 500 vacataires au statut précaire, selon les chiffres du syndicat SUPAP-FSU. Ces vacataires vivent une instabilité professionnelle chronique, avec des contrats courts, des horaires morcelés et une rémunération souvent faible.

Le salaire moyen d'un animateur périscolaire s'élève à environ 1 435 euros brut par mois pour un temps plein, selon un rapport de l'Inspection générale de 2021. Cette précarité salariale rend le métier peu attractif et entraîne des difficultés de recrutement considérables. Une collectivité sur deux rencontre ainsi des problèmes pour pourvoir ses postes d'animateurs.

Des ratios d'encadrement sous tension

Les taux d'encadrement réglementaires prévoient un animateur pour 14 enfants en maternelle et un pour 18 en élémentaire. Cependant, ces ratios sont souvent difficiles à respecter en raison du sous-effectif chronique. Nicolas Léger, secrétaire général du SUPAP-FSU, explique que tous les jours, des postes ne sont pas pourvus, les équipes travaillent à flux tendu, elles sont épuisées et les conditions d'accueil des enfants se dégradent.

Cette situation crée un cercle vicieux : la précarité et l'épuisement conduisent à des départs fréquents, qui eux-mêmes aggravent la pénibilité du travail pour ceux qui restent. Dans ce contexte, la qualité de l'encadrement des enfants peut s'en trouver affectée, ouvrant la porte à des dérives potentielles.

Les failles du recrutement et du contrôle

L'une des questions centrales soulevée par cette affaire concerne les mécanismes de recrutement des animateurs périscolaires. Comment des individus aux comportements inappropriés ont-ils pu être embauchés et travailler au contact d'enfants pendant des mois, voire des années ?

Une réglementation insuffisante

Pour travailler au contact d'enfants dans le cadre du périscolaire, la loi impose deux obligations principales : posséder un casier judiciaire vierge et ne pas figurer au FIJAIS, le fichier des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes. Cependant, ces vérifications ne sont pas toujours effectuées avec rigueur.

Plus inquiétant encore, aucune qualification professionnelle n'est légalement obligatoire pour devenir animateur périscolaire. En théorie, 50 % du personnel doit être titulaire du BAFA (Brevet d'aptitude aux fonctions d'animateur), mais les communes peuvent s'affranchir de ces quotas car les temps périscolaires ne sont pas obligatoirement déclarés comme accueils collectifs de mineurs.

Des tests alarmants

Plusieurs médias ont réalisé des tests de recrutement qui révèlent l'ampleur du problème. Une journaliste de RTL a ainsi été recrutée en moins de dix minutes comme animatrice périscolaire à Créteil, sans aucune vérification de son casier judiciaire. Le recruteur lui aurait déclaré : « Normalement je n'ai pas le droit de vous embaucher sans retour du casier judiciaire mais là, j'ai des besoins. » Elle a été envoyée dans une école accueillant des enfants en situation de handicap sans contrat de travail, sans même connaître ses horaires ou son salaire. 

L’enquête de Cash Investigation sur le périscolaire secoue les candidats à la mairie de Paris
Film Studio making in the 1890s — Unknown authorUnknown author / Public domain / (source)

Ces failles dans le recrutement expliquent en partie comment des personnes inadaptées peuvent se retrouver en responsabilité d'enfants. L'affaire Pierre-Alain Cottineau : l'assistant maternel que personne ne soupçonnait illustre tragiquement comment des individus aux intentions malveillantes peuvent passer à travers les mailles du filet.

Une série d'affaires qui s'accumulent

L'affaire de l'école Saint-Dominique s'inscrit dans une série de révélations sur les violences dans le périscolaire parisien. Ces derniers mois, plusieurs cas ont été médiatisés, créant un climat de défiance croissante auprès des parents.

Les précédents inquiétants

En octobre 2025, la Mairie de Paris avait déjà annoncé la suspension de trois animateurs de l'école maternelle Bullourde, dans le 11e arrondissement, soupçonnés respectivement de faits à caractère sexuel, d'exhibition et d'agression sexuelle. L'un d'eux, un homme né en 2003, a été mis en examen le 6 février 2026 pour agression sexuelle sur mineur, exhibition sexuelle et corruption de mineur.

Lisa-Lou Wipf, procureure cheffe du parquet des mineurs de Paris, révélait en novembre 2025 que quinze enquêtes avaient été ouvertes en 2025 pour agressions sexuelles dans les écoles maternelles parisiennes sur des enfants de moins de 5 ans. Elle parlait d'une « augmentation très significative » des violences sexuelles, visant « quasi exclusivement des animateurs périscolaires, et non des enseignants ».

Les chiffres de la Ville de Paris

Selon les informations de La Croix, la Ville de Paris précise que vingt animateurs ont été suspendus en 2025 pour suspicions de faits à caractère sexuel, sur un total d'environ 1 400 animateurs, soit environ 1,4 % des effectifs. Au total, sur les trois dernières années, ce seraient cinquante animateurs qui auraient été suspendus pour des faits de nature sexuelle.

Un autre agent de l'école Volontaires, dans le 15e arrondissement, a également été suspendu récemment. Celui-ci avait été exfiltré fin 2025 de l'école Saint-Dominique suite à des suspicions de cris sur des enfants, montrant que les problèmes étaient connus mais pas suffisamment traités.

La réaction politique et institutionnelle

Face à l'ampleur du scandale, les réactions politiques se sont multipliées, d'autant que les élections municipales approchent à Paris. L'affaire est devenue un enjeu politique majeur, chaque camp cherchant à instrumentaliser la situation.

La guerre des candidats à la mairie de Paris

Rachida Dati, maire du 7e arrondissement concerné par l'affaire et candidate LR-MoDem à la mairie de Paris, a immédiatement saisi l'opportunité politique. Le 9 février 2026, elle et une dizaine d'élus de son camp ont claqué la porte du dernier Conseil de Paris de la maire socialiste Anne Hidalgo, dénonçant le « déni » de la majorité face aux violences sexuelles dans le périscolaire.

Dans un communiqué, Rachida Dati a demandé « solennellement » à la Ville de Paris de « communiquer la liste précise et à jour des animateurs déplacés ou suspendus et le nombre de signalements en cours dans chacune des écoles parisiennes ». Elle déplore qu'aucune action majeure n'ait été mise en place pour connaître l'ampleur des faits commis.

Emmanuel Grégoire, candidat socialiste à la mairie de Paris et ancien premier adjoint d'Anne Hidalgo, a quant à lui reconnu des « manquements » dans le système périscolaire parisien. Il a fait une révélation personnelle bouleversante en novembre 2025, racontant avoir été lui-même victime de violences sexuelles pendant plusieurs mois lorsqu'il était en CM1, dans le cadre d'activités périscolaires en piscine municipale. Il a déclaré porter cette cicatrice comme beaucoup de personnes qui ont gardé le silence.

Les mesures d'urgence annoncées

La Ville de Paris a réagi en annonçant plusieurs mesures. Un signalement au parquet a été émis dans le cadre de l'article 40 du code de procédure pénale, qui prévoit que toute autorité ayant connaissance d'un crime ou d'un délit doit en informer la justice. Une cellule d'écoute psychologique, assurée par des professionnels de la protection de l'enfance, a été mise en place pour les parents.

Patrick Bloche, adjoint à l'éducation d'Anne Hidalgo, avait annoncé en novembre 2025 un plan d'action incluant une formation obligatoire de deux jours pour tous les nouveaux vacataires avant prise de poste, ainsi qu'une formation à la détection des « signaux faibles ». Le budget 2026 prévoit également 63 postes supplémentaires et des moyens renforcés pour la formation et l'encadrement des équipes périscolaires.

Le rôle de la Défenseure des enfants de Paris

En décembre 2025, face à la multiplication des affaires, la Ville de Paris a nommé Dominique Versini comme Défenseure des enfants, une première en France à l'échelle d'une collectivité locale. Ancienne Défenseure des enfants au niveau national entre 2006 et 2011, elle était adjointe à Anne Hidalgo depuis dix ans.

Une institution inédite

Ce poste a été créé spécifiquement pour répondre à la série d'enquêtes pour violences dans les établissements scolaires parisiens. Dominique Versini peut être saisie par courriel par tout parent ou professionnel confronté à une situation préoccupante. En cas de situation de danger, elle oriente immédiatement la saisine vers la cellule de recueil des informations préoccupantes ou vers la justice.

Depuis mi-décembre 2025, Dominique Versini affirme avoir reçu 150 saisines concernant particulièrement le périscolaire. Elle dénonce des dérives « systémiques » qui touchent l'ensemble du dispositif d'accueil des enfants en dehors du temps scolaire.

Vers une meilleure prise en compte des signalements

L'une des critiques récurrentes formulées par les parents concerne le manque de suivi des signalements. De nombreux témoignages recueillis par « Cash Investigation » montraient des parents dont les alertes n'étaient pas prises en compte par l'administration. La FCPE Paris a créé une commission « Agir contre les violences » et évoque des « signalements peu suivis d'effet, manque de formation, protocoles flous ou procédures trop lentes ».

La nomination d'une Défenseure des enfants indépendante vise à corriger ces dysfonctionnements en offrant un recours aux familles qui ne trouvent pas de réponse auprès des canaux habituels. Une commission collégiale d'instruction des signalements a également été mise en place, associant élus, parents et personnalités qualifiées.

Les propositions pour sécuriser le périscolaire

Au-delà des réactions immédiates, plusieurs propositions émergent pour renforcer la sécurité des enfants dans les structures périscolaires et éviter que de telles affaires ne se reproduisent.

Le renforcement des contrôles

Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de l'Égalité femmes-hommes, a prôné fin 2025 une « tolérance zéro » et un contrôle « systématique et annuel » du casier judiciaire de l'ensemble des animateurs et agents du périscolaire au contact avec les enfants, quel que soit leur statut. Actuellement, ces contrôles ne sont pas systématiquement renouvelés chaque année pour le personnel déjà en poste.

La loi Taquin de février 2022 impose déjà la vérification des antécédents judiciaires pour tout personnel en contact avec des mineurs. Cependant, son application effective reste inégale selon les territoires et les structures.

La formation professionnelle

Le plan gouvernemental « Pour un renouveau de l'animation » de 2022 prévoit 25 mesures dont une formation certifiante pour 2 500 animateurs non qualifiés, l'abaissement à 16 ans de l'âge minimum d'entrée en formation BAFA (contre 17 ans auparavant), et la création d'un baccalauréat professionnel animation.

À Paris, la ville recrute environ 3 000 nouveaux agents par an pour reconstituer son vivier de 10 000 vacataires. La formation obligatoire de deux jours avant prise de poste pour tous les nouveaux vacataires, annoncée en novembre 2025, représente une avancée significative, même si les syndicats jugent ces mesures insuffisantes face à l'ampleur des besoins.

La revalorisation du métier

Les organisations syndicales comme le SUPAP-FSU, la CFDT ou la CGT alertent depuis longtemps sur la nécessité de revaloriser la profession d'animateur périscolaire. Cela passe par une augmentation des salaires, une stabilisation des contrats de travail, mais aussi une reconnaissance de la qualification professionnelle requise pour accompagner des groupes d'enfants.

La professionnalisation du secteur pourrait contribuer à attirer des candidats plus qualifiés et motivés, tout en réduisant la précarité qui fragilise actuellement le système. Les cinq millions d'enfants accueillis chaque jour dans des structures périscolaires en France, dont 93 000 à Paris, méritent un encadrement de qualité.

Conclusion

L'affaire des neuf animateurs suspendus à l'école maternelle Saint-Dominique révèle une crise profonde du système périscolaire parisien et français. Au-delà du scandale médiatique immédiat, c'est tout un modèle d'accueil des enfants en dehors du temps scolaire qui est questionné. La précarité des animateurs, les failles dans le recrutement et le manque de suivi des signalements ont créé les conditions propices à des dérives inacceptables.

Les réactions politiques et institutionnelles de ces dernières semaines montrent une prise de conscience, mais les mesures annoncées devront être suivies d'effets concrets. La nomination d'une Défenseure des enfants à Paris, le renforcement des contrôles et de la formation sont des premiers pas, mais ils ne suffiront pas sans une revalorisation profonde du métier d'animateur. La confiance des parents dans les institutions chargées de la petite enfance en dépend.

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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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