Graphique à barres intitulé « Le déficit de la Sécu se creuse à nouveau » montrant l'évolution du solde des régimes de base et de la FSÎ (en milliards d'euros) de 2010 à 2025, avec un déficit projeté de -22,1 milliards d'euros en 2025.
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Le trou de la Sécu : d'où vient vraiment le déficit et qui le paie ?

Le déficit des comptes de la Sécurité sociale atteint 21,6 milliards d'euros en 2025, dont 73 % provient de la branche maladie. Le financement s'est progressivement transformé : les cotisations sociales ne représentent plus que 53 % des recettes, contre 90 % dans les années 1980, laissant la CSG (22 %), la TVA (8 %) et d'autres impôts prendre le relais. La dette sociale est absorbée par la CADES, ce qui rend le déficit largement invisible dans le débat public.

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Résumé : Le déficit des comptes de la Sécurité sociale atteint 21,6 milliards d'euros en 2025. Mais ce chiffre agrège des situations très différentes : les trois quarts du déficit viennent de la branche maladie, le financement repose de plus en plus sur l'impôt plutôt que sur les cotisations, et la dette sociale est portée par une caisse dédiée, ce qui la rend largement invisible dans le débat public. Voici qui paie réellement pour combler le trou.

Graphique à barres intitulé « Le déficit de la Sécu se creuse à nouveau » montrant l'évolution du solde des régimes de base et de la FSÎ (en milliards d'euros) de 2010 à 2025, avec un déficit projeté de -22,1 milliards d'euros en 2025.
Graphique à barres intitulé « Le déficit de la Sécu se creuse à nouveau » montrant l'évolution du solde des régimes de base et de la FSÎ (en milliards d'euros) de 2010 à 2025, avec un déficit projeté de -22,1 milliards d'euros en 2025. - (source)

Un déficit concentré sur la santé

Le "trou de la Sécu" est devenu un lieu commun du débat public, mais le terme est trompeur. En 2025, le déficit des régimes obligatoires de base de la Sécurité sociale, auquel s'ajoute le fonds de solidarité vieillesse (FSV), s'élève à 21,6 milliards d'euros. Il s'est creusé par rapport à 2024 (15,3 Md€), tout en restant inférieur aux 23 Md€ anticipés dans la loi de financement pour 2026.

Ce déficit n'est pas réparti uniformément :

  • Branche maladie : -15,9 Md€ (soit 73 % du déficit total)
  • Branche vieillesse : -7,2 Md€
  • Branche famille : +1,2 Md€ (excédent)
  • Branche autonomie : +0,1 Md€ (excédent)
  • Branche accidents du travail et maladies professionnelles : -0,2 Md€

La branche maladie est donc à l'origine des trois quarts du déficit. Ce creusement tient notamment au dynamisme des dépenses relevant de l'objectif national de dépenses d'assurance maladie (ONDAM), en hausse de 3,5 % à champ constant en 2025.

Infographie avec un graphique à barres montrant l'évolution du solde du régime général et de la FSÎ de 1999 à 2020, ainsi qu'un tableau des soldes par branche pour 2018, 2019 et 2020.
Infographie avec un graphique à barres montrant l'évolution du solde du régime général et de la FSÎ de 1999 à 2020, ainsi qu'un tableau des soldes par branche pour 2018, 2019 et 2020. - (source)

Deux soldes, deux réalités

Deux chiffres circulent souvent, et ils ne mesurent pas la même chose. Le déficit de 21,6 Md€ s'entend dans le périmètre de la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS). En comptabilité nationale, le compte des administrations de sécurité sociale (ASSO) - qui inclut la CADES, l'assurance chômage et les retraites complémentaires - n'est déficitaire que de 5,8 Md€.

Cet écart s'explique en partie par des excédents compris dans le périmètre élargi :

  • La CADES dégage un excédent de 15,4 Md€
  • L'assurance chômage et les retraites complémentaires ajoutent 1,7 Md€

En d'autres termes, une partie de la dette sociale est déjà "rachetée" grâce à des mécanismes de financement peu visibles dans le débat public.

Qui finance vraiment la Sécurité sociale ?

Historiquement, la Sécurité sociale était financée à 90 % par les cotisations sociales. En 2025, cette part est tombée à 53 %. Le financement s'est progressivement transformé :

  1. Cotisations sociales : 53 % des recettes
  2. CSG (Contribution sociale généralisée) : 22 %
  3. TVA : 8 %
  4. Autres impôts et taxes affectés : environ 17 %

La CSG, prélevée sur tous les revenus (y compris les retraites et les revenus du capital), représente aujourd'hui un peu plus d'un cinquième des recettes de la Sécurité sociale. Mise en place dans les années 1990, elle a progressivement transformé la Sécurité sociale d'un système purement contributif en un système mixte, où l'impôt et la TVA (régressive) jouent un rôle croissant.

La CADES : la caisse qui rend la dette invisible

La Caisse d'amortissement de la dette sociale (CADES), créée en 1996, a repris 396 milliards d'euros de dette sociale. Elle a déjà amorti 274,7 Md€, soit plus de deux tiers de la dette reprise. Une nouvelle reprise de 15 Md€ est prévue pour 2026.

La CADES fonctionne ainsi :

  • Elle émet des titres financiers sur les marchés, dans un contexte de taux élevés (4,9 % pour l'État à dix ans)
  • Elle utilise les recettes de la CRDS et des fractions d'impôts pour rembourser la dette
  • La dette sociale doit être éteinte d'ici 2033, selon une loi organique

Cette mécanique a un revers : chaque année, le déficit est transféré à la CADES, qui doit emprunter pour le financer. Le coût de cette dette augmente avec les taux d'intérêt, ce qui alourdit la charge d'une année sur l'autre.

Le PLFSS 2027 : un plan de réduction risqué

Le gouvernement vise à ramener le déficit de 21,8 Md€ en 2026 à 12,7 Md€ en 2027. Pour y parvenir :

  • Contenir l'ONDAM à +2 % (contre +3 % les années précédentes)
  • Économiser 3 Md€ sur les médicaments et 2 Md€ sur les arrêts maladie
  • Transférer 1,6 Md€ de charges vers les complémentaires santé

La Cour des comptes estime cependant que les hypothèses économiques du gouvernement (croissance de 1 %, masse salariale +2,4 %) sont trop optimistes. Elle met aussi en garde contre l'augmentation du recours aux marchés financiers : la capacité d'emprunt de l'ACOSS passerait de 83 Md€ à 85 Md€.

Qui paie le vrai coût ?

Derrière les chiffres, plusieurs acteurs paient :

  1. Les salariés : via les cotisations sociales prélevées sur leurs salaires (même si ces cotisations ont été partiellement allégées pour les bas salaires)
  2. Les employeurs : via les cotisations patronales (partiellement allégées depuis des années)
  3. Les retraités : via la CSG prélevée sur leurs pensions (la CSG est proportionnelle aux revenus)
  4. Les consommateurs : via la TVA, qui finance 8 % des recettes de la Sécurité sociale
  5. Tous les contribuables : via les impôts affectés à la Sécurité sociale

Le PLFSS 2027 prévoit notamment de geler les retraites de base pour 38 % des retraités, celles dépassant 2 034 € brut par mois, ce qui pèse sur le pouvoir d'achat des retraités aux pensions les plus élevées.

Vers une réforme structurelle ?

Le "trou de la Sécu" n'est pas un phénomène nouveau : le déficit n'a pas été comblé depuis 2001. Les causes sont multiples :

  • Conjoncture économique : ralentissement de la croissance et de la masse salariale
  • Démographie : vieillissement de la population, qui accroît les dépenses de retraite et d'autonomie
  • Choix politiques : allègements de cotisations, extension de la couverture maladie, hausse des prestations

La Cour des comptes suggère une taxation "modérée mais progressive" des gros patrimoines et un effort sur la masse salariale de la fonction publique. Mais sans consensus politique, la réduction du déficit reste fragile.

Un problème de financement, pas seulement de dépenses

Le "trou de la Sécu" n'est pas simplement un excès de dépenses : c'est aussi un problème de financement. La Sécurité sociale est devenue un système où l'impôt (CSG, TVA, impôts affectés) finance une part croissante des prestations, tandis que les cotisations sociales baissent.

La dette sociale, absorbée par la CADES, rend ce déficit "invisible" dans le budget de l'État, mais elle augmente la dette publique et son coût.

Sans réforme structurelle, le "trou" risque de continuer à se creuser, d'autant plus que le coût de la dette sociale augmente avec les taux d'intérêt.

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Questions fréquentes

Quel est le montant du déficit de la Sécurité sociale en 2025 ?

Le déficit des régimes obligatoires de base de la Sécurité sociale, auquel s'ajoute le fonds de solidarité vieillesse (FSV), s'élève à 21,6 milliards d'euros en 2025, contre 15,3 Md€ en 2024.

Quelle branche de la Sécurité sociale est la plus en cause dans le déficit ?

La branche maladie représente 73 % du déficit total avec un solde de -15,9 milliards d'euros en 2025. La branche vieillesse est déficitaire de 7,2 Md€, tandis que les branches famille et autonomie affichant des excédents.

Qui finance la Sécurité sociale aujourd'hui ?

En 2025, les cotisations sociales ne représentent plus que 53 % des recettes contre 90 % dans les années 1980. La CSG prélève 22 %, la TVA 8 %, et les autres impôts et taxes affectés environ 17 %.

Que fait la CADES ?

La Caisse d'amortissement de la dette sociale (CADES), créée en 1996, a repris 396 milliards d'euros de dette sociale et en a amorti 274,7 Md€. Elle émet des titres sur les marchés pour financer les déficits annuels, rendant la dette sociale invisible dans le budget de l'État.

Le déficit de la Sécurité sociale a-t-il été comblé depuis 2001 ?

Non, le déficit des comptes de la Sécurité sociale n'a pas été comblé depuis 2001, dernière année d'excédent. Le gouvernement vise à le ramener de 21,8 Md€ en 2026 à 12,7 Md€ en 2027, un objectif jugé trop optimiste par la Cour des comptes.

Sources

  1. Dette sociale : prête à absorber le nouveau transfert de 15 Md€, la ... · aefinfo.fr
  2. assemblée nationale · assemblee-nationale.fr
  3. PLFSS : mais comment les parlementaires peuvent-ils ignorer à ce point les fondamentaux macroéconomiques du pays ? · atlantico.fr
  4. Message du Président · cades.fr
  5. [PDF] La CADES poursuit son programme 2026 avec un nouvel emprunt ... · cades.fr
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Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

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