Manifestants israéliens rassemblés près de la clôture de sécurité à la frontière de Gaza au coucher du soleil, réclamant le retour des colonies.
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«Cette terre nous appartient» : des milliers d’Israéliens marchent vers Gaza pour réclamer les colonies

20 000 Israéliens, dont des ministres, marchent vers Gaza pour réclamer le retour des colonies, brisant un tabou vieux de 20 ans.

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Le 19 juillet 2026, une foule compacte de militants, de colons et de familles s’est massée à quelques centaines de mètres de la clôture nord de la bande de Gaza. Portant des drapeaux israéliens et scandant des slogans, ces milliers de personnes ont défié le dispositif de sécurité déployé par l’armée pour réclamer le rétablissement des colonies juives démantelées en 2005. L’événement, qui a réuni des ministres en exercice et des figures historiques de la colonisation, marque un tournant dans le débat israélien : ce qui relevait encore d’un tabou il y a quelques années s’affiche désormais au grand jour, avec une force politique inédite. 

Manifestants israéliens rassemblés près de la clôture de sécurité à la frontière de Gaza au coucher du soleil, réclamant le retour des colonies.
Manifestants israéliens rassemblés près de la clôture de sécurité à la frontière de Gaza au coucher du soleil, réclamant le retour des colonies. — (source)

« Cette terre nous appartient » : plongée au cœur de la marche vers Gaza

La scène se déroule sous un soleil de plomb. Depuis le point de rassemblement, les manifestants ont entamé leur progression vers la clôture surplombant le nord de l’enclave. Les forces de sécurité israéliennes, déployées en nombre, leur barrent la route. Des soldats et des policiers forment un cordon pour empêcher quiconque de franchir la zone interdite. Pourtant, l’atmosphère n’est pas à l’affrontement direct : les marcheurs agitent leurs drapeaux, entonnent des chants, et certains portent des pancartes appelant au retour des implantations.

L’événement est le point culminant d’une série de mobilisations organisées ces dernières années par les groupes pro-colonies. Mais jamais une marche n’avait atteint une telle ampleur ni bénéficié d’une couverture médiatique aussi large. La présence de ministres en exercice — Bezalel Smotrich, Itamar Ben Gvir, Shlomo Karhi — transforme ce qui aurait pu être une manifestation marginale en un événement politique de premier plan.

20 000 personnes aux portes de l’enclave : récit d’une journée de rupture

Les images diffusées par l’AFP montrent une foule dense, estimée à environ 20 000 personnes par les organisateurs, convergeant vers la clôture nord. Le contraste est saisissant avec les vingt années de statu quo qui ont suivi le désengagement de 2005. Pendant deux décennies, le sujet des colonies à Gaza était considéré comme enterré, relégué aux marges du débat public israélien. Ce dimanche de juillet 2026, il s’invite en force sur le devant de la scène. 

Des soldats israéliens en patrouille dans une zone urbaine, en tenue de combat complète.
Des soldats israéliens en patrouille dans une zone urbaine, en tenue de combat complète. — (source)

Les forces de sécurité ont déployé des barrières et des véhicules blindés le long du périmètre. Des hélicoptères survolent la zone. L’armée a déclaré que l’opération visait à « prévenir toute infiltration et à maintenir l’ordre public ». Malgré la tension palpable, aucun incident majeur n’est signalé. Les manifestants restent du côté israélien de la clôture, mais leur message est clair : ils veulent franchir le pas symbolique et physique du retour.

Daniel Sellem, Yechiel Greenblum : les visages de la « génération du retour »

Parmi les participants, Daniel Sellem incarne cette génération qui n’a jamais accepté le démantèlement. Ancien résident de Gush Katif, il se souvient avec amertume de son « expulsion » en 2005. « Nous marchons aujourd’hui pour dire au gouvernement israélien et montrer au monde entier que cette terre nous appartient, que Gaza nous appartient réellement et que nous voulons y retourner », déclare-t-il aux journalistes présents. Sa voix tremble d’émotion lorsqu’il évoque la maison qu’il a dû quitter il y a vingt et un ans.

À ses côtés, Yechiel Greenblum adopte un ton plus messianique. « Nous organisons une grande marche de retour vers la bande de Gaza, là où les juifs ont vécu pendant des centaines, voire des milliers d’années », affirme-t-il. Pour lui, le retrait de 2005 n’était qu’une parenthèse, une erreur historique qu’il est temps de corriger. « Il n’y a aucune raison empêchant les juifs de revenir s’installer dans le nord de la bande de Gaza », insiste-t-il, ajoutant que cette marche ne constitue « que le début » d’un effort plus large.

Le retour d’un tabou dans le débat public israélien

Pendant vingt ans, la recolonisation de Gaza était un sujet que la classe politique israélienne évitait soigneusement. Le traumatisme du désengagement, conjugué aux réalités géopolitiques, avait enterré l’idée. Mais les choses ont changé. L’attaque du 7 octobre 2023 a bouleversé les équilibres stratégiques et idéologiques. Pour une partie croissante de l’opinion, l’abandon de Gaza en 2005 est désormais perçu comme une erreur fatale qui a permis au Hamas de s’implanter.

La présence de ministres en exercice à la marche est le signe le plus tangible de cette évolution. Bezalel Smotrich, ministre des Finances et figure de proue du Sionisme Religieux, a déclaré aux manifestants : « C’est plus proche que jamais. C’est un plan de travail réaliste. Nous n’avons pas sacrifié tout cela pour transférer Gaza d’un Arabe à un autre Arabe. » Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, a lui aussi pris la parole, appelant à « ne pas laisser passer cette opportunité historique ». Le tabou est bel et bien brisé.

Du traumatisme de 2005 au fantasme de 2026 : la longue marche des colons

Pour comprendre l’ampleur de la marche du 19 juillet, il faut remonter deux décennies en arrière. Le désengagement de Gaza, décidé par Ariel Sharon et mis en œuvre à l’été 2005, reste l’un des moments les plus douloureux de l’histoire du mouvement des colons. Vingt et une colonies ont été évacuées, quelque 8 000 Israéliens déplacés de force. Pour beaucoup, cette décision unilatérale a été vécue comme une trahison.

Neve Dekalim, symbole d’un déracinement jamais digéré

Neve Dekalim était la plus grande colonie de Gush Katif, le bloc d’implantations israéliennes dans le sud de la bande de Gaza. Avec ses maisons individuelles, ses écoles, ses synagogues et ses serres agricoles, elle incarnait la réussite du projet colonial. Le 17 août 2005, les premiers bulldozers sont entrés dans la localité. Les images des familles évacuées de force, certaines résistant passivement, d’autres hurlant leur désespoir, ont marqué les esprits. 

Des milliers d'Israéliens marchent vers la frontière de Gaza à travers un paysage aride, réclamant le rétablissement des colonies.
Des milliers d'Israéliens marchent vers la frontière de Gaza à travers un paysage aride, réclamant le rétablissement des colonies. — (source)

Ce traumatisme n’a jamais été véritablement surmonté. Les expulsés de Gush Katif se sont dispersés dans tout Israël, mais ils ont maintenu des réseaux et une mémoire collective. L’organisation Nachala, dirigée par Daniella Weiss, est l’héritière directe de cette génération. Depuis sa fondation, elle n’a cessé de militer pour un retour à Gaza, organisant des caravanes symboliques et des campagnes de sensibilisation. La marche de juillet 2026 est l’aboutissement de vingt années de travail patient.

Le 7 octobre 2023 : l’argument sécuritaire qui change tout

L’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 a radicalement transformé le discours des partisans de la recolonisation. Avant cette date, leur argumentaire reposait principalement sur des motifs religieux et historiques : la terre d’Israël promise par Dieu, le droit biblique des juifs sur la Judée et la Samarie. Après le 7 octobre, l’accent s’est déplacé vers la sécurité.

Le slogan est devenu : « Nous ne pouvons plus laisser Gaza aux mains de nos ennemis. » Pour Bezalel Smotrich, l’équation est simple : « Nous n’avons pas sacrifié tout cela pour transférer Gaza d’un Arabe à un autre Arabe. » L’abandon de 2005 est présenté comme la cause directe des attaques du 7 octobre. La recolonisation devient dès lors une question existentielle, et non plus seulement idéologique. Cet argument sécuritaire trouve un écho dans une partie de l’opinion israélienne, traumatisée par les massacres.

De l’évacuation à la reconquête : l’armée israélienne contrôle 65 % de Gaza

Le fantasme des colons s’appuie aujourd’hui sur une réalité militaire concrète. Selon les données du Guardian, l’armée israélienne contrôle désormais 65 % de la bande de Gaza, bien au-delà des 53 % prévus par l’accord de cessez-le-feu. Les troupes sont déployées dans des zones clés, notamment le long du corridor de Philadelphie à la frontière égyptienne et dans le nord de l’enclave.

Cette présence militaire massive est présentée par les colons comme la condition sine qua non d’une future implantation civile. L’objectif politique est clair : transformer une occupation militaire temporaire, justifiée par les besoins de la guerre, en une annexion permanente. Le ministre de la Défense Israel Katz a franchi un pas supplémentaire le 18 juillet 2026 en annonçant son intention d’établir trois avant-postes « Nahal » dans le nord de Gaza. Historiquement, ces communautés militaires ont toujours ouvert la voie aux colonies civiles israéliennes.

Smotrich, Ben Gvir et la « marraine des colons » : les visages de la reconquête

La marche du 19 juillet n’est pas un mouvement spontané. Elle est le fruit d’une stratégie politique minutieusement orchestrée par des figures bien identifiées de l’extrême droite israélienne. Derrière les drapeaux et les chants, se joue une partie politique complexe, à quelques mois des élections d’octobre 2026.

Bezalel Smotrich et le plan Katz : des promesses chiffrées à l’action concrète

Bezalel Smotrich est sans doute l’homme le plus puissant du camp pro-colonies. En tant que ministre des Finances, il contrôle les cordons de la bourse. En juillet 2026, il a annoncé le déblocage de 1,3 milliard de shekels (environ 318 millions de livres sterling) destinés à financer de nouvelles colonies en Cisjordanie. Ce budget, colossal, montre que le projet de colonisation n’est pas un simple slogan électoral : il est budgété, planifié, en voie d’exécution.

Le plan Katz, du nom du ministre de la Défense Israel Katz, prévoit l’établissement de trois avant-postes « Nahal » dans le nord de Gaza. Cette méthode, éprouvée depuis les années 1970, consiste à créer d’abord une implantation militaire, puis à la transformer progressivement en colonie civile. Les colons voient dans cette annonce la première étape d’un processus irréversible.

Mais ce financement massif soulève une question de fond : dans un contexte où la guerre à Gaza pèse lourdement sur les finances publiques israéliennes, ces 1,3 milliard de shekels sont autant d’argent qui n’est pas consacré à l’éducation, à la santé ou au logement pour les citoyens ordinaires. Le coût d’opportunité de la colonisation est élevé, et il commence à être débattu au sein même de la société israélienne.

Daniella Weiss et Nachala : les « réservistes » idéologiques prêts à tout

Si Smotrich et Katz représentent le pouvoir institutionnel, Daniella Weiss incarne la force militante. À 79 ans, cette femme au caractère trempé, surnommée « la marraine des colons », dirige Nachala, l’organisation qui a organisé la marche. Son discours est sans ambiguïté : « Nous avons plus de 1 000 familles prêtes à s’installer immédiatement, même sous des tentes. »

Nachala ne se contente pas de manifester. L’organisation a élaboré des plans concrets pour établir des colonies à Gaza. Elle prône également un concept controversé : l’« émigration volontaire » des Palestiniens. Pour Daniella Weiss, le retour des colons est conditionné au départ des populations palestiniennes, qu’elle présente comme une solution « humanitaire » permettant aux Gazaouis de reconstruire leur vie ailleurs. Ce projet, qui ressemble à s’y méprendre à un transfert de population, est l’un des aspects les plus sensibles du programme de recolonisation. 

Des colons israéliens et leurs sympathisants, brandissant des drapeaux et des ballons orange, marchent vers la bande de Gaza pour réclamer le rétablissement des colonies.
Des colons israéliens et leurs sympathisants, brandissant des drapeaux et des ballons orange, marchent vers la bande de Gaza pour réclamer le rétablissement des colonies. — (source)

La course contre la montre électorale d’octobre 2026

La marche s’inscrit dans un calendrier politique précis. Les élections israéliennes sont prévues pour octobre 2026, et les sondages ne sont pas favorables au parti Sionisme Religieux de Smotrich. Selon CNN, le parti peine à atteindre le seuil minimum pour entrer à la Knesset. La marche sert donc à mobiliser la base électorale et à imposer la recolonisation de Gaza comme enjeu central de la campagne.

Pour Smotrich et Ben Gvir, il s’agit de forcer Benyamin Netanyahou à prendre position. Jusqu’à présent, le Premier ministre a habilement évité de se prononcer clairement. Mais à l’approche des urnes, il ne pourra plus esquiver. Les ministres d’extrême droite conditionnent leur soutien à l’avancée du projet colonial, quitte à faire tomber le gouvernement si leurs exigences ne sont pas satisfaites.

52 % des Israéliens pour les colonies ? Décryptage d’un paradoxe

La marche du 19 juillet interroge sur l’état réel de l’opinion israélienne. Les colons sont-ils une minorité bruyante ou représentent-ils une tendance de fond ? Les sondages disponibles dessinent un tableau complexe, où le soutien à la recolonisation coexiste avec une conscience lucide des obstacles.

Le sondage Israel Hayom : un « miracle » pour les colons

En juillet 2025, le quotidien Israel Hayom a publié un sondage réalisé par l’institut Maagar Mochot. Les résultats ont été accueillis avec jubilation par le camp pro-colonies : 52 % des Israéliens se déclarent favorables au rétablissement de colonies juives à Gaza. Le directeur général du Parti Sionisme Religieux, Yehuda Wald, a qualifié ce chiffre de « miracle ».

Le détail des résultats est instructif. Parmi les ultra-orthodoxes, le soutien atteint 83 %. Parmi les religieux nationalistes, il est de 67 %. En revanche, chez les Israéliens séculiers, 50 % s’opposent au projet, contre seulement 29 % qui y sont favorables. La société israélienne reste profondément divisée sur cette question, avec un clivage religieux/séculier très marqué.

Le sondage Pew : une société plus dure, mais lucide sur les obstacles

Le sondage Pew Research, réalisé en mars 2025, offre un éclairage différent. Interrogés sur la gouvernance de Gaza après la guerre, seulement 33 % des Israéliens estiment qu’Israël devrait administrer le territoire. Ce chiffre est en baisse par rapport à 40 % au printemps 2024. La contradiction apparente avec le sondage Israel Hayom s’explique par la formulation des questions : soutenir une colonie symbolique ou un avant-poste est une chose, assumer l’administration totale de deux millions de Palestiniens en est une autre.

Le sondage Pew révèle également un pessimisme croissant : seulement 21 % des Israéliens pensent qu’un État palestinien peut coexister pacifiquement avec Israël, le chiffre le plus bas depuis 2013. Et 56 % seulement estiment que le peuple israélien est engagé vers une paix durable. Ce désespoir nourrit le discours des colons : puisque la paix est impossible, autant annexer.

Le gouffre entre l’élan de la marche et la réalité des urnes

Les 20 000 marcheurs du 19 juillet représentent-ils un tournant dans l’opinion ? Rien n’est moins sûr. Le chemin entre une manifestation de militants déterminés et une majorité parlementaire stable est semé d’embûches. La coalition israélienne actuelle repose sur un équilibre précaire, où les partis ultra-orthodoxes ne font pas tous de la recolonisation de Gaza leur priorité absolue.

Les enjeux économiques et sécuritaires pourraient rapidement prendre le pas sur les revendications territoriales. L’opinion israélienne est volatile, et les sondages ne capturent qu’un instantané. La véritable épreuve aura lieu dans les urnes en octobre 2026.

L’avis de la CIJ et les sanctions de l’UE : le mur juridique qui se dresse devant les colons

Si les colons avancent sur le terrain politique et militaire, ils se heurtent à un obstacle de taille : le droit international. La marche du 19 juillet 2026 coïncide avec le deuxième anniversaire de l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice (CIJ), qui a déclaré illégale l’occupation israélienne des territoires palestiniens.

19 juillet 2024 – 19 juillet 2026 : l’avis de la CIJ comme boomerang juridique

Le 19 juillet 2024, exactement deux ans avant la marche, la CIJ a rendu un avis historique. La Cour a estimé qu’Israël n’a pas droit à la souveraineté sur les territoires occupés, incluant Gaza, la Cisjordanie et Jérusalem-Est. Elle a rappelé que la politique de colonisation viole l’article 49 de la Quatrième Convention de Genève, qui interdit le transfert de population civile d’une puissance occupante vers le territoire occupé.

La marche du 19 juillet 2026 apparaît donc comme une provocation directe au droit international. Les participants, conscients ou non de cette dimension juridique, foulent une terre dont l’occupation a été déclarée illégale par la plus haute instance judiciaire mondiale. Pour les juristes internationaux, le message est clair : toute tentative de rétablir des colonies à Gaza constituerait un crime de guerre.

Sanctions et isolement diplomatique : le prix politique de la recolonisation

La communauté internationale ne reste pas inactive face à ces développements. La France a interdit l’entrée sur son territoire à Bezalel Smotrich en juin 2026. Plusieurs pays européens ont imposé des sanctions à Smotrich et Ben Gvir. L’Union européenne prépare de nouvelles sanctions contre les colons, comme le rapporte notre article sur le sujet.

Les États-Unis, pourtant alliés historiques d’Israël, ont qualifié d’« incendiaire et d’irresponsable » toute tentative de relance de la colonisation à Gaza. Cette position américaine est cruciale : sans le soutien de Washington, Israël s’expose à un isolement diplomatique sans précédent. Les conséquences économiques pourraient être sévères, notamment pour le secteur high-tech israélien, déjà fragilisé par la guerre.

Quels risques pour les soldats et les colons devant la CPI ?

Le spectre de la Cour pénale internationale (CPI) plane sur le projet de recolonisation. Le rapport 2026 de Human Rights Watch accuse Israël de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité à Gaza, avec plus de 69 000 Palestiniens tués. Le rétablissement de colonies constituerait un acte de transfert de population civile dans un territoire occupé, ce qui est explicitement interdit par le Statut de Rome.

Chaque soldat participant à l’installation des avant-postes, chaque colon s’installant à Gaza s’expose à des poursuites judiciaires internationales. La CPI maintient déjà des mandats d’arrêt contre Netanyahou et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre. Une recolonisation de Gaza ne ferait qu’ajouter une couche supplémentaire à ce contentieux juridique.

69 000 morts et une terre promise : le coût humain oublié du projet colonial

Au cœur du discours des colons, il y a un angle mort : les Palestiniens. La marche du 19 juillet s’est déroulée sans que les participants n’évoquent ouvertement le sort des deux millions d’habitants de Gaza. Pourtant, la réalité humanitaire du territoire est accablante, et elle constitue un obstacle massif au projet de recolonisation.

82 % de Gaza en ruines : sur quelle terre les colons veulent-ils revenir ?

Selon le rapport 2026 de Human Rights Watch, plus de 69 000 Palestiniens ont été tués depuis le début de la guerre, dont 19 000 enfants. Quatre-vingt-deux pour cent du territoire de Gaza est rendu inhabitable. Quatre-vingt-dix-sept pour cent des écoles sont endommagées ou détruites. Les infrastructures de base – eau, électricité, hôpitaux – sont anéanties.

La terre que les colons revendiquent n’est plus celle de 2005. Ce n’est plus le Gush Katif verdoyant avec ses serres agricoles et ses maisons coquettes. C’est un champ de ruines, un paysage lunaire où survivent tant bien que mal deux millions de personnes déplacées, entassées dans des camps de fortune. S’installer à Gaza aujourd’hui nécessiterait un plan de reconstruction massif, mais aussi et surtout un déplacement des populations palestiniennes. La question est posée, mais rarement formulée aussi crûment.

Le projet Nachala : quand « émigration volontaire » rime avec dépeuplement

Le projet de l’organisation Nachala est explicite sur ce point. Daniella Weiss et ses partisans prônent une « émigration volontaire » des Palestiniens vers d’autres pays. Dans leur vision, Gaza deviendrait un territoire exclusivement juif, débarrassé de sa population arabe. Les termes sont soigneusement choisis pour éviter l’accusation de nettoyage ethnique, mais le résultat serait le même.

Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir évoquent régulièrement une « solution migratoire » pour Gaza. Même si le gouvernement israélien nie officiellement tout projet de nettoyage ethnique, le plan de recolonisation nécessite logiquement le déplacement ou la ségrégation des populations palestiniennes. Cette contradiction rend le projet intenable juridiquement et militairement. Comment installer des colonies civiles au milieu d’une population hostile, sur un territoire réduit à l’état de décombres ?

Le « sacrifice » de 2005 comme caution morale

Les participants à la marche retournent l’histoire à leur avantage. Ils se présentent comme les victimes du démantèlement de 2005. « Nous avons été expulsés », répètent-ils en boucle. Daniel Sellem parle de son « expulsion », Yechiel Greenblum évoque un « exil temporaire ». Cette victimisation sert à effacer la réalité de l’occupation et des 19 000 enfants palestiniens tués.

Le récit des colons est un récit d’exil et de retour, qui entre en collision directe avec le récit palestinien de la Nakba. Pour les Palestiniens, 1948 est l’année de la catastrophe, celle où ils ont été chassés de leurs terres. Pour les colons, 2005 est l’année de la déchirure, celle où ils ont dû quitter leurs maisons. Ces deux récits, inconciliables, se heurtent aujourd’hui aux portes de Gaza.

Netanyahou aux commandes : frein, spectateur ou accélérateur de la reconquête ?

Au centre de ce puzzle politique, une figure demeure énigmatique : Benyamin Netanyahou. Le Premier ministre israélien, l’un des plus à droite de l’histoire du pays, navigue entre les pressions contradictoires de sa coalition et les impératifs diplomatiques. Sa position sur la recolonisation de Gaza est un véritable casse-tête.

La méthode Netanyahou : ne jamais dire oui, ne jamais dire non

Interrogé sur Channel 14 en juillet 2026, Netanyahou a livré une réponse typique de son style : « La question n’est pas à l’ordre du jour. » Il a refusé d’exclure la possibilité de colonies à Gaza pour l’avenir, ajoutant : « La question est de savoir si vous préférez faire ou parler. Et oui, je préfère ne pas en parler. »

Cette ambiguïté calculée lui permet de satisfaire sa base d’extrême droite sans en assumer les conséquences diplomatiques. En ne disant ni oui ni non, Netanyahou laisse le champ libre à ses ministres tout en conservant une marge de manœuvre face à la communauté internationale. Mais cette stratégie a un coût : en l’absence d’une opposition ferme de sa part, le projet de recolonisation avance concrètement sur le terrain, porté par l’armée et les colons.

Une coalition otage de ses ailes les plus radicales

L’équation politique de Netanyahou est simple : sans Smotrich et Ben Gvir, il n’a pas de majorité. Les élections d’octobre 2026 le poussent à ménager ses alliés d’extrême droite. Empêcher la marche du 19 juillet ou la condamner publiquement aurait pu lui coûter son gouvernement.

La question des colonies devient ainsi un outil de chantage politique. Les ministres d’extrême droite conditionnent leur soutien à l’avancée du projet, quitte à compromettre la sécurité et les relations avec Washington. Netanyahou, prisonnier de sa propre coalition, doit constamment arbitrer entre la survie politique et la raison d’État. La fermeture des frontières de Gaza par le COGAT, qui plonge deux millions de personnes dans une crise humanitaire sans précédent, illustre les conséquences concrètes de cet équilibre précaire, comme nous le détaillons dans notre analyse.

Le piège de la colonisation pour l’establishment militaire

Si le projet de recolonisation bénéficie d’un soutien politique croissant, il se heurte à une réalité que l’armée israélienne connaît bien. Tsahal, déjà engluée dans une guerre de siège à Gaza, n’a pas forcément les ressources ni la volonté de protéger des avant-postes civils isolés au cœur d’une zone hostile.

Des analystes cités par Al Jazeera estiment que l’establishment de la défense voit le projet comme un piège sécuritaire. Protéger des colonies civiles à Gaza nécessiterait un déploiement massif de troupes, dans un environnement où chaque avant-poste serait une cible facile pour les roquettes et les attaques surprises. La friction entre le pouvoir politique et l’état-major est réelle, et elle pourrait s’accentuer si le projet se concrétisait.

Le rêve des colonies à Gaza : pari risqué ou nouvelle normalité ?

Le 19 juillet 2026 restera dans les annales comme le jour où le tabou de la recolonisation de Gaza a été définitivement brisé. Vingt ans après le désengagement, des milliers d’Israéliens ont marché vers la frontière de l’enclave, portés par des ministres en exercice et soutenus par une partie de l’opinion.

Pourtant, le chemin vers une reconquête effective est semé d’obstacles. Le droit international est clair : la colonisation de Gaza est illégale. La communauté internationale, bien que divisée, a déjà commencé à réagir par des sanctions. L’armée israélienne elle-même n’est pas unanime sur l’opportunité d’un tel projet. Et surtout, il y a les deux millions de Palestiniens qui vivent encore dans les ruines de Gaza, et qui ne partiront pas sans résister.

Mais l’histoire a montré que les faits accomplis sur le terrain finissent souvent par s’imposer. Les avant-postes « Nahal » annoncés par Israel Katz pourraient devenir les premières pierres d’un nouvel édifice colonial. Les 1,3 milliard de shekels débloqués par Smotrich sont déjà en train d’être dépensés. Et les élections d’octobre 2026 diront si la société israélienne est prête à franchir ce pas décisif.

La question n’est plus « si » les colonies reviendront à Gaza, mais « quand et comment ». La réponse dépendra des urnes israéliennes, de la réaction de la communauté internationale et, surtout, de la volonté des Palestiniens de résister à ce qui s’annonce comme le chapitre le plus sombre de leur histoire. Le tabou est tombé. Reste à savoir ce qui le remplacera.

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Questions fréquentes

Pourquoi des milliers d'Israéliens marchent-ils vers Gaza ?

Le 19 juillet 2026, environ 20 000 Israéliens, dont des ministres en exercice, ont marché vers la clôture nord de Gaza pour réclamer le rétablissement des colonies juives démantelées en 2005. Ils estiment que cette terre leur appartient et veulent y retourner, brisant un tabou politique vieux de vingt ans.

Qui organise la marche pour les colonies à Gaza ?

La marche est organisée par l'organisation Nachala, dirigée par Daniella Weiss, surnommée « la marraine des colons ». Des ministres comme Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir y participent, transformant l'événement en une démonstration politique majeure.

Quel est l'avis de la CIJ sur les colonies à Gaza ?

Le 19 juillet 2024, la Cour internationale de Justice a déclaré illégale l'occupation israélienne des territoires palestiniens, incluant Gaza. Elle a rappelé que la colonisation viole la Quatrième Convention de Genève, interdisant le transfert de population civile vers un territoire occupé.

Les Israéliens soutiennent-ils le retour des colonies à Gaza ?

Un sondage Israel Hayom de juillet 2025 indique que 52 % des Israéliens y sont favorables, mais ce soutien varie fortement : 83 % chez les ultra-orthodoxes contre seulement 29 % chez les séculiers. Un autre sondage Pew montre que 33 % seulement veulent qu'Israël administre Gaza après la guerre.

Quel est le coût humain du projet de recolonisation de Gaza ?

Selon Human Rights Watch, plus de 69 000 Palestiniens ont été tués depuis le début de la guerre, dont 19 000 enfants, et 82 % de Gaza est inhabitable. Le projet de recolonisation impliquerait le déplacement des deux millions d'habitants palestiniens, ce que les colons appellent « émigration volontaire ».

Sources

  1. Des milliers d’Israéliens marchent vers la frontière avec Gaza pour réclamer le retour des colonies juives dans l’enclave · lemonde.fr
  2. aljazeera.com · aljazeera.com
  3. cnn.com · cnn.com
  4. euronews.com · euronews.com
  5. Des milliers d’Israéliens marchent vers la frontière avec Gaza pour réclamer le retour des colonies juives dans l’enclave - EX Front Syndical de Classe · frontsyndical-classe.org
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Maxime Delbot @green-pulse

Ingénieur environnement à Grenoble et militant écolo discret, je suis l'actualité climatique et les transitions au quotidien. Je teste tout : vélo, compost, sobriété numérique. Je préfère les solutions concrètes aux grands discours catastrophistes.

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