Façade classique du Conseil constitutionnel au Palais Royal à Paris, fronton sculpté et colonnes en pierre, lumière grise matinale
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Taxe sur les rachats d'actions : CAC 40, montant et fonctionnement

Validée en mars 2026, la taxe sur les rachats d'actions cible les 107,5 milliards versés par le CAC 40. Entre symbole politique et effets limités, changera-t-elle les comportements ?

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Carrefour, Teleperformance et Spie Batignolles perdent leur bataille juridique

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Après des mois d'incertitude juridique, trois grandes entreprises françaises viennent de voir leur recours rejeté par la plus haute juridiction du pays. Carrefour, Teleperformance et Spie Batignolles avaient déposé des questions prioritaires de constitutionnalité pour contester la taxe instaurée par la loi de finances pour 2025. Leur argument principal reposait sur une atteinte supposée au principe d'égalité devant l'impôt : selon elles, le dispositif créait une discrimination injustifiée entre entreprises, seules les plus grandes étant visées. Les Sages ont balayé cet argument en quelques lignes, rappelant que le législateur poursuivait un objectif légitime de rendement budgétaire en ciblant spécifiquement des entreprises qui mobilisent leurs excédents de trésorerie pour réduire leur capital plutôt que d'investir. Cette décision marque un point de bascule. Désormais, la question n'est plus de savoir si la taxe est légale — elle l'est — mais ce qu'elle va changer concrètement dans les pratiques des grands groupes français.

Pourquoi l'argument de l'égalité fiscale a été rejeté

Le cheminement juridique qui mena à cette décision mérite d'être retracé, car il dit beaucoup sur la stratégie des entreprises contestataires. Tout commence le 13 août 2025, lorsque les commentaires administratifs de la taxe sont publiés au BOFiP. C'est ce texte précis qui déclenche les recours : Carrefour, Teleperformance et Spie Batignolles saisissent le Conseil d'État via des QPC, estimant que les modalités d'application révèlent une inégalité de traitement. Le Conseil d'État ne retient qu'une seule question parmi les griefs soulevés — celle de l'égalité devant la loi fiscale — et la transmet au Conseil constitutionnel. L'audience se tient le 17 mars 2026. Dix jours plus tard, le verdict tombe. La rapidité du processus est notable : entre la publication des commentaires administratifs et la décision finale, moins de huit mois se sont écoulés. Le Conseil constitutionnel a délibérément écarté les autres griefs formulés par les entreprises, se concentrant sur le seul terrain de l'égalité fiscale pour y répondre de manière expéditive. L'institution a d'ailleurs été secouée récemment par des changements internes, mais cette décision montre qu'elle reste pleinement fonctionnelle sur les dossiers économiques majeurs.

Ce que la décision change concrètement pour les entreprises

La conséquence immédiate de la décision est sans appel : la taxe devient applicable de manière certaine, sans plus aucun voile d'incertitude juridique. Il faut d'ailleurs comprendre qu'il existe en réalité deux taxes distinctes, créées par la même loi de finances. La première est temporaire : elle couvre les opérations de rachat d'actions réalisées entre le 1er mars 2024 et le 28 février 2025. La seconde est pérenne : elle s'applique à toutes les opérations intervenant à compter du 1er mars 2025. C'est cette deuxième taxe, celle qui compte vraiment pour l'avenir des entreprises, que le Conseil constitutionnel vient de valider. Pour les directions financières des grands groupes, l'incertitude est levée. Il n'y a plus de raison d'attendre ou de constituer des provisions juridiques. Dès le lundi 30 mars, les équipes comptables devront intégrer cette nouvelle charge fiscale dans leurs modèles financiers et leurs prévisions de trésorerie. Le signal est envoyé : le législateur ne reculera pas.

Comment fonctionnent les rachats d'actions ciblés par la taxe

Pour comprendre pourquoi cette taxe existe, il faut d'abord saisir le mécanisme qu'elle cible. Le rachat d'actions fonctionne ainsi : une entreprise utilise sa trésorerie pour racheter ses propres actions sur le marché boursier, puis les détruit. Moins d'actions en circulation signifie mécaniquement que chaque action restante représente une part plus grande de l'entreprise. Le cours de bourse monte. Les actionnaires s'enrichissent. Sauf qu'il ne s'est rien créé. La lettre Vernimmen, référence absolue en finance d'entreprise, résume cela avec une formule frappante : « Pas plus qu'un retrait à un distributeur automatique de billets ne vous a jamais enrichi, dividendes et rachats d'actions n'ont jamais enrichi les actionnaires. » Autrement dit, l'entreprise ne fait que puiser dans sa propre poche pour gonfler artificiellement le prix de ses titres. Aucune usine n'est construite, aucun emploi n'est créé, aucune innovation ne voit le jour. C'est un mouvement purement financier qui redistribue la richesse existante vers ceux qui détiennent déjà du capital.

Pourquoi les PDG du CAC 40 adorent les rachats d'actions

Le rachat d'actions n'est pas un mécanisme neutre, et pour comprendre sa persistance, il faut regarder du côté des dirigeants eux-mêmes. La rémunération des PDG du CAC 40 est largement indexée sur le cours de bourse via des stock-options et des plans d'actions à performance. Quand une entreprise rachète massivement ses actions, le cours monte mécaniquement, et le PDG s'enrichit doublement : d'abord en tant qu'actionnaire, ensuite via ses instruments de rémunération. Ce n'est pas un hasard si les entreprises les plus actives en matière de rachats sont aussi celles dont les dirigeants perçoivent les rémunérations les plus élevées. Le rachat d'actions devient alors un outil de transfert de valeur de l'entreprise vers une poignée de personnes — les dirigeants et les grands actionnaires — au détriment de la capacité d'investissement à long terme. L'argument selon lequel les rachats bénéficient à tous les actionnaires, y compris les petits porteurs, est techniquement vrai mais masque une réalité : les premiers bénéficiaires en valeur absolue sont toujours les mêmes.

Les rachats d'actions créent-ils vraiment de la richesse ?

L'analyse de la lettre Vernimmen va encore plus loin en déconstruisant l'illusion cognitive qui entoure les rachats d'actions. Quand une entreprise annonce un programme de rachat de plusieurs milliards, les marchés réagissent positivement et le titre monte. Les commentateurs parlent de « rendement aux actionnaires » comme si de la richesse avait été créée. Mais si l'on regarde le bilan global de l'entreprise, la situation est simple : la trésorerie a diminué d'un côté, le nombre d'actions de l'autre. La valeur totale de l'entreprise n'a pas changé, elle a été redistribuée. C'est comparable à quelqu'un qui découperait un gâteau en moins de parts : chaque part est plus grosse, mais le gâteau lui-même n'a pas grandi. La différence, c'est que dans le cas d'une entreprise, la trésorerie utilisée pour les rachats aurait pu financer de la recherche, des embauches, des équipements. C'est ce qu'on appelle un coût d'opportunité, et il est colossal. Le rachat d'actions ne crée aucune valeur économique réelle : il est la traduction comptable d'un choix de priorisation au profit exclusif du capital.

107,5 milliards d'euros : le CAC 40 et ses distributions record aux actionnaires

Le chiffre est vertigineux. En 2025, les entreprises du CAC 40 ont redistribué 107,5 milliards d'euros à leurs actionnaires, soit 9,5 % de plus qu'en 2024. Ce montant se décompose en 72,8 milliards d'euros de dividendes et 34,8 milliards d'euros de rachats d'actions — ces derniers en progression de 30 % sur un an seulement. Pour donner un ordre de grandeur, 107,5 milliards d'euros, c'est plus que le budget annuel de l'Éducation nationale hors salaires, ou encore l'équivalent de près de trois millions de SMIC annuels. Et la concentration est saisissante. Trois entreprises totalisent à elles seules près d'un tiers de ce montant : TotalEnergies avec 14,5 milliards d'euros, Axa avec 9,96 milliards et Sanofi avec 9,795 milliards. Si l'on ajoute LVMH, BNP Paribas et Vinci, on dépasse la barre des 50 %. Autrement dit, moins d'une demi-douzaine de groupes accapare la majorité des flux financiers sortant du CAC 40 vers les poches des actionnaires.

TotalEnergies et ses 6,8 milliards de rachats : l'équivalent de combien de salaires ?

Le cas de TotalEnergies est le plus spectaculaire et le plus révélateur. Sur les 14,5 milliards redistribués à ses actionnaires en 2025, 6,8 milliards l'ont été sous forme de rachats d'actions purs. Pour rendre ce chiffre tangible, il faut le rapporter à des repères concrets. Le salaire brut moyen en France avoisine les 39 000 euros par an. Les 6,8 milliards de rachats de TotalEnergies représentent donc l'équivalent de plus de 174 000 salaires annuels moyens. C'est la population d'une ville comme Rennes ou Reims, versée en une seule année aux actionnaires d'une seule entreprise. La politique de rachats de TotalEnergies était d'ailleurs affichée publiquement : le groupe visait un rythme de 2 milliards de dollars de rachats par trimestre. Il a dû réduire ses ambitions face à la hausse des coûts opérationnels, ce qui prouve une chose essentielle : l'argent existait bel et bien, mais il a été priorisé pour la bourse plutôt que pour l'investissement industriel.

Les 34,8 milliards de rachats auraient-ils pu financer la transition écologique ?

La question est provocatrice mais nécessaire. Si les 34,8 milliards de rachats d'actions réalisés par le CAC 40 en 2025 avaient été redirigés vers l'investissement productif, qu'aurait-on pu financer ? À titre de comparaison, le plan France 2030, qui vise à industrialiser les technologies du futur, est doté de 54 milliards d'euros sur cinq ans. Les rachats d'une seule année représentent donc près des deux tiers de ce plan. La rénovation thermique des logements, identifiée comme un chantier prioritaire par tous les gouvernements successifs, nécessiterait selon les experts entre 80 et 100 milliards d'euros. Les rachats de 2025 en couvrent plus du tiers. L'idée n'est évidemment pas de prétendre que cet argent aurait été automatiquement investi dans la transition écologique — les décisions d'entreprise ne fonctionnent pas ainsi. Mais ces comparaisons illustrent l'échelle des choix effectués. Chaque milliard versé en rachat d'actions est un milliard qui ne finance pas une usine, pas une formation, pas une innovation.

Comment fonctionne la taxe sur les rachats d'actions validée en 2026

Maintenant que l'enjeu est clair, il faut comprendre l'outil. La taxe a été créée par l'article 95 de la loi n° 2025-127 du 14 février 2025, qui a inséré un nouvel article 235 ter XB dans le Code général des impôts. Le mécanisme est le suivant : la taxe est assise sur le montant de la réduction de capital par annulation de titres, augmenté d'une fraction des sommes qui revêtent, sur le plan comptable, le caractère de primes liées au capital. Concrètement, quand une entreprise rachète ses actions puis les annule, la valeur de ces actions constitue l'assiette de la taxe. Il existe un second volet, issu de la modification de l'article 112 du CGI par l'article 65 de la même loi, qui concerne les répartitions présentant le caractère de remboursements d'apports ou de primes d'émission — une technique parfois utilisée pour contourner l'esprit de la réglementation. L'ensemble forme un dispositif cohérent, détaillé par KPMG dans son analyse de la loi.

Pourquoi le seuil d'un milliard d'euros cible les bonnes entreprises

Le seuil d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires hors taxes n'a pas été choisi au hasard. En France, ce seuil sépare nettement les très grandes entreprises — celles qui ont la capacité de mener des programmes de rachats de plusieurs milliards — des PME et ETI qui n'en ont ni les moyens ni la pratique. Le périmètre est défini avec précision : pour les sociétés appartenant à un groupe, c'est le chiffre d'affaires consolidé qui est retenu, et seules les réductions de capital de sociétés consolidées par intégration globale ou proportionnelle sont visées. Certains organismes sont expressément exclus, comme les OPCVM à capital variable ou les sociétés de capital-risque. Le dispositif est donc ciblé avec chirurgie : il ne s'agit pas d'une taxe anti-entreprise au sens large, mais d'une taxe anti-concentration de richesse. Les entreprises en dessous du milliard d'euros de chiffre d'affaires ne sont pas concernées, ce qui coupe court à l'argument d'une charge généralisée sur le tissu productif français.

Taxe temporaire et taxe pérenne : comprendre la stratégie législative

L'architecture législative de cette taxe est particulièrement habile et mérite d'être expliquée. La loi de finances pour 2025 a institué deux taxes successives sur les réductions de capital. La première, temporaire, couvre les opérations réalisées entre le 1er mars 2024 et le 28 février 2025. La seconde, pérenne, s'applique à compter du 1er mars 2025 sans limitation de durée. Pourquoi cette duplication ? D'abord pour des raisons budgétaires : la taxe temporaire a permis de capter immédiatement des recettes sur des opérations déjà réalisées ou en cours. Ensuite pour des raisons juridiques : en créant deux dispositifs distincts, le législateur complique considérablement les stratégies de contestation. Si l'un des deux volets est attaqué, l'autre reste debout. C'est exactement ce qui s'est passé : la validation par le Conseil constitutionnel porte sur le dispositif pérenne, mais la taxe temporaire avait déjà produit ses effets. Cette stratégie en deux temps montre que le gouvernement avait anticipé les recours et voulu verrouiller le dispositif de manière défensive.

Où va l'argent de la taxe sur les rachats d'actions

C'est peut-être la partie la plus frustrante du dispositif pour ses partisans les plus enthousiastes. Le Conseil constitutionnel a validé la taxe au nom d'un « objectif de rendement budgétaire » — formulation neutre qui a une conséquence concrète majeure : l'argent collecté finira dans le budget général de l'État, sans affectation spécifique. Autrement dit, les milliards récupérés auprès des grandes entreprises ne sont pas fléchés vers la transition écologique, les services publics, la jeunesse ou la réduction des inégalités. Ils se diluent dans l'ensemble des recettes fiscales de l'État, au même titre que l'impôt sur les sociétés ou la TVA. Cette réalité technique a des implications politiques importantes, d'autant que le budget 2026 a déjà été validé sans intégrer de fléchage spécifique lié à cette nouvelle recette.

Pourquoi l'absence de fléchage déçoit les syndicats

Les organisations syndicales qui ont soutenu la mise en place de cette taxe avaient un objectif précis : que l'argent prélevé sur les distributions aux actionnaires serve à financer des politiques ciblées en faveur des salariés. Hausse des salaires, renforcement des services publics, accompagnement de la transition écologique — les attentes étaient nombreuses et légitimes. Or la réalité budgétaire est différente. L'argent de la taxe n'est pas « l'argent des actionnaires rendu aux salariés », comme certains discours politiques l'ont laissé entendre. C'est une recette fiscale supplémentaire qui alimente un budget général déjà sous tension. Le décalage entre l'intention politique affichée lors des débats parlementaires et la réalité technique du fléchage budgétaire est source de déception. Les syndicats soulignent à juste titre que sans affectation, la taxe risque de devenir un instrument de rendement fiscal parmi d'autres, perdant sa dimension symbolique de rééquilibrage entre capital et travail.

Que pourraient financer les milliards récupérés par la taxe

Pour mesurer le potentiel de cette taxe, il faut se pencher sur les ordres de grandeur. Si les retombées atteignent le milliard d'euros par an — estimation prudente compte tenu du volume des rachats — les possibilités de fléchage sont considérables. Un milliard d'euros, c'est le financement de 50 000 logements rénovés selon les standards de la rénovation thermique globale. C'est 20 000 bourses étudiantes supplémentaires couvrant la totalité des frais d'inscription et de vie. C'est encore plusieurs milliers de postes d'infirmiers ou d'enseignants dans le service public. Ces comparaisons ne sont pas naïves : elles visent à montrer que le potentiel existe bel et bien, mais que rien, dans l'architecture actuelle de la taxe, ne garantit que l'argent ira dans ces directions. Le fléchage nécessiterait un vote spécifique du Parlement, et rien n'indique que la majorité actuelle soit prête à s'y engager. Le débat reste donc ouvert.

Salariés contre actionnaires : le clivage révélé par la taxe

Au-delà de la technique fiscale, la taxe sur les rachats d'actions a révélé un clivage profond dans la société française. D'un côté, les syndicats et une partie du monde politique voient dans cette mesure un premier pas vers une répartition plus juste de la valeur créée par les entreprises. De l'autre, le Medef et les milieux d'affaires dénoncent une pénalisation de l'investissement et un signal négatif envoyé aux investisseurs internationaux. Ce débat n'est pas nouveau, mais la taxe lui donne une traduction concrète et inédite. Il oppose deux visions fondamentales de l'entreprise : d'un côté, l'entreprise conçue comme une machine à enrichir ses propriétaires, où la maximisation de la valeur actionnariale est la boussole unique ; de l'autre, l'entreprise comme acteur social, responsable envers ses salariés, son territoire et l'environnement. La validation constitutionnelle de la taxe donne raison juridiquement à la deuxième vision, au moins partiellement.

Le Medef et l'argument du signal négatif pour la France

La position du Medef est cohérente avec sa doctrine historique : toute nouvelle imposition sur les entreprises est présentée comme un facteur de désattractivité. Sur cette taxe, l'argument principal est que la France enverrait un « signal négatif » aux investisseurs internationaux, qui pourraient choisir d'investir ailleurs plutôt que dans un pays où les rachats d'actions sont taxés. Le Medef soutient également que les entreprises pourraient être tentées de délocaliser leur siège social ou de modifier leur structure capitalistique pour échapper à l'impôt. Mais cet argument doit être mis en perspective. Le seuil d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires cible un nombre très restreint d'entreprises — celles qui ont un ancrage territorial profond en France. Délocaliser le siège social de TotalEnergies, de Sanofi ou de BNP Paribas n'est pas une option réaliste, et les investisseurs internationaux ne décident pas d'acheter des actions du CAC 40 en fonction d'une taxe marginale sur les rachats. L'argument du signal négatif existe, mais sa portée pratique est limitée par la réalité des structures capitalistiques françaises.

Ce que les syndicats réclament après cette victoire juridique

Pour les organisations syndicales, la validation de la taxe n'est pas une fin en soi mais un premier jalon dans un combat plus vaste. Plusieurs revendications émergent déjà. La première concerne l'extension du dispositif : baisser le seuil de chiffre d'affaires pour toucher davantage d'entreprises, ou augmenter le taux de la taxe pour décourager plus fortement les rachats. La deuxième va plus loin : certaines formations politiques et certains syndicats appellent à une interdiction pure et simple des rachats d'actions, comme cela a été proposé lors de la campagne présidentielle. L'argument est simple : si les rachats ne créent pas de valeur, pourquoi les autoriser ? La réponse classique — qu'ils permettent de lisser le cours de bourse et de récompenser les actionnaires — ne convainc plus les syndicats, qui estiment que le marché boursier n'a pas besoin d'être soutenu artificiellement par l'argent des entreprises. Le débat promet d'être intense lors des prochaines échéances électorales.

La taxe sur les rachats d'actions va-t-elle changer les comportements du CAC 40 ?

Au terme de cette analyse, la question centrale reste ouverte. La taxe a un effet de signal politique indéniable : pour la première fois, le droit fiscal français dit explicitement que distribuer massivement aux actionnaires n'est pas une neutralité mais un choix qui a un coût. C'est une rupture symbolique majeure dans un paysage où la distribution de dividendes et les rachats d'actions étaient jusqu'ici présentés comme des décisions purement privées, relevant de la souveraineté de l'entreprise. Mais le symbole suffit-il à changer les comportements ? Tant que le rachat d'actions reste avantageux pour les dirigeants — via les stock-options dont la valeur augmente avec le cours de bourse — et tant qu'il reste un outil efficace pour soutenir le cours en bourse, le comportement des grandes entreprises ne changera pas fondamentalement. Il sera simplement un peu plus cher. Le vrai test sera dans les chiffres : les 34,8 milliards de rachats de 2025 vont-ils baisser en 2026 et 2027 ? C'est à cette aune que la taxe devra être jugée.

Un premier pas symbolique mais insuffisant pour inverser la tendance

Il faut être honnête : la mesure est historique dans son principe mais modeste dans ses effets attendus. Plusieurs pays européens ont adopté des dispositifs similaires ces dernières années, avec des résultats mitigés. Au Royaume-Uni, une taxe de 0,5 % sur les rachats d'actions existe depuis 2023, et les volumes n'ont pas significativement diminué — ils ont simplement coûté un peu plus cher. En Belgique, un prélèvement existe depuis plus longtemps, sans que les habitudes des grandes entreprises n'aient été bouleversées. L'expérience internationale suggère que la seule fiscalité ne suffit pas à inverser une tendance structurelle. Ce qui pourrait faire la différence en France, c'est la combinaison de la taxe avec d'autres leviers : une obligation de justification des rachats devant les salariés, une modification des règles de gouvernance encadrant les stock-options, ou encore un fléchage explicite des recettes vers des investissements productifs. La taxe seule ne changera pas le monde, mais elle crée un précédent juridique et politique sur lequel il sera possible de construire.

Quel indicateur surveiller en 2027 pour juger la taxe

Les rachats d'actions du CAC 40 en 2026 et 2027 seront le seul verdict crédible de l'efficacité de cette taxe. Si les 34,8 milliards de 2025 ne baissent pas significativement — disons de moins de 10 à 15 % — alors la taxe n'aura été qu'un coup d'épée dans l'eau fiscal, un geste politique sans traduction économique. Si en revanche les volumes chutent de manière sensible, ce sera la preuve que le prix à payer compte autant que le principe, et que les directions financières intègrent la taxe dans leurs calculs de rentabilité des rachats. Les premiers chiffres de 2026 seront disponibles au printemps 2027, et ils feront l'objet d'une attention particulière de la part des syndicats, des parlementaires et des médias. La balle est maintenant dans le camp des entreprises, et les chiffres parleront d'eux-mêmes. Entre-temps, le débat sur la finalité de l'entreprise continuera de structurer le clivage politique français.

La taxe sur les rachats d'actions : symbole ou vraie rupture ?

Symbole ou vraie rupture ? La taxe sur les rachats d'actions validée ce 27 mars 2026 est les deux à la fois, mais pas au même degré. C'est un symbole fort, peut-être le plus marquant depuis longtemps dans le paysage fiscal français : pour la première fois, une loi dit que distribuer du cash aux actionnaires n'est pas une liberté absolue et que l'État a le droit d'y prélever sa part. C'est aussi une rupture juridique, puisque le Conseil constitutionnel a fermement écarté l'argument de l'égalité fiscale avancé par des entreprises du CAC 40. Mais c'est une rupture incomplète. La taxe ne changera pas fondamentalement les comportements tant que le rachat d'actions restera financièrement avantageux pour les dirigeants via leurs stock-options, et tant que l'argent collecté ne sera pas fléché vers des politiques ciblées. Elle inscrit cependant une idée dans le marbre législatif : la redistribution de la richesse vers les actionnaires n'est pas une fatalité économique, c'est un choix politique, et les choix politiques peuvent se taxer. Tout le reste est une question de volonté.

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Questions fréquentes

Comment fonctionne la taxe sur les rachats d'actions ?

Elle est assise sur le montant de la réduction de capital par annulation de titres lorsqu'une entreprise rachète ses propres actions. Un volet anti-contournement cible également les remboursements d'apports lorsque les réserves ont été distribuées.

Quel est le seuil de chiffre d'affaires visé ?

La taxe cible les entreprises réalisant plus d'un milliard d'euros de chiffre d'affaires hors taxes, en retenant le chiffre d'affaires consolidé pour les groupes. Les PME et ETI ne sont donc pas concernées.

Pourquoi le Conseil constitutionnel a-t-il validé cette taxe ?

Les Sages ont écarté l'argument d'inégalité fiscale, estimant que le législateur poursuivait un objectif légitime de rendement budgétaire en ciblant les grandes entreprises utilisant leur trésorerie pour réduire leur capital.

Où va l'argent récolté par cette taxe ?

Les recettes alimentent le budget général de l'État sans affectation spécifique, ce qui frustre les syndicats qui espéraient un fléchage vers la transition écologique ou les services publics.

Sources

  1. Article 112 - Code général des impôts - Légifrance · legifrance.gouv.fr
  2. Projet de loi de finances pour 2021: le Conseil constitutionnel valide ... · economie.gouv.fr
  3. A Comparative Study of Buyback of Shares as a Takeover Defense · jstor.org
  4. kpmg.com · kpmg.com
  5. lefigaro.fr · lefigaro.fr
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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