Le 1er juillet 2026, le président syrien Ahmed al-Charaa a signé le décret n°143, officialisant les noms des 70 derniers membres du premier Parlement de l'ère post-Assad. Cette annonce, relayée par l'agence officielle SANA, parachève la formation d'une Assemblée de 210 sièges, fruit d'un processus électoral indirect engagé en octobre 2025. Si le geste se veut un symbole de rupture avec cinq décennies de régime baasiste, il soulève autant d'espoirs que de questions sur la nature réelle de la transition syrienne.

Décret n°143 : plongée dans la liste des 70 députés choisis par Ahmed al-Charaa
Le décret présidentiel du 1er juillet 2026 met un point final à un marathon politique entamé neuf mois plus tôt. La nouvelle Assemblée du peuple, qui tiendra sa première séance le 6 juillet à Damas, réunit 140 membres désignés par des comités locaux en octobre 2025 et 70 nommés directement par le chef de l'État. Ces 70 noms, choisis par al-Charaa, constituent le dernier tiers d'un Parlement appelé à exercer les fonctions législatives jusqu'à l'adoption d'une Constitution permanente.
La liste publiée par la Haute commission pour les élections (HCPE) reflète une volonté affichée de diversification. Parmi les 70 nommés figurent 15 femmes, 13 anciens détenus des prisons d'Assad, ainsi que des représentants de la société civile et de l'opposition historique en exil. Le chercheur Maher Tamran, cité par FranceInfo, y voit « le passage progressif de la Syrie de l'étape de gestion de crise à celle de la réhabilitation des institutions ».

L'envoyé spécial adjoint des Nations unies, Claudio Cordone, a salué une « étape importante dans la transition politique de la Syrie ». Mais le scepticisme domine parmi les observateurs quant à la capacité de cette Assemblée à servir de réel contre-pouvoir face à un exécutif qui a supprimé le poste de Premier ministre et concentré l'essentiel des pouvoirs.
Anas al-Abdé, Rouzaina Lazkani, Aïcha al-Debs : les trois figures des 70 nommés
Parmi les 70 députés désignés, trois profils se distinguent particulièrement, incarnant la promesse d'ouverture du nouveau pouvoir.
Anas al-Abdé est sans doute le nom le plus symbolique. Ancien chef de l'opposition en exil, il a passé des années à l'étranger à plaider la cause d'une Syrie démocratique. Sa nomination au sein du Parlement post-Assad envoie un signal fort aux milieux de l'opposition historique, qui craignaient d'être marginalisés par la coalition islamiste au pouvoir. Sa présence dans l'hémicycle représente une forme de réconciliation entre les différentes branches de la contestation anti-Assad.
Rouzaina Lazkani, actrice connue du public syrien, incarne quant à elle la société civile et le monde culturel. Son parcours dans le cinéma et le théâtre, loin des cercles du pouvoir, en fait une figure atypique dans un Parlement dominé par des profils politiques et religieux. Sa nomination vise à montrer que la nouvelle Syrie fait une place aux artistes et aux intellectuels.
Aïcha al-Debs, enfin, est la première femme nommée à un poste public depuis l'arrivée de la coalition islamiste au pouvoir. Ancienne responsable du Bureau des affaires féminines, elle a travaillé sur les questions de genre dans un contexte où la place des femmes reste un sujet sensible. Sa nomination dans le dernier tiers du Parlement est perçue comme un geste en direction des organisations de défense des droits des femmes, qui dénoncent régulièrement le manque de représentativité féminine dans les institutions de transition.

13 anciens détenus et 15 femmes : le symbole d'une rupture avec l'ère Assad ?
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 15 femmes et 13 anciens prisonniers politiques figurent parmi les 70 nommés. Parmi ces derniers, Hassan Soufan, qui a passé douze années dans les geôles de Saydnaya, la tristement célèbre prison du régime Assad. La liste inclut également des « proches de martyrs et survivants d'attaques chimiques », selon les termes employés par al-Charaa lors de l'annonce du décret.
Cette composition répond à une logique de réparation symbolique. En faisant entrer au Parlement des victimes directes de l'ancien régime, le nouveau pouvoir cherche à marquer une rupture nette avec le passé baasiste. La BBC souligne que ces nominations visent à créer « un mélange entre ceux qui ont sacrifié et ceux qui ont des compétences ».

Mais ce geste fort suffit-il à effacer les critiques sur le manque de démocratie du processus ? Plusieurs organisations de la société civile ont dénoncé un système verrouillé, où le président conserve la main sur la composition finale de l'Assemblée. Des juristes, cités par RFI, qualifient le processus d'« antidémocratique », soulignant que les Syriens n'ont pas été consultés directement.
Femmes et minorités : le coup de pouce des 70 face à un Parlement très masculin
Si les 70 nominations présidentielles corrigent partiellement le déséquilibre, elles révèlent surtout l'ampleur du problème initial. Lors des élections indirectes d'octobre 2025, seules 6 femmes ont été élues sur 140 sièges pourvus par les comités locaux, soit à peine 4 % de représentation féminine. Un chiffre que le porte-parole de la commission électorale, Nawar Najmeh, avait lui-même qualifié de « déséquilibre » ne reflétant « pas le rôle des femmes dans la société syrienne ».
Les 15 femmes nommées par al-Charaa portent la représentation féminine à un peu plus de 10 % du total des 210 sièges, selon les données de l'ONU relayées par TV5Monde. Un progrès indéniable, mais qui reste très en deçà des standards internationaux et des attentes de la société civile syrienne.
4 % de femmes élues en octobre : le « rééquilibrage » forcé par les nominations présidentielles
Le mécanisme de rééquilibrage par le haut révèle la fragilité du processus électoral initial. En octobre 2025, les comités locaux — eux-mêmes désignés par la HCPE, elle-même nommée par le président — n'ont élu que 6 femmes sur 140 sièges. Ce chiffre, rapporté par Le Monde le 6 octobre 2025, illustre l'échec du système indirect à garantir une représentation minimale des femmes.
La commission électorale avait pourtant reconnu le problème avant même les nominations présidentielles. Nawar Najmeh avait déclaré que « la place des femmes dans ce Parlement ne reflète pas leur rôle dans la société syrienne ni dans la vie politique, économique et sociale ». Il avait alors annoncé que les 70 nominations à venir « pourraient compenser » cette sous-représentation.
Le « rééquilibrage » opéré par al-Charaa corrige donc une anomalie que le système lui-même avait créée. Mais ce correctif par le haut pose une question de fond : un Parlement peut-il être légitime si sa représentativité dépend du bon vouloir du président plutôt que d'un véritable processus électoral ?
Kurdes, Druzes, Chrétiens : les absents qui fragilisent la légitimité de l'Assemblée
Les problèmes de représentativité ne concernent pas seulement les femmes. Les minorités ethniques et religieuses sont également sous-représentées, et certaines sont tout simplement absentes.
Deux provinces du nord-est de la Syrie, sous contrôle kurde, ainsi que celle à majorité druze de Soueïda, dans le Sud, ont été exclues du processus électoral d'octobre 2025 pour des « raisons de sécurité ». Résultat : 32 sièges sur 210 sont restés vacants à l'issue du scrutin indirect. Les 70 nominations présidentielles n'ont pas comblé ce vide, puisque les régions concernées n'ont pas participé au processus.

Les chrétiens, eux, n'ont obtenu que deux sièges lors des élections d'octobre. Nawar Najmeh a reconnu que « la composante chrétienne ne dispose que de deux sièges, une représentation faible au regard de sa proportion dans la population syrienne ». Le seul candidat juif n'a pas été élu.
Ces absences fragilisent la légitimité de l'Assemblée. L'administration autonome kurde conteste le partage des pouvoirs orchestré par Damas. À Soueïda, les violences de juillet 2025, qui ont fait plus de 1 600 morts majoritairement druzes, compliquent encore la réconciliation. Un Parlement peut-il représenter la Syrie sans les Kurdes, sans les Druzes et avec une représentation chrétienne aussi faible ?
Un Parlement sans vrai contre-pouvoir ? Les six blocs et la domination du président
La composition pluraliste de l'Assemblée ne doit pas masquer une réalité institutionnelle : ce Parlement dispose de pouvoirs limités face à un exécutif qui a supprimé le poste de Premier ministre. La déclaration constitutionnelle de mars 2025, qui fixe la période de transition à cinq ans, confère au président l'essentiel des prérogatives.
Le nouveau Parlement est avant tout une assemblée constituante. Sa mission principale est d'élaborer une Constitution permanente dans un délai de 30 mois, renouvelable. En attendant, il exerce les fonctions législatives courantes : proposer et amender les lois, approuver les traités internationaux, adopter le budget de l'État.
Mais la question du contre-pouvoir reste entière. Sous le régime baasiste, l'Assemblée du peuple n'était qu'une « simple chambre d'enregistrement » de la dictature. Le risque, souligné par la Fondation pour la défense des démocraties (FDD), est que ce nouveau Parlement devienne une « institution largement performative, réticente à questionner sérieusement l'autorité de l'exécutif ».
Les six blocs : islamistes, révolutionnaires, tribus, Kurdes… la mosaïque du nouveau pouvoir
L'analyse détaillée de New Lines Magazine révèle que le nouveau Parlement se divise en six grandes familles politiques, reflétant la diversité des forces ayant participé à la chute d'Assad.
Le bloc islamiste, proche d'al-Charaa et de Hayat Tahrir al-Cham (HTC), constitue le socle le plus solide. Il est composé de figures issues de l'administration civile mise en place dans la province d'Idlib avant la chute du régime. Le bloc révolutionnaire-militaire regroupe d'anciens commandants des groupes armés ayant combattu Assad. Le bloc des administrateurs locaux rassemble des techniciens et des fonctionnaires ayant géré les zones libérées.
Le bloc professionnel — médecins, avocats, ingénieurs, universitaires, chefs d'entreprise — apporte une compétence technique précieuse pour la reconstruction. Le bloc tribal, concentré dans l'Est du pays, représente les structures sociales traditionnelles. Enfin, le bloc kurde, bien que minoritaire, donne une voix à la communauté kurde, même si les provinces du nord-est restent exclues.
New Lines Magazine décrit cette Assemblée comme « la mémoire de la révolution syrienne, dotée d'une vie politique après la chute du régime ». L'écrasante majorité des députés ne viennent d'aucun parti déclaré : ils ont émergé des réseaux construits après 2011, pendant la guerre civile.
De l'Assemblée baasiste au Parlement al-Charaa : la crainte d'une nouvelle chambre d'enregistrement
Le parallèle avec l'ancien régime est inévitable. Sous le parti Baas, de 1960 à 2024, le Parlement n'avait pratiquement aucun pouvoir. Toutes les décisions revenaient au président. Les 167 sièges garantis au Front national progressiste, dominé par le Baas, assuraient une docilité absolue.
Le nouveau système a-t-il vraiment rompu avec cette tradition ? La FDD souligne que la déclaration constitutionnelle a créé « un processus de sélection en couches, contrôlé depuis le sommet ». La HCPE est nommée par le président. Elle désigne des sous-comités électoraux. Ces sous-comités choisissent environ 7 000 électeurs locaux. Ces électeurs élisent 140 députés. Le président nomme les 70 autres.
Ajoutons que le poste de Premier ministre a été supprimé, comme le rappelle La Libre Belgique. Le président concentre donc les pouvoirs exécutif et législatif, avec une Assemblée dont la composition dépend en partie de son bon vouloir. La question n'est pas de savoir si ce Parlement est une copie conforme de l'ancien — il ne l'est pas, sa composition est bien plus diverse — mais s'il aura la volonté et la capacité de jouer son rôle de contre-pouvoir.
« Ce ne sont pas des élections, c'est une nomination » : le mécanisme qui fâche
Le processus électoral indirect, présenté par les autorités comme une solution pragmatique dans un pays dévasté par quatorze ans de guerre, est au cœur des critiques. Les nouvelles autorités ont justifié ce choix par « l'impossibilité prétendue » d'organiser des élections directes, selon La Libre Belgique, en raison de la présence de millions de Syriens à l'étranger sans documents en règle.
Mais ce mécanisme opaque suscite la méfiance. Bassam al-Ahmad, directeur exécutif de l'ONG « Syriens pour la Vérité et la Justice », basée à Paris, résume le sentiment général : « Ce ne sont pas des élections, c'est une nomination. »
6000 électeurs pour 140 députés : le fonctionnement opaque du scrutin indirect
Le mécanisme est complexe et verrouillé. Le président nomme la Haute commission pour les élections (HCPE). La HCPE nomme des sous-comités dans chaque province. Ces sous-comités choisissent environ 6 000 électeurs locaux. Ces électeurs, et eux seuls, votent pour désigner 140 des 210 députés.
Le 5 octobre 2025, 1 578 candidats — dont seulement 14 % de femmes — étaient en lice pour ces 140 sièges. Les électeurs, triés sur le volet par les sous-comités, représentaient une infime fraction de la population syrienne. Le reste des citoyens n'a eu aucun mot à dire.
La FDD parle d'un processus « contrôlé depuis le sommet ». La déclaration constitutionnelle de mars 2025 a créé ce système en couches, où chaque niveau dépend du précédent. Le résultat est une Assemblée dont la composition reflète davantage les équilibres internes du pouvoir que la volonté populaire.
Al-Charaa a insisté sur le caractère « transitoire » du processus, « lié aux circonstances que traverse la Syrie ». Il avait affirmé en septembre 2025 qu'il était impossible d'organiser des élections directes, arguant que la présence de centaines de milliers de Syriens à l'étranger sans documents compliquait la situation.
32 sièges vacants : les zones d'ombre d'une transition à géométrie variable
L'exclusion de certaines régions du processus électoral est une autre source de fragilité. Deux provinces du nord-est, sous contrôle kurde, et celle de Soueïda, à majorité druze, n'ont pas participé aux élections d'octobre 2025. Résultat : 32 sièges sur 210 sont restés vacants.
Ces 32 sièges représentent une brèche dans la légitimité de l'Assemblée. Ils sont aussi une carte politique pour l'avenir. Leur attribution éventuelle pourrait servir de monnaie d'échange dans les négociations avec les Kurdes et les Druzes. Mais pour l'instant, ils restent vides, symboles d'une unité nationale encore à construire.
Le Monde, dans son édition du 5 octobre 2025, soulignait que cette exclusion était justifiée par des « raisons de sécurité ». À Soueïda, les violences de juillet 2025 avaient fait plus de 1 600 morts. Dans le nord-est, les tensions entre l'administration autonome kurde et le pouvoir central restent vives.
Ces 32 sièges vacants posent la question de l'unité territoriale de la Syrie. Un Parlement peut-il légiférer pour l'ensemble du pays si une partie du territoire n'y est pas représentée ?
Bassam, Louay, Rania : ce que les jeunes Syriens attendent vraiment du nouveau pouvoir
Au-delà des analyses politiques et des controverses institutionnelles, il y a les Syriens. Ceux qui ont vécu quatorze ans de guerre, ceux qui ont perdu des proches, ceux qui luttent chaque jour pour survivre dans une économie dévastée. Leur regard sur ce nouveau Parlement est souvent teinté de scepticisme, parfois d'indifférence.
Les témoignages recueillis par La Croix en octobre 2025, au moment des élections indirectes, donnent un aperçu de ce que la rue syrienne attend vraiment du nouveau pouvoir.
Bassam al-Ahmad : « Le peuple veut des droits, pas un simple changement de visages »
Bassam al-Ahmad, directeur exécutif de l'ONG « Syriens pour la Vérité et la Justice », est l'une des voix les plus critiques du processus. Sa phrase — « Ce ne sont pas des élections, c'est une nomination » — résume le sentiment de nombreux Syriens. Pour lui, le système verrouillé reproduit les schémas du passé, où le pouvoir décide et le peuple subit.
Son analyse va au-delà de la simple critique procédurale. Il dénonce un processus qui permet au président de « constituer une majorité parlementaire à partir de personnes dont il garantit la loyauté », selon le communiqué de 14 ONG diffusé en septembre 2025. La société civile syrienne, qui a payé un lourd tribut pendant la guerre, se méfie d'une transition qui semble se faire sans elle.
Bassam al-Ahmad ne rejette pas le nouveau pouvoir en bloc. Il reconnaît la nécessité d'une phase de transition. Mais il exige des garanties : des élections directes à terme, une véritable séparation des pouvoirs, et surtout, des résultats concrets pour la population.
De l'enthousiasme de la chute à la réalité économique : le désenchantement de la rue syrienne
Louay al-Arfi, ancien fonctionnaire à Damas, incarne un autre visage de la Syrie post-Assad. Interrogé par La Croix, il déclare : « Je soutiens le pouvoir et je suis prêt à le défendre, mais la situation économique est trop difficile. »
Son témoignage révèle le décalage entre les débats politiques sur la composition du Parlement et les préoccupations quotidiennes des Syriens. La priorité, pour Louay et des millions de ses compatriotes, c'est la survie économique : trouver du travail, nourrir sa famille, se loger, accéder aux soins.
La guerre a détruit l'économie syrienne. Les sanctions internationales, même si elles sont progressivement levées, pèsent encore. L'inflation galope. Le chômage est massif. Les infrastructures sont en ruines. Dans ce contexte, le débat sur la représentativité des femmes au Parlement ou sur les six blocs politiques peut sembler lointain.
Mayssa Halwani, candidate de 48 ans citée par La Croix, résume le sentiment général : « Il est normal qu'il y ait des difficultés. Nous sortons d'une guerre. L'important, c'est que le processus avance et que la vie s'améliore. »
Pour les jeunes Syriens, le vrai test du nouveau pouvoir ne sera pas politique mais économique. Le retour des réfugiés, qui se chiffre en millions, dépendra de la capacité du pays à offrir des perspectives. L'accord récent avec l'Allemagne sur le retour des réfugiés syriens illustre les enjeux : sans reconstruction économique, sans emplois, sans logements, le retour restera un vœu pieux.
30 mois pour une Constitution : le test décisif qui attend l'Assemblée
Le nouveau Parlement a un mandat de 30 mois, renouvelable. Sa mission essentielle est constituante : élaborer une version définitive de la Constitution, destinée à remplacer la Déclaration constitutionnelle adoptée en mars 2025. Ce calendrier serré en fait l'institution clé de la transition.
Le 6 juillet, lors de sa première séance, l'Assemblée devra élire son président et ses commissions. Les regards se tourneront déjà vers les travaux à venir : la rédaction de la Constitution permanente, qui définira le régime politique de la Syrie pour les décennies à venir.
Le chantier de 2028 : rédiger une Constitution permanente sous le regard de l'ONU
Le calendrier est précis : 30 mois, avec possibilité de prolongation. La nouvelle Constitution devra remplacer la Déclaration constitutionnelle de mars 2025, qui a fixé la période de transition à cinq ans. L'Assemblée est donc constituante avant d'être législative.
L'ONU suit ce processus de près. Claudio Cordone, l'envoyé spécial adjoint, a salué une « étape importante » tout en exprimant son scepticisme. La communauté internationale attend de voir si ce Parlement sera capable de produire une Constitution consensuelle, respectueuse des droits de tous les Syriens.
Le précédent n'est pas encourageant. Les nouvelles autorités se sont inspirées, selon La Libre Belgique, du « système de représentation par cooptation que les djihadistes de HTC avaient utilisé pour édifier un proto-État dans la province d'Idlib ». Ce modèle, efficace pour administrer une région en guerre, est-il adapté à la reconstruction d'un État-nation ?
Décentralisation, place de la charia, droits des femmes : les lignes de fracture du débat
La rédaction de la Constitution promet d'être conflictuelle. Plusieurs sujets divisent profondément la société syrienne.
La place de l'islam dans la législation est le premier point de friction. L'exécutif est issu d'une coalition islamiste, Hayat Tahrir al-Cham. La Déclaration constitutionnelle de mars 2025 a laissé cette question en suspens. Les Kurdes et les chrétiens craignent une constitution qui ferait de la charia la source principale du droit.
La décentralisation du pouvoir est un autre sujet sensible. Les Kurdes, qui contrôlent le nord-est du pays, réclament une large autonomie. Les Druzes de Soueïda demandent des garanties de sécurité et de représentation. Le pouvoir central, à Damas, semble peu enclin à partager ses prérogatives.
Les droits des femmes, enfin, seront un test décisif. Avec seulement 10 % de femmes au Parlement, le déséquilibre est flagrant. La FDD souligne que la majorité présidentielle pourrait verrouiller le débat constitutionnel, empêchant toute avancée significative sur les droits des femmes.
Conclusion : Rupture ou continuité ? Le pari risqué de la transition syrienne
Ce premier Parlement post-Assad est une expérience inédite dans l'histoire syrienne. Jamais une Assemblée n'avait réuni d'anciens opposants, des femmes, des anciens détenus, des représentants de la société civile. Les symboles sont forts : les 13 anciens prisonniers de Saydnaya, les 15 femmes, l'opposant historique Anas al-Abdé. Sur le papier, la rupture avec le passé baasiste est nette.
Mais la réalité du processus vient tempérer cet optimisme. Le scrutin indirect, verrouillé depuis le sommet, a tenu les Syriens à l'écart. Les régions kurdes et druzes sont absentes, laissant 32 sièges vacants. Le poste de Premier ministre a été supprimé, concentrant les pouvoirs entre les mains du président. La FDD craint un Parlement « performatif », incapable de questionner sérieusement l'exécutif.
Le vrai test de cette Assemblée ne sera pas politique mais concret. Sa capacité à rédiger une Constitution consensuelle, à garantir les droits des minorités et des femmes, à relancer l'économie et à permettre le retour des réfugiés — c'est sur ces critères que le peuple syrien la jugera.
L'accord récent avec l'Allemagne sur le retour des réfugiés syriens illustre les enjeux. Sans crédibilité politique, sans stabilité institutionnelle, sans perspectives économiques, les millions de Syriens exilés ne rentreront pas. Et sans leur retour, la reconstruction restera un vœu pieux.
Le pari de la transition syrienne est donc risqué. Ce Parlement peut être le point de départ d'une véritable démocratisation. Il peut aussi n'être qu'une façade, une nouvelle chambre d'enregistrement au service d'un pouvoir autoritaire. La réponse ne viendra pas des discours d'inauguration, mais des actes : les lois votées, la Constitution rédigée, la vie améliorée. Les Syriens, épuisés par quatorze ans de guerre, attendent des résultats, pas des symboles.