Valérie Boyer (LR) a annoncé le 16 juillet 2026 qu'elle serait candidate en solo aux sénatoriales du 27 septembre dans les Bouches-du-Rhône, refusant la troisième place sur la liste commune conduite par Brigitte Devésa (UDI). « C'est plutôt lui qui part sans moi, nous n'avons pas la même vision du projet que l'on va porter », a-t-elle lancé au Figaro, actant une rupture qui couvait depuis des mois. Cette décision transforme une compétition déjà serrée en un champ de bataille ouvert entre les différentes sensibilités de la droite et du centre. Les conséquences de cette division pourraient se mesurer en sièges perdus, en influence réduite et en projets locaux compromis.

Valérie Boyer claque la porte : pourquoi la sénatrice LR refuse de marcher avec Muselier
L'annonce de Valérie Boyer n'est pas une surprise pour ceux qui suivent la vie politique locale. La sénatrice sortante, élue pour la première fois en 2014, avait multiplié les signes d'agacement ces derniers mois. Mais le geste est brutal : en refusant la troisième place sur la liste Devésa-Muselier, elle prive l'union droite-centre d'une figure connue et expérimentée.
« C'est plutôt lui qui part sans moi », a-t-elle déclaré, inversant la responsabilité de la rupture. Pour Boyer, ce n'est pas elle qui quitte le navire, mais Muselier qui la pousse dehors en acceptant un accord qui la relègue en position difficilement éligible.

La troisième place, un camouflet pour celle qui espérait mieux
Le mécanisme est simple à comprendre mais lourd de conséquences. Lors des sénatoriales, les Bouches-du-Rhône élisent huit sénateurs au scrutin proportionnel plurinominal. La liste Devésa-Muselier vise trois sièges. Concrètement, seules les trois premières places sont éligibles. En occupant le troisième rang, Valérie Boyer se trouvait en position de « dernier élu potentiel », soit la place la plus fragile.
Pour une sénatrice sortante qui briguait naturellement la tête de liste, cette relégation est vécue comme une humiliation. « Elle considère que cette troisième place n'est pas une marque de confiance », confie un élu LR marseillais. « Quand on est sénatrice depuis douze ans, qu'on a été candidate aux législatives et qu'on incarne une certaine ligne politique, on n'accepte pas d'être traitée comme une remplaçante. »
La commission nationale d'investiture LR, présidée par Roger Karoutchi, avait pourtant validé l'accord le 25 juin 2026. Mais les proches de Boyer affirment que la sénatrice n'a jamais été consultée sur le placement. « On lui a présenté un fait accompli », résume un membre de son équipe.
Une opposition de vision autant que d'ambition
Au-delà du simple calcul électoral, Boyer invoque une divergence de « projet politique » avec Renaud Muselier. La sénatrice incarne une ligne plus à droite, plus affirmée sur les questions d'identité et de sécurité, tandis que le président de la Région Sud cultive un centrisme assumé, héritier de son passage chez Renaissance.
Cette fracture générationnelle et idéologique traverse toute la droite locale. D'un côté, les héritiers de la tradition chiraquienne, attachés à une certaine modération et au dialogue avec le macronisme. De l'autre, une nouvelle génération qui estime que la droite doit se démarquer plus nettement, y compris en reprenant certains thèmes du RN.

« Nous n'avons pas la même vision de ce que doit être la droite », a expliqué Boyer. « Je veux porter un projet dans la droiture de mes convictions, pas un programme qui cherche à contenter tout le monde. » Une manière de dire que l'union avec Muselier diluait son message.
Les signes avant-coureurs ignorés par Paris
Les tensions entre Boyer et l'appareil LR ne datent pas d'hier. Dès la présidentielle de 2022, la sénatrice avait exprimé des réserves sur la stratégie d'union avec la majorité présidentielle. Aux législatives de 2024, elle avait mené campagne sur sa propre ligne, sans toujours suivre les consignes nationales.
Pourtant, la commission d'investiture a validé l'accord Muselier-Devésa sans prendre en compte ces signaux. « À Paris, on pensait que Boyer finirait par s'incliner, comme toujours », analyse un observateur. « Mais cette fois, elle a décidé de ne pas plier. »
Le résultat, c'est une droite locale désormais éclatée en plusieurs listes, affaiblie face à ses adversaires.
Renaud Muselier s'efface : le deal secret avec Brigitte Devésa qui a tout déclenché
Pour comprendre la décision de Boyer, il faut remonter au 25 juin 2026. Ce jour-là, Renaud Muselier annonce qu'il abandonne la tête de liste au profit de Brigitte Devésa, sénatrice UDI sortante. Lui-même se contente de la deuxième place. Un geste surprenant pour celui qui est encore président de la Région Sud et qui pèse lourd dans le paysage politique local.
Mais ce sacrifice est le prix à payer pour sceller l'union entre la droite et le centre. Sans ce geste, pas d'investiture LR, et donc pas de liste commune crédible.
Une 2e place payée au prix fort pour sauver l'union
L'arithmétique politique est impitoyable. Muselier, bien que président de région, n'est plus encarté chez Les Républicains depuis son ralliement à Emmanuel Macron en 2017. Pour obtenir l'investiture LR, il devait composer avec les centristes de l'UDI, représentés par Brigitte Devésa.
L'accord, validé par Roger Karoutchi, fixe un objectif de trois sièges sur huit. Pour y parvenir, la liste doit rassembler suffisamment de voix de grands électeurs. Mais la mécanique des places est cruciale : en plaçant Devésa en tête, Muselier en deuxième et Boyer en troisième, l'équilibre était trouvé… du moins sur le papier.

« Muselier a sacrifié sa propre ambition immédiate pour sauver l'union », explique un cadre régional. « Il savait que sans cet accord, la droite et le centre partiraient divisés et perdraient des sièges. » Mais ce calcul a négligé l'ego et les ambitions de Boyer.
Véronique Miquelly, la remplaçante choisie pour sa loyauté
Suite au départ de Boyer, Muselier a dû trouver une remplaçante rapidement. Le 16 juillet 2026, il présente Véronique Miquelly, maire d'Auriol et vice-présidente du Conseil départemental (LR), comme nouvelle troisième sur la liste.
Miquelly incarne la loyauté à l'ancienne. Fidèle parmi les fidèles de Muselier, elle n'a jamais remis en cause les alliances du président de région. Son ancrage local est solide : maire d'une commune de 12 000 habitants, elle connaît le terrain et les réseaux de grands électeurs.
En quatrième position, Michel Pécout, maire de Graveson (LR), complète le quatuor de tête. La liste Devésa-Muselier mise sur la stabilité et l'expérience. Mais l'absence de Boyer laisse un vide : elle emporte avec elle des réseaux et une notoriété que Miquelly aura du mal à remplacer en si peu de temps.
Le Rudulier en dissidence : quand LR lâche sa propre « valeur montante »
Si l'affaire Boyer occupe le devant de la scène, un autre dossier empoisonne la droite locale : celui de Stéphane Le Rudulier. Sénateur LR sortant élu en 2020, il a été écarté par la commission nationale d'investiture début juillet 2026. LR lui a préféré Valérie Boyer et Michel Pécout sur la liste commune.
Le 6 juillet, Le Rudulier annonce qu'il se présentera en « élu libre », en dissidence. Une décision qui fragilise encore plus le camp Muselier-Devésa.
Le grand écarté du 13
Stéphane Le Rudulier n'est pas un inconnu. Présenté comme « une valeur montante » de LR, il a été porte-parole d'Éric Ciotti puis de Bruno Retailleau. Son profil est celui d'un homme de droite assumée, proche des idées de l'aile dure du parti.
Son éviction par sa propre famille politique est mal vécue. « On m'a demandé de m'effacer au profit de Boyer et Pécout, sans explication claire », a-t-il déclaré. « Je ne peux pas accepter d'être traité comme un électron libre après des années de service. »

La décision de la commission nationale a surpris dans les Bouches-du-Rhône. Beaucoup d'élus locaux estiment que Le Rudulier aurait pu apporter des voix supplémentaires à la liste commune, notamment dans les zones rurales où il est bien implanté.
Un « élu libre », nouveau poison pour la droite
L'effet Le Rudulier dans les urnes pourrait être dévastateur pour la droite et le centre. En prenant des voix sur le même électorat que Boyer et Muselier-Devésa, il réduit mécaniquement le nombre de sièges que la droite peut espérer.
Les projections sont claires : si les trois listes de droite (Boyer, Muselier-Devésa, Le Rudulier) dépassent ensemble les 40 % des voix, elles peuvent perdre un ou deux élus par rapport à une liste unique. Le scrutin proportionnel favorise les listes les plus grosses. En se divisant, la droite offre des sièges à ses adversaires.
« C'est une addition des ego qui va coûter cher au département », résume un élu local. « Pendant que la droite se déchire, la gauche et le RN se frottent les mains. »
Le RN mise sur Marie-Pierre Callet : l'ex-LR qui veut ratisser large
Pendant que la droite traditionnelle s'entre-déchire, le Rassemblement national a parfaitement chronométré son coup. Le parti de Jordan Bardella a choisi Marie-Pierre Callet comme tête de liste pour les sénatoriales. Un choix stratégique qui en dit long sur la méthode RN.
Le profil Callet : la respectabilité contre l'agitation
Marie-Pierre Callet, 68 ans, est une ex-LR. Vice-présidente du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône, elle a rejoint le RN après des années de militantisme à droite. Son profil est celui d'une élue locale respectée, proche des milieux économiques et des réseaux de maires.
Le RN mise sur elle pour rassurer les grands électeurs qui hésitent à voter pour un parti d'extrême droite. « Callet, c'est la respectabilité », analyse un observateur. « Elle parle le langage des maires, elle connaît les dossiers locaux. Elle n'est pas une militante agressive, mais une élue qui a fait ses preuves. »
En alliance avec l'UDR d'Éric Ciotti, la liste RN-UDR espère capter les voix des électeurs déçus par le chaos de la droite locale. Le message est simple : « Vous en avez assez des querelles de personnes ? Votez pour une liste sérieuse et unie. »
Le boulet Ravier qui flingue l'unité de l'extrême droite
Mais tout n'est pas simple pour le RN. Stéphane Ravier, sénateur sortant élu sous l'étiquette RN en 2020, a été écarté au profit de Callet. Ravier, passé par Reconquête ! en 2022 avant de revenir au RN, n'a pas accepté cette décision. Il mène désormais sa propre liste en solo.
La double liste RN (Callet + Ravier) pourrait diluer les voix de l'extrême droite. Mais le choix de Callet montre que la stratégie nationale du RN est de casser la droite classique de l'intérieur, en attirant les élus modérés et les électeurs déçus.

« Ravier est un boulet pour l'image du RN », confie un cadre du parti. « Trop clivant, trop imprévisible. Callet, c'est l'avenir : une droite respectueuse des institutions, mais ferme sur les valeurs. »
Municipales 2026 et grands électeurs : comment se gagne vraiment le scrutin
Les sénatoriales sont un scrutin à part. Contrairement aux législatives ou aux municipales, ce ne sont pas les citoyens qui votent directement, mais les grands électeurs : maires, conseillers municipaux, départementaux, régionaux, députés. Le résultat des municipales de 2026, six mois plus tôt, conditionne donc totalement le rapport de force.
Le collège des sept mille : qui sont les grands électeurs ?
Dans les Bouches-du-Rhône, le collège électoral compte environ 3 521 grands électeurs. La très grande majorité sont des conseillers municipaux, élus lors des municipales de mars 2026. Chaque commune envoie un nombre de délégués proportionnel à sa taille.
Une commune qui bascule à droite ou à gauche modifie le collège. C'est pourquoi les municipales sont une répétition générale des sénatoriales. « Celui qui contrôle les mairies contrôle les sénatoriales », résume un élu.
L'enjeu des municipales 2026 : une élection dans l'élection
Même si Muselier ne brigue pas la présidence de la Métropole, l'issue du scrutin municipal dans les grandes villes est stratégique. Marseille, Aix-en-Provence, Aubagne : ces villes pèsent lourd dans le collège électoral.
La droite locale a besoin de garder ou de conquérir des bastions pour espérer envoyer ses candidats au Sénat. Boyer et Muselier se livreront une guerre pour le contrôle des appareils municipaux bien avant septembre 2026.
« Les municipales, c'est le vrai enjeu », confie un conseiller régional. « Celui qui gagne les mairies gagne les sénatoriales. Les divisions actuelles affaiblissent la droite dans cette bataille. »
Transports, lycées, pouvoir d'achat : ce que les sénateurs font vraiment pour le département
On pourrait croire que les sénatoriales ne sont qu'une affaire de politiciens. C'est faux. Le résultat du scrutin a des conséquences concrètes pour les habitants des Bouches-du-Rhône.
Le pouvoir d'un sénateur sur les dotations aux lycées et aux transports
Les sénateurs votent le budget de l'État et, surtout, portent les amendements qui concernent les collectivités locales. Un sénateur peut déposer un amendement pour augmenter la dotation globale de fonctionnement de la Métropole Aix-Marseille, financer la rénovation des lycées ou défendre le maintien de lignes TER.
Une délégation sénatoriale unie est une force de frappe. Une délégation divisée, avec une droite faible et un RN fort, change la donne. Les sénateurs RN ont tendance à voter contre les budgets proposés par le gouvernement, ce qui complique l'obtention de financements pour les projets locaux.
Pourquoi une droite fracturée coûte de l'argent à la Région
Renaud Muselier, en tant que président de Région, a besoin de sénateurs de sa majorité pour voter les budgets. Si la droite n'obtient que deux sièges au lieu de trois, c'est un allié de moins pour faire passer des investissements clés : plan climat, aides aux entreprises, formation professionnelle.
« Un sénateur isolé a moins de poids », explique un spécialiste des collectivités. « Si la droite est divisée, elle perd en influence. Et ce sont les projets locaux qui en pâtissent. »
Le chaos politique a un coût fiscal et social. Moins de sénateurs de la majorité régionale, c'est moins de capacité à défendre les intérêts du département à Paris.
Le jeu des chaises musicales : quel scénario pour le 27 septembre 2026 ?
À l'approche du scrutin, trois scénarios se dessinent. Chacun aura des conséquences différentes pour le département.
Scénario 1 : La droite limite la casse (3 sièges)
Si Boyer disparaît des radars des grands électeurs et que Le Rudulier ne parvient pas à mobiliser, Muselier-Devésa peut espérer garder trois sièges. Dans ce cas, la gauche garde ses trois sièges, le RN en prend un ou deux, et la droite sauve les meubles.
C'est le scénario le plus favorable pour l'appareil LR. Mais il suppose que Boyer et Le Rudulier ne fassent pas de score significatif, ce qui est loin d'être acquis.
Scénario 2 : Le RN crée la surprise (3 sièges ou plus)
Si Boyer et Le Rudulier siphonnent les voix de la droite modérée, le RN peut rafler la mise et passer à trois sièges. Ce serait un séisme politique dans les Bouches-du-Rhône, faisant basculer l'équilibre politique du département vers l'extrême droite.
C'est le pire scénario pour l'appareil LR. Il montrerait que les divisions de la droite ont ouvert la voie au RN, et que la stratégie d'union avec le centre a échoué.
Scénario 3 : Le statu quo, mais un RN renforcé
Entre les deux, un scénario médian : la droite conserve deux ou trois sièges, le RN en gagne un ou deux, la gauche garde ses positions. Mais même dans ce cas, le RN sort renforcé, capable de constituer un groupe au Sénat pour la première fois.
Quel que soit le scénario, une chose est sûre : les divisions de la droite affaiblissent le camp Muselier-Devésa. Et ce sont les habitants des Bouches-du-Rhône qui paieront le prix de ces batailles d'ego, sous forme de projets retardés ou de financements perdus.
Conclusion : un scrutin qui décidera de l'équilibre politique du département pour six ans
Les sénatoriales du 27 septembre 2026 dans les Bouches-du-Rhône s'annoncent comme les plus indécises depuis 2014. La droite, qui occupait trois des huit sièges, aborde le scrutin fracturée en trois listes concurrentes. Valérie Boyer, Stéphane Le Rudulier et l'alliance Devésa-Muselier se disputent le même électorat, offrant à leurs adversaires une opportunité historique.
Le RN, avec Marie-Pierre Callet, espère capitaliser sur ces divisions pour décrocher un ou deux sièges supplémentaires. La gauche unie, emmenée par le communiste Jérémy Bacchi, entend préserver ses trois sièges et pourrait même en gagner un si la droite s'effondre.
Au-delà des jeux de pouvoir, ce sont les projets concrets du département qui sont en jeu. Moins de sénateurs de la majorité régionale signifie moins de poids pour défendre les financements des lycées, des transports et des aides aux communes. Les électeurs, à travers leurs grands électeurs, choisiront le 27 septembre entre l'union et la division, entre la stabilité et le chaos. Une chose est certaine : le résultat de ce scrutin façonnera la vie politique des Bouches-du-Rhône pour les six prochaines années.