L'ancien président Nicolas Sarkozy attend avec une certaine anxiété le verdict du 9 mars 2026. Ce jour-là, le tribunal correctionnel de Paris se prononcera sur sa demande de « confusion des peines » concernant les affaires Bismuth et Bygmalion. Une décision technique aux conséquences très concrètes : soit il évite six mois supplémentaires de surveillance électronique, soit il doit retourner sous le joug du bracelet électronique. L'enjeu dépasse la simple procédure judiciaire, alors qu'une autre échéance majeure, le procès en appel de l'affaire libyenne, débute une semaine plus tard.

Le 9 mars 2026 : un verdict qui peut tout changer pour Nicolas Sarkozy
Ce lundi 23 février 2026, une audience singulière s'est tenue au palais de justice de Paris. À la différence des grands procès médiatiques qui ont marqué la carrière de l'ancien chef de l'État, cette séance s'est déroulée à huis clos, dans le calme feutré d'une « chambre du conseil ». Nicolas Sarkozy et son conseil, Me Vincent Desry, ont plaidé pour une reconciliation judiciaire de ses deux condamnations définitives. L'objectif est simple mais crucial : faire absorber la peine de l'affaire Bygmalion par celle déjà exécutée dans le cadre de l'affaire Bismuth.

La décision qui sera rendue le 9 mars déterminera le quotidien de l'ancien président pour les mois à venir. Nicolas Sarkozy a déjà connu l'expérience du bracelet électronique, du 7 février au 12 mai 2025, purgéant ainsi une partie de sa peine pour l'affaire des écoutes. Il espère aujourd'hui éviter une nouvelle période de surveillance de six mois pour l'affaire du financement illégal de campagne de 2012. La confusion des peines, si elle est acceptée par les juges, offrirait à l'ancien président une bouffée d'oxygène bienvenue.
Cet enjeu personnel intervient dans un contexte tendu. À sept jours d'intervalle seulement, Sarkozy devra comparaître à nouveau devant la justice pour l'ouverture du procès en appel de l'affaire libyenne, où il encourt une peine bien plus lourde. L'accumulation de ces dossiers s'inscrit dans une actualité plus large où les questions de sécurité et de traitement médiatique des anciens dirigeants alimentent les débats publics.
Pourquoi Sarkozy a-t-il demandé une audience à huis clos ?
Le choix de la « chambre du conseil » pour cette audience n'est pas anodin. Ce format, utilisé pour les questions juridiques ne nécessitant pas de débat public sur les preuves ou les témoignages, permet de déroger au principe de la publicité des audiences. Ici, il ne s'agissait pas de redébattre de la culpabilité ou de l'innocence de l'ancien président, mais de vérifier des conditions de recevabilité purement techniques liées au Code pénal.

Cette discrétion a été revendiquée par la défense. À la sortie de l'audience, le silence de Me Vincent Desry était parlant. Aucune déclaration tonitruante, aucune interview au pied du tribunal. Cette stratégie vise à « juridiciser » au maximum le débat, l'éloignant de l'arène politique et médiatique. Dans un climat où chaque sortie de l'ancien président est instantanément analysée, la discrétion apparaît comme le moyen le plus sûr de ne pas envenimer la situation avant le délibéré.
Ce que Sarkozy a déjà vécu : trois mois de bracelet en 2025
Pour mesurer ce qui est en jeu, il faut se remémorer l'année 2025. Nicolas Sarkozy, alors âgé de 70 ans, a été le premier ancien président de la Ve République à porter un bracelet électronique. Cette sanction, bien que loin de la prison cellulaire, impose des contraintes quotidiennes lourdes : couvre-feu, impossibilité de se déplacer librement, obligation de rester à son domicile pendant des plages horaires définies.
Fait notable, cette expérience a été écourtée grâce aux dispositions légales favorables aux personnes âgées. En vertu de l'article 132-25 du Code pénal, un condamné de plus de 70 ans peut bénéficier d'une libération conditionnelle sans avoir à attendre la moitié de sa peine, contrairement aux autres détenus. Sarkozy a donc pu retirer le bracelet après seulement trois mois d'application. C'est cette expérience concrète de la contrainte pénale qui motive sa volonté absolue d'éviter un nouveau « tour de manivellette » de six mois.
« Confusion des peines » : le mécanisme juridique qui peut effacer six mois de sanction
Le concept de « confusion des peines » peut paraître abscons pour le grand public, et pourtant, il repose sur une logique assez intuitive. Le Code pénal français prévoit que lorsqu'une personne est condamnée plusieurs fois pour des faits distincts, il est possible de ne pas lui faire subir les sanctions les unes après les autres. Au lieu d'empiler les dettes envers la société, la justice peut décider de « confondre » les dettes pour n'en payer qu'une seule.
Dans le cas précis de Nicolas Sarkozy, la mécanique est la suivante : il a déjà exécuté une partie de sa peine pour l'affaire Bismuth (trois mois sous bracelet). Il lui reste une peine à purger pour l'affaire Bygmalion (six mois sous bracelet). Sans confusion, il effectue six mois. Avec confusion, la peine déjà subie « efface » la seconde.
C'est une différence capitale. Six mois de plus ou moins de bracelet électronique représentent six mois de vie sous haute surveillance, avec l'impossibilité de partir en voyage, de participer librement à des événements publics ou même de gérer son emploi du temps comme bon lui semble. Pour un homme public habitué à l'action, cette contrainte est psychologiquement et physiquement difficile à supporter.

Article 132-4 du Code pénal : les quatre conditions à remplir
La confusion des peines n'est cependant pas un droit automatique. Elle est encadrée par l'article 132-4 du Code pénal, qui pose quatre conditions cumulatives. La première exige que les procédures soient distinctes, ce qui est le cas ici puisque les affaires Bismuth et Bygmalion ont été jugées séparément.
La deuxième condition impose que les infractions soient « en concours », c'est-à-dire qu'elles aient été commises avant que l'une des condamnations ne soit devenue définitive. Les faits reprochés à Sarkozy dans ces deux dossiers datent d'avant 2014 et bien avant la fin des procédures d'appel et de cassation. Troisièmement, les peines doivent être de même nature : ici, ce sont des peines d'emprisonnement ferme aménageables sous bracelet électronique. Enfin, les peines doivent être définitives, ce qui est acquis depuis décembre 2024 pour Bismuth et novembre 2025 pour Bygmalion.
Si le tribunal constate que ces critères sont réunis, il peut accorder la confusion. Le verbe « pouvoir » est essentiel : les juges disposent d'un pouvoir discrétionnaire. Ils peuvent refuser la confusion s'ils l'estiment inopportune au regard de la personnalité du condamné ou de la gravité des faits, même si les conditions légales sont remplies.
Le calcul pour Sarkozy : 3 mois déjà faits vs 6 mois supplémentaires
Pour visualiser l'enjeu, il faut faire une simple opération arithmétique. Dans l'affaire Bismuth, Nicolas Sarkozy a été condamné à un an de prison ferme, aménagé en bracelet. Il a effectué trois mois avant sa libération conditionnelle. Dans l'affaire Bygmalion, la condamnation est de six mois ferme, également sous bracelet.
Sans confusion, Nicolas Sarkozy doit purger l'intégralité des six mois de Bygmalion. Il ajoutera donc cette période aux trois mois déjà purgés, pour un total de neuf mois de restrictions de liberté sur deux ans. Avec confusion, le tribunal considérera que l'année de prison ferme de Bismuth « absorbe » les six mois de Bygmalion. Puisque Sarkozy a déjà commencé à purger la peine de Bismuth, le solde de sa peine couvre potentiellement l'autre dossier. Résultat : zéro jour supplémentaire à effectuer. La décision du 9 mars revient donc à valider ou non cet arbitrage comptable et humain.
Deux affaires, deux condamnations : Bismuth et Bygmalion en un coup d'œil
Pour saisir toute la portée de l'actualité judiciaire, il est indispensable de distinguer clairement les deux dossiers qui accablent l'ancien président. Bien qu'ils soient souvent cités ensemble, Bismuth et Bygmalion relèvent de logiques criminelles différentes : l'une touche à la corruption de la justice, l'autre à la fraude électorale. Ces deux affaires ont néanmoins un point commun : elles mettent en lumière les méthodes d'un homme qui a toujours voulu « aller vite » et contourner les obstacles.
Nicolas Sarkozy se trouve aujourd'hui dans une situation inédite pour un ancien chef de l'État : cumuler des mentions au casier judiciaire pour des délits commis avant, pendant et après son mandat. Chaque condamnation ajoute une couche à un destin brisé par la justice.
| Affaire | Faits reprochés | Condamnation définitive | Peine ferme | Statut actuel |
|---|---|---|---|---|
| Bismuth | Corruption, trafic d'influence | Décembre 2024 | 1 an (bracelet) | 3 mois purgés (libération conditionnelle) |
| Bygmalion | Financement illégal de campagne | Novembre 2025 | 6 mois (bracelet) | À purger (sauf confusion accordée) |
Affaire Bismuth : la puce téléphonique secrète et le « pacte de corruption »
L'affaire Bismuth tient son nom d'un pseudonyme : « Paul Bismuth ». C'était le nom inscrit sur la carte SIM d'une ligne téléphonique secrète utilisée par Nicolas Sarkozy pour communiquer avec son avocat, Thierry Herzog. L'objectif était de contourner les interceptions légales auxquelles l'ancien président était soumis dans le cadre de l'enquête sur le financement libyen. Ironie du sort, c'est précisément cette ligne qui a été écoutée par les juges, révélant le contenu des conversations.
Le cœur de l'accusation réside dans un échange de bons procédés. Selon l'accusation, Sarkozy et Herzog tentaient d'obtenir des informations confidentielles de la part de Gilbert Azibert, un haut magistrat de la Cour de cassation, concernant une procédure judiciaire impliquant l'ancien président. En contrepartie, Sarkozy devait appuyer la candidature d'Azibert à un poste prestigieux au Conseil supérieur de la magistrature de Monaco. Un « pacte de corruption » qui n'a jamais abouti concrètement — le poste n'a pas été obtenu — mais dont la tentative a suffi pour caractériser l'infraction.

C'est un séisme judiciaire : pour la première fois, un ancien président de la Ve République est reconnu coupable de corruption active et trafic d'influence. Condamné initialement en 2021, puis confirmé en appel et en cassation, Sarkozy a vu sa peine devenir définitive fin 2024, le contraignant à l'inédit expérience du bracelet électronique au printemps 2025.
Affaire Bygmalion : 42,8 millions d'euros de campagne au lieu de 22,5
L'affaire Bygmalion, elle, renvoie aux dérives de la campagne présidentielle de 2012. Cette année-là, Nicolas Sarkozy brigue un second mandat face à François Hollande. Pour emporter la victoire, il multiplie les meetings et les déplacements, dépensant sans compter. Le problème est que la loi impose un plafond strict aux dépenses de campagne : 22,5 millions d'euros. Or, la facture finale s'élève à 42,8 millions d'euros, soit quasiment le double du plafond autorisé.
Pour masquer ce dépassement abyssal, un système de fausses factures est mis en place. L'agence Bygmalion, via sa filiale Event & Cie, facture à l'UMP (le parti politique) des prestations fictives ou surfacturées, alors qu'elles correspondent en réalité à des dépenses de campagne. Cette comptabilité « magique » permet de payer les meetings excédentaires avec les fonds du parti plutôt qu'avec ceux de la campagne officielle.
Les chiffres donnent le vertige : en deux mois et demi, Sarkozy organise 44 meetings, contre une quinzaine prévue initialement. Chaque rallye coûte plusieurs centaines de milliers d'euros. Après des années de procédure, la condamnation devient définitive en novembre 2025 : un an de prison dont six mois ferme, sous forme de bracelet électronique. Une sanction qui s'ajoute à celle déjà subie pour Bismuth, pesant lourdement sur l'avenir judiciaire de l'ancien président. Cette accumulation de procédures illustre la difficulté pour un ancien dirigeant de se défaire des ombres de son passé.
Pourquoi ces affaires traînent-elles depuis plus de dix ans ?
Pour le citoyen ordinaire, la durée de ces procédures peut sembler déraisonnable. Les premières investigations sur les affaires Bismuth et Bygmalion remontent à 2014. Voilà plus d'une décennie que Nicolas Sarkozy vit sous la menace de ces dossiers. Pourtant, cette longueur n'est pas due au hasard ou à la seule volonté de l'ancien président de gagner du temps. Elle résulte de la complexité intrinsèque des affaires politico-financières et de la structure même du système judiciaire français.
Il est important de comprendre que la justice n'est pas un processus linéaire. Elle avance par à-coups, traversée par des recours, des annulations partielles, des questions de procédure et des rejets de pourvoi. Pour un dossier qui implique des dizaines de prévenus, des milliers de documents et des enjeux constitutionnels, le marathon est souvent plus long que le sprint.
2014-2026 : une décennie de rebondissements judiciaires
Revenons sur la chronologie de ce parcours du combattant judiciaire. Tout commence en 2013-2014, période durant laquelle les deux affaires éclatent au grand jour. Les écoutes révèlent l'existence de la ligne « Paul Bismuth », tandis que les enquêtes financières mettent au jour le système de fausses factures de Bygmalion. S'ensuit une longue phase d'instruction, nécessaire pour trier les preuves et entendre les témoins.
Le premier procès Bismuth a lieu en 2021. Le jugement en appel intervient en 2023, et la Cour de cassation rejette le pourvoi fin 2024. Pour Bygmalion, le calendrier est décalé : procès en appel en 2024, rejet du pourvoi en cassation en novembre 2025. Entre chaque étape, le temps s'écoule. L'audience sur la confusion des peines en février 2026, et la décision du 9 mars 2026, ne sont donc que l'épilogue administratif d'une saga commencée sous le quinquennat Hollande.
Les multiples niveaux de recours : une protection ou un privilège ?
La lenteur est aussi structurelle. Le droit français permet à tout condamné de faire appel, puis de se pourvoir en cassation. Ce double degré de juridiction est une garantie fondamentale pour les droits de la défense, permettant de corriger d'éventuelles erreurs judiciaires. Cependant, pour des affaires complexes, chaque niveau peut prendre entre un et deux ans.
Dans le cas de Nicolas Sarkozy, l'utilisation de tous ces recours est systématique. Pour certains observateurs, il s'agit d'une stratégie de défense légitime ; pour d'autres, c'est un moyen d'épuisement visant à repousser l'échéance inévitable. Ce qui est sûr, c'est que cette possibilité de recours en cascade est souvent inabordable financièrement pour un justiciable lambda. Seuls des condamnés disposant de ressources importantes peuvent se payer le luxe d'une telle défense à bout de bras. Cela pose la question de l'égalité des armes devant la justice : est-il juste que le temps soit un allié dont le coût d'accès varie selon le portefeuille ?
Le précédent historique : Sarkozy est-il vraiment le premier à risquer la prison ?
Les condamnations de Nicolas Sarkozy doivent être resituées dans la longue histoire de la Ve République. Pendant longtemps, le principe selon lequel « les rois ne meurent pas » semblait s'appliquer aux présidents français, du moins en matière de pénalité. L'immunité présidentielle temporaire, suivie d'une certaine clémence sociale, avait longtemps protégé les anciens locataires de l'Élysée de la prison. La chute de Nicolas Sarkozy marque-t-elle la fin de cette exception ?
La réponse est nuancée. Si Jacques Chirac a bien été condamné, il n'a jamais vu l'intérieur d'une cellule. Nicolas Sarkozy, lui, a déjà goûté à la détention provisoire et à la contrainte pénale électronique. C'est une rupture symbolique forte qui envoie un message à l'ensemble de la classe politique : nul n'est au-dessus des lois, pas même l'ancien chef de l'État.
Jacques Chirac condamné en 2011 : deux ans avec sursis, zéro jour en prison
En 2011, Jacques Chirac devient le premier ancien président de la Ve République condamné en correctionnelle. L'affaire des « emplois fictifs » de la mairie de Paris lui a valu d'être reconnu coupable de détournement de fonds publics, abus de confiance et prise illégale d'intérêts. Le tribunal lui a infligé deux ans de prison avec sursis.
Cette condamnation était historique, mais symbolique. Le sursis signifie qu'aucune peine n'est effectivement exécutée tant que le condamné ne commet pas de nouvelle infraction. Jacques Chirac n'a jamais porté de bracelet, n'a jamais été incarcéré, même un seul jour. À l'époque, l'état de santé de l'ancien président avait d'ailleurs conduit le tribunal à dispenser de peine principale ses co-prévenus, comme dans l'affaire du « prêt audacieux » de la Caisse d'épargne, ce qui soulignait la persistance d'une certaine bienveillance judiciaire.
Sarkozy en 2025 : trois semaines à la prison de la Santé

Avec Nicolas Sarkozy, la donne a changé. En 2025, dans le cadre de l'instruction de l'affaire libyenne, il a été placé en détention provisoire à la prison de la Santé, dans le 14e arrondissement de Paris. Il y est resté environ trois semaines, une expérience qu'il a décrite comme particulièrement éprouvante, surtout pour un homme habitué à la première ligne politique.
C'est une première depuis Philippe Pétain. Certes, le maréchal Pétain a été condamné à mort à la Libération pour trahison, avant que sa peine ne soit commuée en prison à perpétuité, mais il s'agissait d'un chef d'État en exercice au moment des faits, dans un contexte de guerre et de collaboration. Pour un ancien président de la République élu démocratiquement, l'incarcération, même provisoire, marque une rupture dans la tradition républicaine française. Cette expérience rend la décision du 9 mars d'autant plus cruciale : après avoir vécu la prison, Sarkozy veut éviter tout retour à une contrainte pénale, même limitée au bracelet électronique.
Le 16 mars : l'autre échéance qui attend Nicolas Sarkozy
Si le 9 mars est une date charnière, elle n'est qu'une étape dans un calendrier judiciaire particulièrement chargé. Le 16 mars 2026, soit exactement une semaine après la décision sur la confusion des peines, s'ouvrira le procès en appel de l'affaire du financement libyen présumé de la campagne de 2007. Ce dossier est sans doute le plus redoutable pour l'ancien président, tant par sa gravité juridique que par ses conséquences potentielles.
Cette succession rapprochée d'échéances place Nicolas Sarkozy dans une situation d'isolement et de pression extrême. L'issue de la demande de confusion des peines aura un impact psychologique et stratégique direct sur l'ouverture de ce nouveau procès. Entrera-t-il dans la salle d'audience comme un homme « libéré » de ses peines passées, ou comme un condamné encore sous le coup d'une sanction ?
L'affaire libyenne : 5 ans de prison ferme demandés en première instance
L'affaire libyenne accuse Nicolas Sarkozy d'avoir bénéficié de fonds occultes provenant du régime de Mouammar Kadhafi pour financer sa campagne victorieuse de 2007. Les enquêteurs ont retrouvé la trace de plusieurs millions d'euros en liquide transférés de Tripoli vers Paris. Ziad Takieddine, un intermédiaire franco-libanais, a reconnu avoir acheminé des valises de billets pour le compte de l'ancien président.
En première instance, Nicolas Sarkozy a été lourdement condamné. Le tribunal l'a reconnu coupable d'« association de malfaiteurs » et d'« financement illégal de campagne électorale », le condamnant à cinq ans de prison ferme, dont un an avec sursis. C'est la plus lourde peine jamais prononcée contre un ancien chef de l'État. Le procès en appel qui s'ouvre le 16 mars est donc une opportunité de dernière chance pour sa défense de contester cette condamnation et d'éviter une incarcération effective.
Pourquoi le 9 mars compte aussi pour le procès libyen
Il existe une forte interdépendance psychologique entre les deux dossiers. Si la confusion des peines est accordée le 9 mars, l'ancien président et ses partisans pourront présenter le procès libyen comme la seule « vraie » bataille restante, peut-être en position de force morale. L'argument du « harcelèment judiciaire » perdrait une partie de sa substance si l'une des peines principales était annulée dans sa practicalité.
À l'inverse, si le tribunal refuse la confusion, Nicolas Sarkozy se présentera au procès libyen avec l'épée de Damoclès de six mois de bracelet électronique à purger. Cette contrainte matérielle pourrait gêner la préparation de sa défense et ses apparitions publiques médiatiques. De plus, le refus de confusion pourrait être interprété comme une nouvelle « persécution » judiciaire, alimentant un discours de victimisation que la défense pourrait tenter de réutiliser à l'audience, bien que les juridictions soient censées être imperméables à la pression médiatique.
Verdict le 9 mars : trois scénarios pour l'avenir de Nicolas Sarkozy
Le 9 mars 2026, le tribunal correctionnel de Paris va lever le voile sur l'avenir judiciaire immédiat de l'ancien président. Trois issues principales sont envisageables, chacune ayant des répercussions différentes sur la vie de Nicolas Sarkozy et sur l'actualité politique française.
Cette décision, quelle qu'elle soit, ne constituera pas la fin des ennuis judiciaires de l'intéressé. L'affaire libyenne, avec son procès en appel et les risques de prison ferme qu'il comporte, continuera de planer. Cependant, le verdict du 9 mars scellera le sort des affaires Bismuth et Bygmalion, closant définitivement le chapitre des écoutes et des fausses factures de la campagne de 2012, ou au contraire rallongeant l'ombre qu'elles projettent sur sa fin de vie publique.
Scénario 1 : la confusion est accordée — fin de la parenthèse Bismuth-Bygmalion
Dans le meilleur des mondes pour l'intéressé, les juges estiment que les conditions de l'article 132-4 sont remplies et que la confusion est opportune. Les six mois de prison ferme de l'affaire Bygmalion sont « absorbés » par l'année ferme de l'affaire Bismuth. Conséquence immédiate : Nicolas Sarkozy n'a plus aucune peine à subir pour ces deux dossiers.
Les trois mois passés sous bracelet en 2025 ont, selon cette décision, suffit à purger toutes ses dettes pénales concernant ces deux affaires. Il se retrouve donc libre de tout mouvement, sans contrainte de surveillance électronique. Il peut alors aborder le procès en appel libyen avec une relative liberté de mouvement, se concentrant entièrement sur sa défense contre les accusations de financement libyen. Ce scénario serait salué par ses soutiens comme une forme de justice rendue au nom de la bonne foi et de l'équité, alors qu'il a déjà subi une contrainte réelle.
Scénario 2 : la confusion est refusée — six mois de bracelet à venir
C'est l'hypothèse la plus redoutée par la défense. Les juges refusent la confusion, estimant que les peines doivent s'additionner ou que la personnalité de l'intéressé ne justifie pas cette faveur. Nicolas Sarkozy se voit alors dans l'obligation de purger les six mois de prison ferme de l'affaire Bygmalion.
Concrètement, cela signifie un retour immédiat au bracelet électronique. Pendant six mois, l'ancien président devra respecter des horaires stricts, probablement entre 20h et 8h, et rester à son domicile. Ce scénario contraindra ses déplacements et sa participation à la vie publique, alors même que le procès libyen débutera. Gérer une défense complexe et médiatisée tout en étant assigné à résidence représente un défi logistique et psychologique majeur. Cela pourrait, par exemple, l'empêcher de se rendre spontanément à la barre pour expliquer sa version des faits ou limiter ses apparitions médiatiques de soutien.
Scénario 3 : la décision est elle aussi contestée en appel
Il ne faut pas oublier que la décision sur la confusion des peines est elle-même susceptible d'appel. Si le parquet décide de contester une décision favorable, ou si la défense conteste un refus, l'affaire repartira pour plusieurs mois de procédure devant la cour d'appel.
Ce scénario, souvent qualifié de « procéduralisation », est typique des grandes affaires pénales. Il ajoute une couche d'incertitude juridique. Si un appel est formé, l'exécution de la peine de Bygmalion pourrait être suspendue dans l'attente du second jugement, offrant un répit provisoire à l'ancien président. Mais c'est une épée de Damoclès : un désistement tardif ou un arrêt défavorable en appel pourrait le rattraper de plein fouet au moment où il l'attendrait le moins. C'est l'illustration parfaite de la lenteur de la justice, qui peut transformer une question simple de calcul de peine en une saga qui s'étire sur des années.
Conclusion
Le verdict du 9 mars 2026 marquera une étape décisive dans la longue saga judiciaire de Nicolas Sarkozy. En acceptant ou en refusant la confusion des peines, les juges décideront si l'ancien président doit subir six mois supplémentaires de surveillance électronique pour l'affaire Bygmalion, ou si les sanctions déjà purgées pour l'affaire Bismuth suffisent. Cette décision technique n'en reste pas moins lourde de sens pour un homme qui a déjà porté le bracelet et connu la détention. Alors que s'annonce le procès en appel de l'affaire libyenne, où l'enjeu s'élève à cinq ans de prison ferme, Nicolas Sarkozy attend cette date comme une ultime bouffée d'air possible avant de plonger à nouveau dans le tourbillon judiciaire. Après plus de dix ans de procédures, ce verdict pourrait enfin éteindre deux feux, ou au contraire rallumer une contrainte qu'il espérait voir s'éteindre.