Alors que la campagne pour les élections municipales de mars 2026 bat son plein, la capitale fait face à une configuration politique inédite. Au-delà de la classique opposition droite-gauche, l'émergence de Reconquête ! brouille les cartes, portée par une candidate médiatique, Sarah Knafo. Tête de liste dans le 16e arrondissement et figure montante de la droite nationale, elle impose sa marque en proposant une rupture radicale avec la gestion actuelle de la ville. Son programme, centré sur le slogan « Une ville heureuse », vise à rendre Paris « habitable, sûre, admirée et prospère ». Cette ambition se traduit par des mesures chiffrées et souvent provocatrices, touchant au cœur de la vie quotidienne des Parisiens : sécurité, fiscalité, propreté et transports.

Une candidature médiatique et stratégique
L'ascension de Sarah Knafo dans le paysage politique parisien ne doit rien au hasard. Seule élue de son parti au Parlement européen, elle a su bénéficier d'une exposition médiatique disproportionnée par rapport à son poids institutionnel réel. Invitée sur le plateau du « 20 heures » de TF1 pour lancer sa candidature et récompensée par le prix de la révélation politique du Trombinoscope, elle a occupé le terrain médiatique bien avant le début officiel de la campagne. Cette visibilité lui a permis de cristalliser les mécontentements et de proposer une alternative séduisante pour un électorat en quête de fermeté.
Une exposition sans précédent
Le rôle des médias dans la montée en puissance de la candidate est comparable à l'emballement qui avait entouré Éric Zemmour lors de la présidentielle de 2022. Cette dynamique repose en partie sur une droitisation de l'espace médiatique, mais aussi sur la recherche permanente de « bons clients » capables de générer des petites phrases efficaces et des débats virulents. Cette couverture constante a permis à Sarah Knafo d'exister politiquement bien avant que les autres candidats ne dévoilent leurs programmes détaillés, occupant ainsi un terrain mental précieux dans l'esprit des électeurs.

L'électorat bourgeois d'extrême droite
Les résultats de Reconquête ! à Paris ne sont pas un hasard. Lors de l'élection présidentielle de 2022, Éric Zemmour avait réalisé des scores élevés dans les arrondissements les plus favorisés, atteignant 17,5 % des voix dans le 16e arrondissement et 15,3 % dans le 8e. Le premier tour des municipales 2026 devrait confirmer l'existence de ce « vote bourgeois d'extrême droite » dans la capitale. Ce socle électoral, combiné à une capacité à capter le vote des classes populaires préoccupées par le pouvoir d'achat, place Sarah Knafo en position de force pour perturber le schéma classique des élections municipales.
Le piège de l'union des droites
Stratégiquement, sa position est devenue incontournable pour les autres candidats de droite. Les sondages la créditant d'intention de vote dépassant les 10 %, elle se positionne en arbitre du second tour. Elle répète invariablement que « personne ne peut gagner seul » et que « la seule stratégie qui conduise à la victoire, c'est l'union ». Cette main tendue, notamment vers Rachida Dati (LR), agit comme un véritable piège politique : si la maire du 7e arrondissement refuse l'alliance, elle risque de disperser les voix de droite ; si elle l'accepte, elle légitime un parti situé à l'extrême droite de l'échiquier politique. Cette dynamique place Sarah Knafo au cœur des négociations, renforçant son image de « femme qui dérange » capable de bousculer les lignes traditionnelles.
Sécurité : le choc des effectifs et des moyens
La sécurité constitue la pièce maîtresse du programme de Sarah Knafo. Elle propose une refonte totale de la politique de sécurité parisienne, s'appuyant sur une augmentation massive des effectifs de la police municipale. Alors que la capitale compte environ 2 300 policiers municipaux en 2026, la candidate de Reconquête ! ambitionne de porter ce chiffre à 8 000 agents. Ce quadruplement des effectifs s'accompagne d'une mesure phare : l'armement systématique des policiers municipaux avec des armes létales, une position partagée par ses concurrents de droite mais portée ici à son paroxysme.
Une présence humaine renforcée
Au-delà des chiffres bruts, Sarah Knafo souhaite diversifier les formes de patrouille pour marquer le territoire de manière visible. Elle envisage la création d'une brigade canine pour les interventions sensibles et, fait plus rare, le rétablissement d'une police municipale à cheval. Cette cavalerie urbaine serait prioritairement déployée dans des zones stratégiques comme le Champ-de-Mars et les bois de Boulogne et de Vincennes. Cette mesure symbolique forte vise à la réappropriation des espaces publics souvent perçus comme insécurisants par les habitants, tout en offrant une image d'autorité régalienne rassurante pour les touristes et les promeneurs.

L'apport de l'intelligence artificielle
Pour encadrer cette force de police élargie, le programme prévoit un déploiement technologique inédit. Sarah Knafo souhaite intégrer l'intelligence artificielle (IA) dans le dispositif de vidéosurveillance. L'objectif est clair : permettre une détection automatisée des délits via les caméras de surveillance déjà existantes et celles à venir. Couplée à un renforcement de la présence policière dans le métro et les RER, cette technologisation de la sécurité vise à créer un sentiment de sécurité permanent, là où les Parisiens se sentent le plus vulnérables, notamment lors des trajets domicile-travail.
L'extension des prérogatives
Enfin, pour compléter ce dispositif, Sarah Knafo compte sur l'évolution législative en cours à l'Assemblée nationale pour étendre les compétences de la police municipale. Le projet de loi actuellement examiné par le Parlement pourrait en effet donner davantage de prérogatives aux agents municipaux en matière d'investigation et de maintien de l'ordre. La candidate entend profiter de ce cadre légal pour rapprocher les fonctions de la police municipale de celles de la police nationale, permettant ainsi une gestion plus locale et réactive de la délinquance de quartier.
Gestion budgétaire et réduction de la dépense publique
L'argument économique tient une place centrale dans la rhétorique de la candidate, qui estime que la gestion actuelle de la Mairie de Paris est un fiasco. Sa tribune au Figaro résume sa pensée : « Paris n'est pas mal gérée. Paris n'est pas gérée du tout. » Elle pointe du doigt une administration qu'elle juge pléthorique, avec 55 000 fonctionnaires municipaux, soit plus, selon elle, que l'ensemble des préfectures de France réunies. Cette critique de la « machine bureaucratique » justifie son plan draconien de réduction des effectifs.
La réduction de la masse salariale
La mesure phare de son programme économique vise à diviser par deux le nombre d'agents de la Ville de Paris sur dix ans. Concrètement, cela signifie ne pas remplacer la majorité des 3 500 départs naturels annuels. Cette diminution drastique de la masse salariale, couplée à la privatisation de services comme la propreté, doit permettre, selon ses calculs, de réaliser plus de 10 milliards d'euros d'économies sur une décennie. L'objectif affiché est de « remettre chaque euro à sa place » et de mettre fin à ce qu'elle considère comme un gaspillage systémique de l'argent public au profit d'une administration lourde et inefficace.
La chasse aux dépenses jugées inutiles
Dans le viseur de Sarah Knafo : la politique de subventions aux associations et le coût de la communication municipale. Elle dénonce les 270 millions d'euros versés l'an dernier à des structures qu'elle juge inutiles ou éloignées des intérêts parisiens. Elle cite des exemples concrets comme des financements pour « renforcer l'égalité de genre en Colombie » ou pour des ruches au Togo. Plus polémique encore, elle attaque le coût de la communication municipale, évoquant 385 agents affectés à ce service, qu'elle compare à quatre fois les effectifs de la communication du gouvernement français.

Le remboursement aux contribuables
Pour elle, ces économies dégagées doivent servir à alléger la fiscalité des Parisiens. Sarah Knafo positionne sa candidature comme celle du « remboursement » envers les contribuables. Elle estime que les impôts locaux ont explosé sans contrepartie qualitative, nourrissant une dette municipale qu'elle chiffre à 9,4 milliards d'euros. Son projet vise non seulement à stopper l'hémorragie financière, mais à restituer du pouvoir d'achat aux ménages parisiens, étouffés selon elle par une fiscalité punitive qui ne corrige pas les dysfonctionnements constatés dans la rue.
Fiscalité et pouvoir d'achat des Parisiens
L'aboutissement de cette rigueur budgétaire se traduit par une promesse forte : la réduction drastique de la taxe foncière. Sarah Knafo réaffirme sa volonté de « rembourser » les contribuables, jugeant que l'explosion des impôts locaux sans contrepartie qualitative a nourri une dette municipale de 9,4 milliards d'euros. Son projet vise à stopper l'hémorragie financière et à restituer du pouvoir d'achat aux ménages parisiens, qu'elle estime étouffés par une fiscalité punitive.
La fin de la « pyramide de Ponzi immobilière »
Cette approche séduit particulièrement un électorat propriétaire dans les arrondissements aisés de l'Ouest parisien, là où le vote pour Éric Zemmour avait déjà été significatif en 2022. En promettant de casser la « pyramide de Ponzi immobilière » dénoncée dans la gestion du logement social, elle cherche à rassurer sur la pérennité financière de la ville. La candidate propose un moratoire total sur la politique immobilière actuelle, qu'elle juge responsable de l'endettement massif de la collectivité. Elle estime que la Mairie rachète des immeubles privés pour les convertir en logements sociaux, se faisant verser des décennies de loyers d'un coup pour maquiller ses comptes de fonctionnement, un processus qu'elle juge insoutenable.

Privatisation et gain de productivité
Cependant, ces promesses fiscales soulèvent des questions sur la capacité de la ville à maintenir ses services publics après une telle cure d'austérité. L'argumentaire de Sarah Knafo repose sur l'idée que la privatisation de certains secteurs permettra de réaliser des gains de productivité sans dégrader le service rendu au citoyen. Elle s'appuie notamment sur les rapports de la Chambre régionale des comptes soulignant que le ramassage des ordures coûte 27 % plus cher en régie municipale que chez les prestataires privés. Pour elle, le recours au secteur privé est la seule façon de concilier baisse des impôts et maintien, voire amélioration, des services urbains.
Propreté : privatisation et fin des subventions
La propreté de la ville est le terrain d'application privilégié de la volonté de gestion privée prônée par la candidate. Face à un constat accablant — 84 % des Parisiens estimeraient que leur ville est sale — Sarah Knafo propose une solution radicale : la fin de la régie municipale pour la propreté urbaine. Elle estime que le mode de gestion actuel est inefficace et coûteux, justifiant ainsi un transfert vers le secteur privé qu'elle présente comme la garantie d'une ville propre pour un moindre coût pour le contribuable.
La fin du système en régie
Selon la candidate, le passage à la gestion privée des services de propreté permettrait de réaliser des économies de l'ordre de 3 milliards d'euros sans nuire à la qualité du service. Elle pointe du doigt l'inertie et le coût supposé excessif de la gestion publique, qu'elle oppose à l'efficacité requise dans le secteur concurrentiel. Cette mesure s'inscrit dans une vision plus large de la municipalité réduite à ses fonctions régaliennes essentielles, laissant aux acteurs privés le soin de gérer les services d'intérêt général.
La suppression des subventions fantaisistes
Cette logique de performance s'étend au financement de la vie culturelle et associative. Le programme prévoit de mettre fin subitement aux subventions qu'elle juge fantaisistes. C'est dans cet esprit qu'elle s'attaque à des dépenses comme les 1,2 million d'euros versés depuis 2013 aux « Pierrots de la Nuit », une association de mimes présidée par un conseiller municipal de la majorité. Pour Sarah Knafo, ces exemples sont la preuve que l'argent public est dilapidé dans des opérations de communication ou des projets idéologiques plutôt que dans l'intérêt direct des habitants.
Une vision managériale de la ville
Son approche de la propreté et des services publics est donc purement transactionnelle : elle cherche à optimiser chaque dépense. En supprimant les lignes budgétaires qu'elle considère comme superfétatoires, elle entend redéployer ces fonds vers le « cœur de métier » de la municipalité. Cette vision managériale de la ville, calquée sur l'entreprise privée, marque une rupture totale avec la conception de la municipalité comme acteur social et culturel, promouvant une Paris « propre » mais potentiellement moins solidaire dans ses mécanismes de financement.

Politique du logement et urbanisme
Sur le dossier sensible du logement, Sarah Knafo adopte une position ferme, critique envers la politique actuelle de mixité sociale menée par la majorité sortante. Elle dénonce l'installation de logements sociaux dans des secteurs où le prix du mètre carré atteint des sommets, comme la place des Vosges, jugeant cette stratégie inefficace et financièrement irresponsable. Son programme cible de front Paris Habitat, le bailleur social de la ville, qu'elle qualifie d'« État dans l'État » en raison de son gigantisme (129 000 logements et 1,1 milliard d'euros de budget).
La critique de Paris Habitat
La candidate met l'accent sur les scandales de gestion qui ont émaillé l'actualité de cet office public, évoquant des travaux fictifs et des factures gonflées. Son diagnostic implique une remise en cause profonde des modes de construction et de financement du logement social à Paris. Elle s'engage à mettre fin à la pratique qui consiste à racheter des immeubles privés pour les convertir en logements sociaux, une méthode qu'elle assimile à une cavalerie financière servant à masquer les déficits de fonctionnement. Selon elle, ce système a contribué à creuser une dette abyssale sans résoudre la crise du logement.

Un urbanisme centré sur l'automobile
Pour répondre à la demande de stationnement, souvent ignorée par les plans de déplacements urbains actuels, son programme prévoit la création de 15 000 places de parking supplémentaires. Cette mesure s'inscrit dans une vision plus large de la mobilité urbaine, favorable à l'automobile individuelle, là où la politique de la ville a privilégié ces dernières années les transports en commun et la piétonisation. Elle estime que la guerre déclarée à la voiture a pénalisé les familles et les commerçants, et qu'il est nécessaire de rééquilibrer l'espace public en faveur des automobilistes.
La fin de la mixité sociale imposée
En remettant en cause la politique de mixité sociale, Sarah Knafo s'adresse à un électorat qui estime que la capitale a perdu son âme et son attractivité. Elle propose de revoir les critères d'attribution et de construction pour privilégier les résidents parisiens et limiter, selon elle, les dérives gestionnaires. Ce virage à droite sur la question du logement vise à rassurer les classes moyennes et supérieures qui craignent une paupérisation de leur quartier, tout en dénonçant le coût exorbitant des opérations immobilières menées par la mairie sortante.
Transports et circulation automobile
Le programme de Sarah Knafo marque une rupture nette avec les politiques de réduction de la place de la voiture en centre-ville. Elle propose de rouvrir les berges de Seine à la circulation automobile, une mesure hautement symbolique qui annulerait des années de politique piétonne. Pour concilier cet usage avec les promenades parisiennes, elle envisage la construction d'une promenade surélevée, permettant ainsi de restaurer le trafic routier au bord de l'eau sans sacrifier l'espace de promenade.
La réouverture des berges de Seine
Cette proposition constitue l'un des points les plus clivants de son programme. La fermeture des voies sur berges avait été une bataille symbolique majeure des majorités précédentes pour réduire la pollution et rendre la ville aux piétons. Sarah Knafo entend inverser cette tendance, arguant que cette décision a créé des embouteillages supplémentaires et nuit à l'économie locale. La promenade surélevée est présentée comme la solution technique miracle permettant de satisfaire à la fois les besoins de circulation des automobilistes et le droit à la promenade des riverains et touristes.
Fluidifier le périphérique
La question de la vitesse sur le périphérique est également au centre de ses propositions. Sarah Knafo suggère de relever la limitation de vitesse à 80 km/h sur le boulevard périphérique, là où elle est actuellement fixée à 70 km/h. Cette mesure vise à fluidifier le trafic de transit et répond à la frustration des automobilistes franciliens bloqués quotidiennement dans les embouteillages parisiens. Selon elle, la baisse de la vitesse mise en place précédemment n'a pas apporté les gains environnementaux promis mais a seulement augmenté le temps de trajet des usagers.

La « Smart City » au service de l'auto
La gestion du trafic doit également être modernisée grâce à la technologie. La candidate préconise l'installation de feux tricolores à contrôle intelligent, capables de s'adapter en temps réel au flux de véhicules pour réduire les temps d'attente aux intersections. Ce recours aux technologies de la « smart city » pour la circulation contraste avec une vision traditionnelle de l'urbanisme, mais illustre la volonté de moderniser la ville au service de l'efficacité automobile. Elle souhaite ainsi faire de Paris une ville où la technologie serve à faciliter la vie de l'automobiliste plutôt qu'à le restreindre.
Conclusion
Le programme de Sarah Knafo pour la Mairie de Paris se dessine comme une réponse brutale aux dysfonctionnements de la capitale. En proposant de diviser par deux les effectifs municipaux, de quadrupler la police municipale, de privatiser la propreté et de rouvrir les berges à la circulation, elle dessine les contours d'une ville radicalement différente. Sa campagne, qui mise tout sur le pari de l'union des droites, vise à capitaliser sur le rejet de la gestion sortante pour offrir une alternative de rupture.
Si les chances de l'emporter au premier tour semblent faibles, son rôle de faiseur de roi pour le second tour est indéniable. En refusant de se désister, elle menace de diviser le camp de la droite classique, offrant paradoxalement une opportunité à la gauche. Quoi qu'il en soit, les mesures qu'elle défend — de la baisse de la taxe foncière à l'utilisation de l'IA pour la sécurité — ont déjà déplacé les lignes du débat public, obligeant ses concurrents à durcir leur propre discours. Alors que Rachida Dati quitte le gouvernement pour la mairie de Paris, la candidate de Reconquête ! tente de dicter l'agenda droitiste de la campagne, forçant ses rivales à réagir sur ses terrains préférés. Au-delà du score qu'elle obtiendra le 15 mars, Sarah Knafo a réussi à imposer sa vision de Paris au centre des attentions.