Benjamin Netanyahu assis dans son bureau
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Rumeur mort Netanyahu sur X : intoxication iranienne et panique en 24h

Iranienne ou pas, la rumeur de la mort de Netanyahu a enflammé X en 24h. Entre vidéos truquées, théorie des six doigts et réponse ironique dans un café, découvrez comment s'organise cette guerre informationnelle.

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Impossible, ou presque, d'ouvrir l'application ce dimanche 15 mars 2026 sans tomber dessus. Dans un week-end pourtant censé être dominé par le premier tour des élections municipales et la victoire éclatante des Bleus au Tournoi des Six Nations, c'est un visage bien différent qui inonde les algorithmes : celui de Benjamin Netanyahu. Le Premier ministre israélien fait l'objet d'une rumeur d'une violence inouïe, relayée à une vitesse folle sur la plateforme d'Elon Musk. L'info circule de fil en aiguille : il serait mort, victime d'une frappe iranienne ciblée. Le problème, c'est que personne ne semble capable de dire où, quand, ni comment cet événement aurait eu lieu. Pourtant, la panique est réelle, la viralité absolue, et le scénario, bien qu'invérifiable, paralyse une partie de l'opinion publique mondiale. 

Benjamin Netanyahu assis dans son bureau
Benjamin Netanyahu assis dans son bureau — (source)

Le scénario ressemble à ces thrillers technologiques dont Hollywood est friand, mais il s'est déroulé en temps réel sur nos écrans. L'onde de choc a débuté tôt ce matin-là, propulsant le nom du dirigeant israélien en tête des tendances mondiales. Ce qui n'était au départ qu'un murmure sur des comptes marginaux s'est rapidement mué en un torrent incessant de tweets, de partages et de commentaires angoissés. La mécanique de X, privilégiant l'engagement immédiat et l'émotion brute, a fait le reste. En quelques heures à peine, la plateforme s'est trouvée saturée par une « information » qui n'avait aucune base factuelle confirmée, mais qui possédait tous les ingrédients pour faire basculer la toile dans l'hystérie collective.

11 millions de vues pour une info non vérifiée

Le chiffre donne le vertige et illustre l'ampleur du phénomène : en l'espace de quelques heures seulement, les fausses annonces annonçant la mort de Netanyahu ont cumulé plus de 11 millions de vues. C'est un déferlement médiatique sans précédent qui démontre la puissance de frappe de la désinformation moderne. Sur X, la véracité des faits passe souvent au second plan face au potentiel de choc et à la capacité d'un contenu à générer de l'interaction. Les algorithmes de la plateforme, conçus pour mettre en avant ce qui crée du débat, ont ainsi propulsé ces publications en haut de la pile, leur conférant une légitimité apparente par le simple fait de leur popularité soudaine.

Les utilisateurs, scotchés à leurs écrans, ont partagé la nouvelle en masse sans prendre la pause nécessaire à la vérification. C'est le réflexe pavlovien du clic : voir une info alarmante, la partager pour « alerter » sa communauté, et ainsi nourrir une boucle de rétroaction impossible à briser. Cette diffusion massive a fini par créer une sorte de « réalité » acceptée par trop d'internautes. On a assisté à une illustration parfaite de la théorie de la « post-vérité », où l'émotion l'emporte largement sur la raison factuelle et la critique des sources. 

Benjamin Netanyahu lors de la reprise de son procès pour corruption
Benjamin Netanyahu lors de la reprise de son procès pour corruption — (source)

Pourquoi la France s'est fait détourner de son propre actualité

Le plus frappant dans cette affaire reste ce détournement brutal de l'attention collective française. Normalement, un dimanche de premier tour des élections municipales est un moment fort de la vie civique, saturé de résultats, d'analyses et de débats sur le vote. Ajoutez à cela la fierté nationale suscitée par la performance de l'équipe de France de rugby, qui venait de rafler la mise au Tournoi des Six Nations, et vous obtenez un cocktail médiatique qui aurait dû monopoliser les discussions.

Pourtant, le hasard algorithmique a voulu que Netanyahu vole la vedette à la politique hexagonale et au sport national. Pourquoi ? Parce que la peur et le mystère d'une potentielle disparition d'un chef d'État en exercice constituent un carburant bien plus puissant pour les réseaux sociaux que les sujets de politique intérieure. Les internautes, même ceux peu concernés par la géopolitique du Moyen-Orient, se sont retrouvés piégés par l'ampleur du phénomène. On est passé d'une France fière de ses élus et de ses athlètes à une France subitement inquiétée par une vague de fausses nouvelles venues de l'autre bout du monde. Ce contraste saisissant montre à quel point l'agenda médiatique numérique est volatile et totalement imperméable aux frontières nationales. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que la toile s'affole sur un scénario catastrophe, comme on l'a vu récemment avec la rumeur sur le déploiement de 25 000 soldats français qui avait, pour quelques heures, fait basculer l'opinion dans l'inquiétude.

L'origine de la rumeur : une offensive iranienne sur le terrain informationnel

Si la rumeur a pris une telle ampleur, ce n'est pas le fruit du hasard ni d'une simple erreur de manipulation spontanée. Loin d'être une « fake news » innocente, cette intoxication s'inscrit dans une stratégie bien plus sombre, celle d'une guerre hybride où l'information est le premier champ de bataille. Les analystes pointent du doigt une offensive concertée venant d'Iran, destinée à déstabiliser l'ennemi israélien en semant le chaos dans l'opinion publique mondiale.

Les Gardiens de la Révolution et leur menace de « traquer » Netanyahu

Le déclencheur direct de cette tempête médiatique trouve sa source dans une déclaration des plus inquiétantes des Gardiens de la Révolution. Ce dimanche, des comptes proches de l'appareil d'État iranien ont relayé des menaces explicites, jurant de « traquer et tuer » le Premier ministre israélien. Un message posté sur les réseaux, accompagné d'une rhétorique guerrière d'une rare violence, affirmant qu'ils le poursuivraient « si ce criminel tueur d'enfants est encore en vie ». Ce genre de formulation, sortie de son contexte militaire strict pour atterrir sur la place publique numérique, agit comme un catalyseur pour les théories du complot.

En lâchant ce genre d'affirmation dans l'arène numérique, les factions pro-iraniennes savent exactement ce qu'elles font. Elles lancent une balle dans la meute et laissent les algorithmes faire le reste. C'est une offensive sur le « terrain informationnel », un concept que les militaires modernes prennent désormais autant au sérieux que le champ de bataille physique. L'idée n'est pas nécessairement de faire croire à la mort de Netanyahu soi-même, mais de lancer l'idée dans l'écosystème digital pour qu'elle finisse par générer du doute, de l'instabilité politique et, in fine, de la peur en Israël. L'analyse de Lessurligneurs confirme que ces rumeurs de décès de dirigeants israéliens font partie d'une campagne de désinformation iranienne destinée à compenser les échecs militaires face aux frappes israélo-américaines précises. 

Benjamin Netanyahu s'adressant aux médias depuis un podium officiel
Benjamin Netanyahu s'adressant aux médias depuis un podium officiel — (source)

Des vidéos recyclées pour donner corps au mensonge

Pour donner corps à cette rumeur et la rendre crédible aux yeux du plus grand nombre, il ne suffit pas de mots : il faut des images. Et c'est là que les désinformateurs ont fait preuve d'une créativité macabre. Plusieurs vidéos ont circulé massivement pour « prouver » que Netanyahu et d'autres dignitaires israéliens avaient été éliminés. Le problème ? Aucune de ces images n'est réelle. C'est un mélange savant d'archives recyclées et de détournements contextuels visant à tromper l'œil non averti.

On a vu ressortir une vidéo datant de 2024, présentée à tort comme étant une « actualité chaude » de ce dimanche. D'autres images montraient un violent incendie aux États-Unis, transformé par les légendes mensongères en « frappe chirurgicale sur un bunker israélien ». Enfin, des séquences d'anciens attentats ont été rembobinées pour servir de « preuves » visuelles à un massacre qui n'a jamais eu lieu. Cette technique est classique dans la boîte à outils de la désinformation moderne : prendre du vrai, le décontextualiser et le réassembler pour créer un faux narratif crédible. C'est cette ingénierie du mensonge qui a permis à la rumeur de survivre quelques heures de plus, alimentant les discussions enflammées sous les posts, malgré l'absence totale de confirmation par les agences de presse sérieuses.

La théorie des « six doigts » : quand les conspirationnistes crient au deepfake

C'est à ce moment de l'histoire que la situation bascule dans le pur délire internet, quelque part entre le thriller techno et le sketch surréaliste. Face aux premiers démentis et à l'absence de preuves tangibles d'un attentat, une partie de la toile s'est accrochée à un détail visuel pour affirmer que la vérité était ailleurs. Pour eux, Netanyahu n'était pas seulement vivant, il était « trop » vivant : une création de l'intelligence artificielle. C'est le genre de théorie qui fascine et terrifie, car elle s'appuie sur une méconnaissance des outils technologiques modernes pour nourrir la paranoïa ambiante.

Comment une maladresse visuelle devient « preuve » de deepfake

La mécanique est aussi simple que déroutante. Un utilisateur, probablement en cherchant des défauts dans les images officielles du Premier ministre, remarque un artefact visuel, une ombre ou un reflet qui donne l'impression que la main de Netanyahu comporte un doigt surnuméraire. Au lieu d'y voir une simple erreur de compression vidéo, un jeu d'optique lié à la profondeur de champ ou une résolution médiocre, c'est aussitôt brandi comme la « preuve ultime » d'une manipulation par IA.

C'est le réflexe typique de la « culture complotiste 2.0 » : chercher la faille visuelle pour valider une théorie préexistante. Dès que l'image est zoomée et floutée, la conclusion fuse dans les commentaires : « C'est un deepfake ! ». La rumeur des six doigts s'est alors propagée plus vite que la rumeur de la mort elle-même, nourrissant les discussions enflammées sous les posts. L'ironie suprême, c'est que ce détail grotesque est précisément ce qui va donner à Netanyahu l'opportunité parfaite de clouer le bec à ses détracteurs avec une classe maîtresse. NDTV rapporte d'ailleurs que ces rumeurs sur la mort de Netanyahu ont été amplifiées par ces affirmations selon lesquelles sa vidéo précédente serait générée par l'IA. 

Benjamin Netanyahu s'exprimant lors d'une conférence de presse officielle
Benjamin Netanyahu s'exprimant lors d'une conférence de presse officielle — (source)

L'IA de Musk (Grok) elle-même obligée de fact-checker

Dans cette pirouette numérique, il y a un épisode particulièrement savoureux. Sur la plateforme même où la rumeur sévissait, l'intelligence artificielle Grok, développée par xAI, a dû intervenir pour remettre de l'ordre. Sollicitée par des utilisateurs perplexes cherchant à savoir si le Premier ministre était bien vivant, l'IA a dû jouer les fact-checkers officiels. Sur le fil d'actualité de Grok, la machine a dû rappeler que non, Benjamin Netanyahu n'était pas mort et que les vidéos suspectes n'étaient pas des preuves de décès.

Le fait que l'IA du propriétaire de la plateforme soit obligée de corriger ses propres utilisateurs en dit long sur l'état de l'information sur X. C'est une image frappante : une machine entraînée pour répondre à toutes sortes de questions se voit contrainte de publier un message pour calmer une panique humaine. Grok a tenté de tempérer les ardeurs, expliquant que les rumeurs provenaient d'une vidéo mal interprétée et de ces histoires farfelues de « six doigts ». Mais sur le terrain, la correction automatique a bien du mal à rivaliser avec l'émotion brute et la puissance d'une rumeur de mort qui fait le tour du monde en quelques minutes.

Le silence de Yair Netanyahu : quand l'inactivité d'un fils devient indice macabre

Pendant que le monde se perdait en conjectures sur des vidéos truquées et des malformations digitales, un autre détail a capté l'attention des observateurs les plus pointilleux. Ce n'était pas une image, mais une absence. Yair Netanyahu, le fils du Premier ministre, habituellement omniprésent et très bavard sur X, s'est tu. Ce silence soudain est vite devenu, pour certains, l'indice qui manquait pour valider la thèse de la tragédie familiale et confirmer, dans leur esprit, que la situation était bien plus grave que ce que les autorités ne voulaient bien admettre.

30-40 tweets par jour… puis plus rien

Pour qui suit la vie numérique de la famille Netanyahu, ce vide est sidérant. Yair n'est pas un utilisateur lambda ; c'est un véritable bulldozer sur Twitter, qui poste en moyenne 30 à 40 fois par jour. Il commente la politique, attaque ses opposants, relaye les communications de son père. Il est une voix constante, parfois même envahissante, sur l'échiquier médiatique israélien. Or, depuis le 9 mars 2026 à 3h58 du matin, plus rien. Un silence radio total qui a vite interpelé les amateurs de théories du complot.

Pour les conspirationnistes, cette inactivité soudaine ne pouvait être qu'un signe. Dans leur logique, si le père est touché ou éliminé, le fils se tait par deuil, par choc ou sur ordre de sécurité. Les analyses ont commencé à fleurir sous les hashtags : « Ça fait 5 jours qu'il n'a rien tweeté », s'inquiétait un compte. Ce genre de micro-détail, qui aurait dû passer inaperçu, a servi de carburant pour alimenter les théories les plus sombres. C'est une illustration parfaite de comment n'importe quel comportement humain — y compris le simple fait de ne pas poster sur les réseaux — peut être réinterprété comme une preuve dans une logique paranoïaque. Comme le montre souvent l'actualité people, le silence est vite interprété comme un aveu, un phénomène que l'on a vu récemment avec Blanche Gardin piégée par une fausse rumeur.

Yair à Miami : le contexte géographique qui change tout

Pourtant, un peu de raisonnement géographique aurait permis de refroidir l'ardeur des enquêteurs de salon. Yair Netanyahu réside actuellement à Miami, en Floride. Il vit loin des zones de conflit direct, loin des bunkers de Jérusalem et des bases militaires du nord d'Israël. Son silence, bien que troublant au vu de son habitude de surconsommation de réseaux sociaux, peut s'expliquer par une multitude de raisons bien moins dramatiques : une panne d'internet, une fatigue numérique, ou simplement une mise en garde discrète liée à la situation de son père.

Il est probable que dans un contexte de guerre totale, la famille proche reçoive des consignes de sécurité strictes, voire l'ordre de ne pas exposer sa vie privée pour éviter de donner des indices à l'ennemi. De plus, comme le rappelle le Hindustan Times, des fausses photos montrant un Netanyahu blessé ont également circulé en ligne, ajoutant à la confusion. Mais les théoriciens du complot préfèrent souvent l'explication dramatique à l'explication rationnelle. Le contexte géographique de Miami a été largement ignoré au profit du récit d'une « tragédie silencieuse », illustrant une erreur classique de lecture : oublier la réalité physique pour se concentrer uniquement sur l'ombre portée des écrans.

« Je mourrais pour un café » : la réponse masterclass de Netanyahu

Après des heures de chaos, de suppositions et de vidéos truquées, il fallait une réponse. Pas un communiqué de presse écrit par un attaché de presse anonyme, ni une déclaration formelle d'un porte-parole. Seule une présence réelle, charismatique, pouvait couper court à tout ça. Benjamin Netanyahu l'a parfaitement compris. Dimanche après-midi, il a publié une vidéo qui est immédiatement devenue virale, non pas pour son contenu sensationnel, mais pour son humour glaçant et sa simplicité désarmante. Une riposte politique maîtrisée qui a eu l'effet d'un seau d'eau froide sur les braises de la rumeur.

Un café crème dans les collines de Jérusalem

La scène se déroule dans une pâtisserie située dans les collines de Jérusalem. Le cadre est bucolique, presque apaisant, à des années-lumière des images de guerre et de ruines que la toile s'imaginait quelques heures plus tôt. On voit Netanyahu entrer, commander un café, discuter gentiment avec la caissière et s'installer. C'est une mise en scène imparfaite, naturelle, sans artifice, qui contraste violemment avec les productions high-tech des deepfakes dont on l'accusait. Selon Reuters, le Premier ministre y discute même avec son assistant, une scène du quotidien qui ne laisse aucune place au doute.

En se montrant en public, dans un lieu ouvert et animé, il réalise un exploit de communication. Il ne cherche pas à justifier, ni à s'expliquer longuement. Il montre, tout simplement. L'ambiance est détendue, presque normale. Cette « normalité » est la pire des insultes pour les rumeurs qui annonçaient sa fin brutale. C'est un rappel brutal que malgré les missiles, les menaces et les guerres de l'information, la vie continue, et que lui est toujours là pour la diriger. Le message est clair : la propagande iranienne a échoué. 

Portrait du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou en chemise noire sur fond bleu.
Portrait du Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou en chemise noire sur fond bleu. — (source)

« Tu veux compter mes doigts ? » : le clapback viral

Mais c'est la réplique finale qui a transformé cette vidéo en mème instantané. S'adressant directement à la caméra, et par extension aux millions d'utilisateurs de X qui s'étaient interrogés sur son anatomie supposée, Netanyahu lance avec un sourire en coin : « Je mourrais pour un café, comme je mourrais pour mon peuple ». Puis, levant ses deux mains devant l'objectif pour les exhiber, il ajoute : « Tu veux compter combien de doigts j'ai ? ».

Le coup de génie est total. En une phrase, il reprend l'accusation absurde des « six doigts » pour la transformer en une punchline. Il répond aux théoriciens du complot sur leur propre terrain, avec une ironie mordante qui désamorce complètement leur argumentaire. Il ne s'offusque pas, il se moque. Ce « clapback » politique est d'une efficacité redoutable. Il ridiculise ses adversaires sans avoir besoin de monter au créneau militairement. C'est une leçon de communication moderne : l'humour, surtout lorsqu'il est basé sur les critiques les plus ridicules de ses ennemis, est une arme bien plus puissante que n'importe quel démenti formel. India Today note d'ailleurs que malgré cette vidéo éclatante, certains utilisateurs persistaient encore à crier au deepfake, montrant à quel point la défiance envers les images est devenue chronique.

Les fake news comme arme de guerre : ce que cette rumeur révèle du conflit Iran-Israël

Si l'on peut sourire de la théorie des six doigts et de la conclusion en café, il ne faut pas pour autant sous-estimer la gravité de ce qui s'est passé. Cette rumeur n'est pas un simple « hoax » anecdotique, un gag d'internet qui aurait mal tourné. Elle est le symptôme d'une réalité bien plus sombre : la guerre entre l'Iran et Israël ne se joue plus seulement sur les terrains militaires, mais aussi et surtout dans nos flux d'information. La désinformation est devenue une composante structurelle du conflit, une arme à part entière utilisée pour semer le trouble.

Le terrain informationnel comme extension du champ de bataille

Les analystes le répètent depuis des années : nous sommes entrés dans l'ère de la « guerre hybride ». Sur le plan strictement militaire, l'Iran peut subir des échecs face à la précision des frappes israélo-américaines qui ont débuté fin février. Pour compenser, Téhéran investit massivement dans ce que l'on appelle le « terrain informationnel ». L'objectif n'est pas de détruire une cible physique, mais de saper la confiance du public ennemi, de créer de la panique et de diviser les sociétés.

La rumeur sur la mort de Netanyahu est une opération tactique typique de cette approche. Elle ne coûte rien financièrement, mais elle mobilise les ressources adverses : les services de sécurité israéliens ont dû perdre du temps à démentir, les médias mondiaux ont dû couvrir l'histoire au lieu d'autres sujets, et l'opinion publique a été inquiétée. C'est une façon de frapper l'adversaire là où il est le plus vulnérable psychologiquement. En bombardant l'espace numérique de faux récits, on espère rendre la vérité inaudible. C'est une guerre du sens, où le « fake » est roi et où la réalité devient une opinion parmi d'autres.

Pourquoi les rumeurs de mort sont des classiques de la propagande

Historiquement, annoncer la mort d'un dirigeant ennemi est une tactique de propagande vieille comme le monde. Durant la Seconde Guerre mondiale, la radio a souvent servi à annoncer la disparition de chefs d'état-majors pour démoraliser les troupes. La différence aujourd'hui, c'est l'amplification technologique. Avec les réseaux sociaux, une rumeur peut faire le tour de la planète en quelques minutes, sans aucun contrôle ni filtrage.

L'Iran l'a bien compris : en visant personnellement Netanyahu, ses proches et d'autres figures du Mossad, ils cherchent à cibler le « nœud gordien » du pouvoir israélien. Si l'on peut faire croire que le commandement est décapité, l'effet sur le moral de la nation peut être dévastateur. Mais c'est une stratégie à double tranchant. Si le dirigeant réapparaît, comme ce fut le cas ce dimanche, l'effet boomerang peut décrédibiliser durablement l'auteur de la rumeur. Néanmoins, dans une guerre longue et épuisante, le but n'est pas toujours de gagner une bataille d'image, mais d'user l'adversaire par un flux constant de désinformation qui finit par éroder la confiance dans toutes les institutions.

Conclusion : 24h de fake news, une leçon pour la prochaine fois

Cette folle journée du 15 mars 2026 restera certainement dans les annales du numérique comme un cas d'école. En l'espace de 24 heures, nous avons vu naître, grandir et mourir une rumeur d'une ampleur planétaire, portée par une mécanique de propagation effrayante. 11 millions de vues, des milliers de paniques, des théories fumeuses sur des deepfakes et une ironie finale sur un café crème. C'est un cycle complet de la vie de l'information à l'ère des réseaux sociaux, une boucle infernale dont nous sommes à la fois les consommateurs et les relais.

Le « dying for coffee » restera dans les annales

Il y a fort à parier que l'expression « Dying for coffee » de Netanyahu deviendra une référence culte dans les manuels de communication politique. Elle résume à elle seule la capacité d'un dirigeant à reprendre le contrôle d'une narration qui lui échappait. Face à une machinerie de propagande sophistiquée, une simple vidéo, mal cadrée mais authentique, a suffi à tout faire s'écrouler. C'est une victoire de l'imperfection humaine sur la perfection algorithmique. Le geste de monter ses doigts, de tenir une tasse, de sourire à la caméra, ces petites choses sont les ultimes remparts contre le mensonge industrialisé.

La prochaine rumeur est déjà en route

Cependant, il ne faut pas se réjouir trop vite. Ce n'était pas la première fake news, et ce ne sera malheureusement pas la dernière. La désinformation est devenue une arme structurelle des conflits modernes, un réflexe pavlovien des belligérants qui cherchent à frapper l'opinion avant même de frapper les troupes. La question qui se pose désormais est collective : saurons-nous, la prochaine fois, réagir avec plus de discernement ?

Cette situation met en lumière la rapidité avec laquelle nous acceptons l'invraisemblable dès qu'il alimente une histoire captivante. Il est donc essentiel de garder un esprit critique en tout temps. Comme nous l'a démontré cet épisode, la distinction entre les fictions du web et les réalités géopolitiques n'a jamais été aussi floue. On ne peut souhaiter que notre prochain « café » ne sera pas servi avec une nouvelle dose de panique artificielle.

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Questions fréquentes

Pourquoi parle-t-on des six doigts de Netanyahu ?

Une rumeur affirmait qu'une vidéo officielle était un deepfake car un artefact visuel donnait l'impression que le Premier ministre avait six doigts. Netanyahu a tourné cette accusation en dérision en montrant ses mains lors d'une vidéo réponse.

Qui est à l'origine de la rumeur sur la mort de Netanyahu ?

L'article attribue cette désinformation à une offensive iranienne sur le terrain informationnel. Des comptes proches des Gardiens de la Révolution ont relayé des menaces visant à déstabiliser Israël.

Comment Netanyahu a-t-il démenti les rumeurs ?

Il a publié une vidéo filmée dans une pâtisserie à Jérusalem où il commande un café et discute. Il a ironiquement proposé de compter ses doigts pour prouver qu'il n'est pas une création de l'IA.

Quel rôle a joué l'IA Grok dans cette affaire ?

L'intelligence artificielle Grok a dû intervenir sur la plateforme X pour modérer la panique. Elle a confirmé que Benjamin Netanyahu n'était pas mort et que les vidéos circulantes n'étaient pas des preuves de son décès.

Sources

  1. La rumeur sur la mort de Netanyahou, symbole d’une guerre où le fake est roi · leparisien.fr
  2. Visé par des rumeurs, Benjamin Netanyahu dément sa mort : Actualités - Orange · actu.orange.fr
  3. bfmtv.com · bfmtv.com
  4. hindustantimes.com · hindustantimes.com
  5. hindustantimes.com · hindustantimes.com
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Chloé Jabot @buzz-tracker

Je vis sur TikTok comme d'autres vivent sur Terre. À 22 ans, j'ai déjà prédit trois tendances virales avant qu'elles n'explosent – dont un challenge dance que j'ai vu naître dans un live à 3h du matin. Étudiante en communication digitale à Paris, je stage dans une agence qui surveille les réseaux sociaux pour des grandes marques. Mon feed For You est tellement bien calibré que mes amis m'envoient des screenshots pour savoir si c'est « encore tendance » ou « déjà cringe ». Réponse en moins de 10 secondes, toujours.

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