Enseigne de la marque IKKS sur un mur en pierre.
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Réouverture de magasins, employés réembauchés : IKKS veut se relancer après sa reprise

Six mois après son dépôt de bilan, IKKS renaît grâce à ses nouveaux repreneurs : réouverture de magasins, réembauche de salariés, investissement de 17 millions d'euros et un plan ambitieux pour séduire la génération Z sans trahir ses clients...

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Six mois après le dépôt de bilan qui a failli anéantir l'emblématique marque de prêt-à-porter française, IKKS renaît de ses cendres. Les nouveaux propriétaires Santiago Cucci et Michaël Benabou ont présenté un plan de relance ambitieux ce 17 juin 2026, avec des réouvertures de boutiques, des réembauches et un investissement de 17 millions d'euros. Retour sur une renaissance qui pourrait redessiner l'avenir de la mode milieu de gamme en France. 

Enseigne de la marque IKKS sur un mur en pierre.
Enseigne de la marque IKKS sur un mur en pierre. — (source)

Le redressement qui a tout changé

L'histoire d'IKKS est celle d'un contraste violent. En octobre 2025, le groupe fondé en 1987 dans le Maine-et-Loire est placé en redressement judiciaire. La nouvelle tombe comme un couperet : 473 points de vente en France et à l'international, 1 287 salariés dans le monde, une marque qui avait habillé des générations entières — tout semble sur le point de s'effondrer.

Deux mois plus tard, le 12 décembre 2025, le tribunal des activités économiques de Paris rend sa décision. Sur une dizaine de candidats au rachat, dont le groupe Verdoso (propriétaire de The Kooples) et Amoniss (maison mère de Pimkie), ce sont Santiago Cucci et Michaël Benabou qui l'emportent. Le prix de la reprise est fixé à 700 000 euros, mais le vrai coût est ailleurs : près de la moitié des 1 094 emplois français sont supprimés. Sur les 473 magasins, seuls 119 points de vente en propre et 100 affiliés sont conservés. Le choc est immense pour les équipes, les clients et tout l'écosystème textile français. 

Magasin IKKS Women vu de la rue avec des passants.
Magasin IKKS Women vu de la rue avec des passants. — (source)

De 473 magasins à la quasi-disparition : le choc de l'hiver 2025

Les chiffres donnent le vertige. Entre 2022 et 2024, le chiffre d'affaires d'IKKS est passé de 310 millions d'euros à 233 millions, avec des pertes nettes de plusieurs dizaines de millions. Le groupe s'était fragilisé en multipliant les marques : à côté de la griffe historique, il gérait One Step et I.Code, sans parvenir à clarifier son positionnement.

Juste avant Noël 2025, plus de 250 boutiques ferment leurs portes. Les employés apprennent la nouvelle par la presse ou lors de réunions d'urgence. Dans les centres commerciaux, les rideaux de fer tombent sur des espaces qui avaient fait la fierté des équipes. Le tribunal ne retient que 92 magasins en propre, représentant 341 emplois directs, auxquels s'ajoutent 27 corners aux Galeries Lafayette (44 emplois) et 161 postes au siège. Au total, environ 520 salariés sont conservés, dont 400 en CDI.

Le redressement judiciaire dans la mode a frappé dur. IKKS rejoint une longue liste d'enseignes en difficulté : Jennyfer, Kaporal, Naf Naf, Comptoir des Cotonniers. Mais contrairement à certaines, la marque a trouvé des repreneurs prêts à miser sur elle.

« On a tout changé » : six mois plus tard, les premiers signes de vie

Le 17 juin 2026, Santiago Cucci prend la parole devant la presse. Son ton est direct, presque brutal. « C'était un désastre », lâche-t-il en évoquant l'état dans lequel il a trouvé l'entreprise. Mais les actes parlent plus fort que les mots. 

Une passante observe la vitrine d'un magasin IKKS, symbole des difficultés du prêt-à-porter.
Une passante observe la vitrine d'un magasin IKKS, symbole des difficultés du prêt-à-porter. — (source)

En six mois, les repreneurs ont rouvert « plus de dix » magasins supplémentaires au-delà de ceux déjà repris en décembre. Une trentaine d'anciens salariés licenciés ont été rappelés en CDI. La dette contractée lors du redressement a été intégralement remboursée. Et surtout, 17 millions d'euros ont été injectés pour relancer la machine. Le plan prévoit une croissance à deux chiffres pour 2027 et un chiffre d'affaires dépassant 120 millions d'euros en 2026.

L'hiver 2025 semble loin. Mais la route reste longue.

Les deux hommes derrière la résurrection d'IKKS

Pourquoi le tribunal a-t-il choisi ce duo plutôt que les offres concurrentes de Faguo, Beaumanoir ou Amoniss ? La réponse tient en un mot : la complémentarité. Santiago Cucci apporte l'expertise produit et la connaissance des marques de mode traditionnelles. Michaël Benabou, cofondateur de Veepee, amène la culture du digital et les moyens financiers. Ensemble, ils forment un binôme qui coche toutes les cases d'une reprise réussie.

Santiago Cucci, l'expert du denim qui a sauvé Dockers

À 56 ans, ce Basque originaire du Pays basque français a un CV qui impressionne. Après des débuts chez Quiksilver, il passe par Marc Jacobs, Kaporal, puis rejoint Levi Strauss & Co. où il devient Senior Vice President pour l'Amérique du Nord. Chez Levi's, il ne se contente pas de gérer : il réinvente la marque Dockers, ouvre 120 magasins et crée les premiers espaces dédiés aux femmes. En 2020, il devient PDG de Dockers et parvient à redynamiser la marque.

Mais Cucci n'est pas qu'un homme de mode. Entre 2023 et 2024, il occupe le poste de président exécutif par intérim de l'Olympique Lyonnais, succédant à Jean-Michel Aulas. Une parenthèse sportive qui lui a appris à gérer des crises sous pression médiatique. Aujourd'hui, il reprend IKKS avec la même détermination. « Nous sommes ravis de reprendre cette marque française iconique », confie-t-il au Figaro. « Nous sommes convaincus que c'est une marque à potentiel, qui peut naviguer à travers les tempêtes. » 

Magasin IKKS General Store, l'un des 77 points de vente menacés de fermeture.
Magasin IKKS General Store, l'un des 77 points de vente menacés de fermeture. — (source)

Michaël Benabou, le roi du e-commerce au secours du retail

Si Cucci est l'homme du produit, Benabou est celui du business model. Cofondateur de Veepee (ex-vente-privée.com), il a bâti l'un des plus grands sites de ventes événementielles en Europe. Son expertise du commerce digital et de la gestion des stocks est un atout majeur pour une marque qui doit repenser sa distribution.

Benabou sera l'actionnaire majoritaire d'IKKS, tandis que Cucci prendra la direction opérationnelle. Leur vision est claire : « Le style et la qualité sont les points forts d'IKKS, explique Benabou. On ne va pas tout casser, il y a un style et une qualité reconnue. Notre challenge est de rendre la marque à nouveau désirable. »

Réouverture des boutiques et réembauches : la relance en actes

Le plan de relance n'est pas un vague communiqué de presse. Il se traduit par des gestes concrets qui changent la vie des salariés et des clients. Les portes rouvrent, les gens retrouvent leur poste, et l'activité reprend dans des zones stratégiques.

Dix magasins de plus : où sont les nouvelles adresses et qu'attendre des collections ?

Les repreneurs ont rouvert « plus de dix » magasins supplémentaires par rapport au périmètre initial de décembre 2025. Ces réouvertures ne sont pas le fruit du hasard : elles ciblent des zones à fort potentiel de trafic où la marque conserve un capital sympathie intact. À cela s'ajoute la récupération de la filiale espagnole, qui comprend 9 magasins et 17 corners. L'Espagne devient ainsi le premier marché international d'IKKS.

Côté collections, Cucci promet de clarifier l'identité produit. Exit le mélange des genres entre One Step et I.Code, place à une proposition mode homme/femme claire et cohérente. La marque se recentre sur son cœur de cible : les 25-45 ans, actifs, urbains, en quête de vêtements de qualité à prix justes. 

Boutique IKKS Junior avec vitrine et amplificateurs Marshall.
Boutique IKKS Junior avec vitrine et amplificateurs Marshall. — (source)

Les nouvelles stratégies des magasins montrent qu'IKKS mise sur le commerce de proximité et l'expérience client plutôt que sur la course aux mètres carrés.

Trente ex-salariés rappelés : le symbole fort du plan social inversé

Dans un secteur textile qui taille dans les effectifs — Pimkie, Camaïeu, Naf Naf — le geste est rare et fort. Trente anciens salariés qui avaient été licenciés en décembre 2025 ont été rappelés. Ils retrouvent leur poste en CDI, dans les boutiques rouvertes ou au siège.

Ce n'est pas qu'une opération de communication. C'est un signal politique envoyé aux consommateurs : IKKS ne veut pas être une marque qui licencie et disparaît. Elle veut être celle qui reconstruit. Les trente salariés rappelés deviennent les ambassadeurs de cette renaissance. Ils connaissent les produits, les clients, les process. Leur retour accélère la remise en route des magasins et rassure les équipes restantes.

Le grand chantier intérieur : des prix clairs et une identité retrouvée

Rouvrir des magasins ne suffit pas. Le fond du problème d'IKKS, c'est un modèle économique qui s'est effondré sous le poids des promotions permanentes, d'une image brouillée et de systèmes informatiques obsolètes. Les repreneurs attaquent ces chantiers de front.

« Fin de la promotion permanente » : la révolution silencieuse des étiquettes

Santiago Cucci est catégorique dans son interview à FashionNetwork : « Vous ne pouvez pas afficher un prix puis être en promotion permanente derrière. Donc nous allons rajouter de la clarté pour le consommateur sur la grille de prix, notamment en entrée de saison. »

C'est un aveu que la marque a dilué sa valeur en pratiquant des rabais permanents. Les clients avaient pris l'habitude d'attendre les soldes pour acheter, ce qui détruisait les marges et dévalorisait l'image de la marque. La nouvelle stratégie repose sur des prix justes dès le départ, une moindre dépendance aux périodes de soldes, et une montée en gamme perçue.

Pour les consommateurs, le changement sera visible dans les boutiques : les étiquettes afficheront un prix unique, sans faux rabais. Pour la marque, c'est un pari risqué mais nécessaire. Dans un marché où Shein et Temu vendent des t-shirts à 3 euros, IKKS ne peut pas jouer la guerre des prix. Elle doit jouer celle de la qualité et de la transparence.

Un système informatique « d'un autre âge » remis à niveau

Cucci le dit lui-même : l'informatique d'IKKS était un frein concurrentiel majeur. Impossible de gérer correctement les stocks entre le site e-commerce et les magasins, impossible d'offrir une expérience omnicanale fluide. Les clients ne pouvaient pas voir un produit en ligne et le retirer en magasin, ni bénéficier d'un service après-vente efficace.

L'investissement dans la data et la supply chain est donc prioritaire. C'est le domaine où Michaël Benabou apporte son expertise tech, forgée chez Veepee. L'objectif est clair : permettre au client de naviguer sans couture entre le digital et le physique. Une commande passée sur le site doit pouvoir être retirée en boutique en deux heures. Un retour doit être traité en 48 heures.

Les stratégies d'entreprise dans le retail montrent que l'omnicanalité n'est plus un luxe : c'est une condition de survie.

Faire oublier le « vintage ringard » : le pari de la génération Z

IKKS est une marque iconique pour les trentenaires et quadras. Mais pour les 16-25 ans, elle évoque souvent les vêtements que portaient leurs parents. Le défi est immense : comment séduire la génération Z sans trahir les clients historiques ?

Entre made in France et durabilité, les nouvelles valeurs obligatoires d'IKKS

La génération Z exige de la transparence et des engagements éco-responsables. Les marques qui ne peuvent pas prouver leur traçabilité ou leurs efforts environnementaux sont écartées. IKKS doit donc construire une politique RSE crédible.

Le plan de Cucci mentionne-t-il le made in France ? Les sources sont discrètes sur ce point. Mais la « clarté des prix » promise par le nouveau PDG peut être interprétée comme une forme d'honnêteté qui parle aux jeunes consommateurs. Une marque qui ne triche pas sur ses prix, qui assume ses coûts de production et qui communique sur sa qualité a une chance de séduire une génération lassée du greenwashing. 

Devanture d'une boutique IKKS avec panneaux de soldes.
Devanture d'une boutique IKKS avec panneaux de soldes. — (source)

Reste à savoir si IKKS ira jusqu'à relocaliser une partie de sa production, ou si elle se contentera d'un marketing responsable. La question est ouverte.

Comment conquérir TikTok sans trahir les trentenaires nostalgiques ?

Le piège de la mode 2000 est bien connu : capitaliser sur le revival Y2K pour attirer la Gen Z tout en restant crédible pour les clients historiques. Cucci dit « ne pas vouloir tout casser ». Le risque est de paraître daté aux yeux des jeunes, sans pour autant satisfaire les nostalgiques.

Faut-il des collaborations TikTok, un relooking de logo, une ligne streetwear ? Les sources n'apportent pas de réponse. Ce silence en dit long sur la difficulté de l'exercice. IKKS doit naviguer entre deux eaux : rester fidèle à son ADN de marque française chic et décontractée, tout en parlant le langage des réseaux sociaux.

La mode milieu de gamme est prise en étau entre le luxe et l'ultra fast-fashion. Pour exister, IKKS doit incarner une alternative durable, locale et désirable. Mais le chemin est étroit.

Cap sur l'international : quand IKKS veut sortir de sa zone de confort

La dépendance au marché français a été l'une des causes de la chute d'IKKS. Les repreneurs veulent corriger le tir.

97% du chiffre d'affaires en France : un risque géant que les repreneurs veulent écarter

Santiago Cucci est catégorique : « Aujourd'hui, 97% de notre chiffre d'affaires est fait en France. On est dépendant d'un seul pays et de sa macroéconomie, je ne suis pas habitué. Demain, on sera sur plusieurs pays. »

La reprise de la filiale espagnole (9 magasins, 17 corners) est la première pierre de cette expansion. L'expérience internationale de Cucci — il a dirigé Levi's et Dockers aux États-Unis — donne du crédit à cette ambition. Il connaît les rouages de l'export, les partenariats avec les grands magasins, les spécificités des marchés européens.

L'export textile français est un secteur en pleine mutation. Les marques qui réussissent à l'international sont celles qui conservent leur identité tout en s'adaptant aux goûts locaux. IKKS devra trouver cet équilibre.

Conclusion : Le pari IKKS peut-il vraiment marcher ?

Santiago Cucci et Michaël Benabou ont fait ce que peu de repreneurs osent : injecter des liquidités, rouvrir des magasins et réembaucher. Le signal est puissant. Pourtant, le pari est vertigineux. Le marché du milieu de gamme est laminé par l'ultra fast-fashion (Shein, Temu) et la seconde main. Les 17 millions d'euros permettent de respirer, mais la désirabilité ne s'achète pas.

Au-delà des investissements, le succès d'IKKS se jouera sur sa capacité à renouer avec une identité perdue, entre piège de la nostalgie et exigences radicales de la génération Z. Si la marque parvient à incarner une mode durable, locale et désirable sans tomber dans le « vintage vieillot », alors la renaissance sera réelle. Le verdict tombera dans les yeux des jeunes consommateurs, devant leurs écrans TikTok — ou pas.

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Questions fréquentes

Qui a repris IKKS en 2025 ?

Santiago Cucci et Michaël Benabou ont repris IKKS en décembre 2025 pour 700 000 euros. Cucci est l'expert produit et ancien dirigeant de Levi's, tandis que Benabou, cofondateur de Veepee, apporte son expertise digitale et financière.

Combien de magasins IKKS rouvrent après la reprise ?

En juin 2026, plus de dix magasins supplémentaires ont rouvert au-delà des 119 points de vente conservés en décembre 2025. La filiale espagnole, avec 9 magasins et 17 corners, a également été récupérée.

Pourquoi IKKS arrête les promotions permanentes ?

Santiago Cucci a décidé de mettre fin aux rabais permanents qui diluaient la valeur de la marque et détruisaient les marges. Désormais, IKKS affiche des prix uniques dès l'entrée de saison pour restaurer sa crédibilité et sa désirabilité.

Quel est le plan d'expansion internationale d'IKKS ?

IKKS veut réduire sa dépendance au marché français, qui représente 97 % de son chiffre d'affaires. La reprise de la filiale espagnole est la première étape, avec l'objectif de se développer sur plusieurs pays grâce à l'expérience internationale de Cucci.

Sources

  1. capital.fr · capital.fr
  2. fashionnetwork.com · fashionnetwork.com
  3. fashionnetwork.com · fashionnetwork.com
  4. fashionunited.fr · fashionunited.fr
  5. fashionunited.fr · fashionunited.fr
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Sarah Lebot @world-watcher

Journaliste en herbe, je synthétise l'actu mondiale pour ceux qui n'ont pas le temps de tout suivre. Étudiante en journalisme à Sciences Po Lille, je contextualise les événements sans prendre parti. Mon objectif : rendre l'info accessible et compréhensible, surtout pour ma génération. Pas de jargon, pas de sensationnalisme – juste les faits et leur contexte. Parce que comprendre le monde, c'est le premier pas pour le changer.

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