Salut à tous ! Aujourd’hui, je vous emmène dans un voyage au cœur de l’une des villes les plus fascinantes et chaotiques du monde : Karachi. Mais on ne va pas parler de tourisme. On va plonger dans l’histoire brute d’un homme qui est devenu une légende urbaine, un mythe moderne qui divise encore la mémoire collective. Imaginez un peu : un gars né dans les rues poussiéreuses de Lyari, qui finit par contrôler une ville entière par la peur et, paradoxalement, par une certaine forme de justice sociale. En tant qu’étudiante en psychologie, ce qui me fascine dans le parcours de Rehman Dakait, c’est la manière dont l’environnement et les traumatismes peuvent façonner un être humain jusqu’à en faire une figure quasi mythique. Accrochez-vous, car l’histoire d’Abdul Rehman Baloch est tout sauf un conte de fées.
Lyari : le berceau de la légende
Pour comprendre qui était Rehman Dakait, il faut d’abord comprendre d’où il vient. Lyari n’est pas un simple quartier de Karachi. C’est une ville dans la ville, souvent comparée à un microcosme vibrant, violent et incroyablement résilient. Situé au cœur de la métropole économique du Pakistan, Lyari a longtemps été synonyme de culture, de boxe, de football, mais aussi, inévitablement, de criminalité.
C’est dans ce contexte, fait de rues étroites et d’une densité de population étouffante, que le jeune Abdul est né en 1980. Dans le milieu de la psychologie sociale, on parle beaucoup de l’impact du “voisinage” sur le développement de l’enfant. Imaginez grandir là, où l’État est souvent absent, où la police est vue comme une force d’occupation plutôt que comme un protecteur, et où les seules structures qui offrent une forme de stabilité sont les groupes locaux. Lyari était un terrain fertile pour la formation de gangs, non pas par simple goût du crime, mais souvent comme un moyen de survivre et de protéger sa communauté.
Une identité complexe
Lyari a une âme. C’est un endroit fier, avec une forte conscience de classe et une identité culturelle marquée. Les habitants se sentent souvent marginalisés par le reste de Karachi, une ville cosmopolite et riche. Ce sentiment d’injustice crée un terreau propice à l’émergence de figures “justicières”. Rehman n’a pas juste grandi dans un quartier difficile ; il a grandi en portant le poids de toute une région qui se sentait oubliée par les pouvoirs publics.
Le dynamisme de ce quartier, mêlé à une pauvreté endémique, a forgé le caractère de ceux qui, comme Rehman, ont choisi la voie de l’illégalité pour s’élever. C’est l’histoire classique de la “main de fer” qui règne là où la loi échoue. Pour beaucoup de jeunes de Lyari, le gangster n’était pas un criminel, mais le seul moyen d’accéder au pouvoir et à la reconnaissance dans une société qui leur offrait peu d’opportunités légales.
La géographie du pouvoir
À Karachi, le contrôle du territoire est vital. Lyari, avec ses ruelles en labyrinthe, offre un avantage tactique certain aux groupes locaux. Connaître chaque recoin, chaque passage secret, c’est avoir une longueur d’avance sur la police. Rehman a utilisé cette géographie à son avantage, transformant son quartier en une forteresse imprenable pendant de nombreuses années. C’est cette intimité avec le terrain qui a permis à son gang, le Peoples’ Aman Committee, de devenir une force avec laquelle il fallait compter.
Une jeunesse marquée par le doute et la violence

L’histoire familiale de Rehman Dakait est, psychologiquement parlant, un véritable casse-tête. Elle nous rappelle à quel point nos origines et nos relations parentales peuvent influencer notre destin. Rehman est officiellement né de Haji Abu Da’ad Muhammad, également connu sous le nom de Dadal, un homme d’origine Balouche iranienne, et de sa troisième épouse, Khadija Bibi. Mais la réalité, comme souvent dans les sagas familiales complexes, est un peu plus floue.
Dès le plus jeune âge, Rehman a été confronté à des questions d’identité et de légitimité. Dans une société traditionnelle où le nom du père et la lignée sont primordiaux, le doute sur sa paternité a pu créer une faille psychologique majeure. Ce besoin de prouver sa valeur, d’affirmer son autorité, peut souvent découler d’un sentiment d’insécurité fondamental sur ses propres origines.
Le mystère de la paternité. Iqbal “Babu” Dakait, qui était une figure du crime établie, a affirmé plus tard être le père biologique de Rehman. Imaginez un instant la tête du jeune homme : d’un côté, un père officiel, un iranien balouche respectable ; de l’autre, un parrain de la pègre qui réclame sa paternité. Cette revendication n’est pas anecdotique. Elle a probablement servi de catalyseur. En prenant le nom de “Dakait”, Rehman ne choisissait pas seulement un surnom de rue, il s’inscrivait dans une lignée de violence et de pouvoir. C’est un mécanisme de défense classique : si le monde me voit comme un fils de criminel, je deviendrai le meilleur criminel possible. C’est une façon de reprendre le contrôle sur une histoire familiale chaotique.
Le traumatisme fondateur : la mort de sa mère
C’est ici que l’histoire bascule du drame familial à la tragédie pure. Selon les rapports de la police du Sind et les rumeurs qui ont circulé dans les rues de Lyari, Rehman a commis l’impensable le 18 septembre 1995. On raconte que ce jour-là, il a tué sa propre mère, Khadija Bibi.
En tant que future psychologue, j’ai du mal à conceptualiser la violence d’un tel acte. Mais en creusant un peu, on trouve des éléments qui, sans jamais justifier le meurtre, aident à comprendre la rupture psychologique qui s’est opérée. La rumeur la plus tenace raconte que Rehman, jeune homme en colère, était parti pour tuer Babu Dakait lors d’une querelle. Au moment fatidique, Babu lui aurait lancé une révélation dévastatrice : il prétendait avoir eu une liaison avec la mère de Rehman.
L’effet domino émotionnel
Imaginez la tempête émotionnelle. La trahison par l’homme que l’on considère comme un père, l’humiliation, et cette idée fausse mais destructrice que la mère a été complice. Dans un accès de rage aveugle, retourné contre lui-même et contre ceux qu’il aimait, il aurait porté un coup fatal à sa mère. C’est, psychologiquement, l’effondrement total du monde intérieur. Après un tel acte, la barrière de la morale et de l’interdit est brisée définitivement. C’est souvent ce qu’on observe chez les criminels les plus dangereux : il y a un “avant” et un “après” ce premier crime irréparable. Ce jour-là, le jeune Abdul est mort, et Rehman Dakait, le gangster sans pitié, est véritablement né.
La fin de l’innocence
Cet événement a marqué la fin de toute possibilité de vie normale. Rejeté par la société, hanté par son propre acte, il s’est réfugié dans la seule chose qui ne le jugeait pas : le crime organisé. C’est une spirale triste mais logique. Plus on commet d’actes violents, plus on s’endurcit. On se construit une carapace pour ne plus ressentir la douleur de la culpabilité. Pour Rehman, la criminalité est devenue une armure, un moyen d’exister dans un monde où il s’était lui-même exclu de la famille et de la normalité.
L’ascension vers le pouvoir et le Peoples’ Aman Committee
Une fois passée cette étape critique, Rehman n’a pas cherché à se cacher. Au contraire, il a commencé à gravir les échelons de la hiérarchie du underworld karachiite avec une rapidité déconcertante. Il ne s’est pas contenté d’être un petit malfrat ; il avait des ambitions de chef d’entreprise, si l’on peut dire.
Il a fondé une organisation qui allait devenir redoutée : le Peoples’ Aman Committee. Le nom lui-même est un chef-d’œuvre de communication politique. “Aman” signifie “paix” en ourdou. Donc, littéralement, le “Comité de la Paix du Peuple”. Ironique, non ? Mais très efficace. Dans des quartiers comme Lyari, où la violence faisait rage, promettre la paix par la force avait un écho certain.
Une alliance politique stratégique
Ce qui a distingué Rehman Dakait des autres brigands de la région, c’est son sens aigu de la politique. Il a affilié son groupe au Pakistan People’s Party (PPP), l’un des principaux partis politiques du pays. C’était une alliance gagnant-gagnant. Le parti avait besoin de “bras armés” pour contrôler le vote et le terrain dans des zones difficiles, et Rehman avait besoin d’une couverture politique pour opérer en toute impunité.
Cette relation toxique entre la politique et le crime est un sujet d’étude fascinant. Elle permet à des gens comme Rehman de devenir intouchables pendant longtemps. Ils offrent des services à la population — distribution d’eau, résolution de conflits, aide aux plus démunis — que l’État ne fournit pas. En échange, le parti politique récolte les voix. C’est ainsi que Rehman est devenu, aux yeux de certains habitants de Lyari, non pas un gangster, mais un “bienfaiteur”.
Le contrôle du territoire
Sous sa direction, le Peoples’ Aman Committee a établi un contrôle quasi total sur Lyari. Il gérait tout, des marchés aux transports, en passant bien sûr par le trafic de drogue et d’armes. C’est ce qu’on appelle dans nos manuels de sociologie une “gouvernance parallèle”. L’État était officiellement présent, mais dans la réalité, c’était Rehman qui faisait la loi.
Son cousin, Sardar Uzair Jan Baloch, a d’ailleurs continué l’œuvre de Rehman après sa mort, montrant que l’organisation était solide et structurée comme une véritable entreprise familiale. Leur capacité à recruter des jeunes désœuvrés, sans perspective d’avenir, a été la clé de leur longévité. Ils offraient un salaire, une identité et un sentiment d’appartenance à des gars qui n’avaient rien d’autre.
Le parrain bienveillant ou le tyran sanguinaire ?

C’est la grande question que tout le monde se pose à propos de ces figures. Rehman Dakait était-il un monstre sans âme ou un produit du système qui essayait, à sa manière, d’aider les siens ? La vérité, comme souvent dans la nature humaine, se trouve probablement dans une zone grise trouble.
D’un côté, il y a les faits. Extorsions, enlèvements, meurtres commandités. Le bilan humain de son action est effrayant. On ne peut pas faire l’impasse sur les vies brisées par son organisation. La terreur qu’il inspirait était réelle. Les commerçants payaient l’impôt révolutionnaire sous la menace des armes, et ceux qui s’opposaient à lui disparaissaient.
L’ombre de Robin des Bois
Mais de l’autre côté, il y a ce mythe du “Robin des Bois des temps modernes” qui persiste à Lyari. Il y a des histoires, peut-être embellies par le temps, de lui payant les dots de jeunes filles pauvres ou aidant les familles en détresse. C’est ce qui rend l’analyse psychologique si complexe. Est-ce de la pure manipulation pour acheter la paix sociale, ou y avait-il une véritable part d’empathie chez lui ?
personnellement, je penche pour un mélange des deux. Je pense qu’il avait conscience des injustices que subissait son peuple. Ayant lui-même souffert, il voulait peut-être empêcher que d’autres endurent la même misère. Mais il a utilisé des méthodes abjectes pour y parvenir. C’est la contradiction fascinante de l’homme : capable de tuer sa mère dans un moment de folie, mais aussi capable de verser des larmes pour sa communauté. C’est ce qui fait de lui un personnage tragique et non pas un simple criminel banal.
Une figure mythique urbaine
À Karachi, et particulièrement à Lyari, Rehman Dakait est devenu bien plus qu’un homme. Il est devenu une légende urbaine, un mythe. On raconte des histoires sur lui comme on raconte des contes. Les gens lui attribuent des pouvoirs surnaturels, une invincibilité. Cette dimension mythique est essentielle pour comprendre pourquoi il a pu survivre aussi longtemps. Plus on le dépeint comme invincible, plus la police a peur de l’affronter, et plus son légende se renforce. C’est un cercle vicieux qui alimente la criminalité.
La fin tragique d’un mythe vivant
Toutes les légendes ont une fin, et celle de Rehman Dakait s’est terminée dans une fusillade, comme beaucoup l’avaient prédit. Le 9 août 2009, après des années de cavdale et de règne sans partage, Rehman a été abattu par la police de Karachi.
Les circonstances de sa mort sont, elles aussi, entourées de flou et de controverses. Officiellement, il s’agit d’une rencontre violente, une “rencontre policière” comme on les appelle là-bas. Mais les versions divergent. Certains disent qu’il a été pris au dépourvu, d’autres qu’il s’est battu jusqu’au bout.
La confession de Zulfiqar Mirza
Ce qui a rendu l’affaire encore plus surprenante, c’est une déclaration faite plus tard par Zulfiqar Mirza, un homme politique influent de la région et ministre de l’Intérieur du Sind à l’époque. Il a affirmé être celui qui avait tué Rehman Dakait.
Mais là où le récit devient humain, c’est quand Mirza a ajouté qu’il ressentait un “certain mal” pour cette action. Imaginez un peu : un responsable gouvernemental avouant publiquement avoir tué un gangster, mais en admettant ensuite éprouver de la tristesse. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il reconnaissait en Rehman un produit du système qu’il représentait lui-même. Peut-être qu’il voyait là le gâchis d’un homme qui aurait pu être autre chose s’il était né ailleurs. Cette complexité émotionnelle me ramène à ma conviction de base : personne ne naît “méchant”. On le devient par circonstances et choix.
Le vide laissé par sa disparition
La mort de Rehman Dakait n’a pas apporté la paix à Lyari. Au contraire, elle a créé un vide de pouvoir qui a entraîné encore plus de violence. Les gangs rivaux se sont affrontés pour prendre le contrôle du territoire, ce qui a conduit par la suite à l’Opération Lyari dans les années 2010. C’est une opération de grande envergure menée par le gouvernement pour nettoyer le quartier des gangs et des syndicats du crime. Mais c’était un peu trop tard. Le mal était fait, la structure était infiltrée par la violence, et Lyari portait encore les stigmates de l’ère Dakait.
L’empreinte culturelle et le cinéma

Ce qui est fascinant avec les figures comme Rehman Dakait, c’est qu’elles finissent toujours par inspirer les artistes. On ne peut pas raconter une telle histoire sans qu’elle ne se transforme en spectacle. Il était donc logique que le cinéma s’empare de ce personnage complexe pour le porter à l’écran.
Récemment, le film d’espionnage Dhurandhar amis en lumière une facette de cette réalité sombre, même si c’est à travers la lentille du divertissement. Ce qui a marqué les esprits, c’est la performance de l’acteur Akshaye Khanna, qui incarne Rehman Dakait avec une aura à la fois fascinante et terrifiante. Les spectateurs ont été particulièrement touchés par la manière dont le film dépeint le nexus entre le crime et la politique, une chose que nous avons longuement évoquée. Ce qui est intéressant, c’est de voir comment le grand public réagit à ces figures : on est à la fois effrayé par leur violence et attiré par leur charisme.
Le cinéma permet aussi de révéler les dessous des tragédies familiales qui ont touché le clan Dakait, comme la mort du fils de Rehman, Naeem Baloch, lien que les fans les plus attentifs ont rapidement fait avec l’intrigue du film. C’est une façon de montrer que la violence ne s’arrête jamais à celui qui la commet, elle rejaillit toujours sur la génération suivante, créant un cycle interminable de souffrance. Voir ces événements projetés sur écran nous donne une distance de sécurité pour analyser l’impact psychologique de ce mode de vie sur les liens familiaux, un sujet qui me tient particulièrement à cœur.
Conclusion : le miroir brisé d’une société
Voilà, on arrive au terme de cette plongée dans la vie tourmentée de Rehman Dakait. Ce que je retiens de cette histoire, et que je voulais partager avec vous, c’est que derrière le surnom de “Dakait” (le bandit), il y avait un être humain complexe, profondément marqué par ses origines et ses choix. Son parcours n’est pas une justification du crime, loin de là. C’est plutôt un avertissement poignant sur ce qui arrive quand l’État et la société abandonnent une jeunesse entière à elle-même.
Psychologiquement, Rehman est un cas d’école sur l’identité et le trauma. L’ambiguïté de sa paternité, le meurtre de sa mère, son besoin désespéré de contrôler son environnement à Lyari… tout cela构建了 (construit) une personnalité guidée par la peur et l’insécurité. Il est devenu le monstre que la peur a créé. Il nous rappelle que personne ne naît méchant, mais que le milieu et les événements tragiques peuvent briser la moralité d’un individu de manière irréversible.
C’est une leçon de vie, finalement. Elle nous montre à quel point il est crucial d’offrir des structures de soutien, de l’écoute et des opportunités aux jeunes qui grandissent dans des environnements difficiles. Si Rehman avait eu accès à une aide psychologique suite au drame de 1995, ou s’il avait eu une alternative économique autre que le crime, l’histoire de Karachi aurait peut-être été différente.
J’espère que cet article vous aura permis de voir au-delà du simple fait divers. Comprendre l’autre, même dans ses actes les plus sombres, c’est essayer de comprendre comment éviter qu’une telle histoire ne se répète. Prenez soin de vous et des vôtres, et rappelez-vous que l’empathie est souvent la clé pour déverrouiller les mystères les plus sombres de l’âme humaine.