Rappel Cybertruck : des roues qui peuvent se détacher, un onzième problème pour Tesla
Tesla a annoncé un nouveau rappel pour son Cybertruck le 21 avril 2026, cette fois pour un défaut mécanique qui pourrait faire perdre les roues du véhicule. Le constructeur américain a informé l'agence de sécurité routière américaine (NHTSA) qu'une fissure au niveau du rotor de frein peut entraîner la séparation des goujons de roue. Ce rappel, bien que limité à 173 exemplaires, s'ajoute à une longue liste de problèmes techniques qui ternissent l'image du pick-up futuriste.
Un défaut mécanique aux conséquences graves
Le problème concerne spécifiquement les Cybertruck équipés de roues en acier de 18 pouces, la version d'entrée de gamme du véhicule. Selon le rapport officiel soumis à la NHTSA le 21 avril 2026, les véhicules concernés ont été fabriqués entre le 21 mars 2024 et le 25 novembre 2025.
La cause du défaut est mécanique. Lorsque le véhicule subit des perturbations routières sévères ou des virages prononcés, les trous de goujons dans le rotor de frein subissent une contrainte excessive. Avec le temps et l'usage, des fissures peuvent se former. Si ces fissures s'aggravent, le goujon de roue peut se séparer complètement du moyeu. Le conducteur peut d'abord ressentir des vibrations et entendre des bruits suspects venant de l'habitacle, signes avant-coureurs du problème.
Les pièces défectueuses impliquées dans ce rappel sont produites par plusieurs fournisseurs. Maclean Fogg fabrique les écrous de roue, Schaeffler Group USA fournit le moyeu et le roulement, Rassini produit les rotors de frein arrière, et Brembo les rotors avant. Tesla a identifié un cas concret en octobre 2025, lorsqu'un client a signalé des vibrations de freinage inhabituelles.
Pourquoi seulement 173 véhicules concernés ?
Ce chiffre peut sembler faible comparé aux rappels massifs que Tesla a connus. Il s'explique par le fait que la version à propulsion arrière (RWD) avec roues de 18 pouces a été un échec commercial retentissant. Cette variante, présentée comme 10 000 dollars moins chère que la version à quatre roues motrices, n'a trouvé que 173 acheteurs avant d'être abandonnée en novembre 2025.
La production des modèles concernés s'est arrêtée le 25 novembre 2025 en raison de la demande trop faible. Ce chiffre révèle l'ampleur du désintérêt pour cette version économique du Cybertruck, pourtant censée démocratiser l'accès au pick-up électrique. Sur le site MotorSafety, on trouve la liste complète des rappels Tesla, qui ne se limite pas au Cybertruck.
Une série de rappels qui s'allonge
Ce nouveau rappel est le onzième concernant le Cybertruck depuis son lancement commercial en novembre 2023. En deux ans et demi, la liste des problèmes techniques s'allonge de façon préoccupante.
En mars 2025, Tesla a rappelé plus de 46 000 Cybertruck, soit la quasi-totalité de la production, parce que les panneaux de carrosserie en acier inoxydable risquaient de se détacher. La colle utilisée pour fixer cette carapace se fragilisait sous l'effet des éléments environnementaux. Tesla a remplacé l'adhésif par une version plus résistante, renforcée par un colombage soudé et riveté à la structure du véhicule.
En juin 2024, un premier rappel concernait l'habillage de la benne de transport, mal fixé, qui pouvait lui aussi se détacher en roulant. En novembre 2024, un défaut mécanique risquait de causer une perte de puissance pour les roues. En novembre 2025, 6 197 Cybertruck ont été rappelés parce que leurs barres lumineuses optionnelles, collées au pare-brise, pouvaient tomber sur la route.
Une culture d'entreprise en question
La philosophie d'Elon Musk, souvent résumée par l'expression "move fast and break things", semble s'appliquer directement à la conception du Cybertruck. Le véhicule a été présenté en novembre 2019 comme un concept-car révolutionnaire, avec une carrosserie en acier inoxydable présentée comme "invulnérable". Lors de la démonstration, les vitres qualifiées de "pare-balles" ont failli se briser sous le coup d'une masse.
Cette culture de la démonstration tape-à-l'œil au détriment de la fiabilité à long terme se retrouve dans chaque rappel. Le problème des roues qui pourraient se détacher n'a pas été détecté avant la mise en vente, malgré des mois de production. Tesla a attendu qu'un client signale des vibrations pour enquêter.
L'impact sur la réputation de Tesla
La réputation de Tesla comme constructeur automobile sérieux est mise à mal par cette série de rappels. Le Cybertruck devait incarner l'avenir du pick-up électrique, avec un design radical et des performances annoncées comme exceptionnelles. Mais les problèmes techniques s'accumulent plus vite que les ventes.
Le pick-up a été qualifié d'"indiscutable échec commercial" après quatorze mois de commercialisation, avec seulement 40 000 véhicules vendus par an. Les prix ont dû être baissés pour tenter de stimuler la demande. La version RWD à 10 000 dollars de moins que la version de base n'a pas convaincu les acheteurs.
La situation est aggravée par la controverse politique autour d'Elon Musk. Son implication dans l'administration Trump, où il anime la commission chargée de réduire les dépenses fédérales, a provoqué des appels au boycott de la marque. Plusieurs véhicules, concessionnaires et bornes de recharge Tesla ont été vandalisés. La valorisation boursière de Tesla a plongé depuis décembre, tandis que les ventes souffrent.
Les réactions des propriétaires
Sur les forums francophones comme r/voiture, les réactions sont mitigées. Certains propriétaires défendent le Cybertruck en soulignant que Tesla prend ses responsabilités en rappelant les véhicules gratuitement. D'autres admettent que le pick-up est un fiasco technique et commercial.
Un utilisateur résume le sentiment général : "J'adore le design, mais je n'achèterais jamais un véhicule qui a besoin d'être rappelé onze fois en trois ans." Cette méfiance grandissante pourrait freiner les ventes futures, même si Tesla continue d'innover avec des modèles comme le Tesla Cybercab, son robotaxi sans volant.
Pourquoi le Cybertruck est interdit en Europe
Les conducteurs français peuvent observer ce feuilleton de loin. Le Cybertruck n'est pas homologué pour circuler en Europe en raison de ses dimensions imposantes et de son design qui ne respecte pas les normes de sécurité européennes. Avec ses 1,90 mètre de haut, 5,88 mètres de long et 2,03 mètres de large, il dépasse les limites autorisées sur les routes étroites du continent.
Sa carrosserie en acier inoxydable aux arêtes vives pose aussi problème. Les normes européennes exigent des surfaces arrondies pour protéger les piétons en cas de collision. Le Cybertruck, avec ses lignes géométriques agressives, ne répond pas à ces exigences.
Cette interdiction protège les consommateurs européens des déboires techniques du pick-up. Mais elle prive aussi les fans de la marque de la possibilité de conduire ce véhicule iconique. Sur les réseaux sociaux, certains jeunes Français expriment leur frustration de ne pas pouvoir acheter le Cybertruck, tout en reconnaissant que les rappels successifs refroidiraient leur enthousiasme.
La fascination tech face aux risques réels
Le Cybertruck incarne un paradoxe. D'un côté, il fascine par son design futuriste, sa carrosserie en acier inoxydable, son habitacle minimaliste avec écran tactile de 17 pouces. De l'autre, il accumule les défauts de sécurité qui mettent en danger les conducteurs et les autres usagers de la route.
La NHTSA a été claire dans son rapport : si les panneaux de carrosserie se détachent pendant que le véhicule circule, "cela peut représenter un danger sur la route pour les automobilistes se trouvant derrière et accroître le risque de blessures ou d'accident". Même constat pour les roues qui pourraient se détacher : "La séparation des goujons de roue peut affecter la contrôlabilité du véhicule, augmentant le risque de collision."
Entre la fascination pour la technologie et les risques réels, le Cybertruck semble pencher du mauvais côté. Le pick-up futuriste est-il un concept-car de luxe ou un danger roulant ? Les onze rappels en deux ans et demi suggèrent que Tesla a privilégié l'effet de surprise sur la fiabilité.
L'avenir du Cybertruck
Malgré ces déboires, Tesla continue de produire le Cybertruck. Le constructeur a intégré les corrections dans sa chaîne d'assemblage autour du 21 mars 2025 pour les panneaux de carrosserie. Pour le problème des roues, les améliorations de durabilité prévues n'avaient pas été incorporées au moment du rappel, ce qui explique pourquoi le défaut a persisté.
Les 173 propriétaires concernés par le rappel des roues recevront une lettre de Tesla avant le 26 décembre 2025. Les réparations seront effectuées gratuitement. Mais la question de fond demeure : combien de rappels faudra-t-il avant que Tesla repense complètement la conception du Cybertruck ?
Les accidents impliquant le Cybertruck, comme les incendies et les failles de sécurité, alimentent les doutes sur la viabilité du modèle. Certains analystes prédisent que Tesla finira par abandonner le Cybertruck, comme elle l'a fait avec la version RWD, pour se concentrer sur des modèles plus conventionnels.
Des leçons pour l'industrie automobile
Ce dossier met en lumière les limites de l'approche "move fast and break things" appliquée à l'automobile. Contrairement aux logiciels, où les bugs peuvent être corrigés par des mises à jour, les défauts mécaniques et structurels d'un véhicule mettent directement en danger des vies humaines.
Les constructeurs traditionnels passent des années à tester leurs modèles avant de les lancer sur le marché. Tesla a choisi de lancer le Cybertruck rapidement, quitte à corriger les problèmes après coup. Cette stratégie a fonctionné pour les Model S, 3, X et Y, mais le Cybertruck semble pousser le modèle à ses limites.
L'enquête de la NHTSA sur le système de conduite autonome FSD de Tesla montre que les problèmes ne se limitent pas au Cybertruck. Les incidents liés au FSD ont déjà causé des accidents graves, et l'agence enquête sur la sécurité du système.
Conclusion : l'innovation ne vaut rien sans la sécurité
Le rappel des roues du Cybertruck est le onzième en deux ans et demi, un record pour un modèle pourtant présenté comme révolutionnaire. Ce défaut, bien que limité à 173 véhicules, révèle les failles de la culture d'entreprise de Tesla, où la rapidité de mise sur le marché prime sur la fiabilité à long terme. Le Cybertruck reste un objet fascinant, mais les risques qu'il présente pour ses conducteurs et pour les autres usagers de la route sont bien réels.
Pour les jeunes conducteurs français, qui ne peuvent pas acheter ce véhicule interdit en Europe, ce feuilleton technique offre une leçon importante : l'innovation ne vaut rien sans la sécurité. Tesla devra prouver qu'elle peut produire des véhicules fiables, pas seulement des concepts-cars roulants.