Jonathan Coulom, la jeune victime, souriant devant l'objectif.
Actualités

Martin Ney jugé à Nantes : meurtre de Jonathan Coulom, 22 ans après

22 ans après la disparition de Jonathan Coulom en 2004, le procès de Martin Ney s'ouvre à Nantes sans preuve ADN ni aveu, uniquement sur des confidences en prison.

As-tu aimé cet article ?

La cour d'assises de Loire-Atlantique s'apprête à juger un homme que l'Allemagne a déjà condamné à la perpétuité. Martin Ney, 55 ans, surnommé « l'homme en noir » ou « Schwartzmann » dans les médias français, comparaît à partir du 18 mai 2026 pour le meurtre du petit Jonathan Coulom, 10 ans, disparu d'un centre de vacances à Saint-Brevin-les-Pins en avril 2004. Ce procès, attendu depuis vingt-deux ans par la famille de la victime, repose sur un dossier sans preuve ADN, sans témoin direct ni aveu. Il s'appuie presque exclusivement sur les confidences que l'accusé aurait faites à un codétenu en prison. Au-delà du drame individuel, cette affaire ravive des questions sur la sécurité des enfants dans les colonies de vacances et sur les failles qui ont permis à un prédateur d'agir pendant plus d'une décennie sans être arrêté.

Jonathan Coulom, la jeune victime, souriant devant l'objectif.
Jonathan Coulom, la jeune victime, souriant devant l'objectif. — (source)

Martin Ney, parcours criminel du prédateur allemand

Martin Ney n'a rien d'un inconnu pour la justice allemande. Avant d'être extradé vers la France en janvier 2025, il purgeait déjà une peine de réclusion criminelle à perpétuité outre-Rhin pour trois meurtres d'enfants commis entre 1992 et 2001. Son mode opératoire était toujours le même : il s'introduisait la nuit dans des centres de vacances ou des colonies, repérait les chambrées, et emmenait ses victimes sans laisser de traces de lutte.

Les premiers meurtres en Allemagne

Le premier meurtre connu remonte à 1992. Stefan Jahr, 13 ans, disparaît d'un centre de vacances en Allemagne. Son corps est retrouvé étranglé. En 1995, Dennis Rostel, 8 ans, subit le même sort, son cadavre étant découvert au Danemark. En 2001, Dennis Klein, 9 ans, est tué à son tour. Dans les trois cas, les enquêteurs remarquent des similitudes troublantes : les enfants sont enlevés en pyjama, sans chaussures, et les corps présentent des traces de ligature avec des nœuds marins.

Martin Ney, le tueur en série allemand surnommé « Schartzmann », lors d'une audience.
Martin Ney, le tueur en série allemand surnommé « Schartzmann », lors d'une audience. — (source)

Martin Ney travaille alors comme éducateur dans des structures accueillant des enfants. Rien dans son parcours ne laisse présager une telle violence. Ses collègues le décrivent comme un homme discret, parfois effacé, mais compétent avec les enfants. Cette façade lui permet de passer inaperçu pendant près de vingt ans.

Le surnom « Schwartzmann » et la légende de l'homme en noir

En Allemagne, les médias le baptisent « Der Maskenmann » (l'homme masqué) ou « Schwarzer Mann » (l'homme en noir). Ce dernier surnom, traduit en français par « Schwartzmann », vient du fait que plusieurs témoins ont aperçu un individu vêtu de noir rôder autour des centres de vacances les nuits des disparitions. Certains enfants rescapés d'agressions antérieures décrivent un homme grand, mince, habillé tout en sombre, qui se déplaçait sans bruit.

Jonathan Coulom, la jeune victime, photographié en gros plan sur fond boisé.
Jonathan Coulom, la jeune victime, photographié en gros plan sur fond boisé. — (source)

Cette image d'un prédateur fantomatique, capable de pénétrer des bâtiments fermés sans éveiller les soupçons, a marqué les esprits. Pourtant, Martin Ney n'a rien d'un personnage de film d'horreur. Lors de son arrestation en 2011 à Hambourg, les policiers découvrent un homme banal, installé dans un appartement modeste, sans antécédents psychiatriques notables.

La nuit du 6 au 7 avril 2004 : disparition de Jonathan Coulom

Jonathan Coulom, 10 ans, habite Orval dans le Cher avec ses parents et ses trois sœurs. Surnommé « Titi » ou « Cowboy » par sa famille, c'est un enfant frêle — 1,40 mètre pour à peine 30 kilos — timide mais souriant. Il aime la moto et le football. Une boucle d'oreille dorée à l'oreille gauche le rend facilement reconnaissable.

Une classe de mer qui tourne au cauchemar

Le 31 mars 2004, Jonathan part avec 24 autres élèves de CM1-CM2 en classe de mer à Saint-Brevin-les-Pins, en Loire-Atlantique. Le groupe est hébergé au centre de vacances « PEP 18 », dans le quartier du Menhir. La commune est presque déserte à cette saison : la moitié des résidences sont inoccupées. Le centre est bordé par la route bleue et l'avenue André-Vien. Un grillage sépare l'établissement de la voie publique, mais il est éventré et affaissé à plusieurs endroits. S'introduire sur le terrain ne demande aucun effort.

Jonathan dort dans la chambre « Pouliguen » avec cinq camarades. La porte n'a pas de poignée à l'intérieur — par sécurité, elle reste donc toujours ouverte quand des enfants sont présents. Le soir du 6 avril, une boum est organisée. Les enfants se couchent vers 23 heures, plus tard que d'habitude. Dans un bâtiment adjacent, des jeunes adultes qui passent le BAFA font la fête jusqu'à 2 heures du matin. Le surveillant effectue sa dernière ronde vers minuit. Il est certain que Jonathan est dans son lit.

Des gendarmes français avec un véhicule portant l'avis de recherche de Jonathan Coulom.
Des gendarmes français avec un véhicule portant l'avis de recherche de Jonathan Coulom. — (source)

Les dernières heures avant la découverte

Vers 5 heures du matin, un camarade de chambre de Jonathan entend un bruit. Il racontera plus tard aux enquêteurs avoir vu un homme grand entrer dans la pièce. Il ne donne pas l'alerte, pensant peut-être à un animateur ou à un enfant qui se lève. Une conductrice de car, présente dans le centre, se rend aux toilettes dans la même tranche horaire. Elle constate que la porte du bloc où dort Jonathan est grande ouverte sur l'extérieur. Elle la referme sans vérifier l'intérieur.

Le 7 avril, un peu après 7 heures, l'absence de Jonathan est constatée. Il ne porte que son pyjama — un haut à manches longues avec un motif snowboard et l'inscription « 2600 mètres ». Ses affaires sont empilées sur son lit. Il n'a pas pris de chaussures. La nuit était froide et pluvieuse.

Enquête Jonathan Coulom : 22 ans d'investigations

La disparition de Jonathan déclenche une enquête gigantesque. Le parquet de Saint-Nazaire ouvre une information judiciaire pour enlèvement et séquestration le 16 avril 2004. Mais les pistes s'épuisent rapidement.

La découverte du corps et les premières hypothèses

Le 19 mai 2004, le corps de Jonathan est retrouvé dans un étang à Guérande, à une trentaine de kilomètres du lieu de sa disparition. Il est ligoté, lesté d'un parpaing de 18 kilos. Les cordelettes sont serrées avec des nœuds marins. L'autopsie révèle qu'il est mort par noyade ou par asphyxie — les experts ne trancheront jamais complètement. Aucune trace de lutte n'est retrouvée sur son lit. Aucune empreinte, aucun ADN exploitable n'est prélevé sur les lieux.

Carte des enlèvements attribués à Schartzmann, le tueur en série des centres de vacances.
Carte des enlèvements attribués à Schartzmann, le tueur en série des centres de vacances. — (source)

Pendant des années, l'affaire Jonathan Coulom reste un cold case. Les enquêteurs français explorent plusieurs pistes, dont celle d'un prédateur local. Mais rien ne permet d'identifier un suspect sérieux.

Les confidences en prison qui changent tout

En 2011, Martin Ney est arrêté à Hambourg pour les meurtres commis en Allemagne. Il est condamné à perpétuité en février 2012. Pendant son incarcération, il partage une cellule avec un codétenu. Entre 2017 et 2018, il se confie à cet homme. Il lui décrit le meurtre d'un garçon de 10 ans dans un centre de vacances en France, en 2004. Il donne des détails précis : le pyjama, le parpaing, les nœuds marins, l'étang de Guérande.

Le codétenu rapporte ces confidences aux autorités allemandes, qui alertent la France. En 2022, une commission rogatoire internationale est ouverte. Les enquêteurs français se rendent en Allemagne pour interroger Martin Ney, qui nie en bloc. Mais les éléments recueillis sont jugés suffisants pour le mettre en examen.

Un procès sans preuve matérielle

Le dossier qui sera présenté aux assises ne contient ni ADN, ni empreintes digitales, ni témoin oculaire. Aucun aveu non plus. La pièce maîtresse de l'accusation reste les déclarations du codétenu. La défense ne manquera pas de souligner la fragilité de ces éléments. Un codétenu peut-il être considéré comme un témoin fiable ? N'a-t-il pas cherché à obtenir des réductions de peine en livrant des informations ? Ces questions seront au cœur des débats.

Dysfonctionnements dans les centres de vacances en 2004

L'affaire Jonathan Coulom met en lumière des failles graves dans la protection des enfants en centres de vacances. En 2004, les contrôles sont beaucoup moins stricts qu'aujourd'hui.

Un grillage éventré et des accès non sécurisés

Le centre PEP 18 de Saint-Brevin-les-Pins présentait plusieurs vulnérabilités. Le grillage séparant l'établissement de la route était endommagé à plusieurs endroits. Aucun système de fermeture n'empêchait l'accès aux bâtiments la nuit. Les portes des chambres n'avaient pas de poignée intérieure, mais elles donnaient directement sur l'extérieur. Un adulte déterminé pouvait entrer et sortir sans être vu.

Éléments clés de l'enquête sur le meurtre de Jonathan Coulom.
Éléments clés de l'enquête sur le meurtre de Jonathan Coulom. — (source)

Les rondes de surveillance, effectuées par un seul animateur, étaient espacées et ne couvraient pas tous les angles morts. La fête des stagiaires BAFA, qui s'est terminée à 2 heures du matin, a probablement créé un bruit de fond qui a masqué d'éventuels bruits suspects.

L'absence de vérification des antécédents

En 2004, les animateurs de centres de vacances n'étaient pas systématiquement soumis à une vérification de leur casier judiciaire. Martin Ney, qui travaillait comme éducateur en Allemagne, n'avait aucun antécédent à l'époque de ses premiers crimes. Mais même si un contrôle avait été effectué, rien n'aurait alerté les recruteurs.

Ce n'est qu'après plusieurs affaires similaires que la législation a évolué. Aujourd'hui, tout encadrant de mineurs doit fournir un extrait de casier judiciaire vierge, et les centres de vacances sont soumis à des normes de sécurité plus strictes. Mais ces mesures sont-elles suffisantes ? La question reste ouverte.

Réactions des familles et des associations à l'ouverture du procès

L'ouverture du procès, le 18 mai 2026, est un soulagement pour la famille de Jonathan. Mais c'est aussi une épreuve.

Les mots de la grand-mère et de la mère

Chantal Munier, la grand-mère de Jonathan, confie à France Télévisions : « Il était mignon, c'était un petit ange. Il y a des fois où je me dis : pourquoi lui ? » Ces mots simples résument l'incompréhension qui habite la famille depuis vingt-deux ans.

La mère de Jonathan, Virginie, exprime un besoin de vérité avant tout : « Moi, ce dont j'ai besoin, c'est qu'il dise la vérité. Qu'il dise si c'est bien lui, qu'il dise ce qu'il lui a fait, dans quelles conditions. J'ai besoin de savoir la vérité, même si ça fait mal, j'en ai besoin. Je veux savoir si mon fils a souffert, surtout. »

Ces témoignages seront entendus à la barre. La cour devra composer avec l'émotion légitime des proches tout en jugeant sur des preuves.

Les associations de protection de l'enfance mobilisées

Plusieurs associations, dont celles spécialisées dans la défense des victimes de violences, suivent le procès avec attention. Elles rappellent que l'affaire Jonathan Coulom n'est pas un cas isolé. Les centres de vacances, lieux de socialisation et de découverte, peuvent aussi devenir des espaces de vulnérabilité pour les enfants.

Ces associations militent pour un renforcement des contrôles, notamment pour les animateurs saisonniers et les intervenants extérieurs. Elles demandent aussi une meilleure coordination entre les polices européennes, puisque Martin Ney a agi dans plusieurs pays sans être inquiété.

Leçons de l'affaire Jonathan pour la protection de l'enfance

Le procès de Martin Ney dépasse le cadre judiciaire. Il pose des questions de fond sur la manière dont la société protège ses enfants.

Les réformes des colonies de vacances depuis 2004

Depuis 2004, les règles ont changé. Les centres de vacances doivent désormais respecter un cahier des charges précis en matière de sécurité : clôtures en bon état, systèmes de fermeture des portes, rondes régulières, formation du personnel. Les animateurs sont soumis à une vérification systématique de leur casier judiciaire.

Saint-Brevin-les-Pins, commune littorale de Loire-Atlantique où a eu lieu le drame en 2004

Mais ces mesures ne sont pas toujours appliquées à la lettre. Des contrôles menés par la Direction départementale de la cohésion sociale révèlent régulièrement des manquements : grillages abîmés non réparés, personnels non déclarés, absence de registre de présence. L'affaire Jonathan Coulom rappelle que la vigilance ne doit jamais se relâcher.

La question de la récidive et de la dangerosité

Martin Ney a été condamné à perpétuité en Allemagne pour trois meurtres. S'il est reconnu coupable en France, il purgera une peine supplémentaire, probablement dans une prison française. Mais la question de sa dangerosité reste posée. Les experts psychiatres qui l'ont examiné décrivent un homme intelligent, manipulateur, capable de dissimuler ses pulsions pendant des années.

Ce profil interroge les mécanismes de détection des prédateurs. Comment un individu peut-il passer des décennies sans éveiller les soupçons, alors qu'il travaille au contact d'enfants ? Les réponses à ces questions sont complexes et dépassent le cadre du procès.

Conclusion

Le procès de Martin Ney, qui s'ouvre le 18 mai 2026 à Nantes, est l'aboutissement de vingt-deux années d'enquête, d'attente et de souffrance pour la famille de Jonathan Coulom. Il repose sur un dossier fragile, sans preuve matérielle ni aveu, mais porté par les confidences faites en prison. Au-delà de la culpabilité ou de l'innocence de l'accusé, ce procès met en lumière les failles d'un système qui a permis à un prédateur d'agir dans des lieux censés protéger les enfants. Les leçons de cette affaire ont déjà conduit à des réformes, mais la vigilance reste de mise. Le 5 juin, quand le verdict tombera, une page se tournera pour la famille de Jonathan. Mais les questions soulevées par cette affaire continueront de hanter les centres de vacances et les consciences.

As-tu aimé cet article ?

Questions fréquentes

Qui est Martin Ney, surnommé l'homme en noir ?

Martin Ney, 55 ans, est un prédateur allemand surnommé « l'homme en noir » ou « Schwartzmann ». Il a été condamné à perpétuité en Allemagne pour trois meurtres d'enfants commis entre 1992 et 2001, et il est jugé en France pour le meurtre de Jonathan Coulom en 2004.

Comment Jonathan Coulom a-t-il disparu en 2004 ?

Jonathan Coulom, 10 ans, a disparu dans la nuit du 6 au 7 avril 2004 d'un centre de vacances à Saint-Brevin-les-Pins. Il portait son pyjama et n'avait pas de chaussures ; son corps a été retrouvé ligoté et lesté d'un parpaing dans un étang à Guérande le 19 mai 2004.

Sur quelles preuves repose l'accusation contre Martin Ney ?

L'accusation repose presque exclusivement sur les confidences que Martin Ney aurait faites à un codétenu en prison entre 2017 et 2018. Le dossier ne contient ni ADN, ni empreintes, ni témoin direct, ni aveu de l'accusé.

Quelles failles de sécurité existaient au centre de vacances ?

Le centre PEP 18 avait un grillage éventré à plusieurs endroits, des portes de chambres sans poignée intérieure donnant sur l'extérieur, et des rondes de surveillance espacées. Une fête de stagiaires BAFA jusqu'à 2 heures du matin a aussi masqué d'éventuels bruits suspects.

Quand a lieu le procès de Martin Ney à Nantes ?

Le procès de Martin Ney s'ouvre le 18 mai 2026 devant la cour d'assises de Loire-Atlantique à Nantes. Il est attendu depuis vingt-deux ans par la famille de Jonathan Coulom, et le verdict est prévu pour le 5 juin 2026.

Sources

  1. Affaire Jonathan Coulom — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  2. Jason Schwartzman — Wikipédia · fr.wikipedia.org
  3. fr.wikipedia.org · fr.wikipedia.org
  4. france3-regions.franceinfo.fr · france3-regions.franceinfo.fr
  5. franceinfo.fr · franceinfo.fr
society-lens
Mélissa Turbot @society-lens

Je m'intéresse à ceux dont personne ne parle. Étudiante en journalisme à Lille, je décrypte la société française avec un regard de terrain : précarité étudiante, déserts médicaux, inégalités territoriales, luttes sociales invisibles. Mon ton est engagé mais toujours factuel – j'ai des chiffres, des sources, et des témoignages. Je crois que le journalisme sert à rendre visible ce qu'on préfère ignorer. Mes articles ne sont pas confortables, mais ils sont honnêtes.

104 articles 0 abonnés

Commentaires (14)

Connexion pour laisser un commentaire.

Chargement des commentaires...

Articles similaires